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Full text of "Les voyages et obseruations du Sieur de La Boullaye-Le-Gouz, gentil-homme angeuin : où sont décrites les religions, gouuernemens, & situations des estats & royaumes d'Italie, Grece, Natolie, Syrie, Perse, Palestine, Karamenie, Kaldée, Assyrie, grand Mogol, Bijapour, Indes orientales des Portugais, Arabie, Egypte, Holande, grande Bretagne, Irlande, Dannemark, Pologne, isles & autres lieux d'Europe, Asie & Affrique, ou il à seiourné, le tout enrichy de belles figures ; et dedié à l'Eminentissime Cardinal Capponi"

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Portraitt du Sieur de la Boullaye-le-Gouz en habic Leuantin, connu 

cnA(ie& AfFrique fous le nom d'Ibrahim Beg,*: en Europe 

fous ecluy de Voyageur Catholique. 



VOYAGES 

OBSERVATIONS 

D V SIEVR 

DELA 

BOVLLAYE 

L E-G O V Z 

GENTIL-HOMME ANGEVIN, 

Où font décrites les Religions, Gouucrncmens , & fnuations 
des Eftats & Royaumes d'Italie, Grèce , Natolie, Syrie, 
Paleftinc, Karamenic , Kaldée, Affyrie , grand Mogol, 
Bijapour, Indes Orientales des Portugais, Arabie, Egy- 
pte, Hollande, grande Bretagne, Irlande, Dannemark, 
Pologne, Ifles Vautres lieux d'Europe, Afic & Affriquc, 
où il a iéjourné, le tout enrichy de Figures ; Et 

Dédié à l* Eminentifsime Cardinal Capponi. 

mm 

A PARIS, 
Çhc» GERVAIS CLOVSÏER au Palais, fur les degrez de la Sainte Chapelle, 

M. DC LUI. 
AVEC FRiriLEGE DF ROT. 



Otdre & diuijion du frejant Volume. 

CEttc Relationeft diuiféc en trois Parties: Dans 
la première il cfttraitté des Religions, Cou- 
ftumes. Mœurs & Forces d'Italie, Grèce, Natolie, 
GeorgicMedic, Arménie, Perfe ôc Empire du grand 
Mogol,&c. 

Dans la féconde l'on traitte de celles des Paycns, 
des Indes Orientales appeliez Indoudiuifcz en 124. 
Tribus, des Adorateurs du feu, de la Politique & 
Conqueftes des Portugais aux Indes Orientales, de 
lapuiflance du Roy deBijapour, du négoce des An- 
glois, Danois &Hollandois fur la mer des Indes, du 
climat de la Zone Torride, du Rituel des Sabis ou 
Chrcfticns de S. Ican Baptiftc , des Arabes du de? 
fert,&c. 

Dans la troifîefmc cft deferite la nation des Tur- 
comans , la Religion des Iuifs , des Maronites, & 
des Grecs , la diuerfitc des merucillcs d'Egypte , & le 
gouuernement & croyance des Anglois,Irlandois, 
Hollandois, Danois & Polonois,aucc leur Politi- 
que pour fc gouuerncr & maintenir enpaix>&c. 




Êï JÈS l ' n t rn j l tf 




MONSEIGNEVR 
L'EMINENTISSIME 

CAPPONL 

Cardinal & Prince de la Sainde Eglife 
Romaine, premier Preftre, grand 
Bibliotequaire du Vatican ,& Pro- 
tecteur de Ja Nation Maronite. 



ÔNSE1GNEFR, 




ïauois borné la Relation de mes Voyages en 
U Compte que fr Uijjé à Rome à VO STR£ 



EM/NENCE, rne perfuadant qu'elle ne 
wrroit le iour que dans fon cabinet tf le mien ; ce 
deffcin a mon retour en France a efté changé par 
l'ordre du "Roy; Sa M a je fié me manda devenir 
en Cour auec mon équippage Ter/an , ietta les 
yeux fur ï Original, en lût quelques pages 3 tf me 
tefmoigna qu'il le falloit donner au publiq ; La 
force de telles parollesfur vn fujet dont l'inclina- 
tion eu égal le au deuoir de la naijfance ,m a fait 
imprimer fous la proteBion de V O S 7 R E 
EMINENCE cequeie luy auois déjà defdic 
efcriptdema mam,pour ne me pas deftacher des 
premiers fentimens de viure tf mourir. 



tMONSElGlïtEVR, 

De V . Emin. 



Le tres- humble , & très- obligé 
feruitcur,dc UBOVLLAY£- 
LE : GOVZ. 

de Pâlis ce *«. 
Iuilleu<?fav 




AV LECTEVR. 

E peu de deflein que i'auois de mettre au iour ces 
Mémoires, te doit difpenfer de 1 obligation que 
tu m'aurois , de t'informer des mœurs , couftu- 
ïfl \Wt$iJt mcs >& Religions des diuers pays où le fort m'a 
a^Sn^j S porte , fi tu ne les trouue pas à ton gouft, ic te puis 
afleurer que ta cenfurc n'eft pas au mien $ & foit que tu les rejet- 
te, ou que tu les approuuc, le tout m'eft indifferrant ; ie t'ad- 
uertiray feulement d'y bien confiderer la vérité, finon beau* 
coup de chofes te palTeront , tu les palTeras auifi : I'cfcris donc, 
non pour te plaire , mais pour fatisfaire au Commandement du 
Roy, fa Mjjeftcàmonrctoutayantictté lesycux fur ma Rela- 
tion pour y lire fans peine ce que ie n'ay ^eu connoiftte fans 
beaucoup de fatigues , me dift de la faire imprimer , fi tu y ren- 
contres quelques pafTages contraires à ceux qui ont écrit deuant 
moy,fç.iche que pluficurs ont rapporte auec affirmation fur de 
faux Mémoires ce qu'ils n'ont veu ny connu, iugeans par paf- 
(îondes autre> peuples, & preuenusdelcur climat ont creu que 
Ton deuoit viure & mourir par tout à leur mode , comme fi tou. 
tes les nations ne difoient pas d'elles mefmes , ce qu'vn cha- 
cun penfe de la fienne,& n'admiroientpas ce qu'il leureft en 
yfage: Peu ic font efleuez de leur propres forces à lafuffifanee 
qui ce feroit nece (Taire pour difeerner ie yray d'auec le faux 
dans les Relations des Autheurs qui nous ont précède ; ie te 
declareray cy- après ceux qui, à mon iugement , ont bien & mal 
eferit des couftumes & mœurs des hommes , afin que tu ne t'a- 
tache fi fort à mes cfcris,quetu ne voye ceux des autres, aux- 
quels ic re renuoyeré fouuent , n'ayanr voulu groflîr cette {uc- 
cin&e «dation du labeur d'autruy,ie n'ay pas voulu tirer des 
confequences par tous les Chapitres de crainte de t'ennuyer, 
& me fuis par fois cftendu , afin d ayder ceux qui veulent auoii 

- e 



laconnoîtTancc du monde & d'eux mefmes pour s'efleuer à cel- 
le de Dieu principe, où il fe faut attacher pour fc rendre heu- 
reux d>ne fceUcité permanente : iouysdonc dr mes trauaux, 
6c prend ce que tu trouucras de bon , fans te perfuader que i'aye 
euledefTeinde tccontenter,monobje&a efté la venté de ma 
Narration ; fi tu tefatisfais, pofliblc as tu le génie approchant 
du mien > Se moy l'aduantage d'eftre connu de toy, & û au con- 
traire monftyle te rebute , tu t'en dois prendre à tamauuaife 
humeur , ou à ton peu de f ufHfance. 




Sentiment du Sieur de la ÏÏoullaye le-Gou% fur les diuerfes 
Relations au il a leues des pays eftrwgers. 

LE fieur de Villamond a fort bien cfcrit l'Italitjiiiais a man- Villa- 
quc au Chap. 17. de fon deuxiefmeLiure, ou il dit, quemond; 
les lahobites occupent iufques à 40. Royaumes : & au Chap. 
18. du mefbcL'ure il dit pour faire voir l'un pieté de Neftorius, 
qu'ilaenfeigne à fes Difciples qu'il y auoit deux natures en le* 
lus Chnft , au lieu de dire deux perfonnes ; Et dedans le recie 
de Tes Voyages il me fcmble fort véritable , quoy qu'il pafle 
pour menteur à tout le monde. 

Fernandes Mcndcs Pinto a laifle vne Relation en forme de FMendeà 
Roman de Ces aduentures aux Indes Orientales , dans laquelle Pinto. 
ic nay peu remarquer aucune fautes de Géographie. 

Le Voyage de Pirardeftprefque tout par mer, &c peut beau- Pirard; 
coupferuir auxnauigateurs,il a deferick mieux qu'il a peu ce 
qui luy efl: tombe fous les fens. 

Cekiy du fieur des Hayes me femble conforme à la vérité Des , 
pour ce qui regarde l'Eftat Ottoman , & les plans des villes que Ha y es * 
l'on y a inférés. 

Le Serrail du fieur Baudier s'eft trouué fcmblable aux me- o^j.w 
moires que 1 en auois apportez î leiquels 1 ay retranchez de mon 
Liurcô^ me fuis contenté d y laifTer lepianduDiuan ,&dela 
Porte, l'on ne peut pas mieux eferire les Coultumes& façons 
des Turqs que cet Autheur a fait , & quand à la P cligion des 
Manfulmansjilnes'ycft pas autrement attache dans fon Ser- 
rail, aufli en a il faitvn traittédudepuis,oùil na rien oublié de 
h vieille tradition des Mahometans,& des 4. Interprètes de 
l'Alxoran. 

Alouifioda Cada Mofto Vénitien a très biendeferit Ces na- Al.daCa- 
uigations , mais aceufe faufTement les G zerates d'adorer les daMofto. 
Va hesau Chap. 7), 

Chriflophe ( olomb a laifTc fa nauigation fort véritable. C. Co- 

A. V fpuceparoift grand homme dans fe* Lettres eferittes, lomb. 
où il fait m en tnn de fa nauigation. A.Veipu- 

l ofeph Indien de Karanganoreft à mon fens vn de ceux qui aj V ^ 
le mieux efent. IndienJ 



Patritio Patritio Romano l'a imité dans ce poin£r. 

Romano. M. Paol Vénitien s'eft trompé dans le 23. Chap. de Ton 3. Li- 

M-Paolo. ure , aceufant les Bramens de magie , & de charmer les laraics 
ou poiiTons qui mang .nt les hommes. 

ti t Haython Arménien s'eft trompa au Chap. 7. difant que la 

Arménien P erïe commance au fleuuePhifon que nous appelions leNil, 
&auChap. 57. il eferit faufl:ment qu'il ne pleut point en Egy- 
pte, mais il a bien eferit i'Hiftoiic desTartares. 

M Mi- M Michou.de Cracao,aduance indiferettement que les Oc- 
chou, tomans ont fait vn cftable de Saincte Sophie qui eft leur ca- 
pitale Mofquée. 

P.Iouius. ^* louuJS a manqué dans l'etimologie appellantTemurlang 
Demir kutlu fer heureux, en quoyil a elle fuiuy par Theuet 
dans la vie des hommes illuftres. 

P. Alua- P* Aluares Portugais a efté grand Pillote , mais peu informé 

tes. de la Loy des Indou , lefqueh il aceufe d'adorer le Soleil &: la 

Lune. 

Vafco de Vafco de Gama Capitaine Portugais a laiflTé ce qu'il a veu au 

Gama. delà du Cap de bonne Efperanccauec beaucoup de venté. 

» tj e Le commun Liure des Voyageurs Angl'ois eft véritable en 

des voya- tout p°i nt » q uo y q u ' u f° lt f° rt g ros » & * lt plufieurs Thomes. 

ges An- Lona laiifefous le nom de François Duk vne belle nauiga- 

glois. tion autour du monde. 

F Dr. k. Ican Botero a fait vne Relation vniuetfellc que i'eftime beau- 

LBocero - coup. 

I de Bec- I ea °de Bettencourt, outre le Voyjge des Canaries, a lailTc 

tencourt. vn traitté des navigations autour du monde fort cuneufes. 

Bufbe- BusbekiusarculTidansladelcnption de fon Voyage de Tur. 

fcuis. quie&d'Amafie. 

P Claude p ere Claude d'Ablmille a eferit la Miflion des Capucins en 

tfAbeuiU j';^ de Maragnan aflez rare 

q { Gomara eft 1 vn des meilleurs Autheurs pour les Indes Occi- 

dentales. 

B. de las Bartholomeo de las Cafas a eferit exactement les cruautez 

Cafas. des Efpagnols dans l'Amérique. 

Gonzaies Gonzales de Mendofa , & Semcdo ont eferit de la Chine 

Scmcdo. a (f cz prolixemcnt. 



Ican de Laet d'Anucrs a bien deferit r Amérique.' Tcandc 

Ambroifc Camareno a mis par ordre fon Voyage de Venifc Laet. 

enPerfe. A. Can-î 

IofaphatBarbaroAmbaiTadeurenPerfeafait lemcfme. tareno. 
François Cauche a eferic celuy de Madagafcar. * Barba- 

Antonio de Herera a deferit les Indes Occidentales. J? ' , 

Le Maire Hollandois a fait vne nauigation auftralle , qui le A. de Hc- 

doit mettre au rang des hommes illuftres. rcra , 

Donlean de More, Don Gontier Caruajal,Don Frère de Le M aire. 

Garcia de Loay fa, Piedro Sarmiento, laques Mahu,& Simon D More » 

de Cordes ont fait le mefme. G.Kanu- 

Piedro de Ordoncs de Ceuallos a auflî IailTé fa particulière p * c j 

defeription fort vraye,& celle que l'on a tirée des Tables Geo Garcia. 

graphiques de Pubertius , n'eft pas moins à cltimcr. p. S a r- 

François Scotd'Anuers>& frère Hierofmc ont mis par or-miemo. 

drevn itinéraire de l'Italie, qui peut feruir aux curieux pour la f«H : ahi 

recherche de l'antiquité des villes. S.deCor- 

Nicolai a bieneient fes Voyages, mais les Figures de fon p C j c q 

Liurcfom mal faites. à ' on l s £ 

Le mirouerdes Voyages marins, & les œuures de Linfcot Ceuallos. 

font à eftimer. F. Scot 8c 

Vn Comité Vénitien a eferit fon voyage de Syics à Diu auec Frcrt Hic- 

les Otomans, qui le rend aiHz recommtndable, quoy qu'il £? fm ?' 

ayeeele (on nom. Nicolal. 

a ^-i i • • Voyages 

Arnam Grec ne luy a rien cède pour la nauigation de la mer M anns. 

kouge. Lmfcot. 

Odoardo B.abofo Portugais a le mieux connu la Religion Comice 
des 'ndou, mais il le* fait adorer vn Dieu mne en eiTcnte»& vn Vtmfie n." 
en perfoune. Arriarn. 

Nicolao de Conty Vénitien ne feroir pas excufable s'il auoit bo f 
luy mefme eferit ion Voyage , parce que Poggio Florentin qui N. de 
s'en eftmiilv mer Baby!oncfur ( , huphratc,& dit que fon pont Comy. 
cft fait de pierre auec 14. arches, ie prie tels Commentateurs 
de fc contenter de lire maReiation,fans y adiouiter leur caprice. D Breues 
Le v, oyagedufieur de Breueseft très excellent. H dc s •. 

H^cronymodiSanto Stephano Génois a deferit fon Voyage Sre P ha - 
auec finceritc. M T - 

Les Bpiftrcs de Maximilian Tranfiluain touchant le voyage lïluain. 

e iij 



autour du monde n'eft pas moins à côimer. 
Pigafctta M. Anton. Pigafetta Chcualicr de Rhodes a pareillement 

laùTéfon Voyage autour du monde auec beaucoup de foin. 
I. Gaétan. lean Gaétan Pilote Caftillan a laifle fuiuant là connoiûancc le 

chemin des Moluques par l'oueft. 
I. de a- Jean de Barros a efcritvne Hiltoirc delà defeription de quel- 
que partie du monde , qui rcflemblc plutoft du papier bar- 
bouillé qu'vn œuurc digne d'cltre leu. 
I Lyon Iean Lyon Affricain a fi bien deferit toute l'AfFrique en 9, 
Affacain. Liures,que lesCaftiilans nous veulent faite croire qu'il cftoit 

nay dans h Grenade , mais eflcué en Barbarie. 
T- Lopcs. Thomas Lopes Eîcriuain des vaifleaux Portugais a bien def- 

crit Tes nauigations. 
I. deEm- Ican de EmpoliFa&eur des Portugais a reiiflî dans lanarra- 
P oil « tion du procédé des Indiens Orientaux auec les Portugais. 

2^ g ir Louys Birtheme Boulognois a mal placé leTygre dans la 

theme. Prouince de KorafTan,dont il eft elloigne trois mois de chemin. 
A.CorfaL Les Lettres d'André Corfal au grand Duc deTolcane , & le 
F. Alua - Voyage de Francefco Aluar«s en Etyopie ne font pas à r< jetter, 
res. comme la nauigationde Iambolo Marchand Sicilien, qui eft 

Iambolo. ync p Ure F aD lc , parce qu'il dit auoir veu au Sud de l'Arabie 
vne ifle où les hommes nous pafTcnt en hauteur de 4. coudées. 
P. Pacih- Le P. Pacifique de Prouins a efté véritable dans fon Voyage 
J uc • e dePerfe,&plusmal heureux dans celuY de l Amérique, oùles 

Sauuages l'ont mangé, fuiuant les dernières Relations. 
F. Eugc- La terre Sainte de Frère Eugène Recolkt eft véritable 
ne. quandàlaPalcftinc. 

P. Bou- Le Père Boucher defenthardimenrdans fon Bouquet Sacré 
cher. ce q a »j| n ' a ycu ^ uc <j c i oin g > ^ cc qu'il dit de la vi'lc du Kairc, 

d^s Piramides d'Egypte, du Puy de Iofeph, &C d'Alexandrie 

fait^iTez voir qu'il ne fut iamais en Egypte. 
I. Moc- [ ean Mocquet a fi bien deferit les mœurs du bas peuple des 
^ uCC lieux où il a abordé , qu'il n'a pas oublie les moindre particui a- 

ritez. 
I.Belon. Belon Médecin du Mans a laiflTé fes Obfcruations fort fuccin- 

ttes,&fortvraycs. 
Vincent Vincent le Blanc pourroitdifputeraucc Vlifle de la longueur 
le Blanc, defes Voyages, il donne beaucoup dinftru&ion de l'Affrique 



aux Géographes modernes, & il feroit àdcilrerqu'ileuft fecu 
les Langues Orientales, afin de rapporter les noms propres des 
lieux ourl a efté. 

L'Hitoirc Turque de Kalkondille eft vn Thrcfor,& parte Kalxon-, 
de beaucoup les adjonctions que l'on y a faittes. dl ^ c * 

Les bftats & Empires du monde ont autant defrobe de temps ^ 
àlcur Autheur, qu'il en faudroit pour les corriger} la vente y 
cft fi cachée qu'à moins d'auoir veu 1 on n'en peut faire la diftin- 
éfcion Les Plagiaires de ce temps en ont tiré plufieurs racourcis 
de mcfmc nature que l'Original » & enrichis de Figures j tel- 
lement mal faittes , que fi les Turqs & les Pcrfans chan- 
geoient de mode, ces Autheurs modernes pourroient auoir 
vne exeufe aufli légitime que celle de n'eftre pas garandsdes 
dires d'autruy. 

Belle foreft acompofé trois gros Volumes des diuers pays & Bellc.fo- 
rcgions qui nous font connus , & deferit fi mal les Religions &: ic ft- 
lesCouftumes des peuples qui les habitent, que l'on voit d'à» 
bord que fes eferits ne font qu Vne rapfodie affez mai digérée 
des Relations de ceux qui l'ont précédé. 

Le Voyage de Pologne de Madame de Gucbriant par Iean I. le La» 
le Laboureur Pai ifien, eft vne belle recherche des Antiquitez & bourcur. 
Hiftoircsdcce grand Royaume. 

Les grands voyages de l'Amérique imprimez à Franc fort Grands 
font très b;taux. vovages 

Marc l'Efcarbot amis en ordre plufieurs beaux Voyages de mc " 

l'Oucft enrichis de plans , dont il a efté tefmoin oculaire. M^l'Ef- 

LcfieurdeFeync s eft trompé dans la Relation de fes Voya- carD ot. 
ges en A fie , lors qu'il dit que Babylonc eft deux fois aufii gran- DeFeyne» 
de que i-'aris ; que le parapet de fes fortifications cft fi prodi- 
gieufement large , que 4. carofTes peuucnt tourner deflus : qu'il 
faut fouiller en terre pour trouuer les briques qui ont feruyà 
faire la Tour de Babvlone: qu'il eft allé d Hifpahaan àKasbin 
enn.iournéesi 6c deKasbinàTaurisen 18. d'où il cft retourné 
àSchiras en 16. qu'il a veu mesurer lesPcrles comme du bledjquc 
les Indou adorent la première beftequ'ils rencontrentique le 
grand Mogol eft Payemquc Sourat cft me ifte efloignee de 
14. iouruéesde Diu>& que les Indou cfcriuent de la main droite 
à la gauche. 



I Zual- I can ZualUrd a trcs-bicn cfcric le voyage de IerufalemJ 
lard. Le (îeur de Gerzan a fait vn arc de Voyager donc les préceptes 

oerzan. me femblcnt fort raifonnablcs. 



PAr grâce 6C Priuilege du R oy ; Il eft permis àGERVAis 
Clovsier Marchand Libraire à Pans , d'imprimer, 
Vendre 6c diftribuer vnLiure intitule Les Voyages ejr Obferuations 
duSteurdeltBoutUye-le-Gou^GcntU homme ^n)cuw 3 6c deffen- 
fes font faites à cous Imprimeurs , Libraires 6c autres perfonnes 
d<" quelque qualité Se condition qu L s foient , d'imprimer , faire 
imprimer , vendre, diftribuer nyexcraire aucunes chofes dudic 
Liurcfans le contentement dudic CLovsiER,uir peine de confif- 
cacion des Liurcs& exemplaires qui auront elle mis en vente* 
au préjudice des prefenecs , 6c de 1500. Hures d'amende , moitié 
à nous , ôc l'autre audit Clovsier, &d- tous dcfpcns dom- 
mages & interefts : 6c ce durant le temps & terme de 10. ans , à 
compter du iour quil fera acheuc d'imprimer , ainfi qu'il eft 
porté plus amplement dans l'original. Donné àParis le S.iour 
de Mars l'an de grâce 1653. Par le Roy en fon Confeil. L E 
BRVN. 

Ledit Cloufier a aflbcié auec luy audit Priuilege François 
Cloufier fon Frère Marchand Libraire, pour en ïouyr fuiuant 
Taccord fait entr'eux. 

Achcué d'imprimer pour la première fois le 8. May 165$. 
Les Exemplaires ont efte fournis. 



LES 




PREMIERE PARTIE 

DES VOYAGES 

ET OBSERVATIONS 
D V S I E V R 

DELA 

BOVLLAYE-LE-GOVZ. 



VOIAGE DE TARIS A LTON 
par le Coche de Chaalom fur- Saône* 

CHAPITRE PREMIER. 

PE s Voyages acheuez heureufcmcnt 
par les parties Septentrionales de 
; l'Europe, auec vue exacte obferua- 
f tion des mœurs, des forces,& des R e- 
f ligions, ie reuinsàParis pour y voir p lins . 
mes amis & prendre occafion de paf- 
fer en Italie, & autres lieux cjue ic dcfirois connoi- 
ftre , parce que i'apprehendois que me retirant dans 
ma Prouincc, mes parens ne s'oppofaflent à mes def- 

A 




2 Les Voyages &) Obferuations 

feins: ic les aduertis par lettres de mon retour, & en 

me fme temps i* nrcceusplufieurs de leur part, par 

lcfquellesils me conjuroient def ire retraicïc cV de 

fui relVfpecoulaplume: macuriofité n'e Itant pas 

fatisfaiteieicur rendis grâce de leur aduis,& leur fis 

fçauoir que ieprenois mon chemin pour le Leuant. 

Prouins. La première Ville ouc îe trouué fut Prouins , où 

Ton fait de bonne conierue de Rofe. Ladcuxiclmc, 

Troye en Troyc en Champagne ; Patrie & demeure allez fa- 

Champa meufe des Aftrologucs I rançois. La troifiefmc, 

lî^V.i- Chaftillon fur- Seine, où la Riuicre de Seine prend 

ChaiUllo r r .' ... n s \- 

la Source. La quitrielme, Dijon, Ville allez bien 

Dijon, fortifiée, où il y aPailcment; Proche Dijon dans vn 

Talent, village appelle Talent, fe voit vn Portrait de No- 

ftre-Damc , peint de la main de S.Luc, &v dans la 

Chartreufe qui eft hors la Ville, font 1rs Tombeaux 

des deux premiers Ducsde Bourgogne; &: àdeux ou 

trois milles du code du Nord, eft vn ancien Cha- 

fteau où le grand Sain cl: Bernard eft nay. La cin- 

Bcaulnc q u i c f me , Beaulnc i perite Ville où croift le meilleur 

Vin de Bourgogne, il y a vn bel Hofpital fondé par 

Roolin Chancelier de Bourgogne , ôc Gigogne de 

Chaalôs, Salin fa femme en l'année 1440. Lafixiefme,Chaa- 

Saonc l° ns f ur Saône, il y a Citadelle, le peuple y eft poly . 

De Chaalons iedefeendis fur la Saône, laquelle 

va fi doucement qu'à peine peut on iuger de quel 

coftéeft le courant, ie pris terre àTornu, à Maçon, 

Tomu. &àDombes, Principauté dont Madcmoifellc Fille 

Mafcon. j c Monficur le Duc d'Orléans eft Souuerame, No- 

Lyon. ftfc barque fut arreftée à l'entrée de la Ville de Ly on> 



Du Sieur delà BouUye-le-ÇouH^ j 

8c vifîtéc par les Commis de la Douannc,lefqucIs 
me firent auoir vn billet pour loger : Lcs'Lyonnois 
tiennentqueleSiegcdu Primat des Gaules eft dans 
leur Villc,laBanqueycft bonne, les Florentins ont 
le premier rang, ïy changé mes Louis d'or enpiftol- 
lcs d'Italie, la Charité a vn fort beau Grenier, &le 
Rhofne& la Saonc paflent au milieu de cette Ville, Rhofnc. 
& s'vniflcnt vn peu plus bas , la Saonc perd fon nom 
dans le Rhofnc, Fleuue autant rapide que la Saonc cfl: 
lente dans (on cours: Lyon eftioo. lieues de paris. 
& la langue Françoifc commence à s'y corrompre. 



D 



Voyage de Ljon a Afarfeille. 
Chapitre II. 

E Lyon ie pris la commodité du Rhofnc pour vienne 
lefccndrccn AuignonjCnpafîantie m'arrefté 
à Vienne cul onfaict les lamcsdcfpées : au Coin- . 
çkieux oùle vin blanc eft très bon : ATournonoù ( in CU x. 
il y a vn beau < ollcgc de la Fondation de feu Mon- 
iteur le Cardinal de Tournon , à main gauche de 
Tournonl on voit vne montagne appellécl'Hermi- H efmîra 
tage , oùcroiO. le meilleur vin du Pays: Ecà Valence ne. 
où il y a Vniucrfitc, i uefché, Citadelle & plufieurs Val:rKC ' 
Formâmes, jy vis en peinture la figured'vn Comte 
de Cruflbl de 2.4. pieds de haut. Nous paffafmes 
proche d'vn Efcueil appelle Rocmaure , où nous Roq»e- 
couruimes nique ce la vie j ians vn Mariiilois appel- 
le Turcon,i 5 auoisfai£t: tous mes voyages en peu de 

A ij 



maure. 



Auignon 



4. Les Voyages çf Obfiruations 

temps, parce que noftrc barque s'alloit rompre à cer- 
1 tains cronqs d'arbres qui aduançoient en l'eau ; il 
prift vnc corde qui eftoit attachée au barteau , fauu 
en terre, & la tournant deux ou trois tours à vn arbre 
S. Efprir. l'arrefta.Nous trouuafmes enfuitte le Pont vEfprit, 
dont la ftru&urc eft belle , Ôc arnuafmes en Aui- 
gnon diftant de quarantelieuësdeLyon, la Villceft 
alTez grande, les murailles belles , & le pont fort 
long, il y a vn beau Palais demeure du Vice-legat, 
&vne garde Italienne; les Iuifs y ontliberté de leur 
Religion, ils y font pauures &: démentent le prouer- 
be, riche comme vn luif, fc dilcnt de la Tribu de 
Leuy , èc portent lé chapeau jaune, marque de la di- 
ftincl:ion d'entre eux, &ks Chreltiens. 
Durante A deux lieues d'Auignon ie trauerfay la Durance, 
LaNou ,: ^ entray danslaProuencc, iepaffay àlaNouë^Or- 
Otgon. gon^Lençon, villages fort peuplez, & arriuay à 
Lcnç-^n. ^ai faille disante quatorze lieues d' A uignon : cette 
ville eft le fejour ordinaire des Gallercs de France , & 
lvn des bons Ports que le Roy aye fur la Mer Médi- 
terranée: s'il auoit fon entrée au Sud,il ne fe pourroit 
eftimer à caufe de la facilité que l'on auroit de cin- 
liurc°i C §^ cr vcrs ^ c LC uant au premier bon vent. Marfeille eft 
fort ancienne 6c baftic par certains FolTences fugi- 
tifs d'Afîe après le fac de Troye, lefquels vindrent en 
Commen i'IiledeCorfe,&de là palTerent en Prouence; elle 
iules Ce efteit Republique alliée des Romains y lors qu'ils 
far de la auoient vne prouince dans les Gaules, & Iules Cxfar 
uile^hap! cn a y ma ^ a conferuation à caufe de (on Antiquité: 
5. iib.z. elle eft àprefentgouucrnécpar des Confuls ouDire- 



Dti Sieur de Tioulaye-le-GouZj. / 

ftcursdcla Police, lefquels ont grand négoce aucc 
les Ottomans en cuirs, draps, foye, rubarbe,&c, 
Aux enuirons de Marfeille il y a quantité de petites 
mnifonsdeplaifanceappelléesBaitides 5 oùcroiffent 
les bonnes figues. 



Voyage de Marfeille à Ligorne. 
Chapitre III. 

IE pris vne Patente de la Santé de Marfeille , & Gcn 
m'enbarquay pour Gènes, où i'arriuay le huitiè- 
me iour, noftrc Vaiflcau fut vifité dans le Port, & 
menacé de la Quarantaine, qui font quarante îours 
qu'il faut demeurer à lanchre pour ofter le foupçon 
que les vaiiîeaux foient infectez de pefteou mau- 
uais air 3 par l'imprudence de deux pèlerins qui 
auoient vne patente pour trois perfonnes & ne- 
itoient que deux: Les Députez du Sénat vifitans le 
vaiffeau nommèrent ceux qui cftoient cfcritsdans 
les patentes Se les voulurent voir , & demandans ou 
eftoit le troifiefme de ces pèlerins, les deux refpon- 
dirent que c'eftoit leur camarade quis'eftoit impa- 
tienté à Marfeille, &auoit pris fon chemin par ter- 
res-Point du tout, dirent les Députez, il cft mort de 
pefte fur le vaffeau & vous laueziettéenmer, au- 
cun n'aura pcrmiiTion de venir a terre que le Sénat 
n'en aye derechef ordonné ; & nous fufmes neceilî- 
tez d'attendre deux iours noftre defeente, laquelle 
nous fut accordée par grâce., après beaucoup de fup- 

A nj 



6 Les Voyages çf Qbferuations 

plication, & affirmation de noftrc Capitaine, au- 
quel l'on auoit croyance, que dans noftre bord il n'y 
auoit aucun malade ; Aufli toit débarqué ic pris 
pcrmifEondefejournerdans la ville fuiuantla cou- 
ftume du pays : les cftrangcrs n'oferoient y porter 
d'armes ny mefmc vn coufteau s'il n eftcfpointé, à 
moins d'eftre emprifonnez, & principalement les 
François, qui n'y font point aymez àcaufedu trafKc 
que les Génois font à Naplcs, & autres lieux des Ca- 
ftillans ennemis de noftre Nation : il y a vn rempart 
qui bat à plein, & dcfcouure la mer au Sudoucft, les . 
maifons y font affez belles, mais les rues fort eftroit- 
tes, l'Eglifc de l'Annonciation mérite d'eftre veuc 
Trot» mil. P ar ccux 4 U ^ ^ c connoiffent en peinture, Gencscft 
d'/ralie trois cens mille de Marfeillc. 

tierâ Yz Dc Gcnes cn vingt heures ic pafîay à Ligornc qui 
France, en eft diftante cent vingt milles , nous cufmcs la 
y . cliaflcdVn brieantindeMa-orcr.'çqn: nepeutiôin- 

drcnoftrefallourquc.' • r J J :rmc& 

Icpremier port 'c u rotcanc les - nmçs 

publiques y oni revote 'ioTrc ily.nl >p lu-ion » vn 
fage voyageur ne doit parler de la chgion,s'ilnc 
veut fe mettre en peine : ic v;. dans cette viilc ni 
mollredeu'. frercsai tachés enfçràblc par les colcz, 
dcfquels i vn parloit^bèuoit & tnangoit, 6c l'autre 
non. Surîequay Ion voit vnc Statue de b.CQafc la- 
quelle reprefente le grand Duc Ferdinand fou« 
lant aux pieds le Turban le Omcterres,& autres ar- 
mes du Grand Turq, cflcuéc fur vncpieccdeitailde 
huidt à neuf pieds, au bas duquel il y atroisenfans 



Du Sieur de la Boulaye-le-Coul^ 7 

Mcnfulrnans 3 aucclcurpcrc,lcfciuclsàlcurspbfturcs ma c n n v u c û £ 
confcllcnt cftrc vaincus : A trois mille de Ligorncj^Ma- 
nous alalmes faire nos dcuotionsà ia Madonna de l 
Moncc-ncro Protectrice de la Ville. Montagnt 

noire, 



Voyage de Ltgorne a Florence. 

Chapitre IV. 

L'Incli nation prcfTantc de voyagera cou- 
rir les pays eftrangers , me fît laifler tout ce qui 
m'auroit peu embaraiïenie ne pris qu vn habit & peu 
de linge , iugeant qu'il eftoit plus expédient de s'ac- 
commoder a la fa^on des pays où î'onlc trouuc.>& 
porter force ceintures de fckins de Venifcou hon- 
gres d'Allemagne mais n'en porte pas qui veut; le 
pris le Canal pour Pifediftante de quinze milles dc p . & . 
Licorne, ïy arriuay en fix heures, cette Ville toute- 
fois Kepublique,cll auiourd huy fous la domination 
du grand Duc de Tofcane& des Florentins, fa gran- 
deur eftfemblablc a celle d'Angers fa riuiere vient 
de Florence, paiTc au milieu & s'embouche proche 
deLigorne. R arêtes de Pife. l'Arfenal où l'on fabri- 
que à couuert les Galères de fon Aitefle Sereniffimc; 
la Tour penchante conftruite de la forte, auec tant 
d'artifice, qu'il femble qu'elle tombe, &lcCampo 
Santo lieu de grande deuotion. De Pile i'arriuay à 
Florence en vn iour, ayant pris le carrorTe,lc chemin Florence 
eft de quarante mille, il y apluficurs chofes confide- 
rablcs, le Dôme, la Chapelle & G aliène du grand 
Duc,ornécs de belles ftatucs antiques & autres curie- 



S Les Voyages ç<sf Okferuations 

fîtes clignes de la grandeur des Ducs de Medicis. 
L'on y voit pluficurs armes phfes fur les Menful- 
mans. 

Lony garde auec aiTez de curiofîtévn clou moitié 
d*or, moitié de fer, que l'on dit & que l'on croit vne 
opération de chimie, i'ay vcu ce clou, l'ay maniée l'ay 
trouuéainfi que l'art ôcTindultrie du forgeron l'a foudc 
adroitement; ce n'eft pas que ic prétende rien dire 
contre cette fcicncej'on y voit de trop belles experien • 
ccs,la fixatio du Mercure rendu malleable,l'or extraie!, 
des autres métaux, l'arbre végétatif, larcdu&ion de la 
Lune au volume du fol Iupitcr fans cri rougiiîant au feu, 
l'extra&ion des 4. elcmens de tous les corps qui font 
fubjets à la corruption, & mille autres cunofitezque 
i'ay obferuces parmy le.s diuers peuples que i'ay prati- 
que : mais de faire vne poudre de proie&ion ou le 
orand ceuurcil y faut le doigt de Dieu ,& difficile- 
ment peut-on trouuer vne véritable matière pour cet 
effc&,moins encore la première preparation,nydonncr 
le mefme degré de feu que la Terre Vierge, qui eft dans 
les Mines d'or , l'emprunte du Soleil & des entrailles de 
la terre. Si lor eftoit commun comme le fer, Ton n'en 
feroit aucun cas, parce qu'il n'ell bon que pour faire de 
lavailTclle,& nullement propre pour les inftrumens & 
outils defquels les hommes (e leruent dans les mecha- 
niques, les Américains & Affricans n'en font aucune 
eftime , & préfèrent vne aiguille 3 ou vne hache à vne 
montagne de ce métal inutile; Iefçaybien que noftrc 
Nature eft vne chimie continuelle par laquelle nous 
changeons en noftrc fubftance ce qucnoftreagenta 

de 



JDa Sieur de U Hôulayt-h-CouzIl f 

de compofe, attiré & tranfrnué en foy ; ce changement 
fe fait dans le fubie&qui al'eftrc &lavic,& non dans 
celuy qui n'a que 1 cftre feulement , où vnc efpcce ne 
peut conuertir vne autre efpcce en foy ; Tous les 
grands hommes d'Antiquité ont inféré hardiment 
dans leurs eferits, qu'ils en auoient connoiffance , il me 
feroit auffi facile de l'efcrire, & auffi difficile de le faire 
voir : Et après les noms de Vitriol,dc Venus,ds laict des 
Vierges, de terre adamique, de Mercure animé , ic 
pourrois donner celuy de Baulme blanc, au fuiet dont 
ils ont prétendu compofer leur benoifte prière. Voila 
mon fentiment en paflant fur le clou de Florence & 
fur la chimie; il ne faut pas croire que nos feulsFrao. 
çois aillent au grand Oeuurc , toutes les Nations y 
trauaillent, & fc feruent de matières, du moins auffi 
cfloignées que celles fiir lefquelles foufflent fîosPhi- 
lofophes qui fe difent réels, lcfquels ne voyent&ne 
connoiflent aucune certitude de ce qu'ils s'imaginent 
tenir, & la plufpart fontaflez adroi&s pour perfuader 
aux personnes de condition qu'ils feroient de l'or: mais 
leicun'cnvaudroirpaslachandelle, &fi lonpeutcx- 
traire le fol de la lune, cela n'eft pas extraordinaire, 
parce que tous les métaux font les vns dans les autres, 
comme il apport par cette figure. 



I 



B 



le Les Voytges & Oùfemttious 




Pendant mon fqour de Florence, le Grand Duc 
donna vn prix pour la cour fe descheuaux: Lon mena 
fîx des plus vides coureurs d'Italie à vne des portes de 
Florence , fans Telle ny bride ; l'on les laifTa courir iuf- 
ques à vne autre porte de la ville , par le milieu des rues; 
VnchcualTurqdu Duc de Fcrrareyarriiia le premier, 
& emporta le prix, qui cftoit vne belle couuerturc: 
'A mes cofter fut tue vn vieil Gentil-homme , qui ne 
s'eftant peu retirer , fut attra pé à l'efpaulc par vn de ces 
cheuaux , & tomba mort fur la place. Cet accident 
me fît detefterec jea,&approuuerlescourfes d'Angle, 
terre, où les cheuaux ne courent pas feals,mais il y a 
des hommes defTus pour les conduire ; cette courfe s'ap- 
pelle en Tofcan Corfo delfallio. 



D h Sieur de U < Bou}aye-le-Gc!t&. a 

Intereft &Tolitique du Grand Duc. 
Chapitre V. 

LE Grand DucdeTofcane a pour maximes d'E- 
ftat,de fomenter l'égalité de France ,& d'Efpa- 
gne , & entretenir (es intelligences fecretes à Rome 
&«iVenife. De prendre le party du plus fort» nous Ta- 
lions eu du noftre toures les fois que aousauons efté 
considérables en Italie » de ma connoilTance il se 11 
deffaic de fesgaleresen noftre faueur à caufe de Porto- 
longone , qui nous rendoit maiftre de la mer de Tof- 
cane : D'cmpefchcr que le Pape ne {bit efleu dV- 
ne Maifqn & famille illuftre de Tofcane , de crain- 
te qu'il ne reftabluTe laliberté des Pifans , Florentins Se 
Sienois,à la confufion du Grand Duc , & aduance- 
ment des fiens: De ne fouffrir que le Papefaflela guer- 
re contre les petits Princes d'Italie, & les fubjugue, 
parce que s'eftanr rendu maiftre des autres , il vien- 
droit facilement à bout de luy: De ne permettre à (es 
frères de fç marier, lors qu'il a des enfans pour luy (uc- 
ceder; Il les fait cftre Cardinaux, ou leur procure des 
emplois proportionez à leur condition. Le Grand 
Duc venant à mourir fans héritiers 3 le Duché fera 
joint au patrimoine Saint Pierre, dont il releuc. 



Bij 



iz Les Voyages tf Ob fer nations 



Voyage de Florence à Rome. 
Chapitre VI. 

Sienne. TT\ E Florence i'arriuay en vn iour à Sienne , qui 
J 'en cftdiftarite trente mille, elle eft de la gran- 
deur d'Orléans, autrefois c'eftoit vne Repnblique pro- 
tégée des François, qui a efté fubjuguée par les Flo- 
rentins ; & Erbitel qui en dependoit , par les Efpa-J 
gnokjlefquels à caufe de cette Place prétendent quel- 
que droit fur l'Eftat du Grand Duc. Sienne de tout 
temps a efté fort polie, la plus belle Langue que l'on 
parle en Italie cft la Scnefe,ouTofcaneRomanifée: 
Dans les anciens ftatuts de cette ville, ceux qui auoient 
nombre d'enfanseftoientdefchargez de toutes impo- 
fitions,pourauoir fourny des membres à la Republi- 
que. L'on y voyoit la maifon & la cellule de Sainte 
Catherine, où l'on me montra vn petit Crucifix peine 
auec des aides , qui luy donna les ftigmates inté- 
rieurs. Cette Sainteenduroit de grades douleurs aux 
endroits où Icfus fut perfé à l'arbre de la Croix , fani 
qu'il paruft aucune marque extérieure de fon mal. 
Torniery De Sienne ic vins difner à Torniery, petit village af- 
fez peuplé, le chemin eft de quatorze milles , & cou- 
Aquapë- cher à vingt milles, dans vne ville appellée Aqua- 
dente,ou pendente, appartenante au S. Pcre. Le lendemain 
chïnte."" ie paffé à S. Lorenzo , ôc vins le long du lac de Bolfe- 
S.Lorcn- na t q U j appartient en partie au Pape , & en partie au 
MÔntc D uc de Parme s difnay à Momefiafione , diftant de 

Éafîone, 



Du Sieur de la BouUyele-CouT. 13 
Aquapendente treize milles 5 Ton y boit de bon vin 
mufquat blanc ,ie couchay à Viterbe huid milles Viterbe; 
dcladifnce,johc ville ,&fameufe pour eftre lapa- 
trie de la SignoraOlimpia, belle fœur d'Innocent 
X. Cette Princeffe a embelly plufïeurs maifonsde 
plaifance autour delà ville, & a fait tailler, & cou- 
per diuerfes montagnes, pour y rendre les chemins 
plus vnis& droits. Le Prince Panphilio, fils de cet- 
te Dame , neveu vnique du Pape , y commandoit 
alors la milice de la Sainte Eglife. 

le partis de Viterbe, fur le chemin ierencontray 
vn Seigneur Romain qui s'cnalloit àRome,&ve- 
noit de Florence, ic le falucauec quelques François 
qui eftoient de ma compagnie , il nous rendit noftrc 
falut aucc autant de ciuilité que s'il nous eut co*rt 
nus: le dis à mes compagnons qu il cftoit à propos 
de ne point quitter cetteefcortc,àcaufe desBandi» 
& voleurs quirendoicntiourncllementccs chemins 
triftes; les feruiteurs de ce Seigneur auoient plu- 
fîeurs armes à feu. A Monterofe dix huict milles de Monte-' 
Viterbe nous defcendifmes dâs la mefme hoflelleric r ° rç ' 
que ce Seigneur Romain ,011 nous eufmes quelque 
couerfation,& i'appris qu on lappeloit Monfîgnor 
Federico Capponi i il nous pria de luy tenir compa- 
gnie en chemin, & me fît plufîeurs queftions, en- 
trautres le fujet de mon voyage en Italie ;ic luy dis 
que c'eftoi t la curiofî té de voir , & apprendre les cou- 
tumes Eftrangeres , pour les conférer aueccclles de 
France, & en iugerfans paffionjil me demanda fi 
i'auois défia voyagé autre part, ie luy dis que mes 

B iij 



%jf. Les Voyages & Obfemkùons 

voyages auoicntcftcvcrs le Nord, & nefaifojs pas cas 
. de ce que i'auois veu , mais bien de ce que i'efperoi» 
connoiftre à Rome dans le rapport, que ie croyois 
ytrouucrdescouflumesprcfentes,auec ccllesde l'an- 
tiquité, à cauic du melme air & climat qui y domi- 

Baccano. nent. Le foir nous arriuafmes à Baccano ,huiâ milles 
de Monterofe : Le lendemain nous parti foies , i'cws 
l'honneur d'entretenir en particulier ce Seigneur à 
deux mille de Rome, il rencontra vn de Tes domefH- 
ques,qui lujramencit en main vncheual de felle , il 
quitta fa littierc & monta à cheual, après m'auoir con- 
juré de l'aller voir à Rome dans (on Palais, où ic ferois 
le très-bien venu Ueiugédeflors que la ciuiîi té ancien* 
nenauoit point quitté Rome, par l'exemple que i'en 

gLomc. auois. À mon arriuée dans Rome, huicl milles de Bac- 
cano, ierencontray ce mefme Seigneur auec quanti* 
té de Prélats ,& autres perfonnes qui efloient venus au 
deuantde tu jt pour le receuoirjiemcdeftourné ne iu- 
geantpas à propos de luy rendre mes ciuilitez dans la 
rué, il me joignit vn peu après vers la Piramide,dc la 
porte del Popolo,me pria inftamment de defeendre 
decheual, & de monter en Ion caroiTe,arln qu'il peuft 
fe refiouir auec moy dans (on Palais, fa ciuilitc mefur- 
prit, &ne voulant rien faire indifcretcmcnr,iele re„ 
mercié & le prié de me permettre d'aller chercher vn 
logis pour ma retraitte, qu'en fuitteie m'enquerrerois 
de Ion Palais , eu i'aurois l'honneur de l'aller vifiter 
dans quelques iours; il me dit venez prefentement auec 
moy , ic vous donneré vn homme qui vous cherchera 
eequ'jl vous hut, & je vous mettez point en peine; 



Dm Sieur de la c BottUye~le-GGU&. jy 
ie ne pus auoir de reffus pour fes ofïres; après difner 
me perfuadant qu'il efloit temps de faire retraitte ie 
voulus prendre congé de luy , il me dit qu'il me vouloit 
loger , & auoit donné ordre à Ton Maiftre-d'Hoftel de 
me donner vn appartement , & me prioit de prendre fit 
table, que luy-mef me fe donnerok la peine de me faire 
voir les choies plus remarquables de J^m^m/0^ 

Rome autrefois la demeure desjlSpereurs , cft 
maintenant le Siège du Souuerain P^ontificc, il femble 
que Dieu ait predeltiné cette ville pour eftre la premiè- 
re du monde: Pendant la Gentilité, ceux-là eftoient 
appeliez Barbares, qui ne fuyuoient les couftumes & 
les loix des Romains, 5c à prefenc ceux qui ne recon- 
noiffent le Saint Père pour Vicaire de Dieu enterre 
font reputezSchifmstiqucs, Hérétiques ou infidelles. 



Voyage de 2{ome k Lorette. 
Chap. VIL 

AP r es deux mois ie féjourdans Rome;ie pris 
congé de Monfignor Capponi , & le remercié, 
il me fit offre de ce qui efioit en fon pouuoir, que fi i'a- 
uois deflein de voir l'Année Sainte , il n*auoit rien 
qui ne fuft à moy , ie luy répliqué que pour le defîein ie 
Tauois rout entier, mais que leschofes font fi incertai- 
nes , & la fanté de l'homme fi fragile, qu'il ne fe doit 
rien promettre pour l'aduenir, parce qu'il n'eft point 
en noftre puifTancc.ny ne nous regarde point; Il me 
die, de ma part, fi ie ne fuis plus en vie , ic ne vous 



i6 Les Voyages Qf Ob fer nations 
offre point mon Palais , ny mes carofTes , mais ie fup- 
pofc,queparlapermiffion de Dieu,l'vn & l'autre fe- 
rons fains; ie l'en rcrnerciay,&luy promis de rcuenir 
à Rome, pour auoir l'honneur de le voir. Le mefmc 

r- • iour ie vins coucher àCiuitta Caftellana, vingt-cinq 
ciuitta i>\-i r ■ ■ * o j. 

Caftclia : millc^e Rome, d ou ie luy cnuoye cettre Lettre. 

ï G N E V ^ 

Les remerciemens dtubs a* a faneurs de Vofire Signorie 
Jtluflnfiime ,ne font pas de mauoir receu inconnu dans fon 
Palais , & my uuoïr fait rendre tout le refpecl que le meii 
leurde fes amis y auroit peu prétendre , ie mefensplus fon rc- 
deuable de rnauoir fouffert dans fon entretien & conuerfa- 
tion particulière 5 où taypris connoiffance de la meilleure par- 
tie des intrigues & couftume s de Rome 9 ce qui me doit obli* 
ger à publier par tout fa bonté extraordinaire & pure gene- 
rofîtéy eflant impuiffant de reconnoiflre par autre voye fes 
biens- faits y comme ie me fuis creu indigne de les receuoir 9 & 
dans ce poinclie ne feray iamais ingrat en conferuant la mé- 
moire iufques au tombeau. Sa reiponfc. 



M 



N S IEFR, 



Vojhe talent 9 & voftre efprit mauroitnt oblige a da- 
uantage ,fiie l'auoispeu -ffaittes non* fçauoirde Vo; nouueUes 
en quelque Heu que\?ousfoye% > ie cheriray toufiours Vos L et- 
très ,&> fi le cœur vous en dit de voir tasfnnèe Sainte 3 les 
magnificences de Rome; ie Vous fais les me f mes offres que 
ie vous fis a Voflre de f paru 



Du Sieur de UHoullaye-le- Gou&l 17 
Le i.iour ic paflTéàOtricoli petite ville ^.milles de OtticoB; 
chemin : à Narny ville Epifcopale 6. milles: à Terny Narny. 
autre ville 7. milles, & couché àSpolcti ville Epifco- J cr ? y ; 
pale \%. milles. Le j.iour ie difnay à Fuligno ville u. FuS 8 "a: 
milles ,& couché àSarauallei4.mille,qui eft plutoft Saraoafcj 
vnc grande rue qu'vne ville. Le 4.iedifné à Tolentin Mâchera!) 
pente ville /*. mille , & couché à Macherate ville Epi- «c 
fcopale 10. mille , & de là à Lorctte 10. mille. Lorectc.' 

Voyage de Lorette à \enïfc. 

c h a p. if. lit 

DE Lorctte à Ancone il y a douze milles, où Ancone: 
ie m'embarque auec efperance darriuerà Ve- 
rnie en trente heures. Sur le midy la mer fut agitée 
d Vnc il furieufe tempefte , qu'il fallut abandonner 
le gouuernail (ans efperance de falut , parce que 
nous ne pouuions nous efchouer , à caufe des ef- 
cueils qui aduancent en mer , le vent (c tourna au 
Sudeft, & nous allafmcs nous brifer à toutes voiles 
auprez de pezaro trente milles d'Anconc , aucun de 
nous n'eftant pery. Ce naufîrage excita en moy vn 
mouuement contraire à m-s defTeins, & m ébran- 
la de telle forte y que i'hefîté a paiTer ojtre , toutes- 
fois la raifon l'emportant > ie refolus de fuiure ma 
pointe , & prendre ma route par terre pourvenife. 
De pezaro ie vins à Rimini petite ville , trente miL Rimi ^ 
les : Puis à Fayence affez renommée pour la belle Fay < 
vaiflclle de terre que l'on y fait , aux cnuirons de 

C 



^ence. 



i$ Tes Voyages & Obferuations 

cette ville les chemins (ont fort droicls. De Fayan- 
ce le pris le chemin de Boulogne la g>afTe > laiffant 
ÏUuenne. Rauenne à main droitte, à caufe des Bandits. Bou- 
Boulognel g nc e ft baftic de telle façon , que la pluye , ny le 
Soleil n'incommodent point dans les rues } l'on y 
niante de bons fociflons. le partis de Boulogne 
pour Ferrare , à l'arriuée d'vn petit bois qui eft pro- 
che Fcrrarc , ie fis rencontre d'vn Marchand Mila- 
nois qui me coniura de ne palTer outre , à caufe de 
certains bandis qui venoient de voler, & piller cinq 
Gentils-hommes de l'Eminentiflimc Spada , ce qui 
me fit retourner à Boulogne , & prendre le canal 
oour Ferrare, fa diftanec eft de quarante milles : A 
Tentrcc l'on me demanda ma patente de iante, puis 
loti me don na vn billet pour demeurer trois iours dans 
la ville: A la fortielon me demanda le mefmc billet 
que Ton m'auoit donné à l'entrée, ordre tres^bon 
pour fçauoir le nombre des Eftrangersqui font dans 
vne place, &qui indique combien il a entré & forty 
deperfonnes-, cette place eft la dernkre que le Saint 
Père aye fur le chemin deVenife, elle eft bien forti- 
fiée, & peu habitée. 
Francolin ' A Ferrare ie monté en carofle pour Francolin, 
Pau Ri. huid milles de chemin, petit v.liage lur le Pau , où 
ycBife ' ie m'embarque pour Venifc , diftante quatre vingts 
milles , Ty arnué en deux iours , certe ville cft telle- 
ment connue, que ce feroit perdre temps de la déf- 
aire, & ennuyer le Lecteur de chofes communes & 
ordinaires ; (es inteiefts (ont prelquc les mefmes 
que ceux du grand Duc de Tofcaiie , à l'cigard da 



2?# Sieur de U Boulaje-le- (jonzj. 19 
Pape, de France ,& d'£fpagne,mais bien differens 
pour ce qui regarde 1 Ottoman. 

Voyage de Venife a Smirnc. 
Chapitre IX. 

IE m'embarquay à Venifc furvn vaifTeau Anglois^ 
appelle la Concorde de Londres : le deuxiefmc 
iour nous arriuafmes à Rouine , petite ville dans RoUmC! 
Mlliric, où nous fifmes aiquade. Elle appartient à 
l'Eftat de Saint Marc. Lcquatricfmenous lcuafmcs 
les ancres, & tirafmesversZantcs,où nous demeu- Zamcs? 
rafmes quatre iours à defeharger du bifeuit pour la, 
garnifon ; cette Ifle eft de Grèce dominée par les Vé- 
nitiens , fameufeàcaufe du traffic des huyies, cV rai- 
fins de Corinthe, il y a vn petit Chafteau dont ic 
fauterois facilement les murailles, la caufe procède 
des tramblemens de terre, qui y font fi ordinaires 9 
que l'on n'y ofe efleuer les maifons. Le neufiefme 
iour nous fifmes voiles, & après auoir nauigé autour 
de la partie Méridionale de laMoréc,nous laiffa- 
mes à main gauche Cherigo, Ifle appellée autrement chenW 
Porphiris , ou Citerée , & tirafmes vers Milo , autrç- Mtfo. 
fois Melada, chez les Grecs, pour les meules de mou- 
lin; Cette Ifle eft vne desCiclades poffedée par les 
Ottomans , aucc cinquante-trois autres •> il ne re- 
fte des Ifles de la mer ./Egée que Tine pour les Ve- T ■> 
nitiens. A l.iveuë de Paros, autre Ifle, nous eufmcsps 
la chaffe des fix Gallercs de Malte , ay ans reconnu la 

~ , ■■ ■.; c ij 



'aros. 



r zo Les Voyages &) Obferuations 

Bannière de Londre, nous leuafmcs le grand voile^ 

faluafmes de trois volées de canon; la Capitaineflc 

nous en rendit vn, puis nous cinglafmes vers llfle 

Naxia. ^e Naxia,&ietta(mcs lesancres à Schio,patrie du 

Schio. fameux Homère, où les naturels font fort allègres 

& naturellement Poètes, ils font Chreftiens, y en 

ayant peu de Turcs, les Pères Capucins François y 

ont vne Eglife ; nous y fejournafmes huict iours 

Smirne. P our attendre le vent Doueft pour Smirne, où nous 

* arriuafmes en deux iours, ç'eft l'vnedes anciennes 

villes d' A fie y ôc l'vne des fept Eglifes nommées dans 

PApocalipfe de S. Iean, lequel eftant mort en Plflc 

Patmos. ^ c P a t mos y ^ es Difciples le tranfporterent à Smirne 

& l'enterrèrent , fuiuant la tradition des Grecs , i'ay 

veulelieu: A trois milles delà ville l'on voit vnan- 

cienTempledelanus en fon entier. Dans Smirne il 

y a Conlul & traffic ouuert , les Percs Capucins y ad- 

miniftrent les Sacrements dans la Chapelle Confu- 

lairc ; Les Pères Iefuittesy ont vne belle maifon, où 

ils inftruifent la ieunefTe Grecque. Les François, 

Anglois, Se Vénitiens y ont grande liberté , & ils 

prennent leur diuertiffement ordinaire dans k ïar- 

Mitoglé dinde MirogléTurq , grand amv des François, où 

veut dire il y a pluficurs arbres fruciiers, & vn b.au Kioskquc, 

fils du * J * . . . , » ' 

Prince, oupetitcabinetouuert ,c t us Kscoltcz dont Ai- 
rogléeft Maiftre c> Seigneur contre L ienximenc 
de-ccux qui ne croyent pas cjue l'on poflede des rond 
de terre en Turquie, comme fi la pi* ipjri d*-s Mar- 
chands n'eftoient pasp.'oprietancsdciturs maisons 
danstoutes les vilL s, en payant certains ccns,ainfl 
ejue l'on fait ailleurs. 



Du Sieur de la Boulaye-le-Gou^. '• 21 



taine. 



Voyage de Smirne a Mctclin. 
Chapitre X. 

IE m'embarquay à Smirne fur vn Kaiq Turc , qui 
cftvne cfpccc debrigantin, ie fus recommandé 
au Reis,ou Patron, par le fieur du Puy Conful deReis iî- 
France en Italie : Le .premier iour de noftre fortie § mfie V* 
nous couruimes au Soudoueit le long de la coite vaifTeau , 
d'Aile ; Le deuxiefme iour tenans mefme route nous ou Ca P l " 
prifmes terre auprès d'vne fontaine ou i'aurois efté 
affronté fans le Keis : i'auois fait desbarquer vne 
bouteille de vin pour la raffraichir dans la fontaine, 
laquelle me fut enleuée de force par certains Leuan- 
tins ou foldats de Barbarie > auec injures, de mef~ 
chand , d'infidelle , & de mangedieu : mais le Reis le 
iettafurle plus refolu,leprift au collet, luy mift fa 
dague à la gorge , & luy dift que il fes camarades ne 
rapportoient le vin qu'ils auoient ofté à vn Franc 
quielloit fous fa protection il le tueroit> les autres 
rapportèrent ma bouteille & noferent fe pren- 
dre de parolîe auec le Reis qui eitou fort aagé, 
fû-Jûânt la cou0ut*îè djes Turqs defquels le refpecl: 
cft g; and enu rs lés vieiilard$,& protestèrent o'auoir 
fçeuqur leriiiic fous (a protection ; Canailles, ref- 
pondit le Rei> , fans Dieu , & fans Foy , vous mal- 
truuez es Francs, ie vous dis que iorfnue nous al- 
lons dans leurs mai loris à Miurne 8c àConi v antino- 
ple,ilsnenou^parlcnt que déboire, &de manger, 

C iij 



ii Les Voyages Qf Obfermtions 

pourquoyneluy aucz vous pas demandé fans vous 
LesTurqs comporter en Magribleus , qui pour couftume n'a- 
ccSx de' uez que le vol. Ce Reis auoit efté Officier fur les gal- 
Baibarie leres du grand Seigneur , où il auoit appris la lan- 
ki, agn " • eue Italienne aueclesEfclaues Francs. Le troifîefme 

bleus, qui o N 

Signifie iour nous arriuafmes aFoquia, appellee Foqueris 
Poncn- p ar j es Marfillois , d'où ils fe difent eftre defeendus -, 
nous les la ville cft petite & ceinte de murailles faittes à la fa- 
nommôs çon d'Europe. Le quatriefme nous arriuafmes à Me- 
ou.^ns. te ^ n petite Ille , où il y a vn gros bourg , & vn Cha- 
Francs fteau conquis fur les Génois , après la bataille de Le- 
r onî . u * pante.parlesgallairesdeConftantinople.&deGa-* 

ropicns, i r % r \i> i > 

ncnfujetslipolijlefquelles fe ietterent a limprouiftc dans le 
au Tuiq, or ç &l es gardes s'eftansmefp ris creurent que ce- 

poitans T ** O i TT r <> \ r^ , i • rr 

cheueux noient les gallercs de Venue 3 & de Gènes y & lailie- 

& cha- rcnt prendre lafehement la Forterefle , fuiuant le re- 
peau. r , r i r> • 
Foquia. cit que m en ht le Rcis. 

Metelin. le desbarquay à Mctclin auec le fieur de la Porte 
Médecin François, natif d'Anjou, où vn Turq qui 
auoit efte autrefois efclaue fur les galleres du grand 
Duc , nous vint entretenir de la guerre de Venife , & 
du grand Turq , auquel nous ne refpondifmes aucu- 
ne chofe fur ce fujet ; il alla publier que nous eftions 
fugitifs de l'armée Vénitienne .ô^eipions, pour rc- 
connoiftre le deffaut de la place,& le peuple de Mete- 
lin commençoit à s'amaffer autour de nous,lorque 
noftre Reis arriua, auquel ic dis, que nous trouuions 
cftrangc que l'on nous prift pour efpions de Malte 
ou de Venife > veu que nous eftions à l' A mbaffadeur 
de France; lequel nous auoic cnuoyédeConftflnti; 



Du Situr de la r BouUye-le-Gou&- *S 
noplcàSmirne pour quelque affaire^ qu'il refpon- 
droit de nos perfonnes deuant le Cadi de Smirnc, 
s'eftant obligé auConful de France de nous côduire 
feurement à Conftantinople,que ce procédé me fur- 
prenoit , & qu'eftans alliez du Sultan , nous deuions 
auoir toute liberté fur l'Empire Ottoman. Le Reis 
refpondit,ie fçay que vous eftes François, ic vous 
ay promis protc&iohlque craignez- vous, ce peu- 
ple eft eftonné de vous voir veftus en finges, parce Nous se- 
que n'y ayant ny commerce , ny Conful eltably blons dcs 

i tfî 1» • J r ît «npesaux 

dans cette Ille, I on y voit rarement des Francs ; «PL C JJ ant ï ns 
m'eftarriuéplufîeurs rencontres femblablesdcpuisàcaufedc 
vingt- cinq ans , que ie vais & viens de Conftantino- £?* C0U ~ yJ 
pleàSmirne,la dernière fut fur la cofte de Natolie qu'ils ab- 
aupres de Fonda, où iemcnévn icune Franc farta 110 "" 1 *' 
montagne, dans vn village où ils n'en auoient ia- 
mais veus, & luy ayant donne vn demes habits, ie le 
fis voir aux Manfulmans du lieu, lefquels furpris 
s eferierent , vrayementles Francs n'ont point la tc- 
fte ny le mufle dvn beeuf 3 eft il pofhble que des 
hommes fi beaux n ayent nulle connoifTance de 
Dieu, & que leurs Papas leur dcftendentd'appren- Papas cb 

dreles Efcriturcs.de crainte qu'ils ne fefaiïent Man- Tul 3 fi * 

ri t ■ j r ■ j S nlfic 

iulmans ; Je vous conjure de ne point lortir du Kaiq p t efttc«. 

qu'auec vn de mes gens, il ne vous arriuera aucun 

mal. Dans cetre Ifle fe trouuent des cheuaux fauua- 

ges fort petis \ mais vigoureux au poffibIe,&efti- 

mez dans 1 Afie; Les raifins mufeats blanc y & les 

carpons ou melons d eau y font excellens. 



14 Les Voyages 'çf Obferuations 



Voyages de Metelin aux Dardanelles 3 ou Chajleaux du 
Canal > & Conjïantinople. 

Chapitre XI. 

DE Metelin nous paflafmes à la veu'ë de l'Iflede 
Tenedos; & le fécond iour nous prifmes port 
Chafteau au Chafteau d'A fie, cfloigné vne demie lieue de cc- 
d'Afie. j U y d'Encone; ces deux chafteaux appeliez autres- 
fois Seftos j Abidos , ont aujourd huy plufkurs 
noms fuiuans lesNations différentes: Les Iraliens 
Iesconnoiflent fous le nom deDardanelli,lesPro- 
uençaux fous celuy de Caftellis , & les Leuantins les 
, r , appellent Boghas. Effortcr, qui-fignifie Chafteaux 

Voyez le /i 1 i ¥» .. i j r • T J 

/îcur des du canal j les Poètes les delcnuenï lousces mots de 

Haycs. Hero,& Lcander,à caufe de la fidélité de fesdeux 

Amans. Ces fortereflesfont au commancementde 

l'Helefpont , munie de quantité de gros canons 3 qui 

portent de lvn à l'autre à fleur d'eau 3 ilferoit difficile 

d'en venir à bout par mer 3 mais par terre l'on les peut 

emporter. Us font efloignez égallement deux cens 

milles de Smirne& de Conftantinople, l'ordre y eft 

tel pour lesvaiffeauxquiyarriuent deConftantino- 

pie, Heraclée, Rodolto, GaJlipoli,ou Marmara, 

ils y demeurent trois iours afin qu'on les vifite & 

, fafle recherche des Efclaues fugitifs qui y pour- 

éte'cft là roient eft re cachezanais ceux qui viennent de la mer 

mer Me'- Blanche , paffent à toutes voiles entre les deux Cha- 

d £ crM - fteaux, fans cftre obligez de mouiller ^u au retour. 

n*e ô " Mous 



Du Sieur delà Boulaye-le-Çou 4 ^. ïj? 

Nous féjournafqaes 2.iours dans la ville qui eft au pied 
du Chafteau d'Afie aiTez peuplée., en fui te nous mifmcs 
les voiles auxventspourGalipoIy,oùnousarriuafmesGuefipo- 

en vingt heures : Au milieu du chemin noftre Reis fit jj* ^ Gl ~ 
faire vnc filue à tous fes mariniers, en mémoire d'vn 
Prophète Manfulman, qu'il me dit auoir cfté enterré 
fur la cofte de Grèce que nous voyons: Galipoly eft 
vne petite ville de Grèce, fur la mer de fàint George; 
fon nom déclare qu'elle a efté baftie par les François, 
parce que Polis fignifie ville, & Gallus vn François: 
i eus fort peu de liberté de me promener dans les rues 
a caufe des Seferris qui parcoient dans deux iours pour 
Candie , cetont foldats de la nouuelie milice , qui font 
beaucoup de malauxChreftiens, &Iuifs; Trois iours 
deuant que partir pour la guerre , ils vont dans les 
rues la hache à la main, & frappent en eftotirdisr.jx 
qui neleurdonnent cequ'ilsdemandent; leplus expé- 
dient eft de demeurer dans la maifon pour éuircr la ren- 
contre de tels fols. Il yavneEcheileeftablieàGalipo-- . JU 
ly, dont le fieur de laForeft Angeuin cftConful. L'ar-eft 



va lieu 



ienal eft beau, où l'on conferue & fabrique les rral-[ lbie P 0UL ' 
leresa cornière Ion y garde auec beaucoup de ioincel- ^ ,[ b y a 
les que lesTarqs prirent fur lesChreftiensàla bataille Confuls, 
de Lepante , pour conieruer par ces marques la me t oL n » f c ] 
moire d'vn combat fi fameux. rokmpiU 

Vn Vendredy après la prière desTurqs noustiraf-} cr x tc l s 
mesversl'Iflcde Marmara, où noftre Patron defehar-caufe des 
gea quelques bonnets , coufteaux , te peignes , qu'il ?-? nC n S - 
auoit acheptez à Smirne des marchands Marfillois; Ma 
la ville porte le nom de l'ifle , eft peuplée, de Grecs, .& ra 

D 



.arma- 



'ic Les Voyages ~çf Obferuations 

aux enuirons il y a quelques Monaftercs de Caloicrs 

fatRd*- Grecs; les Latins appellent ce lie'iMarmora, à caufe 

j^eux s! d e 1» abondance de fon marbre, d'où l'on en droit au- 

Barille ' trefois pourefleuer les plus beaux édifices; Les Turqs 

changent fortiouuentPo des Francs en a, Rappellent 

cctte'lfle Marmara ,Sommare en Italien fignific vn 

animal de voiture, que les Turcs difent Sammare,chan- 

geans pareillement l'o en a. 

Le Dimanche en dix- heures de voiles nous prifmes 

'Redofto. portàRodofto ville de Grèce, où fefaitvncommer- 
' ce de laine &de cuirs, que l'on en transporte en Euro- 
pe. De Rodofto nous mifmes le cap à Heraclée , autre 
Heraclée. r\ ^ ^ ^^ _ ^j^ FrancS Qnt fe mc f mc négoce qu'à 

Conftan- Rodofto ; & de là à Conftantinople, par le Bofphore 

n plc ' quilediuifcd'auecGalata. Cette vilJeeftappellécvul- 

Bofphorc. ^ aircmcnt Stam bol , Kdambol , ou Conftantanic , eft 

la demeure du Roy des Ottomans -, c'eftoit autrefois 

Bifance , laquclleConftantin accreut & luy donna fon 

nom , elle eft triangulaire , & très- belle à voir de deffus 

la mer, mais lorfque l'on eft dedans, Ton perd l'eftime 

que l'on en auoit conceuë [ur le vai{Teau,auiîique fa 

beauté neprocede de fon peuple, ny de (es baftimens, 

Nord eft ny de fa grandeur qui eft efgalle à celle de Paris, mais 

kSepien- fc fa fituation à la pointe de l'Europe, fur vn canal qui 

M° n N • rcfpondà deux mtrs,formc aux deux extrêmes par des 

rc a? °lê ForterelTes, où le vent du Nord fait arriucr les vaifîeaux 

Pont Eu- dc } a mcr ^ojrc 9 & celuy du Sud ceux de la mer Blan- 

mer Ma- che , & quelque vent qu'il faiTe ils y peuuent abborder 

J or : A1 d'vncofté ou d'autre. 

M?dJ L'air y eft fort fubtil , qui eft la caufe des change- 



Du Sieur de U Toulaye-le-Gou&. %7 

mens qui arriuent au corps & à- la fanté de ceux qui 

l'habitent ,fa latitude eft de quarante deux degrez , il y 

fait quelqucsfois extrêmement froid , à caufe du vent 

Poiras,quivientdc la mer Noire, & oblige à prendre £ oirâ * Cn 
, r * > 7 Tllr q fi- 

la rourure pour s en garentir. gmficSe- 

* ptentrion 

Rareté^ de Confiant inople. 
C H A P. XII. 

BAudicr a mis au iour vne defeription du Serrail de 
Conftantinoplc, & autres raretez, aucc tant de 
rapport aux mémoires que i'en auois dreifez , que ie me 
fuis contente d'inférer en cette Relation le Plan des 
cours du Serrail > où vn chacun peut aller , qui peut 
beaucoup feruir à l'intolligencc de fon Liure , comme 
fon Hiftoire peut ayder ceux qui font amateurs des 
couft urnes des Turqs, pour la Religion il la deferitte 
groiTierementj&rciTence de la Politique Ottomane, 
ce qui ma obligé à m'y eftendre vn peu dauantage. 

A Première porte du Serrail gardée par vne Com- 
pagnie de 150. Capigii cette porte eft tout le iour ou- 
uerte, & lanuid les Capigis ou Portiers font releuez 
par d'autres , y ayant fïx Carpigi Bafchi , ou Capitaines 
qui y couchent tour à tour, hors cette porte, qui n'eft 
pas autrement magnifique , il y a vn corps de gardes 
de lann ifîaires dans de petites cabanes de bois. 

B Murailles de trois milles de tour ou enclos du 
Saraiprincipal appelle Boiux Sarai,ou enclos grand, 
demeure du Sultan,à la différence des deux autres^donc 

Dij 



PLAN DV SERRAI L. 




Du Sieur de la Toulaye- le- Gou&. 29 
le premier s'appelle E(ki Sarai vieil enclos, & le fécond 
Ibrahin PachaSarai, enclos d'Ibrahim Pacha, cftran- 
glée par Tordre de Soliman fçcond,à la prière de Rck 
xclane , ces trois Palais font au grand Turq , & ce 
motdeSaraieft gênerai en Leuant, comme celuy de 
Palazzo à Rome,d'Hcftel à Paris, & d' Albcrga à Mal- 
ta; Ce pan de mu raille eft reueftude tournertes où de- 
meurent les Agamoglanfler, ou enfans Grecs mal ad~ 
droits, afin d obferuer fi quelqu vn approche du Serrail 
par mer ou par terre. 

C Première cour dVn tiers de mille d'Italie de 
long ,& autant de large. 

D Place où l'on garde les cheuaux de ceux qui font 
aflîftans au Diuan. 

E Fontaine où boiuent lesferuiteurs qui gardent 
les cheuaux. 

F Magafin où l'on garde plufieurs armes. 
G Seconde porte fabriquée comme la première, 
auecvn feul portique, gardée pardesCapigis. 

H Seconde cour appellée cour du Diuan , rem- 
plie decypres & fontaines, ayant plufieurs portiques 
tout autour, fouftenus de colomnes, où la Milice eft 
en ordre aux cérémonies. 

I Guy fines du Serrail, qui font neufen nombre. 
K Efcuyriedu Sultan, où font lescheuauxdbntil 
fefert au dedans du Serrail. 

L Diuan v ouConfeil publiq, lequel eftant fermé 
eft fcellé du Seaudu grand Vifir, derrière ce Diuan eft 
la porte de la Sultane Reyne , gardée par des Eujiu-, 
ques noirs, parce que fes femmes ne voyans que des 

D iij 



jo Les Voyages & Obfematîons 

noirs , ellestrouuent le grand Seigneur plus beau , mais 

fa Hauteffe eft kruie par des Eunuques Blancs. 

M Troifiefmc porte par laquelle l'on entre au Sa- 
raiou enclos referuéà la feule perfonne du Sultan , de 
aux Eiclaues , qui le feruent par ce troifiefmc Patiquc, 
l'vn entre dans l'appartement ordonne aux audiances 
publiques que le Sultan donne aux AmbafTadcurs & 
Vifîrs, en entrant dans cet appartement l'on defeou- 
urede tres-bcaux Edifices dans vnc troifiefmc cour, 
où lcSultan demeure: Oeftdecetttc troifiefmc porte 
que l'on a appelle la Cour des Sultans ,1a Porte. 

N Fontaine où l'on fait mourir les Grands de la 
Porte. 



De la Religion oh créance des Ottomans. 

Chapitre XIII. 

TVrq^ ou Turcoman , fignifie Païfan, Pafteur, ou 
homme de la campagne,& eft vn iniurc à vn Ot- 
toman Kefelbache, ou Iufbeg,lefquelles s'appellent 
Manfulmans,ou vrays eroyans,& diftinguent leurs na- 
tions par les chefs qui les ont comandez ; les Ottomans 
fc nomment Ofmanleus d'O (man^c grand Capitaine 
appelle Ottoman en François par corruption; les Kc- 
felbachcs ouSchais,duSchahquieft lcRoy de Perfe: 
où du bonnet rouge que les Sophis portent (ur la tefte 
que l'on nomme Kcfelbache en Turq;& les Iufbegs 
de la terre qu'ils habitent, qui fignifie cent Seigneurs, 
qaoy qtrils loient tous Turqs de langue > &de nation, 



Dh Sieur de la BouUye le-Gou^j r $i 
& defcendu de la Schy tie à diuers tcrr- ps ; & du Turq- 
ftan, qui fignifie demeure des Pafteuis. 

Les Ottomans croyent en vn feul Dieu , qui n'a & AIkorari 
ne peucauoir d'efgal,ny de compagnon,auquel obeif- chap. de 
fance eftdeuë éternellement ;eftre infini, miiericor, c a h ^ c £ 
dieux à ceux qui font mifericorde, Créateur des De- vache. 
nions , du Ciel & de la Terre , & de tout ce qui y eft 
contenu , lequel comme vn bon Prince s'eft manifefte 
à diuerfes fois aux hommes, & s'eft accommodé à leurs 
foibleiTes& inclinations: aenuoyéMoyfeplein defa- 
geffe > lors qu'ils s'addonnoient à la magie , & feiences 
occultes ;leouel fe feruit du doigt de Dieu pour faire 
des miracles au defïus de la nature, & donna quelque 
connoiffance auxhommcs,lefquelsfe relafcherent de 
la recherche desprodiges,& s addonnerent àlaMede- AI. çW; 
cine , & Dieu cnuoya IfTa fon Verbe & fon Efprit; gn é e a de~ 
c'efl: à dire fuiuant l'interprétation de leurs Docteurs, Joachi». 
vn objeâ: dans lequel il fe complaifoit., parce que l'a- McfTiaT 
mej& les volonter de l'amant font dans la chofe ay-qui figni- 
mée. lequel furpalTales Médecins dans les opérations, ^ , e 

i r i »i / m i en Arabe. 

comme Moyie les Mages en prodiges ; Cet Ida bon 
Mefîie fut Fils de Marie, laquelle 1 ayant conceu fans 
attouchement d'homme, parla reuelation d'vn Ange, ^;J Ç na P- 

t j lit - i v ^ c l Enfer 

enranta auec de très-grandes douleurs au pied dvn& de h 
palmier, ce Miracle du monde; lequel parla au ber- bearim- 
ceau comme vn homme de cinquante ans, annonçan t a».' chab: 
aux hommes laverité qu'il auoit apprife de Dieu fon de Marie. 
Seigneur; confirma les Saintes Efcriptures , & defabu- 
fa les Iuifs vrays croyans, qui fuyuirent fa do&rine; 
mais les médians , le voulans appréhender, il fat enle- 



\i Les Voyages çg Obfetuitions 

Chap. des u £ au Ciel d'où il reuicndra faire lcsChrcftiensIuifs& 
Femmes. p a y Cns ^ yra y S cro yans , & empoignèrent vn de fes 
Difciples femblable à luy qu'ils crucifièrent , & les Dif- 
ciples d'ItTa l'ont fait pafTcr pour Dieu ; les hommes 
mefprifcrent les fecrets de la Nature, & de la Mede- 
U Vache* cinc > & s'addonnerent à l'éloquence . Mahomet vint, 
Chap'dcsla perfection des Prophètes, après lequel Dieu n'en 
Chf 'de énuo Y a p.lus,ilrcccutt'AlKoranduCicl,qui eft Pclo- 
l'A!k P oran quenec mefme , & le tefmoignage àuec lequel il con- 
firma le vieux Teftament , & l'Euangile , & eftablit la 
Religion des Manfulmans, ou vrays croyans, tels 
qu'ont efté Noé, Moy fe, Dauid,Salomon, Iean, iefus, 
& tous les Prophètes & Apoftres,quiont reconnue 
Chap.de adore vnfeul Dieu. Dans l'AlKoran,ouplutoft Coran, 
la vache. comme l»appellent les Turqs, il eft fait mention du 
uÏÏfnèc Taurat j & de l'ingil ,c eft a dire du veil Teftament que 
de îoa- i es luifs ont falfifié , & de l'Euangile dont les Chre- 
Chap de ftiens ont ofté vn paffage , qui dit, qu'il viendra vn 
la table. Prophète après Ieius-Chrift, qui aura nom Mahomet. 
Chap. du I]s croycnt Je plus le Iugemcnt, la Refurredion des 
Chf p. de morts, la remiflion des péchez , vn Enfer pour les mef- 
lauement. cnans & vn Paradis pour lesbons,où les fensauront 
ord?e's de Meurplaifir,demefmequelesoperationsdeh^ 
Chap. de cc q ue> ( j l f ent i curs fçauans , l'homme ne fcroit pas 
'" heureux en tout, fi toutes fespaitiesn'auoient leurs re- 
compenfes, & pleine iouïffancc de leurs objets. 



la couucr 
ture. 



A4 ar Lige 



Du Sieur de U Tboul*je~U-Gm&> 3} 



Mariage des Manfulmans* 
Chapitre XIV. 

LEs Manfulmans ne pcuucntauoir qucquatrcs^ ha P c dcs 
femmes fuiuant 1 Alicoran, mais ils en pren- 
nent iufqucs à fept par tradition , & peuuent con- 
noiftre tant d'efclaues qu'ils en peuuent nourrir; Chap# ^ 
Leurs meres leurs font défendues , les femmes de pelerina- 
lei*rs pères, leurs filles, leurs fœurs, leurs tantes, leurs ^7 ^ 
niepccsjlcursmercsnourriccs, leurs fœurs de laict, diuorce. 
les meres de leurs femmes, les filles que leurs fem- ch des 
mes ont d'vn autre mary , les filles des femmes femmes. 
qu'ils ont connues ,ils peuuent répudier leurs fem- 
mes, fi elles font adultères ou immondes - y ils ont en chap.des 
horreur de foûillefic lift de leurs peres , & comettre femmes. 
des inceftes aufTi bien que nous ;& pour marque de 
mon dire , l'on doit fçauoir qu'après la mort du Sul- 
tan , fon fils aifné cft Maiftrc & Patron des femmes 
de feu fonpcre,lcfquellcsdeuiennent fesefclaues, 
& â tout pouuoir fur leurs corps , mais il ne leur tou- 
che iamais, & les fait tranfportcr dans vn Scrrail qui 
cft à Conftantinople , appelle le Serrail des Sultanes 
meres, où elles acheuent le refte de leurs iours les 
vnes auec les autres , ayans tout à louhait , hors des 
hommes parfaits , dont elles fe partent facilement, 
& n'en défirent point, en peruertiflant l'ordre de la 
nature par des crimes v dont la connoirtance ne fer- 
uiroitde rien auLeclxur, 



^ Les Voyages.^ Obfèmations 

Lors quvn Turc defire prendre femme, il con- 
uientaueclcpercdclafille, &palîe vnContra&de- 
uant le Cadi , par lequel il luy donne vn dot, lequel 
Ton employé à l'achapt de bracelets d'or, & d'habits 
qui demeurent en propre à l'efpoufe, & s'il arriue 
que par diuorfe ou defgouft vn Turq chalîe fa fem- 
me trois fois, il ne la peut plus reprendre qu'elle n'aie 
efté mariée auec vn autre depuis fa feparation,pour 
mettre à couuert l'infamie \ & la femme répudiée ne 

CW d e ^ c P cucrcmarierc l u,e ^ e nait cu quatre foiscequi a 
Uvache. accouftumë d'arriucr aux femmes tous les mois. 

Vii autre mariage fc prattique en Turquie, qui 
s'appelle mariage au cubin , ou mariage à la carte , & 
principalement par les marchands François , An- 
gIois,Hol!andois, & Vénitiens, ou autres Eftran- 
Chap. degers , lefquels n'ayans point mené de femmes en 
fcfpreu- Turquie ne s'en peuuent palTer , & comme il y va du 
feu à coucher auec les Manfulmanes,&de grofTes 
amandes auec les Chreftiennes, ou Iuifues , l'on a 
inuenté cette forte demeriage; Ion conuient auec 
la femme Grecque , ou Arménienne, parce que Ion 
nepeu t en aucune façon toucher publiquement aux 
Manfulmanes,&l'on s'oblige de luy payer vne cer- 
taine fomme d'argent lors qu'on la quittera , puis 
Ton va deuant le Cadi, où luge, auquel l'on donne 
cinq ou fix fequins pour fon droit, afin qu'il confir- 
me le marché , & que l'on puiffe tenir cette femme 
dans la maifon au fçeu de tout le monde, fans ap- 
prehenfion de la Iuftice : Pluficurs François après 
auoir mené cette vic,& en auoireu des enfans les 



Dit Sieur de la HouUye-le-Gouzj. SJ 
cfpoufentà laChrcftiennc, parvn remords de con- 
feience, & légitiment leurs enfans, qui font défia lé- 
gitimez par la Loy des Manfulmans, qui ne font au- 
cune différence entre les enfans des femmes efpou- 
fées,& les enfans des Efclau.es, ou des Concubines. 
Les femmes font fedentaines fur des fofras,ou 
tapis accompagnez de careaux , dans vn apparte- 
ment feparé , ou perfonne n'entre iamais que le ma- 
ry: fi elles vont dans les rues, elles font tellement chn P : de 
cachées j que leurs maris auraient peines à les recon- l a to»^ 
noiftre. Les Grecques font auffi enfermées , mais r< 
leurs parens , ou les amis de leur mary les voyent 
quelquesfois : La pratique des luifves eft facille, 
parce que leurs maris font tous courratiers , & font 
rarement de iour au logis-, mais cette nation eft fi 
fale, &mal prope,que lonayme mieux vne Tur- 
que de trente ans, ou vne Grecque de vingt ,qu'v- 
ne Iuifve de quinze ans. Belon Médecin François Belonlï- 
enuoyé dans le Leuant par feu Monfieur le Cardi- ute 3- dw 
nalde Tournoa a parfaitement bien deferit les "- 
amours des Turqsdans fes obferuations,&tout ce 
qu'il a veu & prattiqué dans l'Arabie, Grecque, Egy- 
pte ôc Natolie 3 il a feulement efté obfcur en vn 
point qu'il neiugea pas d'expliquer, lors qu'il dit, 
que les calleçons des femmes font faits à la mariniè- 
re, &fontplus commodes pour la diuerfité des re- 
plis qu'il y a remarquez, quvn chacun vit à faguife., 
du moins autant de pays, autant de plaifirs recher- 
chez, il en deuoit mettre le portraicT: dans fon Liure, 
afin d'en faire mieux voir la pouiture, corne il eftoix 

E i] 



*4 I.€S Voytpes f$ Ob fer nattons 

Médecin s ii amois plus d'idée 4e la nature des fem- 
mes, & poffible autant de pratiqua t que 4e théorie 
«des chofes qu'il efcrit à parolkscouuerteSjCt aignant 
deâirccequileuft voulu faire en Europe, s'il y eu AL 
rencontre la mefme loupIeiTe , que dans le Leuant; 
îe n'ay de connoifïance de ces myfteres,que pour en- 
tendre f on Liure^ & ferois contre mon ordinaire 
«d'eferire le rapport d'autruy , & affeurer ce que Le 
ûAuioi* veujny connu parfaittetnent* 

De U Qrconcifwn. 
Chapitre XV- 

L s Enfant eftant vn peu grand , l'on luy rire-de 
force le prépuce, auec vn fer, à la façon des 
morailles,dont l'onarrefte les cheuaux parle nez, 
lors qu'ils fontfafcheux à ferrer, & l'on le couppe 
tout , de façon que le Balanus demeure tout defeou- 
uert: Cette Circoncifion eft de beaucoup plus dan- 
gereufe que celle des Iuifs, qui eft plus douce, il y a 
danger de mort pour ceux qui font aagez; Ton at- 
tend ordinairement que l'enfant puiffe prononcer 
ces paroles, La illailla la Mehemmed reful alla, 
Dieu eft feul Dieu, & Mahomet enuoyé de Dieu. 
Cette marque les fait reconnoiftre,&les diftingue 
des Chreftiens, luifs, & Payens, &ils ne lacroyent 
nullement neceflaire àfalut, il n'y a aucun partage 
dans l' Alxoran qui la commande, & ne l'ont que par 
cradition : le croy que les Sages ou Docteurs des 



Du tient âe la B^maj^h-Gm^ Sf 
Mamfîilmans Tont ordonnée, parce que le prépuce 
croifl extrêmement long aux Arabes, Se pourroit 
empeicher la génération; ie me fouuiens au-oirveu 
dans les de fers deMefopotamie, & d'Arabie,, ie long 
«des riuieres duTygre,&: de i'Euffrate quantité de 
petits garçons Arabes , iefquels n'ont pour habit 
qu'vn abba * ou bift de poil de cheurc , qui ne îeur ca- g^ e $ vn 
chc que les efpaules ; ils monftroient à defcouuert ce manteau 
que nous appelions nudité , fans honte , l'innocence \£ x *~ 
régnant parmyces peuples ,ie remarqué qu'ils ont 
îc prépuce bien plus long que nous , & que s'ils ne (c 
faifoient circoncire, ils auroient peine à fe defeou- 
urir le balanus,&fe purifier par les lauemcns ; fclori 
leur Loy , & doute fore qu'ils peuiTent engendrer, du 
moins laplufpart. 

Les Renégats ont le mefme pouuoir de comman- 
der que les Ottomans, ils entrent dans la milice ;&: 
lors qu vn Chreftien , vn Iuif , ou Payen defîre fe fai- 
re Manfulman, ou vray croyant, il va au logis du 
Kadi , leue le doigt index , & dit ces paroles , La illa 
il alla Mehemmed relui alla 9 il n'y a qu'vn feul Dieu, 
& Mahomet fon vray meflagcr, & quelque temps 
après eft circoncis, tout cecy eftde tradition. Pla- 
ceurs ont aduancez faucement que les Iusfs fefai- 
fans Manfulmans, eftoient obligez de fe profeffer 
Chreftiens , il eft vray que tacitement ils confefîent 
lefus-Chrifteitrevn Prophète, mais de cette façon 
tous lesTurqs feroient Chreftiens, Ton ne circon- 
cie point de rechef les Iuifs,quoy que leur circon- 
cifîon fou bien différente de celle des Manfulmans, 

E iij 



'jS Les Voyages çf Obferuations 

parce qu'ils n'ont quvne partie du balanus defeou- 

uert. 



L 



Prière , leujhes >& Sépultures. 

C H a P. XVI. 

Es Turqs font obligez à faire cinq fois le iour 
jla prière , ou namas , au matin , à midy , à l'heu- 
re de Vefprcs , au Soleil couchant, & à l'heure de 
nui£t., qui font les diuiilons ou les heures du iour, 
qui eft vne grande politique d'auoir diuifé le iour 
dans les heures de l'Oraifon- ils ne fe feruent point 
de cloches, mais au temps de la prière il y a des hom- 
mes gagez qui montent fur la Tour de la MofKee^ 
& les aduertilTent , chantans melodieufement à hau- 
te voix, la illa illa lalla Mehemmed reful lalla, & les 
bons Manfulmans vont dans laMofkéefaire la na- 
mas > Se principalement le Vendredy , qui eft leur 
lec leVen- grande Feftc : Ils ne négocient point qu'après la prie- 
<fr^y re publique , non qu'ils y foient obligez , ny forcez 
c ^° a p m ^par l'AlKoranj Leurs Doctes tiennentquepar tout 
Taflem. où il y a quatre Manfulmans, Dieu eft le cinquief- 
me , là où il y en a cinq , Dieu eft le fixiefme , & ainfî 
du refte , & que la Prière eft auffi bonne dans vne 
campagne, ou dans vne chambre nettoyée,que danp 
la MofKéej où ils vont ordinairement à caufe des 
fontaines qui y font fréquentes, où ils fe lauent les 

{ parties immondes & pollues , deuant que de faire 
eur prière, dont le commencement eft tel > Au nom 



ÏD# Sieur de la Boulaye-le- CjonzJ. 39 
de Dieu clément &mifericordieux, à ceux qui fontc hap d . 
mifericorde,loiïéfoit Dieu,falut foin à Dieu, & à louas. 
la fin ils difent louange foit à Dieu, le refte eft de tra- 
dition; fçauoir, Dieu Seigneur des mondes , Sei- 
gneur du iour, du iugement, nous t'adorons, nous 
û'mplorons , conduits nous droittement , &c. Leur 
cérémonie extérieure efl telle , ils eftendent vn tapy 
en terre, puis fe tiennent debout , & portent les 
deux mains à l'oreille difans leurs prières, puis fur 
les cuifTeSj ôc s'enclinans vn peu ils fe releuenr, & par 
après adorent en terre deux fois, & demeurent quel» 
que temps aflis, & recommancent auec mefme céré- 
monie iufques à quatre ou cinq foisjl'on dit que c'eft 
a caufe de Mahomet , & des quatres Interprètes de 
l'Akoran, Hali, AbubeKr,Omar, & Odeman,& 
qu'ils diient toujours quelque chofe de particulier : 
Ceux qui font deuotieux recommancent cent fois la 
prière^ à la fin ils branflent là tefte,&la tournent de 
tous coftez pour receuoir les benedictions que Dieu 
leurenuoye, puis fe prennent la barbe, mais les Sa- 
iettes ou defeendans du Prophète mettent la main 
fous leurs barbes & fîfflent;tout cela eft de la nou- 
uelleTradition , ôc n'eft nullement de la doctrine de 
l'Akoran. Jls fe tournent toufioursdu cofté de la 
Mecque pour prier, & non pas du code du Midy , l^fj 
comme on a rapporté: Ceux deConftançmople re- 
gardent leSud,ccuxDifpahaaz,ou%biloneleSun u f c U i.' 
fuouctfycs Indiens Loueft,les Mofembiois le Nord, chap. 7. 
& les Maroquins & Barbares Lefî . La* Tour de la 
Mofxée cûaufli ouuertc du coiléde ta Mecque, ils 



If o Le* -^Voyages &) Obferuations 

~ u j ont cncorvn Chapelet de plu fleurs grains ^difent 
1 abbcilie. a chaque grain , Dieu aye pitié de nous. 

Les Manfulmans ne mangent point de fang 5 de 
chair de porc, ny aucune viande dont le fang naît 
efté refpandu : Ils ont pour Carefme la neufiefme 
Lune appellée Ramafan , parce que dans ce mois 
l'Alxoran eft defeendu du Ciel au Prophète , & pen- 
dant le iour ils ne boiuent,ny ne mangent qu'après 
le Soleil couché , & l'Oraifon faitte , mais en recom- 
pence la ntuft ils ont toute liberté pour la mangeail- 
^^j i de îe,iufquàccqueron puiffedifeerner le fillet blanc 
d'auec lenoir,cVpeuuent connoiftre leurs femmes, 
que Mahomet dit eftre neceflfaire, comme les habits, 
pour n'entrer en tentation. 

Les malades font vifitez par les gens de laMof- 
kée , & s'il arriue qu'ils meurent , ils chantent des 
Hymnes, ôc des Cantiques dans la chambre du tref- 
pafle , & le portent en terre au lieu deftiné pour la fe- 
pulturc des Manfulmans, où ils recommancent 
leurs chans,le mettent en terre,&y pofent deux pier- 
res pour marquer la longuer du cadaure , l'vn à la re- 
flet l'autre aux pieds} En fuitte les Mullatis ou Do- 
cteurs de la Loy lifent quelques Chapitres de T Alco- 
ran, ôc rompent vn pain que l'on diftnbuë à toute la 
compagnie , ôc après l'auoir mangé chacun fe retire; 
fur la pierre qui eft à la tefte du cadaure , l'on met la 
figure dvn Turban ,fuiuant la condition du mort, 
parce qu'vn Ianniflaire porte vn Turban autrement 
plié qu'vn Caualier , vn Chaaux autrement qu'vn 
Pacha, ôc vn Religieux autrement qu vn Kadi , ôc 

quand 



Du Sieur de la Boula^e-le-GouT^ ^t/ 
quand à la femme l'on y met vne coiffure fuiuant fa 
qualité pour la difeerner des autres, ces cérémonies 
nayans aucun fondement que l'vfage. 



Fejtes 3 Moskces, Bains, & Laucmens. 
Chapitre XVII. 

ILs ont plufieursFeftesaufqu elles ils font de gran- 
des rcjouïiîances , pendant trois iours ils fc parent 
de leurs plus beaux habits, & font des ieuxpubliqs: 
Le Baihram eft à la fin du Ramafan ou Carefme , il 
dure troisiours, pendant quoy ils fe font branfler en 
l'air, ils folemnifent aufliauec ré] ouï (Tance ranaif- 
fance d'vn enfant du Sultan , ou le iour de la prife de 
quelque place. 

Dans leurs villes conquife, des plus belles Egli- 
fes ils en font des Moskées,ou les femmes ne vont 
iamais pour faire leurs prières; Dans leurs Moskées 
ou Temples ils ont le nom de Dieu, du Prophète, & 
des quatres Interprètes de TAlcoran efcnpts en 
Arabe , lors qu'ils entrent dans la Moskée ils def- 
chauflent leurs fouliers , comme quand ils font leur 
prière. 

Voulans manier rAlcoran,ou dire leur namas, Chap. du 
ils fe lauent les pieds , bras , cuhîes , la face , & la tefte lu S em é c - 
pourfe purifier, & faute d'eau ils fe feruent de fable 
ou de grauier, & difent qu'il n'eft pas feant de fe pre- 
fanter à Dieu fans auoir le corps net ; s'ils ont eu 
compagnie charnelle , ils lauent les parties qui y ont ^J^/* 

F * 



^2 Les Voyages çtf Obferuathns 

leny ,& le plus (ouucn rour lccorps;àcér effet il y a 
desbains par toures les villes, ou pour trois ou quatre 
af près , qui renieraient à trois loh de noftre motmoye., 
l'on eft fort bien nettoyé & decrafte: Les hommes y 
vontapresauoirhabitéauecleurs femmes pour fe for- 
tifier &fe remettre les fcns,& les femmes après midy, 
afin que la chaleur du bain n'empefche point la conce- 
ption. Il y a vn tel ordre dans ces bains, que fîvn hom- 
me y auoit efté furpris auec des femmes, il ieroit bruflé 
pour auoir deshonnoré ce Sacrement; les Chrefticns, 
les Luifs , les fains , & les malades y font fort biens reccus 
en payant, & les Turqseftiment plus ceux qui les fré- 
quentent, que ceux qui fe placent dans leurs [aletez: 
Les Orientaux Schématiques font tellement amateurs 
du bain , que tout ce qu'ils peuuenc dire contre les 
Francs eft, qu'en Europe il n'y a point de bains dont 
Icffea eft la propreté & netteté du corps, qui rend les 
hommes plus (ains& exempts de pierre, de gouttes, & 
d'hydropifie,maisiï les femmes y vont trop fouuent, 
elles s'efehauffent le fang & fe paffent incontinent; 
Raifon pourquoy à quarante ans elles paroiiTent ridées 
dans le Leuant, & les hommes plus ils y vieillilTent, 
plus ils y ont de grauité & de preftance. 

L'ordre du bain eft tel , les hommes y vont à l'heure 
qu'iln'y a point de femmes, & entrent dans vne cham- 
bre où ils fc déshabillent, l'on leur donne vn longui, 
ou efpcce de feruiette pour cacher leurs parties naturel- 
les, des focques,& vn petit plat de fer blanc, ou de 
cuyureeftamédanslamain,levalletdu bain les con- 
duift dans vne petite chambre voûtée, eichaufïée par 



Du Sieur de la c Boulaye-le-Goii&. 43 
des fourneaux qui font defïbus, &par de leau chaude 
quieft: dans des auges de marbre tour autour, les fait 
coucher de leut long fur de grandes tables de marbrc,& 
ayant la main enuelopée dansvn camelot, les frotte 
de tous les cottez , & leur enleue quantité de craiTe, leur 
raie par après le poil qui vient ious les aiflelles , à Tefto- 
mach , & aux cuiiïcs , & les mené dans vne autre peti- 
te chambre où il y a vne auge de marbre pleine d'eau 
chaude , & les y laifle feuls , leur donnant le rafoir pour 
rafer le poil qui vient aux parties que la nature a ca- 
chée , & après s'eftre bien lauez ils vont reprendre leurs 
habits au lieu où ils les auoient laiiTez; ceux qui font 
amis de leur fanténe font aucun execzà la (ortie du 
bain , & boiuent vn peu d'Orangeade qui les engraid 
fe. Si les fe m mes viennent au bain , ce fon t des femmes 
qui les frottent , & les rafent fous les aifTclles, mais pour 
le poil qui croift où Ton ne voudroit pas qu'il y en euft, 
elles leur appliquent vne terre, laquelle ilne faut pas y 
tropIailTerde crainte de ouelque mal heur, cette terre 
enleue le poil auec foy , mais il reuient dans vn temps; 
les femmes d'Italie ont ce mednefecret; Les Pachas, 
ou autresSeigneurs ontdes bains particuliers dans lesrs 
Palais pour leurs femmes. Voila ce que i'ay veu ôeprat- 
tiquéparmy les Orientaux en Turquie , Perfe , Inde O- 
ricntale, Arabie j&Egypte touchant lesbaius&laue, 
mens , & de tous ceux que iay veus , ie n'en fçay point 
de plus délicieux que ceux d'Alexandrie , ny de plus 
agréables que celuy de Cleopatre» 



44 ? "' - -■ om 



De Mahomet cegiflateur des Ottomans 3 du Koran, & 

des quatres Interprètes , &> du ^elt des Adanjulmans 

à leur Religion. 

Chap. XVIII. 

PLuficurs ont eferit de Mahomet 3 & ont remar- 
qué par la lecture du Koran,& par l'Hiftoire de 
les conque{tes,qu'ilyaeu plus d'ambition, que d'in- 
fuffilancc, il nafquit en l'Arabie pierreufe , fon père 
s'appelloit Abdalla Motalip , & la mère Imina, tous 
deux PayenSjfuiuancle Liure Afear, qui contient (a 
vie, & fes faits *> & l'an 683. il changea la Loy de fes pè- 
res en celle que profcfTent les Maniulmans,ïl fc fit chef 
des Arabes qui habitent le Defert fous des tentes, ôc 
peu à peu s'eftendit îufques dans la Paleftine, gaigna 
plufieurs batailles > entre autres celle de 3fder,fameu- 
fe, pour enfuitte s'eftre fait pafTer pour Prophète ôc 
vray meflagerde Dieu; il conféra auec quelques Sça- 
uansChrefticns, Iuifs,Indous, Parfis, ôc Sabis, com- 
me l'on peut voir au Chap. deLocman, où il aduouë 
que Locman eft vn Saint reconnu des Indou pour frère 
de Dieu. AuChap. deLabeille il eft accu fédauoir ap- 
pris fa fagefTe d'vn Parfî,& au Chap.de la Lignée de 
Joachim il dit, que Zachairc fut muet trois iours, &au 
Chap.de la Vérité il dit, que Dieu créa les Anges de 
feujconformement au Liure d Adam des Sabisile refte 
eft pris du vieil ôc nouueauTeftament,& des Payens de 
fon tcmps,& fit vn Extraie!: à fa fantaifie de leurs Efcri- 



Du Sieur de la Boulaye * le-GouT^. 45 
ptures,tant faintesque prophanes,dont leKoran eft 
compofé, qu'il fuppofaluyeftre enuoyéduCiel àdi- 
uerfes fois ,diui(c en 113. Chapitres, ou Prières defta- 
chées , contenant non feulement la règle pour s'efleuer 
à Dieu , mais aufll l'ordre pour fe comporter difcretre- 
mentlesvnsaueclesautres,pendantlavie; ce quiobli- 
ge lesManfulmans de reietter la diuerfité des Hures , 
puis que ce (eul leur fuffit pour ce qui leur eft necefTat- 
re. Ce Prince laifTapour enfans qu'vne fille appelle'e 
Kadigea efpoufe de Hali > lequel fucceda en partie à 
Mahomet , & ialoux de l'honneur, & de la gloire qu a- 
uoit acquis fonBeau-perc,tafcha d'enchérir fur fesœu- 
ures , interpréta T Alxoran , Se donna lieu à vne nounel- 
leSe&e que les Perfans,& quelques Arabes fuiuent, 
fuppofa des miracles pour perfuaderàfcs peuples qu'il 
cftoit Prophète ; il eut douze enfans appeliez les douze 
Imants,ou Saints, entre lefquels Hafîan , & HouiTain 
grands Capitaines Se vaillans hommes furent tuez dans 
vn combat proche Babylone, en la fleur de leur aagei 
les Manfulmans conferuent de leur fang comme vne 
Relique, & m'ont voulu perfuader qu'il bout tous les 
ansauiour de leur mort. AbubeKere, que Mahomet' , 

r-t r -P' " c 

appelle fon compagnon, & Omar, &U Jeman pouf- kconuer- 
fez de leurs propres interdis, commanterent l'Alko- flon - 
ran ,ôc par leur doctrine fe fournirent plulîeurs peu- 
ples, (urlefcjuels il régnèrent, Se font eftimez auiour- 
d'huy pour Prophètes Se Pères de la Moskée par les 
Tut qs , quiappellent infide!!es ceux qui ne croyent en 
1* Alkoran, ny en leurs Prophètes, Se s'imaginent qu'ils 
ont remifîion de leurs péchez s'ils font quelque çhofe 

F iij 



Rom. 1. 
2 4- 



46 Les Voyages çf Obfemations 

pour raugmcnranon de cette Loy , & que tout leur fe- 
ra pardonné s'ils croyent vn feul Dieu, & Mahomet 
vray meffagei de fa mifericorde; & comme leur Em- 
pire florift,& qu'ils ne voyentque des vices & déto- 
nions parmy les Chreftiens,ils fe confirment enleur 
Religion , & croyent que Dieu en cft l' Autheur , con- 
formément à ce quel'ApoltreS.Paul dit, Le nom de 
Dieueftmefprifé à caufe de vous parmy les Gentils. 



L 



Eflaïs & Titres du Sultan. 

Chapitre XIX. 

Es Ottomans appellent leur Prince Souucrain 
Honkisr | . HonKiar^ou Sultan, lequel prend la qualité de 
Konkfa^ P rcm * er ^ ov Manfulman, & de diftributeurdesCou- 
qui figni- ronnes : Les Princes Chreftiens pourroient facilement 
fie fan- pl ume r cette Corneille d'Efope .s'ils en vouloient re- 
enPersa. connoiftre le deffaut. Son Empire s'eftend au Nord, 
Salcan fi- iufques à la Tartarie , de Crime , Géorgie , & Pologne; 
fe t l " à l'Uueft il confine Ragufe,la Dalmatie, la Hongrie, 
& le R oyaume de Maroq j au Sud a pour limites l'E- 
thiopie , les Royaumes de Lybie, Arabie, & Principau- 
té de BalTara; à l'Eft la Géorgie ,& la Perfe., dont il eft 
feparé par l'Euphrate. 

Ses dominations font les Empires de Conftantino- 
ple, & de Mebifonde; les Royaumes d'Arferum , de 
DiarbeKer, d'Arménie, de Niniue, de Babylone,de 
laMecque, d'Egypte, d'Anges, de Ierufalem, de Cy- 
P rc » ^ ?yrie y ^e Karamanie , de Capadocc, du Pont 3 



IDu Sieur de la Boulaye- le- Çoul^. 47. 

de Liconie , de la Bitinie , des Ifles Ciclades , de la peti- 
te Tartarie, de Caffandre , de Macédoine, de l'Epire, 
de la Morée , de la Seruie , de la Bulgarie , de Hongrie, 
deBogdanic, d'Alger, & de Tunis. LesPrincipautez 
de Crouatie,de Dalmatie, du Kourdftan,de Vvala- 
chie , de Moldauie, & de Rhodes. Les Duchez de Na- 
xie,&deNegrepont; les Seigneuries des Defers de lî- 
bie , & d'Arabie, & peuples de Barbarie ; les fouueraW 
netez de Mingrelie , & de Ragufe. 

Ses VaflTaux font les Ottomans , les Grecs > les Géor- 
giens, les Arméniens, les Coftcs,lcs Maronites, les 
Hiahobites , les Neftoriens , les Efclauons,les Alba- 
nois , les Hongres , les D ruges , les Tartarcs de Crime, 
les Arabes obeiffans , les Kourdes , les Turcomans 
obeiffans , & les I uifs > auec les Ragaiois, Se les M ingre- 
licns qui luy payent tribut. 

Les Langues que l'on parle fur fon Empire , font la 
Turque , l'Arabe , la Perfanne, la Tartare, la Grecque, 
la FranKc l'Hébraïque, l'Arménienne, laKourde,la 
Géorgienne , la Kaldaique , la Syriaque , laCofte, l'Ai- 
banoife , la Roulîe , la Hongroife; & pour le Latin , le 
François , l'Italien , l'Alleman > & l'Anglois , ils ne 
font entendus que des Europiensquiy negotient. Le 
Turq ôc l'Arabe font les plus générales Langues du 
monde. 



48 Les Voyages ç£ Obferukùons 

Karache ou Tribut que le Sultan exige des Chreftiens. 
Chapitre X X. 



L' 



E Sultan fouffre lesChreftiens 3 Ies Iuifs, & les 
jlndou fur fes terres } auec toute liberté de leur 
Loy,en payant cinq Reaies d'Efpagne par an, & ce 
tribut s'appelle Karache , dont les Frank font exempts., 
eux,& leur pofterité. Des Grecs Infulaires, & autres 
Chreftiens des frontières, il en prend des enfans, lef- 
quels Ion inftruit dans des feminaires, iufquà ce que 
les Dodeurs faiTent ellection des meilleurs efprirs ,& 
des plus beaux > raifon pourquoy les chefs font de bon- 
ne mine en Turquie , lefquels l'on enuoye dans le Ser- 
rail du grandTurq pour apprendre la Politique/Theo- 
logie, ou Droicl:, fuiuant leurs Génies, & n'en for- 
cent point fans auoirl'vne des première Charge del'E- 
ftat,& cependant feruent de Ichoglans,ou Pages au 
grand Seigneur, & font fous laconduitte d'Agas, ou 
Euneuques blancs , qui ne les laifTent iamais feuls, & la 
nuiâles font dormir dos à dos enuelopez chacun en 
vne couuerture dans vne falle où il y a plufieurs lampes 
allumées,, & fepromenent au milieu : Cette couftume 
ne femble point barbarie à ceux qui ont connoiflance 
Banicî. de l'antiquité. En l'année de la Création du monde 
*•* 33 i8.Nabucodonofor pilla Ierufalem,& fit choifirles 
plus beaux enfans par Afphenes Aaga des Euneuques, 
lefquels il fit inftruire en toute feience. Le Prophète 
Danicîfut choifiauecMifael J & Afarias. Et entre les 

grands 



Du Sieur de U c Bov,laye-le-Gou&. 4? 
gtands prefens queNabarzanes fit à Alexandre Ba- 
goas ieune enfant fort bien proportionné , fut le 
plus cftimé , & gouuerna en fuitte vne partie de 
l'Empire de fon fvfaiftre. Pour des autres enfans de 
Tribut , que l'on neiuge pas auoir l'efprit propre à 
lemploy, ou maniement des affaires d'Eftat, l'on 
les fait Ianniflaircs de la Porte , ou Bouftangis du Bouftan - 

Sultan. gis,Iar- 

LesPreftres Religieux , ou Euefques Chrefticns dlmers * 
nepayent aucun Karache,mefme les Kabis des Iuifs 
qui font employez à la lecture de la Bible dans îa Sy- 
nagogue 5 politique qui tient & oblige-les Directeurs 
de la confeience des peuples, afin de les maintenir 
dans vne foufmiflion perpétuelle. Il y adeffencede 
difputer& parler mal de laReligionManfulmaneà 
peine du feu , rigueur neceflaire pour maintenir vne 
Loy qui ne peut auoir de Sectateurs raisonnables. 
VnChjcftien nefc peut faire ïuif,ny pareillement 
vnluif Chreftien , mais tous deux fe peuuent faire 
de la fe&c des Manfulmans. Vnluif, ou vn Chre- 
ftien cftans trouuez auec vne femme Turque , &■ 
qu'il y ait prcuue fufïifanteque la copulation char- 
nelle s'en foit enfuiuie,eft condamné au feu s'il ne 
fefait Manfulman,& la femme n'encoure aucune 
peine, fi elle neft mariée; & s'il arriuequ vn Man- 
fulman foit trouué auec vne Chreftienne , ils nen 
font que rire. Il y a plufieurs Manfulmans dont les . 
femmes (ont Chreftiennes,& lors quvn Grec,$,u 
Arménien renie fa Foy , s'il veut laiffer& retenir fa 
femme Chreftienne, & qu'elle le veuille bien, le Ka- 



]o Les Voyages fëLOlferuat-ions' 

di n'y forme aucune oppofition. DctouslesChre- 
ftiens Vaflaux du Sultan , les Arméniens font 
exempts de la gallere , & de donner des enfans , mais 
ils payent lekarache ordinaire. 



De la JMilice Ottomane. 
Chapitre XXL 

LA Milice du Sultan confitte en 100000. hom- 
mes effectifs payez & entretenus en paix > & en 
fuerre, dont noooq. font de eheual, appeliez ifpa- 
is , & 80000. de pied , appeliez Inghiffani, que nous 
connoiflons fouslemot de Ianniflaires, ordonnez 
& diftribuez par les garnifons de l'Empire , de ma- 
nière que le Sultan a aflez de peine quelquesfois à 
faire 45000. combatans fans prendre de fes garni- 
fons , ayant fi peu" d'Ottomans naturels , que ie in e- 
ftonne comme il peut conferuertantdeconqueftes 
auec fi peu d'hommes; ie fuis afTeuré que le Roy a 
plus de François, que le Sultan d'Ottomans natu- 
rels *,ic ne parle point des autres nations foufmifes 
auTurq,lefquelles font tellement ennemies de la 
famille Ottomane , que s'il y auoit iour de (e reuol- 
ter, ils chaiferoient les Turqs , & fe remettroient 
dans leur liberté première. le n'ay point de doute 
quefiNapleseftoit entre les mains des François, & 
qu'ils fuilent en paix auec le Roy de Caftille , ils 
prendroient très- facilement lerufalem , Conftanti- 
nople ,, & toutes les Ifles de la mer Jigée fuiuant les 



Dm Sieur de U *Boulaye-le-Gou&. ji 
prophéties des Orientaux , lefquels font fi foibles 
fur mer & fur terre , qu'ils cederoient plutoil que de 
contefter , & les hommes que perd iournellement fa 
Majefté Catholique en Flandres , luy pourroient 
feruir à fe rendre Maiftre de toute l' Amérique, ce 
qui feroit plus aduantageux pour leChriftianifme, 
lequel eftant diuifé s'ouure fes propres entrailles, 
plutoftque daller aux Eftrangers. 

La foldv dvn IannifTaire cfl: de trois ou quatres A fc re c & 
alprespanour,c\r monte îulques adixj dautres onti U s, 
des Timars qui leur font donnez par bénéfice du 
Prince, dont le reuenu eft de cinq à fis efeus, fuiuant 
lacommiffiondeleuremploy,lemefmedes Ifpahis 
à proportion , & viuent tous contens , à caufe des 
Priuilcges qu'ils ont touchant l'exemption des paye- 
mens des doiiannes en leur negotiation. 

Les lanniffairesde la Porte font extrêmement vnis 
enfemble, & dominent l'Empire Turq ; les autres 
îanniflaires font a(Tez considérables, mais s'ils Tor- 
rent de leurs garnifons, ils n'ont plus aucun pou- 
uoir , par exemple fi vn IannifTaire de la garde de Ba- 
bylone vient en Alcp pour trafiquer , ou voir fes pa- 
reils , ou pour fe marier , il n eft point confiderê en 
Alep i mais fi vn IannifTaire de la Porte y vient, il a 
plus d'honneur 5c de commandement que les îannif- 
faires de la garde d' Alep, ce qui oblige les Confuls 
duKairejd'Alep^eMnirne, ôc autres lieux du Le- 
uantd'auoir à gages trois ou quatres Ianniffaires de 
la Porte, fur lefquels les Pachas mefmes n'ont pas 
grand pouuoir. 

Gij 



/* Les Voyages çtf Ohfemations 



"Des A r mba [fadeurs die It Porte. 
Chapitre XXII. 



JLJl 



E grand Vifir voit tous les iours le grand Set- 
Igneur , le peuple ne le voit que lors qu'il fort de 
fon Serrail, à cette fortie chacun éuite de fe trouuer 
dans les rues, à caufe que fes Officiers frappent in- 
confîderement ceux qu'ils rencontrent; L Ambaf- 
fadeur de France ne le voit que deux fois à fon arri- 
uée,& à fa fortie de Conftantinople;Le mefme s'ob- 
fèrue de celuy d'Angleterre, Mofcouie & autres 
lieux; Le Sultan ne traittcdefgalauec aucun Prin- 
ce ,qu'auec l'Empereur d'Allemagne, auquel il en- 
uoye vnChiauxBachi,ou Preuolt, pour Ambafîa- 
deur^pour les autres Monarques il ne leur enuoye 
qu'vnChiaux ou Sergent, qui prend la qualité d'El- 
chioud'Ambafladeurjafind'eftre régalé. Lorsqu'il 
arriue quelque Ambaffadeur àConftancinople 3 il 
enuoye fes prefensau grand Turq, s'ils luy agréent 
il luy donne Audiance, fînon il la luy refufe ; Le 
grand Vifir prattique cette maxime ,& prend plu- 
Vefles heursVeftesdesAmbafladeursqui levontvifiterla 
pièces de première fois, & leur en fait donner auflî quelques 
drap pour ynes deuant qu'ils fe prefentent deuant fa HautefTe. 
robes iô- ^ ors <{ n ' wn François meurt en Turquie y la Iuftice 
gués à la Turque ne prend aucune connoiflànce de fon bien, 
I_ ur< ï uc - leChancelierdelaNationvafccller lamaifon,/! le 
deffundt na point d'heritierspropres & légitimes e» 



Du Sieur dela r Boulœye-h-Vou&. jj 
Leuant, fai t vn inuentaire en prefcnce des plus lion- 
neftes Marchands, & tranfporte ce qu'il trouue dans 
la Chanceleric iufques à ce qu'il vienne vn ordre 
d'Europe touchant ladite fucceiïîon. Monfieur 
TArnbaiTadcur de France a puiflanec de mon & de 
vie fur tous les François, & les fait punir s'ils ont fait 
quelque chofe de confequence , efl: leur vray luge 
lors qu'ils font en procez les vns contre les autres: 
Les François ont deux moyens pour décliner de fa 
Xurifdicl:ion,lepremier fe faifans Grecs j & payans 
le Karache au Sultan ils font reputez vaiTaux du 
grand Turq ; le fécond en fe faifans Renégats , com- 
me depuis peu vn nommé Fufil Genevrois , lequel 
pour èuiter le iugement de Monfieur de la Haye 
AmbafTadeur touchant quelque crime, fc fît circon- 
cire : Ce Fufil eft fils d'Anthoine Fufil Gentil-hom- 
me Lorrain, ConfcfTeur ordinaire & Prédicateur de 
Henry IV. Roy de France , & Curé de S. Leu S. Gil- 
les 3 & de S. Barthélémy de Paris , & Docteur de Sor- 
bonne , lequel après auoir affilié le mal heureux Ra- 
uaillaqà la mort,&fubitvneprifon de u. ans dans 
lesOfficialitez de Paris, Sens &Lyon, & auoir efté 
interdit d'exercer aucun aâe de Preftrife,& priué de 
fes Bénéfices fe retiraà Genevre pour abjurer (a Loy; 
E t comme l'on luy confeilloit d'appellcr à Rome de 
faSentence, informé de la détention de l'Abbedu 
Bois dans ttnquifition , il refpondit qu'il n'auoit 
garde, parce qu'il ne falloir qu'vn petit Fufil pour 
allumer vn peu de Bois. Les Anglois, Vénitiens, & 
Hollandois ont leurs A mbafladeurs àja Porte , mais 

G v ii' 



54 Les Voyages çf Obferuations 

tousies Eftrangers qui n ont point d'Ambafladear 
à la Porte, font fous la prote&ion de France , & 
payent les droi&s à Conftantinople à Monfieur 
rAmba(Tadeur,& aux autres Echelles, aux Coafuls 
de France, qui reuient à deux pour cent. LesCon- 
fuls n'ont aucun pouuoir de vie^ny de mort fur les 
fujets de fa Majeftéjils iugent feulement les diffé- 
reras du négoce, dont ily a appel à l'AmbaiTadeur. 



G ouHernemcnt des Ottomans, 
Chap, XXIII. 



N chaque ville de confequence il y a vnChef 
^abfolu, qu'ils appellent Pacha, lequel peut tout 
fur le- peuple-, pour la Milice elle neluy obeilt pas 
toufîours. IlyapeudetempsquàBabylonc il y eut 
conteltation entre les lanniiTaires^Ifpahis, le Pa- 
cha prift le party des Ifpaliis, & les lannifTairci ne 
pouuans fupporter cette partialité l'affiegerent dans 
Serdars le Chafteau , & députèrent vn de leurs Scrdars à 
clefs. 2 Conftantinople , lequel après auoir remonftré au 
Sultan la fidélité des gens de pied qui ont conquift 
routes les villes , & les gardent actuellement , ôc que 
la cauallerieiveft bonne qu'en campagne, fupplia fa 
HautelTè de leur faire iuftice* du Pacha , lequel ils 
auoient enfermé danslefortdeBabylone, comme 
tyran ôc coupable : Le Sultan donna ordre fecret au 
Serdarde le faire mourir, ôc d'exécuter luy mefme 
î'Arreft dont il eftoit porteur, pour j|c pas fafcher 



*Dm Sieur de la BoulayeAe-CjonZj] ]j 
les ïanniffairesjcfquelsreftranglerencauec des cor- 
des darK , Se tuèrent pluficurs Ifpahis x chefs de la fe« 
dition, & donnèrent permiflion aux autres de fe fau- 
uercn Perfe,lefquelsyont efté receus aux mefnies 
appointemens qu'ils auoienten Turquie. 

A la moindre faute des Pachas l'on leur enuoye 
vn ou deux Courriers deConftantinopIe, lefquels 
les viennent déclarer Manfouls , ou pnuez de Char- 
ge , ou bien les eftranglent > & en portent la tefte au 
Sultan fans aucune refîftance aux Ordres de la Porte, 
parce que tous leurs feruiteurs les abandonnent , & 
les Iannilîaires qui font dans les villes où il y a Pa- 
cha , tiennent la main à ce que les volontés du Sul- 
tan foient exécutez. Lorfque le Pacha eft Manfoul, 
il fort à vn quart de lieue de la ville defonGouuer- 
nement , & y demeure fous des tentes, iufqu'à ce que 
le nouueau Pacha entre dans le Gouuernement, puis 
il prend fon chemin pour Conftantinople, où il at- 
tend que l'on luy donne quelque autre employ,& 
quelquesfoiseftantManfould'vn lieu, l'on luy don- 
ne Tordre daller dans vn autre pour y commander, 
& en ce cas il ne vapoint àGonflantinople. Entre 
lesGouuernemenSjily en a qui portent titre de Be- 
glerbeiK, &dePachalaix,leBeglerbeiK eft dautant 
plus noble qti'vn Vilîr »ouBeglerbég,eft au defîus 
d'vn fimple Pacha/legrandKaire, Alep ,Bude, & 
Bagdat font commandez par des Beglerbegs , Tri- 
poli, Ierufalem, &Bourfe par, de|,Pachas. 

La caufe du maflacr-' de quantité de Pachas , & 
JBeglerbegsprouientdu changement du grand Vi- 



cation 



56 Les Voyages & Obferuations 

ûï y lequel voulant aduancer aux dignitez fes creata- 
res , déclare ces Pachas Manfouls , ou les fait mourir 
s'il y a lieu ; & la raifon pourquoy le Sultan fe def- 
fait du grand Vifir,eft lacraince & l'apprehenfion 
qu'il a qu'il ne vienne à fe faire Koy , & nonobftant 
tous cesfpe&acles tragiques, & allez ordinaires vn 
chacun talche deftre grand Vifir , ou Pacha , ou 
Tefftardar,ou Kafinadar,ou Capoutan Pacha, ou 
fhajTde Capigi Bachi ; les Turqs croyent que l'heure de la 
la gratifi. mort eftant predeftinée & fatale, il efl meilleur d'e- 
ftre Vifir ou Pacha enmouran^que pauure,& mi- 
ferable;& lors que leurs parens font morts de la pe- 
fte, ils fe feruent deicursveftemensfans appr'ehen- 
fion.d'vn mal qu'ils difenteftre vn fléau de Dieu, 
que l'on ne doit , & l'on ne peut éuiter, n'y ayant au- 
cun lieu pour fuir Tire dvn Eftre infiny. 

Les Ottomans font fortfuperbes,& parlansdes 
amis & alliez du Sultan, les appent obeïffans , l'en fis 
la remarque à FoKia , où il parut fur la cofte vn vaif- 
feauCorfaircde Ligourne; les naturels difoient que 
les Frankqu cft oient dans cevauTeaun'cftoient p as 
obeïffans j &croyent la plufpart que le Sultan a de s 
douanniers dans toute la Chrétienté 5 L'on les en- 
tretient dans cette ignorance par politique , afin 
qu ils ne puiîTentconno^ftre qu'il y ait riend'efgalà 
leur Empire , ils mefprifent 6i mettent au deflous 
d eux toutes autres Nations que la leur , & principa- 
lement les habitais des lieux ou ils dominent , ce qui 
fe voit àConftanfinôple,où ils ma!-traittent plus 
les Grecs que les Arméniens 5 6^ en Arménie les Ar~ 
*■ "*"' ----- -- xneniens 



Du Sieur deU Boulaye-le-GouT. 57 

meniens que les Grecs , & à Babylonc ils font plus 
d'honneur à vn Egyptien qu'à vn Arabe , parce que les 
naturels de Babylone font Arabes. Pour nous autres 
Europicns ou Francs, nous fommes hays des Otto- 
mans à caufe des antipaties qui font entre nous ils 
nous battent impunément , fans que nous ofions nous 
dépendre, fi nous ne voulons nous expofer à auoir la 
main coupée , Ton fe peut plaindre au Kadi , mais l'on 
n'a pas iuiliee fans tefmoins , i'ay creuque pour réparer 
vn affrontée plus expédient eftoit d'auoir vn IanniiTai- 
re delà Porte , lequel on le fait amy au defpens de fa 
bourfe, qui peut, auec auchorité, mal-traittcr celuy qui 
aura fait iniulte, parce que aucun Turqnoferoit leuer 
la main contre ceux de fa milice qui commande abfoJ 
lument , outre que les ïanniflaires ne reconnoiiTent 
point les luges ordinaires. 

Voila en peu de parolles ce que ie connois de plus 
particulier dans la Religion & politique des Otto- 
mans ; ie n'ay voulu eferire vne infinitéd'autres chofes, 
lefquellcs feroientvn gros Liure, tant d'autres en ont 
eicrit, que ce feroit perdre temps de repeter vne chofe 



connue. 



Ordre des Emplois , & Dignité^ des Ottomans: ^ 
Chapitre X X I V. 

HOnKiar,ouSultan, Le grand Turq' 

Sultan, LaReyne. 

Vifir afim, Grand Vifir,ou premier Miniftrcd'Eftat. 

H 



5* Les Voyages çf Obfemations 

IkingiVifir, i. Vifir. 

Vcheingi Vifir, 3. Vifir. 

Dortingi Vifir. 4. Vifîr^ 

Bccbeingi Vifir, ;. Vifir. 

AUingi Vifir. *. Vifir. 

Icdingi Vifir, 7. Vifir. 

Bcglerbeg , Seigneur des Seigneurs > ou Vice- Roy. 
Kaimaican, Lieutenant gênerai. 

Capoutan Pacha, Admirai. 

Nichingi Pacha, Garde du Sein,ou Secrétaire d' Eftat. 
Pacha, Gouuerncur &reuicntau BaftondeMarclclial. 
Capi Aga. Chefde laporte Euneuquc. 

Teftardar, Sur- Intendant des affaires d'Eftat. 

Kafinadar, Treiorier gênerai. 

Boftangi Bachi, Chef des iardins, & Iardinicr du 



Serrail. 
InghuTariAgafi 
CapigiBachi, 
Mufti Afim, 
CheKeltalem, 
ChiauxB .chi, 
BolouxBachi, 
Serdar, 

Chclcbi, 
4fcee, 
Reis, 
Pcg, 

Odabachi, 
Kaia, 
Kafi, 



Colonel de l'infanterie. 

Capitaine de la porte 

Grand Mufti. 

L'ancien des Moufti. 

Preuoft ou Chef des Sergens. 

Colonel. 

Capitaine. 

Ieune Gentil-homme. 

Capitaine de gallere.' 

Capitaine de vaiffeau. 

Seigneur ou Gentilhomme. 

Mareïchal des Logis. 

Secrétaire. 

luge. 



Du Sieur de la t Boulaye-le-Gou&. j* 



Capi 



La Porte. 



Capigi $ Archer de la porte. 

Chiaux Bachi , Chef des Sergens > ou des Chiaux. 
Topgi, Canonier. 

Topgi Bachi , Chef des Canoniers , ou grand Mai- 

ftre. 
Boftangi , Iardinier du Serrai!. 

Inghiflari, IanniiTàire.' 

Ifpahi, Cai .a ter. 

Chiaux, Sergent ou Procureur du Oiu;.- 

Ichocrdan \ Page, on enfant du ded 

Aga , Maiftre, non que i on donné aux Euneu* 
Soubafchi, Arcfacrdu icr. 

Bâcha, Monficur. 

Delou, FoU , ou braue & généreux , & eft elpece 
d'Ordre & de Cheualene. Le General de Candie 
prend cette qualité, fon nom eilHaflan Pacha, & 
il fe fait appeller Delou Haffan Pacha ; & lesTurqs 
tiennent que lesDelouspeuuenc affronter quatres 
autres hommes, leur habit eft particulier, & portent 
vn bonnet à deux cornes. 



InftruElion des Karauanes qui vont par les diuerfès 
parties du mode. 

Cha*. XXV. 

PEndant le fejour que iefisàla porte du Sultan, ie 
recherché l'occafion de paiTcr en Perfe,& fis ami- 
tié 6c connoifTanceauec Mjnas marchand Arménien, 

H tj 



Go Les Voyages çf Obferuations 

lequel m'offrit tout ce quieftoken fon pouuoir pour 
monferuice, 3c me donna adiiisdemc tenir preft au 
prcmierSeptembre, &achepterleschofesnecefTaires, 
pour faire voyage auec la Carauane de Tauris. 

Kiaruan en Turq, ou Kiafil en Perfan,que nous ap* 
pelions Karauane par corruption, eft vn amas de mar- 
chands ou voyageurs qui fe mettent en trouppe crainte 
d'eftre detrouflez en chemin par les Turquomans, 
Ko H Arabes, Kougli, ou autres volleurs, & cette couftume 
fom les d'aller par Karauane eft ordinaire dans la Pologne, 
Scindes Vvalachic , Tranfiluanie , Pcrfc , grande & petite, 
Orienta- Tartarie, Géorgie, Empire du Mogal , Royaumes 
d'Iusbeg, Thiber, Bijapour,Golconda, Arabie,Egi- 
pte, Natolie.Grece, Barbarie & Borno. 

La Karauane de Pologne pour Conftantinople, 
part tous les mois de Cracao 3 l'on fe (ert de CarofTes, 
cheuaux & mules. 

La Karauane de Smirne pour Conftantinople tous 
les huift iours, l'on fe (ert de chameaux & de chc- 



les. 



uaux. 



La Karauane de Ragufe pour Conftantinople vne 
fois l'an , l'on fe (ert de cheuaux & de chariots. 

La Karauane de Conftantinople pour Alexandrie, 
part au mois de Septembre par Mer, compofée des 
Gallions du Grand Turq, elle prend port à Scio, & à 
Rhodes, & reuient vers Febvner. 

La Karauane d'Alexandrie pour la Mekque le met 
en chemin après que les vaiiTeaux font defehargez, elle 
eft de chameaux & de peu de cheuaux. 

La Karauane de Damas en Siric pour la Mekque 



Du Sieur de la Boulaye-le-Gou^ éz 
le huic1;Auril,&eft quarante iours& quarante nui&s 
à aller par chameaux à la Mecque, & y demeure vingt 
iours, puisreuient. 

La Karauane du Ziagatai ou Iufbcg part de Samar- 
Kanaumoisde Décembre: elle eft de mules, cheuaux 
& chameaux, & vient par Babilone où elle fe groflift. 

La Karauane de Maroq > Fés , & Salée pour laMec- 
que, part vne fois l'an afin d'eftre au 1 3. May au Sainâ: 
Sepulchre de leur Prophète y receuoir les Benedi&ios. 
& y negotier : parce qu'il y a la plus belle Foire du 
monde, 

La Karauane des IndesOrientales part pourla Mec- 
que au mois de lanuie r & Febvrier, & va par Mer de 
plufîeurs lieux, comme de Sourat, Iettapour, Ben- 
gourla, Sindj.Maldiues, Achen, & autres endroits 
des Manfulmans; les gros vailTeaux demeurent à Mo- 
Ka, & les petits vont à Giaidde,quenous appelions 
Ziden,qui cft quarante mille de la Mecque, & eft Ter- Alcor< c ^ 
re Sain&e des Manfulmans j où aucun Chreftien, luif, delà cou- 
ou Payen n oferoient mettre le pied fur peine delà vie , uerfion. 
&fautauoir difpenfe pour les efclauesChreftiens qui 
font malades fur les Galleres Desiïez que l'on eft obli- 
gé de mettre quelque fois à terre pour les guérir. Cette 
Karauane retourne de Giaidde pour les indes Orien- 
tales le i2.Iuin,toutesles Zarauancs de la Mckque font 
prodigieufementgrofTes,& font quelquefois de 50. à 
60000 âmes, celles qui vont par terre font fort incom- 
modées pour les eaux , 3c les Arabesdu defert leur font 
donner quelque contribution pour leur enfeigner les 
cy ternes & les puits. 

Hiij 



et Les Voyages & Ohferuktions 

La Carauanc de la Mecque pour le Grand Kaire, 
part le premier Iuin > & faut eftre dés le 13. Mayàla 
Mecque. 

La Karauane de Conftantinople pourTauris Gil- 
lan, Géorgie & Iufbegtouslestroismois. Lemefmc 
de S mit ne. 

La Karauane d'Halep pour Bagdac ou Babylonc 
cous les deux mois. 

La Karauane de Damas pourBaflaravne f j s J> an ^ 
Ton fc ferc de chameaux. 

La Karauane dOrmous àHifpahaum part tous les 
deux iours, depuis le premier Dccembre, iufques au 
mois de Mars. 

La Carauane de Tauris pour Kafbin, Iufbeg, ou Hi- 
fpahaan part tous les mois. 

Les Carauanes dcKafmin à Agra, Dcli , & Laour, 
villes où refide le grand Mogel , tous les Jeux mois, el- 
les font fix mois en chemin , & palîent par Candahar, 
elles font de charettes & carofles. 

La Carauane de Samarcan pour la grande Tartane, 
part tous les fix mois. 

La Carauane de Samarcan pour Chini Macin, que 
nous inrerpretons la Chine , eft fix mois dans le che, 
min ,& part vne fois l'an. 

La Karauane de Agra pour Bijapour, Beugala,& 
Golconda tous les mois , elles font de caroffes attelez 
de bœufs , ou de bœufs & vaches chargez , ou de cha- 
meaux. 

La Karauane de Agra pour Kambalu,part deux fois 
TatL 



Du Sieur de la BohUj e- le-GonT^ ci 
La Karauane de Mefcati pour Goa , part au mois de 
Ianuicr, & va par mer auec conuoy des nauires de guer- g 
rc de Portugal, elle eft compoiee desParosdeMoka> 
ConguejCochinjBcngourla&Chaoulj&pafîequek 
quesfoispar le Sindi, ouTata. 



Voyage de Conftantinople i Tojîiai 
Chapitre XXVI. 

LE premier Septembre ie palTay le canal dcCon- Scudarec. 
ftantinople àTopkane,& arriuay de l'autre co-J°P" nc 
fte à S çudtiret, autrefois Calcédoine où fc tint ce Con- Arfcm 1. 
cile fi fameux; elle eft peuplée de Chreftiens,&Iuifs, J 10 P vcut 
feife fur la cofte d'A fie,ie me joignisau Marchand Mi- canon *& 
nas Arménien. A minuit nous partif mesde Scudaret,& ch *ne vne 
campalmesk matin dans vn village appelléHardar,où n^rdar 
il y a vn bon han, ou Karbafera, ou kiaruanfaray ,ou ho- 
ftellerie ; fi on veut pour les karauancs , qui eft vne ef- 
pece dehalle, où Ton alecouuertpour rien, &faut al- 
ler quérir dehors ce que l'on veut manger; Ce bourg 
eft peuplé de Grecs , qui y vendent de bon vin à trois 
a (près locque^ui reuient à trois Iiures de France, le j c c< ^\ ts 
chemin fut de cinq heures de marche au Suroc , ou 3. afpresj 
Sudaft. Le troifiefme à Quequebifi, petite ville fort rcu ! ent * 
peuplée ,fept heures de chemina l'Eftj&l'on vaiuf- carolusïa 
ques à Tauris, tenant prefque lamefme latitude. LeP inte - 
quatriefme à Smits, petite ville (ur leGolphede Mar-btf. " 
mara où nous fejournafmes deux iours, il y a garde de Smits. 
lanmiîaires, huiâ heures de chemin nous campafmes 



^4 Les Voyages çf Qbferuations 

à vn mille da la ville , & couchâfmes au milieu des 
champs, comme en plufïeurs autres lieux Jefquels on 
trouuera dénotez par ce fïgne J). 
Saçaban- ^e fixiefmeàSaçabangi village,huiâ: heures de che- 
gï. min : la moytié de noftre Karauane fe perdit dans le 

bois, Se reprit fon chemin àlatrauerfe (ans cftre ren- 
contrée des voleurs qui y font aflez fréquente, & en 
Xandac. g ranc l nombre. Le feptiefme à Candac petit bourg, 
Ducaba- iepr heuresde chemin j|). Lehui&iefmeàDucabaior, 
^ r * qui fîgnifieen noftre langue le marché du Duc, c'eft 
vn petit kiaruanfaray à l'efcart, huicl: heures de che- 
Ponto. rnin. Le neufiefmeàBogli, ville appellée Ponto par 
les Europiens , neuf heures de chemin , nous y (é- 
Guerrada journaîmes deux iours : le douxief meà Guer rada bour- 
P^^gade, dix heures de chemin |), LerreifîefmeàBander- 
lou autre village, neuf heures de chemin^). Le qua- 
Seikeflar torziefme à SerKcflar , Han à l'efcart, fix heures de che- 
xa ^P°' min , féjour de deux iours. Le dix-feptief me à Karajo- 
ran village , huicl: heures de chemin. 

Le dix-huicliefme dans vne campagne deferte où 
nous trouuafmes la Karauane de BroufTe, ouBririnie 
campée, elle eftoir de chameaux, & ne pût fuiure la 
noftre qui eftoitde mulets, à caufe que le chameau ne 
chemine pasà la chaleur du Soleil, ny fiprompremenc 
que les mulets ou cheuaux^Tept heures de chemin^). 
Ledix-ncufiefme, vingt, vingt-vn, & vingt-deuxief- 
me nousmarchafmesà l'ordinaire huicl heures, canv 
pans le long de quelque ruifleau fans trouuer aucun 
village proprepour nous arrefter j|). Levingt-troifief- 
joffia. me à TofÇa petite ville où cil la meilleur eau d'Afie, 

iecroy 



Du Sieur de la Boulaye4e-Gou&. 6$ 
ic croy que fi Mahomet y euftefté,& en cuftbeu, il 
auroit defiré y faire fon Tabernacle -, i'en beus aucc 
tantdeplaifir ,quc ie penfoisque la Loy des Man- 
fulmanscftoitfaittc pour moy. De cette ville l'on 
tranlportc force camelots à Conftantinople, Ha- 
lcp,& grand Kaire,hui& heures de chemin J): Nous 
y féjournafmes deux iours , pendant lefqucls les 
Marchands delà Carauanc changèrent leurs riche- 
dalles d'Hollande,en richedallcs d'Empire,ou reau* 
d'Efpagne,àcaufe qu'en Perfc,& Indes Orientales, 
les monnoyes d'Hollande n'ont point de cours. 



Voyage de Tofîa à jdmafia. 
Chap. XXVII. 

LE vingt-fixiefmcnous partifmes de Toflia,& 
après fept heures de marche nous trouuafmes 
dans vn petit han defert , où il y a force voleurs, ap- 
pelle Agi Hamfa. Le vingt- feptiefme à Ofman- A .„ , 
gioux,qui tourne en François lignifie le petit Of- fa? 
man, naiffancedu grand Ofman, que nous appel 9 fnnan : 
pelions Ottoman 3 qui fucceda aux Selgioukis raa 8U>UXî 
i)Oo. & tient le premier rang dans l'Hiftoire Tur- 
que; cet Ofman enuahit la Eitinic,& partie de la 
Capadoce , il fut fils d'vn pauure Turcoman, ou Pa- 
fteur de la campagne , huicl: heures de chemin^. 
Cette place eftfituëe aumillieudVne prairie, enui- 
lonnéedvne riuiere, au milieu de la ville il y avne 
petite montagne, fur laquelle eftle Chafteau qui pa- 

I 



ê6 Les Voyais £§> Obferuations 

Agi coi. roiftaffezfort. Le vingt huiftiefmeà Agi Coi au^ 
trcsfois grande ville, l'on y voit les mines de deux 
MofKées , le chemin eft de neuf heures pendant 
quoy 1 on paffe la montagne dangereufe pout les 
veilleurs, noftre Carauane eftoit trop groiie,& ne 
craignons point d eftre attaquezde louf f): La rima 
auefques volleurs de ténèbres, comme les appellent 
flTncIn les Turqs,vindrent pour defrober les facsdesMar- 
volieuis. c | ianc [ s feignans eftre de la Carauane , mais Ivn 
Chiaoux deux ayant efté apperceupar vn Chiaoux .s'enfuit, 
cftvnSer & j e chiaoux crianr aux volleursnoirs , laCaïauane 
I ent C " femift en allarme.dans toute les Carauanes il y a 
Sc'cux quatr e ou fix Chiaoux ordonnez, lefquels ne dor- 
des CaI * ment point la nuift , & font la fentinelle, criant 1 vn 
Te" pu- ' à l'autre Alla hc , Alla he ,6 Dieu , ô Dieu, qui eft la 
u " s co mefme façon des fenrinelles Turques; ces Chiaoux 
refont pauures Marchands, aufquels l'on donne dix 
pluftoft fols par charge de chameau, ou de mulet, toute es 
r° coT fois que l'on en prend de frais , pour leur peine , les 
ih ne fom cheuàux de felle ne leur doiuent rien. 
ct T à Le vingt-neufiefme à Chiaoux coi , qui lignine 
SurenFrancoBlevillageduSergent.feptheuresdeche- 

r f min,ilyavnbonhan. Letrentiefmea Amaiia,le- 

Amaf ' a - quel nom ic ne veux tourner en François pour 1 non, 

nefteté qui me le deffend , cette vdle eft affifé au mi- 

] leu derAfiemineure,danslaProuincedePanphla. 

<ronie , le Chafteau y eft bafti fur le roq , au pied du- 
quel il y a vne petite nuiere qui fe va emboucher 
dans lamerNoire ; cefut le dernier Gouuemement 
ou Pachalaix du Prince Muftapha hls de Soliman IL 



2)# Sieur de la Boulaje4e- Cjon&. 67 
lequel fut eftranglé par le commandement de fon 
père, àlaprierede Roxelanc Sultane Reine qui vou- 
loit faire régner fon fils Giangirpuifnay dcMufta- 
pha , âpre la mort du grand Soliman ; Rouftan Pa~ Rouftan 
cha Gendre de cette tygrdfe, & le plus cruel des Ot-r omme -, 
tomans,fuft le mal-heureux exécuteur de ce func- nereu*T^ 
lie Arreftjiuid heures de chemins nous y féjour- 
nalmestroisiours.les viuresy fontà grand prix , ce 
qui obligea noftreCarauane a s'y raffraifchir, il y a 
quatre ou cinq familles de Iuifs. 

CHASTEAV D'AMASIA. 




m 



68 Les Voyages & Obferuations 



Voyage d <lA ma/ta à Erferum: 
Chapitre XXVIII. 

LE «roifiehne O&obre nous partifmcs d'Ama- 
fia, & après fcpc heures de chemin no#s a rnuaC 
mes dans ^n vieil han ruyrjté par le temps, appelle 
Aina Ba- AinaBafar, en François le MarehéduMiroiier; A- 
Alâdin ladin en fut autresfois Fundatcur , comme les eferits 
foy de tefmoignent , qui furent appofez fur la grande Pofi- 
Dieu * te, par le commandement de ce grand Prince, Roy 
Bachicoi. des Sclgioukis; le quatriefme àBachi coi, en Fran- 
çois village duChef,doù Ion voit à main droite vnc 
Hercar. ville vulgairement ditte Hercar,fix heures de che- 
min. Le cinquiefme à Tohat, ou Tokcat , ville de la 
grandeur de Florence, peuplée d'Arméniens^ gou- 
uernée par vn Pacha 3 qui demeure dans le Chalteau 
baftià la façon d'Europe, il y a quantité de belles 
fourecs d'eaux viues , fept heures de chemin , nous y 
féjournafmes cinq iours pour changer de voitures, 
nous yprifmesdes chameaux pour trferum. 
Salingi. Le fixiefme à Salingi petit bourg, dix heures de 
chemin > nous nous efeartames fept , ou huicl: de la 
Carauane , & reprifmes noftre chemin par le moyen 
gorpican d c ma Bouffole. Le feptiefmeàCorpican bourgade, 
deux heures de chemin J). Lehuic^iefme^eufiefme, 
dixiefme, vnzifme, douziefme, & treifiefme nous 
marchafmes deux heures chaque iour,campans dans 
des prairies defertes; & le quator fïefmc nous arriuaf- 



Du Sieur de la BonUy e le-Gou%. S} 
mes dans vn petit han appelle S ahabha, en François s , #. * 
au Seigneur, aux enuirons il y a plufieurs païfans 
retirés dans des antres hors le grand chemin, de 
crainte des gens de guerre qui pourroient prendre 
de force leurs prouifions fans lespayer,àdeuxou$. 
milles il y a de telles villes de tous coftez j cespau- 
ures païfans eftoient Grecs , il y a quatorze ou quin- 
ze ans ,& fe font faits Manfulmans parneceflité,ne 
pouuans payer le Caraggchc ou tribut que l'on leur 
impofoit J). Lcquinzicfme,feize & dix-feptiefmc 
ayant marché dix heures chaque iour, nous arriuaf- 
mes à Erzerum, autrefois Affiria frontière des terres Erzerumî 
de Perfe , & l'vne des plus importantes places que le 
Turq ay c en A fie : la ville eft médiocrement grande, 
afïife fur vn petit fleuue , le chafteau eft fort beau où 
refide le Pacha auec quantité de gens de guerre. 

Nousféjournafmes 16. iours à Erzerum pendant 
lesquels ie gardé la châbre, & lors que quelque Turq 
ou Perfan venoit voir Minas, auec lequel l'eftois lo- 
gé , ic ne parlois point de crainte d'eftie connu pour 
FranKj parce que nefçachant que le Turq, H auroit 
peu demander à Minas qui i'enois qui ne parlois pas 
Arménien, & m'auroit fait Auaine , & poffiblene i ; 

m'auroit on pas permis de pafler en Perfe \ fur la fuf- 
pe&ionqueiauroisefté vnefpion jmais la circon- 
fpe&ionquei'apportoisà mes actions me mettoità 
couuert , outre que ie n'auois aucunes haidcs à la 
FranKe , & que ï cftois veftu a la Turque auec le Tur- 
ban d'Arménien, & fçauois afTez de Turq pour me 
faire entendre, le changé mon nom de Francefio, 

I iij 



?o Les Voydges ç£ Obferuatlons 

afin de n'eftre pas reconnu, parce que les Leuantins 
n'eftans point accoutumez à ce mot de Francefio 
m'appelloient FranK,ouFreiiK,qui fignifie Euro- 
péen, iniure infâme parmy les Manfulmans^me 
fisappellerdeceluydlbrahim beg,qui vaut autant 
àdirequeSeigneur Abraham. Nous fuîmes obligez 
de féjourner fi long temps à Erzerum,à caufeque 
nous ne pouuions auoir la liberté du Pacha de paf- 
fer la frontière , lequel auoit appris qu il y auoit cin- 
quante ou foixante charges d or & d argent dans no- 
lire Carauane., & demandoit vn prefent de mil efeus 
Kiaruan- à quoy nollre Kiaruanbachi ne voulant entendre, 
kchefdc lu y en offrit fix cens ,& pendant cette conteftation 
la Cari- il futfaitManiouI.il antidata vne licence, c^prift, 

"aMc leu P our nc P as tout P er< ^ re > ^ eux cens rea les d'Efpagne 

Mai-- qui luy furent prefentées ; en mefme temps il fit 

chanHs , chercher des cheuaux de tous coftez pour porter fon 

eftok Ar- bagage, & monter fes gens, il en prit quelques- vns 

menien. aux Marchands de noftre Carauane , & leur fit faire 

le voyage de Conftautinople, le mien fut deux iours 

enferme fans boire, de crainte que l'on ne me l'o- 

ftaft, & en mefme tempsle moyen de palier en Perfe* 

Sri u/°" ^ e g ranc ^ Turq , le Pcrfan , ôc le Mogol n'empef- 

cies Man- chent point le négoce , quoy qu'ils foient en guerre 

fulmans. J esvns contre les autres : llsontdesdoiiannicrsefta- 

blis fur les frontières pour prendre le droit d'entrée 

ou de (ortie fur les marchandifes,&les Gouuerneur& 

prennent vn prefent pour l'or ou l'argent qui fe 

tranfporte du R oyaume, & donnent permiflion aux 

Carauanes de pafler les limites de l'Empire, 



Dh Sieur de la %oulaye-le-Goù&. 71 



Voyage d'Erferum À Hajjan Kala. 
Chap. XXIX. 

LE dernier du mois nous prifmes des chameaux 
frais, & parcifmes cTErferum par vn froid tres- 
violentàcaufe des montagnes couuertes de neiges 
qui bordent le chemin des deux colles, par deffus 
lefquelles le vent paffe & s'affecte d'vne telle froi- 
deur , que ie fuis trop heureux de n'y eftre pas mort *, 
ie me bandois le vif âge auec monTurban,mais quoy 
que bien fouré,ie n'auois rien qui fuit à l'efpreuue 
du vent, mes bottes eftoient gelées , & eufle bien 
voulu n'auoir point de pieds , nous campafmes 
deux iours miferablement , après auoir ofte de la 
campagne demie picque de neige auec des pel- 
les y i'ay eu cette fatalité dans mes voyages que 
i'ay cheminé l'Hyuer dans les pays frois , & 
l'Eftc dans les Indes Orientales 3 & Arabie de- 
ferte J). 

Le deuxiefme de Nouembre nous arriuafmes à HafTan 
HafTan Kala, en François le Chafteau de HafTan , Tvn kala *. 
des fils de Haty , lieue dans la Géorgie, & frontière 
de Turquie pour entrer enPcrfeiTon v;fîta noftre 
Carauane, & l'on fit payer deux rcales d'Efpagne 
par chaque chameau ou cheual décharge; ie païlay 
à pied, adonné mon chenal à mon vallc^craignant 
que ceux qui fa.ifoient la vifîte , me voyans bien 
monté ,& bien armé, ne me demandaient où 



7* Les Voyages Qf Obfer nations 

cftoient mes charges,& cuflcnt connu que ie neftois 
ny Marchand, ny naturel Leuantin :CeChafteau 
n'eftpas fi fort que les Ottomans reftiment^fen ay 
tire le plan en paflant le mieux qu'il ma efté poiïï- 
ble ; le chemin eft de fept heures , nous vinfmes lo- 

fjcr à demie lieue au delà de ce Chafteau dans vn vil- 
âge de Géorgiens , où nous eufmes le couuert. 

CHASTEAV DE HASSAN. 




Des Géorgiens. 
Chapitre XXX. 

LE Gurgiftan , ou Géorgie en François ] a au 
Nord la MofKouie.au Couchant la mer Noire, 

au §5^ * 4?2?52* c * * Medie, & au Leuant la mer 

Çupi- 



Du Sieur de la c Boulaye4e-Gou&. 73 
Cufpique,eIleeftdominéepar fept Princes, dont cc- 
luy de Mingrelio eft tiibutaire du Sultan, Se celuyde 
Teflisdu Schah,celuy deBachiachok d'Adean.&de Sbhah eft 
Circaflîc font fort puiffans , Se n'ont peu cftre f oufmis l * R °y dc 
auxManfulmans;leTurq&le Perfan y poffedent en 
propre quelques terres. 

Les Gurgi„ ou Géorgiens portent les cheueux longs 
fur le deuant , & fe font rafer le derrière de la tefte , la- 
quelle eft couuerte d'vn bonnet fourré, & leurs corps 
d'vn habit long, font très- vaillands, mais fans Foy , Se 
fans Religion, n'ayans du Chriftianifmc que le nom, 
ils vendent leurs enfans auxTurqs, ouPerfans qui y 
vont trafiquer , pour les faire Marfuîrnans , les plus 
beaux Icheoglans, ou Pages du Sultan, ou du Schah 
font enfans de Géorgie, & prefque tous les hommes 
les mieux faits de Turquie , &de Perfeen font origi- 
naires, àcaufequelefang de Géorgie eft le plusbeau 
qui foit en Afie; Les filles de Géorgie font de grand 
prixparmy les Manlulmans pour leur parfaitte beau- 
té. Ces peuples font Schifrnatiques,& fuiuent le rit 
&vfage Grec, mais ont plufîeursfuperftitions incon- 
nues aux Grecs: lors qu'ils font leurs prières, ils en- 
trentpeudansl'Eglife,& deuant que percer leurs ton- 
neaux devinilsfont pluficurs cérémonies. Leur lan- 
gue eft différence des autres peuples d'Aile, & dans la 
Mingrelie Se Circaffie l'argent monnoyé n'a point de 
cours , mais dans leurs achapts ils fe feruent de l'efchan- 
ge Si permutation defoye ou autre chofe. fay veuà 
Conftantinople l'Ambafladeur de Mingrelie , lequel 
apporteannuellcmentle tribut de fon Prince au grand 

K 



74 l* e * VojAges çf Obferiïatiow 

Turq^confiftant en quelques toilles ou Efclaucs,& 
amené aucc foy trente ou quarante Efclaues, lefquels 
il vend lcsvns après les autres pour viurc^à la referue 
de fon Secrétaire qu'il garde pour la bonne bouche, 
mais enfin le vend s'il a necefmé d argent, &s»en re- 
tourne fcul. 




Du Sieur de la 13oulaye-le- Gou&. 79 
Dieu cftoit Verbe & le Verbeacfté fait chair, moy Wem: 10} 
&monPercnousncfommesqu Vn, qui me voit, voit Idemu.j 
mon Père , ô Philippe, aucun n'a monté au Ciel que idem 5. 
celuy qui cneftdefcendu, le Fils de l'Homme qui eft 1J * 
au Ciel. Dans les conférences que i'ay eues aucc leurs 
Papas, i'ay fait tout mon poflible pour les defabufer 
de cette croyance, & leur ay monftré par raifon , que fi 
la Nature diuine eft changée , ou conuertic en nature 
humaine, elle n'eft plus nature diuine , parce qu'il eft 
contre la nature d'vn fuict,quccequi eft changé de- 
meure ce qu'il eftoit auparauant: outre qu'en ce qui 
eft Eternel & infiny , il n'y peut rien auoir de nouveau, 
autrement feieroit former vnoppofc danslobied & 
deftruire ce que l'on voudroit eftablir : Ils fe feruent 
encore des paroles du Simbole de Sainâ Athanafe , où 
il dit , que tour ainfi qu'vn corps cV vne ame raifonna- 
blefontvn homme, ainfi vn Dieu& vn homme fonc 
vn Chrift , d'où ils tirent cette confequcnce,donc il n'y 
a qu vne nature , parce que le cops & l'amc raifonnablc 
vniscnfcmble, ne font qu'vne nature humaine; cet 
argument lear paroift extrêmement fort, ic le iuge 
d'abord fallacieux dans la diction , & leur refpondis 
qu'ils concluoientfophiftiquement de ladiuifion à la 
compoCtion, &: que les Catholiques Romains ne di- 
foient pas qu'il y euft deux natures de Chrift , mais 
qu'en Chrift il y auoit deux natures, lcfquelles vnies 
hypoftatiqucment,fontvn feul Chrift ou fuppoft, ou 
fubfiftance, fi l'on veut. 

Ils condamnent le Synode ou Concile de Calcédoi- 
ne aflcmblé contre Eutique & Diof cor e, & l'ont pour 



u 



%o Les Voyages fô Ohferuations 

Anathcmc auec S. Léon Pape, quilscroyent perdu 
& excommunié. 

4. Snufticnnentque tous les Patriarches font efeaux 

comme cftoient le:s douze Apo(tres,&necroyentpas 
que leur Egiilc ioïc la leule bonne, & que Ton ne pmf- 
fe faire fonfalutdainsles autres; ils officient en Armé- 
niens grammatical, que le ba< peuple n'entend pas. 
A( * . Ilsnemangétpointdefangnydechaireftoufïée,5c 
2.6. ne peuuentconceuoir comme les Romains onr refor- 
mé le Concile des A poftres, qui à leur dire doit cftrc vn 
commandement 8c non vn Confeil Euangelique. 

Ils n admettent point le Purgatoire ny la prière 

pour les Morts, & nient que les Bien-heureux entrent 

en Paradis deuant le iour du Iugcm^nt, auquel iour 

ils ne verront pas Dieu face à, face^ mais iouyronc 

d'vne clarté : Il y en a entr'eux qui croyent que les 

Gens d'Eglife feront plus haut dans le Ciel que les au- 

Rom^.iï. trcs > comme fi^i eu faifoic acceptation des perfon- 

ncs- 

, Ils ont pour confiant que les âmes font créés dés le 

commancement du monde. LeurCarcfmc eftdejo. 

iours,& les Mercredis ^Vendredis ils foat abftincncc 

I ourc dechairjdepoiiTon^d'ceufsjdecrefme, dejocourtqui 

lait aigre eft vne cfpccc de ionchee, de beure, d'hui Ile, & les viel- 

° ucf P cce lardscommeplusReIigieuxne boiucnr point de vin, 

chec k fubftcntans de pain , de ris , de fruicï. , d'eau &dc 

Exod. 33. bofan : Ielcuray rcmonftrépluneursfois que Moyfe 

Marc. 1. &Iefus-Chrift ne furent que quarante îours dans leur, 

13- Icufnc, mais pour relponfeils me difoientque Saincl: 

brelua^e Grégoire leur Apofr,re,leur auoit ainfî laiiTé par eferir,: 

8 ce 



Dtt Sieur de U ']ioulaye~le-Gou&. h 
ce qui monftre qu'ils font plus attachez à leurs tra- fort wîté 
ditions , qu'à l'Euangile de Chrift : le rends toutes- parmy les 
fois ce tefmoignage d'eux qu'ils font plus eiuils & ^ux^faïc 
honneftes , & plus amis des Franks que les autres de mil 
Schifmatiques, parce que dans leurs Prophéties ils ^ oiil [ , y» iI 

ir i t- i * fortifie 

Iilent que les européens doiuent reprendre Con- extrême.' 
ftantinople , & en chafTer les Turqs infidelles . Ils re- menc - - 

f>udient facilement leurs femmes , & chafTent de 
eur Eglife ceux de leur nation qui le font faits Ca- 
tholiques , & les excommunient, auec deffence à qui 
que ccfoit de leur parler , s'il ne veut encourir la 
mcfme peine. Pour les remettre dans le chemin de 
falutilfaudroitenuoyer vn Nonce en Perfe, hom- 
me de bien, & fort libéral, pour affilier les pauures 
Arméniens, lefqucls fe feroient tous Catholiques, 
& obtenir du grand Duc de Toicane , & des Seremf- 
fimes Républiques de Venife & de Gènes , que ceux 
qui ne feroient pas Catholiques, & n'apporteroient 
les certificats de leurs Confeflîons , & Communions 
nepeuflent négocier dans leurs Ports: Cette affaire 
regarde le Saint Siège, & en ay dit mon fentiment à 
Rome , pour la defeharge de ma confcience,à ceux 
qui y peuuent donner ordre, & font eftablis pour 
l'accroiflement de la Foy. 



82, Les Voyages çf Obfemations 



JEriuan. 



Voytgc d'Pcbe Kilifa à Eriuan. 
Chapitre XXXIII. 

LE treifîefme du mcfmc mois nous marchai 
mes quatre heures pour arriuer à Eriuan peti- 
te ville fcitwée dans l'Arménie fuperieure, & con- 
quife fur le Sultan Morat , par Schah A bbas le Con- 
quercur, lequel le fit fortifier & entourer de quel- 
ques murailles de terre qui ne pourroient autre- 
ment fouffrir le canon. Noftre Carauanearriuéc, le 
Kiaruanbachi porta, félon lacouftume du pays, le 

Pciskct pcifKet au Kand'Eriuan, lequel nous permit de par- 
tit Ynprc- 1 . — . i * i r ir r 
f cnc , r 'tir pour Tauris quand nous voudrions, & le loir en- 

uoya quelques moutons aux principaux Marchands 

de la Karauanc, en efchange des prefens que l'on luy 

auoit faits, fentant en cela fon Perfan,& fe mon- 

ftrant autre que les Ortomans qui prennent tout 

fans rien rendre. Cette forterefïc eft iîtuéc au pied 

Agrcjagh j u mon( j Gordiatus appelle par les Turqs Agr- 

f efante dagh,le plus haut du monde, dans le milieu de l'Ar- 

raonra- menic, l'on lapperçoit de dixiournées deCaraua- 

gne en r ll ' i,r* 

Turq,cô- ncs > * ur cette montagne les Iuirs , Arméniens & 

mcquidi-Manfulmans tiennent que l'Arche de Noë s'arrefla 

roic très- „ i j n i r 

grande. a P rcs * c aefluge , quoy que plulieurs ayent creu que 

Dans ce fuft furvne montagne proche Ginik^l'Efcriture 
Cb 1 ? 11 S a i n ^ e dit feulement fur les montagnes d'Arme- 
la four- nies , (ans en fpecifier aucune : Ceux qui ont affeuré 
<fc r 1 Cft c L nc ? a c ^ ^ ur ^ emont Gordiieus allèguent le texte 



Du Sieur de la BouUje4e-Cou^ 83 
de Moyfe, que l'eau pafla quinze coudées les plus Dieu a*: 
hauts monts : Aux enuirons de cette montagne P e(anti 
croift le meilleur vin de toute l' Afie , que les Perfans tlgn™^ 
appellent EriuanScharabi, mais il n'y a point d'O- Akor.ch; 
liuiers, ce qui fait que plufîeurs s'eftonnent où la eUc^ft* 
Colombe peut prendre le Rameau qu elle apporta à appelle© 
Noë à l'heure de Vefprcs: LcsNaturaliftes ôcCaba^ 1 ^ 1 ^ 
liftes donnent vne amplification à ce paffage, qui Gcn^» 
contenteroitlesS<jauans fi ielofoisefcnrc^mais ce Vin a ' E " 
n'eft point la matière de noftre Relation, & fera- aauS.11. 
blcrois affe&cr dédire ce que iedois taire. 




L ij 






MONT GORDIjEVS; ov ararat. 

mm MM " 




Du Sieur de U Boulaye* le-Gouzj] *$ 

I. Lieu où T Arche de N oë s'arrefta. 

II. Neiges. 

III. Brouillards. 

IV. Continuation des hautes montagnes d'Ar- 
irnenie,allans iufques au montTaurus du codé de 
l'Orient> & iufqu . s à Erzerum du cofté du couchant. 1 

V. Euefque Armenunaffisfaifant fa prière. 

V I. Voix difant à l'Euefque qu'aucun ne mon- 
tait audit lieu. 

VU. Pied de la montagne. 

Les Arméniens ont par tradition qu'au fommet 
de cette montagne, l'on pourroit voir vnc partie de 
l'Arche de Noë, mais que l'onny fçauroit monter: 
QuVn de leurs Vertabetes , homme de fain&e vie , y Vembe - 
voulut aller, &paruint iufques au milieu de la mon- te & 1>E - 
tagne, comme Ton voit dans cette Figure, & venant des^r- 
à manquer d'eau , fit fa prière , & Dieu fit naiftre vne meniens ; 
fontaine qui luy conferua la vie ; Il entendit vne *Jfi°Do- 
voix qui luy dift, qu'aucun ne fuft fi téméraire de aeur. 
monter auhaut de la montagne, veu que nul hom- 
me viuantneneftoit digne: Plufieurs perfonness'y 
font perdues par trop de curiofîté ,non que icm'i- 
maginc qu'il foit deftendu d'y aller, fi c'eft vn lieu 
Saint comme ils difent , il y faut aller aueç les pieds Exode^T 
de Moyfe: Iecroy que tout le danger confifte aux *'- 
précipices de neiges où on peut tomber, n'y ayant 
aucun chemin frayé. 

L iij 



S/f Les Voyages (f Obferuatiâtts 

Voyage d'Eriuan à Tauris. 
Chapitre XXXIV. 

NO vs changeafmes de chameaux, & partif- 
mes le dix-neufiefme du mefme mois , mâr- 
Harchî- chanschaque iour i i. heures,nous arriuafmcs à Nax- 
fa*ptc-' cfcliïàn le vingt- quatriefme , ville renommée du* 
mierefai- temps de Cyrus,appelléc Artaxata, limite des Me- 
C< uc VÏ& d&9& & cs Arméniens; clic eftoit plus grande que 
îapremie- Tauris , comme l'on voit par le refte de i'enclosdcs 
ceviilequi murailles, mais elle fut entièrement ruinée & dé- 
bite ftmitte par Schah Abbas leConquereur, lors qu'il 
yre* îe cn chaffa les Ottomans. Le vingt-cinquiefme nous 
paflafmes le fleuue Ara,appellé Araxcs parles Grecs, 
Hérodote auec beaucoup de peine, parce que l'eau venoit iul- 
mç *' ques à la fcelle des cheuaux , les chameaux paflerenc 
auec plus de facilite , ce qui nous obligea de camper 
Ef ivn pwhed'vn village appelle EfoVfulfa, en Français 
f a . le vieil Vftalfa,doù font fortisles Arméniens d'Hif- 

pahaam,tranfportez de ce lieu par Schah Abbas le 
Conquereur , lequel s'empara de ce pays, mena le 
peuple efclaue en Hifpahaam, & donna permiflîori 
à ces pauures bannis de faire vne ville à demie lieue 
d'Hiipahaam,que Ton appelle Vfulfa,où il y a 6000. 
maifons , les habitans defquels trafiquent auec les 
Vidou soc j nc i ou Manfulmans , & Franks. A peine fufme* 

lesl'ayens * . ^ 

desIndes, nous campez,que le Vcrtabete nous enuoya vn mou- 
k ° rban r tonbouilly tout entier pour faire Korban: Le Kiar- 






Du Sieur de la TSoiilayede- Gouz^. tj 

uanbachi le fit diftribuer à tous ceux de la Carauane, pece de 

&enuoya puis après faire la quefte pour l'Euefquc ; le Comrm J* 

/r i cl n. • jj^ nion * llc 

reconnus que leur çoultume n'cltoit pas de donner ce prennent 

qu'ils vendoient J). & n i an f 1Tîal 

Le vingt-fïxiefme nous campafmes dans vn vieil bouïllir^ 
Han confirma par Alladin Roy, où l'eau &le bois cout c «- 
nous manqaerent,& fufmes fort incommodez pour f^donn^f 
nos cheuaux, lcfqucls il fallut abreuuer de neige., dix * toute u 
heures de chemin. Le vingt- feptiefme nous arriuafmes^^^ 
à Marancc petite Ville, où les Arméniens difent que la que les 
femme de Noé eft morte & enterrée ; ce qui leur confir- M * nfuI » 
me que l'Arche eit demeurée lur le mont Gordiaeus, S Arme- 
heures de chemin. Le vingt- hui&iefme nous rencon- " ie "î* 
trafmes vn Kan qui venoit de la Porte du Schah, pour pratiquât 
commander à Eriuan & s'aiTeurer du Kan Manfous,& P° ur .fe 
lcnuoycr prifonnier en Hifpahaam rendre raifon de ÀiUdSi 
fes mœurs & dcportemcns.lespeuples d'Eriuanayans% de 
formé leur' plainte au Schah qu'il beuuoit du vin & W 1C "' 

\ n \ r i <•» Marante, 

deibauchoit leurs femmes, lc vingt-huictielme nous côme qui 
arriua(mes à Sophia , huicl: heures de chemin ~Q : Aux **°j* < ei \* 
enuirons de ce village fe voyent pluficurs Sepulchrcs de C aufe de 
grands perfonnages pour lescombats fréquents quiie ' a femme 
font donnez entre les Ottomans ôc les Kcfelbachcs. Le q ui y C \^ 
lendemains 9. nous chcminafmcs quatre heures par la morte. " 
Mcdic Supérieure , Se i auris nous parut, Ville fo^Kefeioa- 
renommée dans les hiftoires, elle s'appelle vulgaire- ch« font 
mentTcurifc.autrcfois Ecba&ana où cftoit la Librairie les g CDS ^ c 

cuerr-c de 

des Roys de Medic; elle eftfcituéeaupieddu Mont Pcrfe. 
Oronfe, à 41. degré de latitude, à. quatre iournéesde ^""j* 1 
Xarauanc de la Mer de GUllan, ou Mer Caipiquc; la 



S8 Les Voyages çtf Ohfemations 

Ville neft point ceinte de murailles , n'a aucune forte* 
reffe & n'eft aiïife fur aucune Riuiere, fa grandeur peut 
cftrc comparée à celle de Florence j àl'efgardde ce qui 
efthabité; Si l'on prenoitl'enclos ancien &letourdc 
quelques pans de murailles, elle fe trouueroit cfgalle à 
celle du Grand Kaire, ou de Londres : mais Schah Ab- 
bas leConquereurcnruynatouslcs baftimens quand 
ilyfiirpriftlesOttomans, hors la Ville il y a vn cha- 
fteau fort ancien où (ont enterrez tous lcsRoys des 
Parthcs & des Medes, & le Prophète Daniel, lequel 
après vn long fejour, y eft mort. 

Les habitans de Tauris font Turqs de Nation, & de 
Langue de la Seëte de Haly ennemis mortels des Ot- 
tomans, ie fus contraints de m'habillcr à la Perfane ôc 
quitter mon veftement Turq, parce que les enfans 

Bié Ghidi couroient après moy,& m'appelldicntinfidclic&cor- 
BiéDifii nard Ottoman. Lesfrui&sy font femblables aux no- 
ftres, le peuple y eft blanc, & les naturels fi ialoux de 
leurs femmes qu'elles n oferoient fortirhorsdsla mai" 
fon fi elles ne vont aux bains : Cette Ville eft la plus 
Marchande de l'AfieàcaufedupaiTage & abborddes 
KarauaneSjlefqucllesy apportent toutes fortes deMar- 
chandifes; celles de Loueft qui viennent d'Arabie , Sy- 
rie, Grèce, Pologne, &Venife, quantité d'or& d'ar- 
gent, draps fins, brocallel, corail, ambre gris, & ambre 
jaune. Celles de l'Eit, fçauoirde Tartarie, Iufbeg,Thi- 
bet,Chine, Pegou, Indes Orientales &Ghillan, de la 
foyc, cambrefines, rubis, diamands, fourures, toiles 
peintes appellées Chiles, canclle, rubarbe,poivre,& 
toutes fortes d'Efpiccries : Le Scbah tire de ce cômerec 

beaucoup 



cou. 



Du Sieur de la Boulayc-le-Gouï^ si 
beaucoup de Contributions* il s'y faict quantité de 
turbans &mouchoiiers de foyc que l'on transporte en 
Grèce & A Afrique. 



De la manière que les Perfans donnent la question 
aux Criminels. 

Chapitre XXXV. 

DAns noftre Han l'on voila 6oo« Abbaflisàvn i^^ afl; 
Agy Perfan^cquel forma faplaintc au Kadi ou reuiem 1 
luge, & dift qu'ayant couché hors le Han il auroit laif- vn tefton » 
fésoo. Aj>ba(ïis dans fa chambre, laquelle il auroit Agi,Pel e : 
fermée aucc vnKadcnac.que le matin ilferoic retour- *\ n dc la 

, / r r i r Mecque. 

ne & auroit trouue ia porte ouucrte, ion kadenac fau- 
cc&fon argent pris, dont ilreclamoitlcKadi,lefup- Kadi ©a 
pliant de faire la recherche des volleurs qui auoient Kalieftlc 
commis le deflit : le Kadi vint en perfonne dans le Han> uêC ' 
fit appréhender aux corps nos feruiteurs, puis nous in- 
terrogea tous les vns après les autres, nous menaçant 
de noui faire du mal fi cet argent, ou ccluyqui l'auoit 
pris ne fê trounoit : A mon tour ie luy refpondis , que ie 
nïeftonnois qu'il peuft auoirlapcnlee que i'eulTe pris 
cctargcttt: qu ayant defpenlé plus de 4ooo.abba(fis 
pour venir voir la Pcrfe , il n'y auoit apparence de m'en 
foubçonner, qu'il me faifoit conceuoir autre chofe 
des Perfans que ce que Ton m'en auoit dit en Europe, 
où on les croit ciuils & honneftes aux eftran^crs, & 
que ien ferons mon rapport (uiuant qu il me traitteroit: 
Sa refponfè, le ne te fçauois pas Frank,& iufqulcy quel 



?o Les Voyages Qf Ohfemations 

mal t'ay-ie fair, ic ne t'a y. pas rué, qui t'auroir conneu 

pour homme de fi loin auec l'habit de Kefelbache , & 

la langue Turque que tu parle , Va t'en que Dieu te 

conicrue, iefçay ,tu n es pas homme à voler l'argent 

des Manfulman*, ie le dis, tu trouueras beaucoup de tes 

compatriotes en Hifpahaam. N'ayant peu tirer par 

douceur la vcritéduvol il y ioignit la rigueur des loir, 

& fit donner la queftion à quelques- vns de nos ferui- 

teurs, lefquels auoienr la plus mauuaife phifionomie,& 

^ nt a i e a s c 1 aux deux Odabachi du Han, l'on leur fit boire quanti- 

cameriers té d'eau falée, puis l'on leur appliqua vn fer rouge fur la 

° d r fi \ - poi£h:inc,& n ayant rien confefle l'on leslailTa aller; à 

gnihecha t , ' J . 

bre.&bi-quelqu autres Ion donna des coups de balton , Ion 
chi la ce- j cur attacha les deux pieds enfembleàvnpofteau la te- 
me'quidi- fteenbas, puis l'on leur frappa fur la plante des pieds 
roit les aucc vn bafton, cette faconde fouetter ou battre eft 
chambres ordinaire en tout le Leuant,où l'on ne frappe point fur 

les feffes , pour l'honncttccé qui le derTcfld parmy ces 

peuples* 



Peifket des habit Ans de Taitris fait an Kan. 

chap. xxxvr. 

LE dixiefme Décembre la Ville de Tauris fit pre- 
fent à (on Kan ou Gouuerneur d'vn parfaitement 

cftlaMof-k^ 11 tur ^ an ' l ec ] ue ' ' on P orta en P orr *P c dans vnc 
quée, ou Meskiet hors la Ville, où leKanallaenprocciïion ac- 
Templc compagne des Kefelbachesveftus àquil'emporteroit 

des Man- - r JP r • r rr C 

fuhtians. pardeflus ion compagnon, ceiour le pailacnrejouyl- 



Z># Sieur de la Boulaye-le- Çon&. }ï 
fancclcs boutiques des A rtifans fci mées,& ne fe peut 
eferire la félicité & le bon heur d'vn peuple qui eftre* 
gy en iuftice & iugement , non plus que l'amour & les 
refpe£ts qu'il porte à fon Gouuerneur. 

Réception dfiKan d'Eriuan Manfoulty prifonnier d'Eftat 
par le Kan de Tamis. 

Chap. XXXVII. 

LE quinzième du mefme moisarriuai fix milles 
de TauriSjlc Kan d'Eriuan Manfoul & prifonnier 
d'Eftat, duquel nous auons parle cy-deuant, toute la 
Ville eut ordre de fe parer & le mettre en armes pour 
le lendemain iour de fon entrée. Le feiziefme le Kan 
deTaurisfutauerty que le Kan d'Eriuan eftoitàdeux 
lieues delà Ville, monta àcheual & alla au deuant ac- 
compagné de j 100. Keielbaches d édite , pour s'afïeu- 
rerdela perfonne du prifonnier, parce que fuiuanc 
l'ordre de Perfe les Gouuerneurs fe remetrentde main 
enmainlesprifonniersd'EftatJesAmbairadeurs^our 
les conduire au Schalv, Le Kan de Tauris eftant proche 
de celuy d'Eriuan, l'embraffa & luy dift tu es le bien ve- 
nu & le bientrouué, ne t'afflige point, fois [ein& al- 
lègre ! ô mon Sultan^ ie te rendray tous feruices,ie te dis 
tput ce qui n'ira point contre le Schah, que ma tefte ?? cnun ^* 
foi t tieuprre fi tu ne l'obtient de moy, tu feras de la mef- c hi. 
me façon que mon frère im mon Gouvernement. Le Mienne 
Kan d'Eriuan, homme parfaitement bien fait,aagé de j(ç nec ter 
3,8. ans tout au plus,& fils de Georgie,mift la main droi- 



* i Les Voyages Çf Ovfemations 

Gïancm c1:c fur fon turban ôcs'encli riant vn peu, fie cette rét- 
ame mie- . ? t r\ir • • i / * 
nCt poniel O Kan mon ame, ie connois ta bonté^ouy a-t il 

homme efgal à toy , ic t'ay veu aux combats pour 
accroiftre les terres des Kefelbaches, ic te voy main- 
tenant fecourir , & confoler vn affligé qui alatefte 

keTeftîê ma ^ a * te t e ^ ant P riu ^ de Ton Gouuerncment ? que 
grandvi- Dieu t aime, as-tu oûy pour quelle caufe l'Etmaldoluee 
fii de Pei^-de l'ordre du Schah m'a mandé. LcKan de Tauris luy 
dift cecy; qu'eftee, ô Kan ma vie, le Schah eft plein de 
mifericorde pour toy , fi tu as efté mefehand , & fage 
dans la Iuftice, pour te remettre dans tonGouuerne, 
ment, fi tu n'as point forfait ,& confondre tes enne- 
mis, s'il plaift à Dieu. Le Cm d'Eriuan repliqua,ô mon 
bon Sultan , ô mon Cordial maiftre ,_tu fçais , ton fça- 
uoir& ta valeur t'ont rendu recommandable audeffus 
des autres Kefelbaches : il y a vn D ieu, D ieu eft grand, 
& Hali eft vray Prophète de Dieu, vfe librement de 
ton pouuoir, croy que ie fuis fans liberté, & me fais lier 
Schai qui les mainsjie te dis, ô Manfulman 6c vray Schai, que ie 
Religion na y P°* nt péché contre le Schah,s'il le croit,icm'accu- 
duSchah. fe criminel, &n'ofe dire qu'il fefoitlaiflepreuenirdc 
, mes ennemis , i'auray cette confolation de mourir 
obey(fant,il Verracnmcfaifant eftranglerque ie l'ho- 
norerayiufquesàlafindema vie ; il ne pût pourfui- 
ure,les larmes luy oftans la liberté de parler : Ce qui 
donna lieu au Can de Tauris de luy dire,0 vray croyât> 
^i C » ,C L ha ?' en vnfeulDieu quinepeutauoirde compactai , &- 

delabeil- -r - i r r . i- r & • i 

ic. qui tait milencorcte aux mniencordieux, premier des 

Éftres & Roy desRoys, tu ne doispoint auoir les mains 
liées, ie te dis taprifon fera mon Scrrail, tu t'afflige, 



Dit Sieur de la Boulaye- le- (jou^ 95 

pourquoy ? parle généreux Can, que veux tu de moy ? 
le veux ce que tu ne me peusrefuferi ô véritable kefel- 
bâche, cher compagnon de bataille, permets que ie 
féjourne icy quelque peu , & enuoye au plutoft mes 
femmes , & mes concubines dans mon Serrail en Hif- 
pahaam, & mes armes, tapis, cheuaux, & autres ri- 
cheffes au Serrail du Schah: Ieledis,tu feras deux œu- 
ures de vray Manfulman , tu empefeheras que mon 
lid ne f oit fouillé après ma mort , fi mon heure fatalle 
eft venue, lors que l'arriueray à la Porte du Schah, & 
tu feras retourner au trefor du Prince ce que î'ay amal- 
féàfonfcruice j tu fçais,ie fuis venu pauure enfant de 
tribut , de parens infidelles, & ie croy d'Idolâtres Géor- 
giens , au feruice du Schah , & nud ie m'en retournera^ 
iouïrdeDieUj&du Paradis, promis par fon mefTager, 
&par le Liure de laLoy des Manfulmans. Le Prince 
de Tauris luy accorda fa demande , puis ils s'acheminè- 
rent pai-ratMcydan,ouHipodromede la ville, ie lesAc Mcy- 
laiifé aller, & marrefté à conilderer le train & bagage ^^"j 
du kan Manfou^qui confiftoit en deux cens Caualiers, cheuaux , 
cent cinquante chameaux , & mulets chargez de tapis, ^ c g a '] J ^ 
coffres, & de vingt-cinq, ou trente femmes fur des M.ydau 
chameaux, fix Eunuques noirs pour les garder, & vingt Marché ~ 
Pages; le demandé à quelques Perfans leurfentimenc 
touchant le pfifonnier,ils rnafTeurerentqu'eftantbel 
homme, généreux, & eftimé Tvn des premiers Kefel- 
baches, il nauoitrien à craindre, parce qu'il eftoiten 
Perfe,&non en Turquie, où les infidelles Ottomans 
ne demandent que la mon; de leurs Grands, & Gou- 
uerneurs, 

M iij 



'j4 Les Voyages & Obfemitions 



L 



Defcription de la Mer Cafpique. 
Chapitre XXXVIII. 

A Mer Cafpiquen'cftpasnauigeablerHyucr^I- 
_jle cil fermée de tous coftez, &n'a aucune com- 
munication vifible auec les autres mers ; fon fable & fa 
couleur font femblables à ceux de la mer Noire ; les 
Ghillan Turqs, Pcifans, & Iufbegs l'appellent GhilianDeg- 
De g nlfi j nifi, ou mer de Ghillan, à caufede la ville deGhillan 
Un. capitale des Parthes , qui en eft proche 5 fa longueur eft 
de deux cens cinquante lieues, & fa largeur de cent 
cinquanx,fafigureoualle:Elle a au Nord la Mofco- 
uic&Ta'taricauLeuant la Tartarie, au Sud l'Empi- 
re duScr.ah,& au Ponant la Géorgie. Cent, tant ri- 
uiercs que ruiiïeaux tfy rendent , & ne la groffilTenc 
point, p^rce qu'au milieu de ladite mer il y a vn trou 
dans lequel l'eau entre de tous coftez, & fi vnvailTeau 
y vient, il eft perdu, & ne s'en peut retirer. L'on ne 
fçait au vray fi cette eau va par deflbus la Géorgie fe 
rendre dans la mer Noire , & dans la mer de Van , qui 
eft vnc autre petite mer dans l' A rmenie , ou bien fi elle 
retourne en terre pour entretenir la fource des ruif- 
feaux, & des riuieres: Cette mer eftperiHeufe à cau(e 
de plufieurs rocqsfc efeueils qui y font à fleur d'eau : 
Quand l'on va de Mofcouie en Perfc, l'on s embarque 
à Aftracam fur le Vvolquc , & ayant trauerlé on arri- 
Aftracam. U£ j la p] agC) dift amc f lx Journées de ChamaK , dans vn 
r^ir canton où l'air eft extrêmement mauuais, comme fur 



Lu Sieur de la Honlaye-le-Goiib. p$ 
toutes les coftes de ce lac falé 9 ce qui far dire aux 
naturels de Ghillan, que les morts dans ieuspays ref- 
femblenc aux viuans , parce que les hommes y font 
fans couleur, pafles & deffaits: Le Saulmoa de la mer 
Cafpique eft tres-bon , & n'en ay point mangé de fem- 
blable en Angleterre , ny en Irlande. 

~>* " ■ ..... . ■ 

Voyags de Taurls à Cach.an. 

Chap. XXXIX. 

LE vingtiefmc Décembre ic partis de Taurisauec 
quinze Marchands Iufbcgs,&Perfan>,(ans Ca- 
rauane, lesvolleurs eftans en petit nombre en Per(e, 
à caufe que les Kans leur donnent la chafle ,& qu'il n'y 
a point de Turcomans, ny d'Arabes rebelles fur les ter- 
res du Schah ; ie fus en doute fi ie prendrois la route du 
K'Atai , pour entrer dans la Chine auec la milice du 
grand Kan de Tartarie , dont ie (çauois la Langues- 
mais ayant appris que les Chinois fauoient chaflfé 
hors la muraille, l'aymé mieux voir la Porte du Schah, 
l'Empire du Grand Mogol , & aller à Goa capicalle des 
conqueftesdesPortugaisi nous marchafmesfîx iour- 
néeslogeansdans de petits bourgs fort peuplez, pour 
arriuer à Zangan , autresfois l'vne des grandes villes Zangan? 
d' Afie, mais deftruitte parles guerres, & le temps qui • 
coniommetout. Le vingt- fepuefmeàSulcania petite Sultaniai 
ville fort ancienne ,aflife au pied de quatre hautes mon- 
tagnes, appeliez par les anciens, Nyphates,Cafpius, 
Coatras,& Zoagras j Le long du chemin nous trou- 



Korunv 
dara. 



P 



Koam. 



Koum. 

Koum 
Poulati. 

Kr m 
acier fin. 

Cathan. 



t '9. 

i> 



$6 Les Voyages fê) Qbfemations 

uafmes plaideurs païfans la palle à la main , qui ro- 
muoient des monceaux de neiges , pour en tirer des ca- 
daures,& leur donner fcpulture s parce que les iours 
preccdcnsilyauoitcude îî grands vents, que ceux qui 
s'eftoientcrouuezàla campagne furent enfeuclis dans 
les neiges, fept heures de chemin J). Le vingt-huicl, 
& vingt-neuficfme i après auoir cheminé dix heures 
nous nous arreftafmes proche vn village appelle ko- 
rumdara fort peuplé, nous attendifmes deux iours, 
que quelqu'vn'euft frayé le chemin, qui eftoit telle- 
ment remply de neiges par les vents , qu'il y auoit dan- 
ger de tomber en quelque précipice^. 

De korumdara nous arriuafmes à Koum en fix gran- 
des iournées: Cette ville cft fort grande Saccagée par 
Temerlang Tartare , autresfois la terreur de TA fie ; il y 
avne petite riuiere fort fabloneufe,d'où cette ville a 
pris fon nom, parce que koum ou Kum,en Turq fî- 
gnifiedu fable ; le pont eft aflez beau ,1'ony mange les 
meilleuresgrenades de Perfe , groffes comme des œufs 
d'Aturuche , defquelles les Perfans font de très bon 
vinaigre. L'acier de Koum eft fort eftimé en Hifpa- 
haam, ils l'appellent koum Poulati, & en font les ef- 
pées damasquinées , qui font ordinaires aux kefel- 
baches. Le dixiefme nous partilmes de koum , & le 
rreificfme aous vinfmesà Cachan belle & grande ville, 
IaquatriefnedePerfe,où il y a grand négoce pour les 
vanTeauxde cuivre, & eftofîes de foye que l'on y fait, 
noàsy féjoariiafmesquarreiours,dansle plus grande 
beau kianuanfarâi qui foït en Afie. 



Du Sieur de la TSonlaye-le-GoitZj. ?y 



Voyage de Cacban en Hifpahaam, 
Chapitre XL. 

LEdix-huidiefmeïanuiernousprifmcsnoftre 
route pour Hifpahaam, demeure & Porte du 
Schah, oùnous arriuafmes en cinq iournces deCa- 
rauanes, nous ne fufmes plus incommodez des nei- 
ges, fur lcfquellcs nous auions marché depuis Erfc-' 
rum., ce qui débilite fortlaveuë,àcaufede Iablan- 
chcur,dont le propre eft de dilater. 

Hifpahaam , ou Hichipahaarh, comme veulent Hifpa: 
les Perfans, eftoit autresfeois Euatonpolis,dont la haaW 
grandeur eft égalle à celle de Paris ; elle eft aiïife pro- 
che icrderont, petit fleuuc fur lequel il y a vn beau 
pont pour pafler à Vfulfa, demeure des Arméniens, 
dont nous auons parler entrece pont ôclavillcily a Chap.4$: 
vne allée plantée d'arbres, & aux deux coftez font 
les iardins du Schah ; Il y a douze portes principales, 
chaque maifôn a fon iardin , auec des aibres frui- 
tiers, & de la vigne, le fejouren eft beau, & l'air 
très ferain , les fruits s'y conferuent d'vne année à 
l'autre, ie fus eftonné d'y manger des melons > cVdes 
raifinsau mois de Février, qui me femblcient eftre 
nouuellement cueillis. Les Cadaurcs,quoy qu'ihfe 
corrompent, n'y rendent aucune mauuafe odeur, 
ce qui procède de la grande fechereife dipays: Le 
Mtydan,ou Marché % eft la plus grande place qui 
foiten aucune ville du monde, vnpeu phs longue 

N 



5?s L>es Voyages çf Obferuations 

que large , ayant tout autour des maifons bafties 
efgallemenit, auec des gallerics au defTous,où l'on 
va à couuert de la pluye, & du Soleil j a l'vn des bouts 
ilyavnebclleMo(kée ? &tout proche eft lcScrrail 
duSchah. Les Naturels d Hifpahaam onteftezfub- 
iuguez par les Turqs Kefelbaches, & parlent Perfan, 
mais tous les gens de guerre font de langue Turque, 
vn peu différente de celle deConftantinople. Cette 
ville eft à tr ente fix degrez de latitude , il y fait beau- 
coup de ne iges,&depluye,qui incommodent fort^à 
caufe que l<es rues n'y font point pauèes. 

Il y a quatre Eglifes de Catholiques Romains, 
dont Tvne eft fondée par Monfieur TÉuefque de Ba- 
bylone,autresfois de l'Ordre desCarmes Defchauds; 
L'autre eft de Capucins François , qui ont acquis 
leur maifon fous le nom du Roy de France , afin 
de n'eftre point moleftez ; La troifiefme eft d'Au- 
guftins Portugais, autresfois baftiepar la magnifi- 
cence des Roys de Caftilles , lors qu'ils eftoient 
Roysd'Ormous ; & des conqueftes des Indes Orien- 
tales j La quatnefme eft de Carmes Defchauds Ita- 
liens , qui font en uoy ez par la Congrégation de Pro- 
Patfis sôt paganda Fi de } dont Monfieur le Cardinal Capponi 
lesadora- eft a prefent Préfet. Ces Religieux ont dequoy exer- 
ça" du cer leurs MifTioas,& ont pour objecl: laconuerfion 
indou des Manfulmans, Arméniens Juifs, Parfis, Indou, 
Payés des ^sabis, qui fe rencontrent tous en grand nombre 
SabisDif- cn Hifpahaam. Lom y mange la chair descheuaux, 
ciples de des afnes , des m ule ts , & des chameaux , que les Ke- 
Bapdfte. feikaches t rouuenc à leur gouft, & fe mocquoient de 



Du Sieur de la Houlaye- le- GouZj. &? 
moy y m appellant fuperfticieux de n'en pas manger 
que bien leur facejiefuisnay dans vn pays où Ton 
aime les chappons,&cequi eft bon, ils ont autant 
d'aduerfion aux grenouilles, que i'auois à la chair de 
cheual. Le chagrin y eft à grand prix, on le fait de 
peauxd'afnes,oude mulets. Proche Hifpahaam il y 
a vn village de Gseores, ou Parfis., qui font de l'an- 
cienne Religion de Perfe, laquelle nous deferirons 
dans la troificfme Partie de nos Obferuations. 



T)u S chah 9 fon Origme,fes Forces, & eflendue 
de fon Empire, 

Chapitre XLI. 

LEs Pcrfans, autresfois dits Cephenes , par les 
Grecs j & Artées par les Alïiriens : s'appellent 
Parfi , depuis que Perfeus alla efpeufer Andromède , 
& ont pris le nom d' Agen , depuis que les Parthes , ôc 
les Medes les ont fubiuguez , ils nomment leur Roy 
Schah , qui reuientau mot de Sire en François , & les 
Turqs le leur Sultan, qui a la mefmc lignification, 
parce que Baafchah , & Sultânem , fignifie Mon- 
fîeur, ou Sieur mien : Quelques vns ent aduanec 
qucleRoy de Perfe eftoit nommé Diei par fes fu- 
jets 3 ce qui eft faux , ils appellent Dieu koda , & leur 
Monarque Schah. Celuy qui règne à jrefent peut 
auoir vingt-deux ans , fon nom eft Abbas, & par 
confequant Schah Abbas: Il eft deïcenlu desTur- 
comans , ainfi que le Sultan des Otto mais , mais d'v- 



îoo Les Voyages çf Ohferudtïotis 
neaucrc branche. Le plus grand Roy de cette famit 
le «fté Schah f ïfmaièï Sophi, puis Schah Abbas le 

Conquérait, ÎVn des grands politiques & fourbes 
cjiii aye iamaisefté,ii faifoit croire auxEfpagnols 

ân'ii c&oit Chrcftien, alloit chez les Pères Augu- 
im d'Hifpabaam boire du vin vne CroÎK au col, 
dont ii fc feruoit pour cacheter les Lettres qu'il 
efertuoit à faMajefté Catholique, cependant qu'il 
tramoit auec les Angîois la prifed'Ormous, pour 
charter les Portugais du fein Perfique,qui fe flat- 
soient de fa conuerfion ; D'autre cofte il endormoit 
les Ottomans , lefqucls il lurprift à Zangan , Tauris, 
& Eriuan , $c les chaiTa iufques à Haffan kala , Erze- 
Houîfoi rum , ôc Mouflbl , leur ayant ofté vingt-cinq iour- 
tâ Nmi- jîées de terrcj II fe comporta de mefme façon enuers 
îes Géorgiens , qui fe virent conquis deuant que de 
le fçauoir leur ennemy ; Il laiiTa Schah Sophi , père 
de Schah Abbas,à prefent régnant , lequel tire fa 
Pchrcm- Généalogie dcHaly Pehrcmbcr, Gendre deMaho- 
ber veut t t ç c di c Schcrif, ou Saiette , fuiuant les Arabes, 

dire Pro- f * i i r» L o 

phetc. & pour parler François, du Sang du Prophète, & 

s'eftimcle plus grand Prince, Roy ,& Seigneur des 

Manfulmans,qualitezqui luy font coniteftées par 

le grand Turq, qui prend le titre de Diflributeur des 

Couronnes, & fe cro it eftrc le premie r Roy de la ter- 

Couflî rc , parce qu'il cft Souldan d Egypte , Gardien de 

■fcrafaUm k°uffi Cherif , & feruiteur de la Mecque. 

Iusbeg, L* Agemiftan ou h abitation des Perfes, 011 l'Empire 

veut dire <j u s c h a h a au Nord la Géorgie , la mer Cafpicjue & 

us , partie du Royaume d'iufbeg; auSudlefeinPerfique, 



Du Sieur de la BonUy* le- Go®z£ f ot 

le dc&toïSt d'Ormous , &la grande mer des Indes. A 
l'Eft confine l'Empire du Mogol à Caadahar Mui- Mcgof ; 
fan, Se peu s'en faut qu'il nes'eftendciufqirati fieuuc blaIlc * 
Indus, ôc ioinft vne partie du Royaume d'Iusbeg; 
l'Queft a pour limites la riuiereduTigrejieCourdftan Courdrtï; 
&Eriuan en Arménie. La force de cet Eftat confîftc *) abimiô < 

en 45000. kefelbaches,auec lefquels le Schah affronte des. ° UC " 
& faict telle au Grand Turq, aux Arabes , lusbegs, 
Georgiens,Mogols,Portugais & Hollandois,d où Ton 
peut tirer confequence quele grand nombre ne fa ici: 
pas gaigner les batailles, mais Tordre & le cœur des 
combarans aucc la conduite des Généraux &addre(fe 
desMiniftres. 



G oumrnement de Perfe. 

Chapitre XLII. 

LE Schalvuec fa milice^ tous ceux qui font appel- 
iez au GouuernementderEftatparlentvne langue 
Turque différente de celle des Ottomans, comme la 
Vénitienne de la Tofcane.-Dans les grandes villes il y 
a vn ATan qui eft le mefme en pouùoir que les Pachas 
en Turquie, il demeure dans (on gouuernement tant 
qu'il fait bien fa chargeai y en a quelquefois à qui les 
cnfansfuccedent,& maintiennent par cette voye quel- 
que Nobleife dans leur race, A. laportcduSchah.il y 
a vn premier Miniftre d'Eftat appelle Etmaldolucr, 
femblablc au Vifim Afim du Sultan desOttomans,fur 
lequel il fe repofe entièrement des affaires du Royau- 

N iij 



-, 



io i Les Voyages çg Qbfemations 
me, & ne le £ai6b pas eftrangler s'il ne mérite la mort: 
Apres la mont duSchah fon fils aifnc fuccede comme 
en toutes les Couronnes des Manfulmans, & ne fait pas 
mourir fes frères, il eft vray que s'ils (ont conuaincus de 
tràhifon Ton leur paffe vn fer rouge deuant les yeux qui 
les priuc de la lumière & non de la vie. Ces Princes 
font tellement ialoux de leurs femmes, qu apresleur 
mort Ion ne peut fçauoir où elles ont efté enterrées. 
S'ilarriue quelque Ambafladeur le Schah voit lesprc- 
fans & les faicî: apprécier , & après les reconnoift en 
foye ou autre chof e à l'equiualcnt : les Anglois & Hol- 
landois y ont deuxprincipaux Facteurs qui feruent de 
Refidens , dont le principal cmploy , eft de vendre & 
achepter les marchandifes & les enuoyer àOrmous, 
pour les embarquer & tranfporter en Europe, & autres 
diuerfes parties du monde. 

Les Chreftiensjuifs, Indou, Sabis & Parfis portent 
publiquement le verd,cequc lesKefelbachcs permet- 
tent pour fe rnocquer des Ottomans, qui leftiment 
vne couleur faindc & marque de la Manfulmanité, 
Alcoran mais les Perfans refpondenc , fi les Chreftiens & autres 
deThom- infidelles nc f° nt P as dignes de porter le verd, & que 
me, il eft cefoitvne couleur (âitl<Ste,lcs fupeiftitieux & hereti- 
f 11 ? ue ques Ottomans ne deuroient pas marcher fur l'herbe. 

les bien- 1, T 

heureux L on dilpute publiquement de la Religion, lans crain- 
fcrontve- teduluge,auecles perfans, qui feplailcnt fort dans les 
poupre& Conférences :&orulesmefmes principes de philolo- 
<Ie cou- phie,& Mathématique que nous, mais non de iheo- 
(oyc verte '°g ie * non P^ s que les Parfis, luifs, Indou , &Saby ; ce 
qui fait que nous ne pouuons conuenir en mefmc 



Du Sieur de UBouUye-le-GouX. 103 
crcance,& que nous fortons de la difpute comme nous 
y entrons : Outre cette liberté qu ont les Chreftiens & 
autres eftrangers de parler de la Religion, ilspeuuent 
porterrhabitPerfanauecleCimcterre &leGangeard, Gangeard 
ou autres armes dont ils fc pcuucnt deffendre contre 'e*^*" 
qui que ce foitjauec raifon,il ny a que le bonnet de So- Perfans & 
phi à ii. 9. ou 7 . pointe qu'aucun ne peut porter s'il n'eft Octoman * 
defcendud'vndes u.Ifmans. Les Chreftiens peuuent 
habiter auec les Manfulmanes fansapprehenfion du 
feu^quoy qu'il yayt chaftiment fi elles font mariées, 
mais auec vne femme publique l'on n'en feroitquc ri- 
re, parce que les eftrangers (ont reputezleshoftesdu 
Roy, & le Kadi les fauorifent en tout. Si vn Fran- 
çois j vn Tartare , vn Cauadois , ou autre effranger 
meurt enPerfe fon bien eft conferué à fes hcriticrs,& le 
Schah ne s'en approprie pas non plus que des defbris 
des vaiflTeaux. Le Schah ne tire pas le harachc des 
Chreftiens efgallement, mais ceux qui font plus ri- 
ches luy payent dauantage que les pauurcs; des eftran- 
gers il n'exige ricn,illcue quantité d'enfans de tribut de 
Géorgie & du Korafan, defquels l'on fe fert au gouuer- 
nement après que l'on les a fait in ftruirc & fermez dans 
des feminaires. Les Kefelbaches& Ifpahis ordinaires 
{ont la plufpart Mcdes ou Parthes,& ont certaine fom- 
mesd'argentparanpourleurfolde,oui5.0U2O.ou30. 
Tomansjfuiuantleur valeur &bonne n.ine.vnToman 
vautjo.abbaffisj&s.abbafïîsvallentvn: rcalled'Efpa- 
gne^ls boiucnt du vin impunemér contre la Loy;mais 
le peuplen'en oferoit boire. Les Kâs des villes frôtieres 
font vifiterlesKarauancs,c\: ne permettent pas quel on 



30 4- Les Voyages çf Ohfemations 

crnmenc des cheuaaix de prix > ny que l»on tranfporte 
nombre des efpeccs d'acier de Karrijque nous appelions 
damafquines. Les femmes n'y ont aucune liberté, & 
dans le refte du gouuernement & couftumes ils imi- 
tent les Turqs;içauoir, dans leurs mariages, circonci- 
fîon,ordrc de rendre laiuftice,diuifîon du iourcn cinq 
parties, bains &lauemens fabriquez deleursMoskécs, 
Fcftcs J Ieufnes,& mortifications, éducation des enfans 
de Tribut , cfclaues & Euneuques , &c. 



L 



De la Religion des ^Perfam. 

Chapitre XLIII. 

Es Perfans > & Kefelbaches fe difent Schai , qui 
,vcut cire tenant leparty du Schah _, mais font 
appeliez Raffafis par les O ttomans, ïulbegs,M ogols 
& Tartares , qui fîgnifie hérétiques , parce que les 
Perfans font feuls de leurs Seëtes ; ce que les Schah 
ont politiquement eftably pour mettre plus d'anti- 
pathie entre leurs fujets , & les Ottomans , ou autres 
M anfulmans leurs voifins: Si les Ottomans eftoient 
Schais, ou Je la Seclx de Haly, les Peifans fe feroient 
Sonnas > 4 u i eft la Se&c des Ottomans. Ils prennent 
kefelba- le nom ie Kefelbaches , qui fîgnifie tefte rouge, par- 
che rouge ce que les Lommes de commandement, & principa- 
icfdba- icment les lopins portent en teitevn bonnet rou- 
clics ver- ge à douzep ointes ,&: vn turban tourné en rond fur 
teste es. j e f ront ^ ;Jg na i C j U1 dénote qu'ils font de la Secte 

deHaly,c\de la Religion du Schah: L'inftitution 

de cette 



Du Sieur de U 'Soulayc-ie-GouZs. /oj 
de cette cérémonie cft venue de Schah Ifmaël So- 
phi au nom des douze Imans, ou Saints, qui furent 
filsdeHaly. Les Sophisoudefcendansdecesdouze 
Imans portent tous les iours ce bonnet, les Kefelba- 
ches , ou Agis ne le doiuent mettre qu'aux Cambots 
& iours de parade: La différence de cette Religion 
procède de ce que les Schais ont plus de foyen Ha- 
ly , qu'autres Interprètes de TAlcoran , & les Son- 
nis croyent plus en Mahomet , Omar , Abubef- 
ler,&Odeman; ils ont toutesfois le mefme Alco- 
ran,&mcfmes Prières, les Schais font plus fubtils 
dans leur Religion , dont ils confèrent publique- 
ment auec les Chrcfticns, Indou, Iuifs, Parfis, & 
Sabisj cette parfaite connoiflancedeleur Loy leur 
vient de la verfîondc l'Alcoranen Perfan , preten- Alcor.ck 
dant que Ion ne le puhTe traduire en autre Langue dc « p<> £ : 
fans en altérer le fens, &1 éloquence, à caufe de la te$ ' 
conuenance de PArabe eferit auec lePcrfan: Lors 
qu'on leur fait voir quelques contradictions dans le 
Coran, ils les tirent en my (tere, & difent que ce font Alcorich; 
Pa Rages difficiles qu'ont n'entend pas. Autant que tie j a U- 
les Gens de Loy fçauent leur Religion, autant les fôTchins? 
gens de guerres,ou Kefelbachcs l'ignorer rconnoif- Chap.des 
fant aulii peu le Coran que fon Autheui; n'ont au- lmbes ' 
cune antipathie auec les Chreitiens , boiuent & 
mangent auec eux fansicrupule; le ne leur ay jamais 
veu faire leur Namas ,& ie croy que la plus part ne la 
fçauentpas. Ceux de langue Perfanne foat fort fu- 
p^rRirieux, ilVen trouue entreux qui je portent 
plus leurs habits s'ils ont touché vn Chrcftien, les 

O 



io6 Les Vojœges çtf Obfemations 

tutfer, fC p Utans immondes pour auoir frotté vnKiafîer, ou 
pa$ plu$ homme fans Dieu , fi le Schah, les kefelbaches, ôc 
de notice aci tres de Langue Turque leurs permectoient de 
quVnc 11 mal-craitter lesChreftiens,&lcs Eftiangers: Us fe- 
befte. roient pis que les Ottomans , mais ils craignent le 

bafton,&fçauentque nousfommes fupportez des 

gens de commandement. 



Interefl du Schah. 
Chap, XLIV. 

LE Schah donne liberté aux Chreftiens, Parfis, 
tuifs , & Sabis , afin de les faire venir fur fes ter- 
res , & enrichir fon Empire : Il fe maintient en 
eftroitte intelligence au ce le grand Duc deMofco- 
uie pour l'attirer contre le Turq,en cas qu'il luy vou- 
luft faire la guerre , & fe feruir des Tartarcs qui font 
bridés par les Mofcouites ; il a en quelque eftime l'a» 
mirié des Polonois , & des Vénitiens pour la mefme 
raifon. Il protège en tout le Prince de Samarchand 
Roy des 1 ufbegs,& s'en fert à propos contre le grand 
Mogol, quand il veut eftendre les limites fur f hm- 
piredePerfe: Le Prince de Baflaraeft fon tributaire, 
& deux Princes de Géorgie, doù il tire force rhe- 
uaux , & hommes en temps de guerre ; il ne veut 
point fouffrir que les Anglois , Hollandois, ou Por- 
tugais avent aucune terreadiacente à fcscoliez ,de 
crainte que deuenans Maiitres du négoce , ils ne 
prennent les doiiannes, il s'entretient par maxime 



Du Sieur de la Hoallaye* le-Counc^ icy 
d'Eftat auec le Scherif de la Mecque, donc il n eft pas 
beaucoup ay nié à caufe de fori herefie. il a quelque 
amitié auec l'Empereur , le Roy d'Efpagne , & le 
grand Kande Fartarie^cV en reçoit des Lettres fort 
fouuent , aufquelles il refpond , fauorife ceux qui 
les apportent ,& ne croit pas que leur alliance luy 
foit vtileenrien,il eftime bien plus celle des Por- 
tugais, Anglois, te Hollandois. 



T)e l'Habit des Perfdns. 
Chap. XLV. 

LEs Perfans fe font rafer toute la telle & la bar- Alconch. 
be , portent les mouftaches de la longueur ac ^ on * 
qu'elles peuuent croiftre , de forte que quelques-vns 
en pourroient faire deux ou trois tours à leurs oreil- 
les:leur turban eft fort gros, fans bonnet deffous; 
leurs fouliers font faits en forme de nos galoches, 
pointues par le bout, de chagrin, vert, ou rouge, 
auec le talon de la hauteur d'vndemy pied : Leurs 
robes font plus courtes que celles des Ottomans ; au 
lieu de les boutonner, ils les croifent, & les atta- 
chent au codé droit ; par deffus ils portent vne peti- 
te cafaque fourrée en Hyuer ; les gens de guerres 
vont rarement fans leurs efpées,& leurs Ganjards; 
ils font plus fomptueux en turbans que les Otto- 
mans. Il fait beau voir aux affemblées, ou Feftes pu- 
bliques , les Gens de commandement,, & Officiers 
Je la Couronne, lors qu'ils mettent leurs bonnjts 

Oij 



f ot Les Voyages tf Ohfèruations 

de Sopiii > & par deflus plient vn turban de foyc , & 
de fil d'or auec deux ou trois tours de perles , & force 
diamands,& autres pierres precieufes aux endroits 
valeurs aigrettes font attachées : Leurs efpées font 
de pur acier , & battues à froid comme nos faux. 
S'ils veulent traitter quelque affaire ils vont au M ey- 
dan, & s'y ptomenans à chcual la terminent. Les 
Perfannes vont habillez de la mefme façon que les 
hommes, excepté les bas qu'elles portent de velours 
rouge, & la ceinture dont elles laiffent pendre les 
deux bouts aux coftez , & ont les robes ouuertes par 
deuant à la Turque ; elles ne portent point le turban 
non plus que les femmes Ottomanes \ dans les rués 
elles fe couurent dvft drap blanc , qui les cachent 
depuis les pieds iufques à 18 tefte ; leur naturel eft 
fort enclin à l'amour , mais les maris les gardent de 
fi prés, qu il leur eft difficile de prendre l'oecafion de 
mal faire, fi ce n eft en feignant d'aller au bain. El- 
les font plus propres que les Ottomanes, mais non 
plus belles ny plus enjouées . Les cheueux noirs (ont 
reputez ks plus beaux parmy elles , comme les rou- 
ges en Tarquie > ces femmes font amoureufes de 
celles de leur fexe , comme les Perfans de ceux du 
leur, & pratiquent ce que faind Paul reprochoit 
Rom. cb.aux Dames Romaines, lors qu'elles changeoient 
i. v. 16. i' v fage naturel en celuy qui eft contre nature > s'ef- 
chauffant femmes auec femmes, receuans en elles- 
mefmes hrecompenfede leur erreur. Ladifcretion 
m'obligea ne pas efcriredauantage fur cette matiè- 
re ; ie fus lirpris de trouuer des femmes gaillardes ne 



2># Sieur de la Boulaye-le~Ç<m&. ïoj 
fc point foucier des hommes , & auoir d'ancres moyens 
pour efteindre leur concupifcence ; Et rappelle en ma 
mémoire ce que 1* A poftre en a eferir. Apres la more des Hérodote 
femmes du Schahj L'on ne fçait où elles font enterrées, liutc - 
afin de luy ofter tout fujetdejaloufie,de mefmequc 
les anciens Egyptiens ne vouloient point faire embau- 
mer leurs femmes que quatre ou cinq iours après leur 
mort, de crainte que les Cirurgiens n'euflent quelque 
tentation : Et i'ay veu à Rome dans l'Eglife fainft Pier- 
re vne Nudité de marbre fur le Tombeau d Vn Pa- 
pe , laquelle l'on a couuerte de bronfe, parce que cer- 
tains Eftrangers en eftoient amoureux , & y furent 



ris. 



lujlification du K<tn d'EriuAn, 
Chap. XLVI. 

LE Kand'Eriuan, dont nous auons parlé cy-deflusj 
arriua à la Porte du Schah,fe iuftifia des calom- 
nies de fes ennemis , & fut renuoyé dans fon Gouuer- 
nement,aucc ordre exprès de ne point mal-traitterles 
peuples, & vfer de la mcfme clémence de laquelle ton 
s'eft oit feruy en fon endroit , de ne point boire de vin, 
ôc ne point defbaucher les femmes des Manfulmans, 
dont l'on Tauoit aceufé, mais non conuaincu. 



O iij 



iib Les Voyages & Obferuations 



Rapport du Turc\ , Perfan , &* **Arâbt à l'Eftagnol, 
François, & Italien» 



C 



Chap. XLVIL 

'Eft peudefçauoir Icscouftumes & naturels des 

peuplesjilles faut comparer pour en connoiftre 

les différences & les rapports qui s'y rencontrent i le 

trouue que les Ottomans ont beaucoup de fîmpathic 

auec les Efpagnols, les Pcrfans, auec les François, & les 

Italiens aucc les Arabes: pourpreuucde mon dire l'on 

peut obferuerde quelle façon lesTurqsmal-traittent 

. les Arabes , Egyptiens, & Kourdes, qui font Sonnis 

peuples ' & Manfulmans,& tourner la médaille , & confiderer 

d'Anne jf ans payons le mefpris que les Efpagnols ont pour les 
de Rdi- KT r i . . © ri j r c 1 i C \ 

giôMan- Neapolitains & Flamands. Le Sultan voulant rairc la 

fulmanc. guerre fc ietteàllmprouifte, & s'approprie toutes for- 
tesde conqueftespar bien-feance, files Efpagnols ne 
pratiquent ces maximes, ils obleruent celles de ne rien 
rendre. Les Ottomans n'apprennent point les Langues 
Eftrangcres,cV fîquelques-vns d'entreux fçauent l'A- 
rabe vulgaire, ou le Grec , ils s'en mocquenr, & les ap- 
Meftiffo pellent baftards,ou demy Ottomans : Les Efpagnols 
£fp a g "ol ont cette vanité , que toutes les Nations deuf oient par- 
& d'vne 1er leur Langue, & appellent MeftifTos leurs vafTaux, 
JcÏÏil- °l u * nc P ar ' cnt P as naturellement Efpagnol. Dans le 
ne , il les Gouuernement Ottoman , Ton ne pardonne aucune 

ISmm ^ autc * CCUK ^ ui C:omman< ï cnt * & ^ on c ft ran gl c > °u 
lennUTeri Ion coupe foauuent la tefte aux Chefs par maxime 



Du Sieur de la £oullaye-le-Gou%j Wi 
d'Eftat, c'cft la politique Efpagnollc : Les Turqs ne 
veulent aucuns Eftrangers pour leurs Généraux , & les 
mefprifcnt fi fort , que pcrlans des Arabes , Kourdcs, 
Si autres peuples Valîaux du Sultan, ils les appellent 
leurs (ujets, fi bien que le dernier des Ottomans sc&i- 
mc plus que le premier des Arabes, & des Egyptiens, 
procédé qui n'eft pas beaucoup efloigné de l'humeur 
des Caftillans. Les Turqs font inhabiles aux Arts , Se 
n'ont pas aflez de naturels Ottomans pour dominer 
dans 1 eftenduc de leurs Conqueftes; ils ne défirent dans 
ce monde que de bien manger, & palîer leur temps ; & 
les Efpagnolsayment la faineantife audeffus de toutes 
les Nations, fe contentent de ioiïcr de la guitarre , au 
lieu de trauailler pour acquérir du bien. Les Turqs na- 
turels dans leurs franchifes ont beaucoup de rapport 
auec certains Efpagnols, lefqucls autant qu'ils (ont à 
contracter amitié, autant la conferuent ils; Se fi les 
Turqs entr'eux font très ciuils,& barbares aux autres 
nations , les Efpagnols n'ont pas moins d'humanité 
pour ceux de leur patrie, & autant de mefpris pour les 
Eftrangersjccquileurattired'vncoftélahamedetous, 
Se de l'autre les fait fubfifter. Les Turqs dans la neceffi- 
té fe contentent d'oignons , d'eau , & de biieuit , quoy 
qu'ils ay ment extrêmement leriscuitaucc la viande: 
Se les Efpagnols font abftinence librement , lors qu'ils 
n'ont pas dequoy,&ferejoiïiiTent quand ils ont îab- 
bondance, particulièrement s'il ne leur courte rien, & 
qu'ils foient aux defpens d'autruy. 

LesPerfans tiennent plus du naturel des François, 
donnent liberté de confeience, permettent de parler 



1 1 1 Les Voyages ^) bfermtions 

&difputer de la Religion aur naturels ,& aux cft ran- 
gers jConfe fient de bonne foy la perte d'vne bataille, 
oud vnc ville; mais les Ottomans allèguent toufiours 
quelque trahifonqui en aeftélacaufe .-font meilleurs 
cauallicrs,que piétons , allègres , curieux, & ialour 
deftre creus les plus braues d\Afie,(uperbes en habits, 
ceintures, turbans, & armes, courtois & ciuils, mais 
plus aux Eftrangers , qu'à ceux de leur païs : Les nations 
eftrangores ont toufiours efté* repoufTez,!ors quelles 
ont voulu enuahir laPerfe,y ayant vn génie particu- 
lier, qui Te porte protecteur de cette ancienne Mo- 
narchie. 

L'Arabe tient le milieu entre l'Ottoman & le Per- 
fan , comme l'Italien n'eft pasfi jouial que le François, 
mais plus que rErpngnoljiiy fi graue que l'Efpagnol, 
maisplusque le François. L'Arabe eft difïîmulé, ad- 
droit à cacher fesdefleinsdifantvnc chofe,&penfant 
l'autre, ambitieux pour régner, chaque Arabe croyant 
eftre nay pour eftreRoy ,d'où eft venue la perte de cette 
Nation, laquelle s'eftant diuilcc a moins eu de force 
pour refifter au Turq,qui l'a en partie {ubiugée, & non- 
obitant qu'ils loient ma! traittez des Turqs , & en 
quelque façon eftimez des Pt r fans, ils ont plus d'affe- 
ction aux Ottomans, qu'aux Kefelbachcs. Les Italiens 
fuiuent le mcfme chemin, lefquelsayans reconnus en- 
tr'eux plufieurs Souuerains, ôl t efté vaincus, eux qui 
autrefois eftoient les Màîftrei'dà monde^lont à pre- 
fent Efclinescie* Efpanoîs j Er quoy que les Caftillans 
ne les effraient pas, >1 s'en trouuc plus d'arîc&ionnez à 
l'Efpagr%c]U a la France., ou ils font affez bien receus. 

Les 



Du Stem de la Botillaye-le-ÇjmT^ hj 

Les Arabes onr grand extérieur de Religion, & font 
tous propres à rffre Mouftis,ou Moullats , moinsfu- 
per! titicux que les Turqs, & les Perfans , bons Aftrolo- 
gues & Médecins, ayans le temperamment du ccrucau 
plus propre pour les feiences fpeculatiucs,ic parle des 
Arabes obeïffans au grand Turq,ou à quelque autre 
Prince \ pour ceux du Defert ils ne s'addonnent qu a la 
petite guerre, & mènent vne vie femblable à celle des 
Bandis d'Italie. L'on pourroit faire milles autres rap- 
ports furie fujet de ces trois Nations, lefquels feroienc 
trop longs à eferire, & fuffiroien ta faire vn Luire. 



L 



Voyage d'Hifpabaam au BandaroJbbafsi. 
Chapitre XLVIII. 

A (ortie du Schah,auec toute fa milice, pour aller 
aflieger Kandahar , ville frontière des terres du 
grand MogoI,la plus importante de l'A fie, pour les 
grands tributs qui y rendent les Karauanesdcs Indes O- 
ricntales, abrégea mon féjour d'Hifpahaanijpour al- 
ler à Ormous: Pour cet effet ie m'accompagne de qua- 
tre Arméniens & deux Perfans, & le fixiefftîe iour nous 
arriuafmes à Schiras , autrefois la demeure des Roysdc Schirat:' 
Perfe, Adorateurs du feu, deuant que leskelelbaches, T fta ^ 
& autres Turqs de Medie, &Turqft.wles euffentfub- habkaciô 
iuguez. L'airyeft mauuais,& a obligé les Carmes Dc(-^ $ |* a " 
chauds Millionnaires Italiens d'abbandlonner leur 
roaifon : La grandeur de Schiras eft efgalle à celle 
J'Orleansjle kan y commande force milice , elle eft 

P 



d * tes Voyages f$ Obferuatîons 

la dernière ville fut larGutedOrmous 5 où l'ontrouue 

des fruàeîs femWables à ceux d'Europe. 

L'onobferueauec admiration aux puyâs de Serviras 
que l'eau fihaufle peu à peu pendant 50. ans, & que* 
ftafltarriuéc à vn certain poinâ, elle (e baiiîe petit à pe- 
tit ço. autres années : proche cette ville font les ruines 
fcdeçQ- ^ j^ ^ iei |j c p cr f C p Ji s demeure de Darius, faccagée pat 

Alexandre le Grand; Tony voit quelques piramides & 
veftiges de l'antiquité , elle eftoitautresfois la Schiras 
dePcr(e,ou plutoft Schiras eft aujourd'huy la Perte- 
polis antique, embellie de fadeftru&ion. L'on dit que 
fi Mahomet euft efte à Schiras, & qu'il euft eucon- 
nôiiTancede la bonté duvin,&de la beauté des fem- 
mes,il auroit demandé à Dieu de ne point mouri r, mais 
ie doute fort qu'il y euft accordé. 

De Schiras ie m'acheminay auec vn Pcrfan,& vn 

Arménienne* autres eftans demeurez malades àcaufe 

du chemin, & voyage fafcheux que nous auions fait, & 

Ut. en quatres icwrs i'arriuc à Lar , belle & grande ville, 

mais non fi agréable que Schiras , il y a vn Kan auec de 

la milice , leauy eft fi corrompue , qu'elle engendre 

des vers dans le corps de ceux qui en boiuent, Tony 

vend de bonn e eau de vie faite de dattes,ie cheminé or- 

dinaircme.it quinze lieues le iour J), le partis fenl de 

Bandât L ar f ans compagnie, & arnué au Bandar Abbafli en 

^t? B * trois iours, k marché dix (ept heures ordinairement, 

dAbbâ« iciouifris beaucoup pour la foif à caufe des eaux qui 

Go P umt font falécs » & <P* P rcnncnt lcur Source des montagnes 
con^rVesdc (elqui iordentle chemin des deux coftez. Ce pais 
PûEm S ais eftvndefet,ou il y afeulement.de petits Hans, auec 



Du Sieur de la r Boullaye-le-GôM&. in; 
des Odabachis,qui vendent d e la paille & de l'orge pour 
lescheuaux, il n'y a point de volleurs, i'y ay chemine 
feul fans auoir eu , ny ouy parler d'aucune mauuaife 
rencontre à caufe du Kan de Lar, & du Sultan, ou Gou- SuIcan «* 
uerneur du Bandar Abbafli , qui y donnent ordre. Le ^ifiT : 
Bandar Abbaffi eft fait delà deftru&ion d'Orrnous, les G °uu«~ 
Portugais l'appellent Goumeron; Il y a vn Sultan auec i neur v 
peu de milice, qui garde deux petits Chatteaui: Elle dre que ' 
eft à vingt-huicl: degrez de latitude vers le Polc Aréti- " luy dtt 
que, peu de perfonnes l'habitent l'Efté,a caufe des gran- 
des challcurs : L'eau y eft mauuaife & demie falce, il n'y 
a qu'vne plage fans port , où arriuent de tous coftez 
des vaiffeaux pour négocier. 



Description & Hifloire d Ornions. 
Chapitre XLIX. 

A Quatre lieues du Bandar Abbafli , vers le^ud , eft 
la fameufe [fie d'Orrnous a vingt- fept degrez , & 
quarante cinq minutes de latitude, terre infcrtille fans 
grain , fans eau , & fans bois , mais autresfois la Venifc 
d'Afie , poffedée à diuers temps parles Arabes, & Portu- 
gais^ deftruitte par lesKefelbachescjui en font les 
Maiftres comme nous allom déclarer. 

Le Roy d'Orrnous , outre cette Ifle dominoit la 
pointe d'Arabie qui en eft voifinc: Ce Princeeut guer : 
rc dans l' A rabie auec deux Roys Manfulmans , & crai- 
gnant le Schafi s'allia auec les Portugais, & les appella 
dans l'Ifle d'Orrnous , où ils battirent vnc forterefte, & 



ii£ Les Vôjdgis gj* Obferuatïons 

y nt fupcrbc vilîcy attirèrent tout le corn merce desïn- 
des 9 ordonnèrent qu'aucun Eftranger n'y pourroit 
ameuer des marchandiies ny en (ortir que (ur les vaifl 
feaux Portugais, ce qui. obligeoit les Arabes, Grec?, 
Arméniens, & Tartares a y venir faire emploiic>& con- 
duire leurs ballots par terre. Les Portugais doonoienc 
de grofles penfions au R oy d'Ormous , lequel auoit fa 
Kdofquée.,&faiuftice aucc l'exercice libre de la Reli- 
gion Manfulmane. Les Portugais s'eftoientainfi ren- 
dus Maiftresd'Ormous, que les Anglois leur ont laie 
perdre, lefquclsay ans eftablis à Londres vne compa- 
gnie pour le négoce des Indes Orientales, aueepermif- 
fion du Roy de la grande Bretagne entreprirent d'y 
faire commerce, & furent viuement repoufTez par les 
Portugais, qui fe diloientlesMaiftresdecctraffiq, & 
des Indes par vn don qui leur en auoit efté fait par fa 
Sain&eté pour y arborer la Croix , cV y eftablir le Chri- 
ftianifme; les Anglois refpondircnt que ceux qui ne 
polTedcnt que trois ou quatres petits forts dans vn fi 
grand pais, ne s'en deuoient direle$Mai(tres,pour la 
donnationdu Pape, elle eftoit de nulle confideration, 

f>arcc qu'il ne peut donner vn temporel, qui neft pas à 
uy,&que fapuilTancenes'eftendque fur le fpirkuel 
desCatholiques,quile reconnoilTcnt; qu'ils vouloient 
négocier dans les Indes, &principalemenr en Perfc,où 
les Portugais ne poiTedoientpas vnpoulec de terre, al- 
ler & venir fur leurs vailïeaux,en payans la doiianne 
au Roy de Portugal , comme tous autres eftrangers, 
qu'ils ne pretendoient rien à la conquefte des Indes 
Orientales, parce que la terre cft aux Seigneurs qui la 



Du Sieur de la £outtaje-le-G.ori(. 1/7 

poffedentde bonnefoy en ligne dire&e ou collatérale; 
que fi les Portugais ne vouloient con (en tir à leurs pro - 
pofitions ils proteftoient de leur faire la guerre, & efta- 
blir leur négoce par leurdeftru&ion^au lieu que s'ils 
leur accordoient comme à Chrefticns \ hommes Façon de 
blancs , & Européens ce que iuftement ils dernan-P aricrdcs 
doient , ils les afïilteroient en tout & par tout dans leurs appeûec 
conqueftes, ôcauroient pour ennemis leurs ennemis vn hom « 
faifansauec eux ligue offenfiue &defîenfîue. ?(t\.° k 

Larefponfe&conclufion des Portugais fut, qu'ils pdIer P sL 
ne vouloient fouffrir aucune nation Européenne dans CCCur ' 
les Indes , non pas mefrne la Caftillanc Catholique , & 
vaflalle de leur mefme Roy, qu'ils en auoient fait la 
defcouuertc , que le Pape , comme Vicaire de Dieu en 
terre peut donner les Royaumes à qui bon luy femble, 
fuiuant laraifon & l'équité, & qu'ils empefeheroient 
par laforce les Anglois & autres Européens d'y venir,& 
leurferoientconnoiftrela vallcur Portugaife. 

Les Anglois s'armèrent puiflammenc , donnèrent 
choq aux Portugaise ne les efpargnerenr en aucun 
endroit, s allièrent auec tous les Roys des Indes ,efta- • 
blirentlademeuredelcurChefà Souratvilleappartc- 
nance au grand Mogol, dans le Royaume de Guzerar, 
& ayans defcouuert quelques ports de Perfe efioignez 
d'urmous,ilsyeftablirentleurtrafîîqiueclesKeielba- j 

ches, & portèrent Schah Abbas le Conquereur a fur- 
prendre & s'emparer d'Ormous, luy promirent de 1 af- 
filier, pourucu qu'il les admift au partage efgaldc la 
douanne , & autres droits , s'obligèrent de tenir la 
mer, & combatrcles Portugais, s'ils of oient paroiftre 

P îîj 



ïi8 Lts Voyages çf Obfewations 

pendant que les Kcfelbachespafferoient dans Hflefur 
des barques: Ledcflcinauflï-toft fuiuy que propofé, 
Schah Abbas enuoyafî promptement fa milice, que 
les Portugais la virent dansl'Jfle deuant que d'eneftre 
aduertis: Lespcrfans dabbord minèrent le Chafteau, 
pendant que les vaifleaux Anglois tenaient la mer, & 
obligerenrles Portugaise venir à capitulation , &vui- 
der la place: Si le Capitaine de la forterefle euft noyc 
les foflTcz^esKrfelbaches ne s'en fuffent pas rendus fi 
facilement les Maftrcs. Schah Abbas partagea auec 
les A ng lois les richeffes par égallc portion , les exempta 
de tous tributs fur (es terres , & leur donna la moitié du 
reuenu de la doûanne d'Ormous , qu'il transfera en ter- 
re ferme auBandar AbbaflUe faifit desChreftiens^qui 
auparauantauoienteftéManfulmans,& du grand Vifîr 
du Roy d'Ormous ; leur fit trancher la tefte , fit démo- 
lir la ville, & des matériaux tranfportez en la terre fer- 
me, l'on en baftit leBandar Abbaffi,qui veut dire le 
Port d' Abbas, dont il cftoit fondateur , & y transfera 
la doiianne d'Ormous ,'laifla la fortereffeen fon en- 
tier, où f es fucceffeurs entretiennent bonne garnifon. 
Pendant le fîege d'Ormous vn vaiffeau Anglois fiit 
mal- traillé par les Portugais , & contraint de venir à la 
plage duBandarAbbaffipour fe calfeutrer, le General 
de Mafcati Portugais ne pouuant endurer la prife 
Efpccc de d'Ormous , & le procède des Anglois enuoy a dix-huicl: 
demies Nauios d'Armada,qui fc faifîrent du vaifleau Anglois, 
fppeilées f ur lequel il y auoit 90. hommes; le General leur fit 
Paros par à tous couper la tefte ,pour vanger la mort du Vifir 
«ars^ a * !^ U ^°ï d'Ormous, que les Anglois , contre la capitu- 



Du Sieur de la BôHlUyc*le-Gouz2 m 

lation, auoientliuréau Schah. Le General cT Angleter- 
re cftoit Catholique Romain, lequel partit duBandar 
Abbaffi auec deux vaiffeaux chargez des dcfpoiiilles & 
richeffesdes portugais; l'on n'a peu fçauoir ce qu'il eft 
deuenu , fi c eft punitionde Dieu pour auoir remis Or- 
mousentre les mains <ksManiulmans,i*enlaifîe le iu- 
gement au Lecteur. 

Les portugais iufqucs à prefentpayentpenfionaux 
defeendansdu Roy d'Ormous , qui demeurent parmy 
eux>& s'attribuent la qualité de Roys d'Ormous , ils 
fontManfulmans. # 

A trois ou quatre lieue* d'Ormous il y a deux Mes 
appellées Kifchemicfae, & Larecke^û il y a de l'eau Kifche- 
douce/l'on y pourrok reftablir l'ancienne Ormous; Laiecky 
le Schah y entretient quelque garnifonaucc de petits 
forts,màisil feroit facile de s'en emparer; ce fera quand 
fa Majefté aura la volonté de fe (oufmette ces Orien- 
taux. 



Noms des principaux Miniflres de Perfe. 
Chapitre L. 

SChah, ' Le Roy. 

Bcgun y Reine , ou efpoufe du Roy. 

Etmaldoluet, Lieutenant gênerai, ou premier Mi- 
niftre d'Eftat. 

Spaffalar, Concftable. 1 

Koul Agafli , Coloncldc la milice, 

Kan, Gouuerncur deProuincc > & eft le mefmc 
que Pafchaen Turquie, 



izo Les Voyages çf Qbferuâitions 

Sultan, Goiuucrncur , ou Capitaine d'viac petite 

place. 

Minbachi , Colonel , ou Chef de mille foldats. 

Iufbachi , Capitaine s ou Chef de cent foldats. 

Sadre, Grand Kalife, ou Moufti. 
Chekelfelam j Ancien , ou le plus expérimenté des 
Mouftis. 

Kafi, Iu g c - 
Olama , Adioint du luge, & proprement fon Se- 
crétaire. 

KkhiKKoul, Page, ou petit Efclauc. 

Darouga, preuoftde la ville. 

Karafforam, preuoft de la Campagne. 

Tiffengi, Soldat dcpied,oumoufquctaire. 

Kcfclbache , Chcualier du party du Schah de la Se- 

&c de Haly. 

Mirfaa, Gentilhomme, non dont l'on appelle 

lesenfans du Roy , comme Mirfaakan. 



Voyage de Ptrfe aux Indes Orientales y & la faifon qu'il 
faut prendre cour s'embarquer. 



Chapitre LI. 



d 



Epuis le vingtiefmeNouembre, iufques au der- 
r nier Mars , l'on trouue des commoditez pour 
palier du Bandar Abbaffi au Royaume de Guferat. La 
mer des Indes neft pas nauigable en autre temps , à 
caufedestempeftcs& vents contraires qui y font con- 
tinuels. Le vinst-fixielmeMars ic m'embarque fur vn 



taiiTeau 



D u Sieur de U TSôulUye- le- Gou&] ui 
vaifTcau Anglois appelle Blcflcin. Le vingt neufief- 
me nous ai riuafmcs à la veue de Maicaci ville de 1 A- Mafratè 
rabie heureufe a 14. degrez de latitude, fous la domi- 
nation des Portugais, par le don qui leur en a efte 
fait du Roy de Mafcati , petit prince Arabe , à l'imi- 
tation du R.oy d'Ormous: Ils y ont bafti vnc Cita- 
delle , & obligent tous les vaiiïeaux qui nauigent 
dans le fein Perfique , & mer rouge , de leur payer tri- 
but, à Tcxccprion de ceux qui vont à Ormousjils 
n'obferuent pas cette rigueur contre les Anglois, & 
Hollandois , parce qu'ils n'ont pas la force > mais 
contre les Manfuimans , & payens. 

De iMafcaci nous cinglafmes en haute mer, & paf- 
fafmes le Tropique du Cancre, lailTans au Nord- 
Nordeft les coites de perfe. 

Le dixicfmc Avril nous eufmes vn calme 9 &vne 
chaleur extraordinaire , quelques Anglois fe bai- 
gnèrent , ie voulus cftrc de la partie 3 & me ietté dans 
lamcrauec les autres: Me taillant aller doucement 
fur cet clément , ic ne me fouuenois plus de mes tra- 
uaux dans la fatisfa&ion que ic reccuoisdccc raf- 
fraifchiflcment, mais elle ne fut pas de longue du- 
rée, parce que le Capitaine du vaiiTcau appclla ceux 
qui rebaignoient,touttranfportc,de crainte qu'v- Cherxe 
ne CherKc qui paroiflbit, de venoie du cofté de la en An- 
proue neluy dcuoraft quelquvn defesgens: Alors v^fon 
Japcurmcfaifît,moy quinel'auoisiamais connue, que les 

me fçachant vn ennemy contre lcaucl il n'y auoit Ploucn \ 
• v 1 y " /» 11 , f aux ap- 

point a combattre > mais en recompenfe clic redou- pellent 

bla mes forces par vn eflancement que ie fis vers la Lam ? <i ui 

— ... — „„ . ^ . __ — , fc — i marine 



ï" Les Voyages Ç$ Obferuations 

les hom- p rou ë > °ù prenant vne corde pour grimper fur le 
mes ; & vailTeau , ie vis ce poiffon à trente pas de moy la telle 

an \°" hors de l'eau, qui tiroit vers le lieu où i'eflois,ie n'eus 
ois ic gros . >l > 

chien de pas empoigne la corde,que ie me trouue lur le nllaq, 
mer, il a ] a nature ayant fait vn effort dontiene nVapperccus 

4. rangs , -ri t i i 

de dents q u après auoir eienappe du péril. 

deffus 6c Le vingt-troifiefme Avril nous parut Diou y que 

L-s nu- nous appelions Diu par corruption de lengage,For- 

choires ,il terefle dominée par les Portugais , où ils ont eflabli 

eita ez^ yne f\ ^ znnc pour lesvaiffeaux qui entrent & for- 
bon a ma- r ni» 1 
ger. tent de Goga, ou de Sourat , a 1 exception du plus 

r 10 "' g ran ^ nauirc du Roy Mogol , lequel part tous les 
anspourpafTeràMokales Pèlerins de la Mexe: Les 
Anglois & Hollandois font exemps de ce tribut. 
Levingt-feptiefmedu mefmemois nous iettafmes 
les anchres à vingt- vn degré ôc demy de latitude, 

Soîiali. dansvn lieu appelle par les Anglois le trou de Soiïa- 
li, & Soiïali par les Indiens, à la veue des terres du 
grand Mogol; nous nous defbarquafmes fur lariue 
où il n'y a aucunvillage,mais bien quelque tentes 
des Marchands qui y arriuent de toutes pars } êc s'y 
embarquent pour diuerfes parties du monde.'Lcs Fa- 
fteurs Anglois, & Hollandois y féjournent depuis 
Nouembre , iufqu en Avril 3 qui eft le temps que la 
mer des Indes eft nauigeable. 



Du Sieur de U 'Boullaye-le-Gouz,. ii} 



Du 2{pyaume de Gu^erat. 
Chapitre LU. 

Omatâ 

AMadabat eft la capitale ville de Guzerat.ap- cftleme( - 
*. *■ nie que 

partenant au grand Mogol-, il y a vnOmara Pacha en 

ou Gouuerneur , auec de la milice > elle eft à cinq Tu yqu*e» 

iournéesdeSoùali ; les Anglois&Hollandoisy ont p er f c . 

des Facteurs qui y débitent des draps, & du korail, & Bafcas 

yacheprentdes Baftas, Alajas, &Chites. Ladeuxief-i^^ 1 ^ 

me eft Cambaja -, autresfois le fiege des Roys de Gu- ches de 

zerat, elle eft trois iournéesdeSoùali; il y avn Fei- C0 A t ?" # 

ri rit Alajas 

tor Portugais, ou elpece de Conlul , le port n'y vaut eftoffes 
rien à cauie du fable qui peu à peu en bouche l'en- dc , c î ton 
née. Cette ville eft fameufe pour la quantité de de diua- 
couppes d'Agates, & autres pierres precieufes que fes c °u: 
l'on en tranfporte. La troifiefme , Baroche petite <*hftc's 
ville où fe font les plus beaux Baftas, & Alajas des In- font toil- 
des,elle eftàdeux iournées de Soiïali. Laquatrief- r !!^ in '- 

v / t I • l & lm ~ 

me jGoga autre petite ville a vneiournee de Soùali, primées, 
où l'on charge plufïeurs vaiffeaux de toillesdeco- j Fc A tor ^ 
ton pour MoKa,& Achen ville principale de Tille de la na- 
de Sumatra. Eniuittel'ontrouue Diou,&Da.maon tion ?.°ï- 
dépendantes de Portugal, lefquelles font places d'ar- m is pa * \ e 
mes, &lesclefsde ce Royaume. Vice Roy 

Finalement Sourat premier port des Indes O- Baro°he 
rientales,où lesAnglois, &: Hollandais font tout g 0& .t. 
leur négoce ; il y a vn beau Chafteau dont la con- î? 100 ' 

n. r> i î û i i^>tn î Damaon. 

itruckion a delà conrormite auec leChalteaudeS. Sourat. 



ï»4 £** Voyages çtf ObferUMions 

Ange de R.omc Nous ne dcuoris point croire que 
les Indiens ayent appris à faire des fortereffes des 
Européens , puis que celle de Sourat cft baftic deuanc 
que les portugais euffentfait la dcfcouuertedc leur 
païs. S* grandeur cft efgallc à celle de Rouan, fort 
fjabib peuplée i il y avn Nabab, & de la milice, la riuicre 
cft le gou- n > € ft pas autrement profonde. Les vaiflj:aux d'Euro- 
uerneur. i cctcnt l'anchre à Soiiali , qui en eft deux iournècs 
par eau , & cinq lieues par terre : mais les nauircs des 
Indiens > s'ils font petits , arriuenc auec leur charges 
iufqucs au pied de la doiianne,& s'ils font grands 
l'on les defeharge au bas de la riuicre, à" vne tour- 
née de la ville, puis montent avide. Les vaifleaux 
du Roy Mogol portent beaucoup plus que les vaif- 
feaux d'Europe , & fc peuucnt comparer aux galions 
du grandTurq , qui vont de Conftantinoplc en Ale- 
xandrie, font d'autre forme que ceux d'Europe ,& 
leurs pillotes ne fc feruent point de bouflbllc, ny 
d'aftrolabe pour nauiger des Indes cnperfe, àBafïa- 
ra, MoKa, Mozambik, Mombas, Sumatra, Maicaf- 
far,& autres lieux, où ilsconduifent leurs nauircs 
par l'eftoillc du Nord , leuer & coucher du Soleil. 
Ccftvnabbusdc feperfuaderquc les Indes Orien- 
talcsfoient vn monde nouueau,defcouucrt parles 
portugais. 11 eftvray qu'ils y onttrouué le chemin 
par mer en tournant le cap de bonne Efperance, 
mais d'autres l'auoicnt défia fait deuant eux. Héro- 
dote au Liurc quatriefme , rapporte que Neçus Roy 
d'Egypte cnuoya des vaifleaux par la mer rouge, lef- 
qucls reuindrent à l'emboucheure du Nil,& il cft 



Du Sieur de la BàUlUyt4e-(jons£ ïï; 

certain que les Indiens de temps immémorial font 
venus à Mo ka , Giaidde , & Golphc de perfc , & y ont 
apporte les cfpiceries que les Marchands d'Halcp, 
&dukaire enuoy oient en Europe, lcvoudioiifça- 
uoir lî les anciens Romains ne mangeoient point de 
poivre, noix, de mufeade, gingenbre, ou clou de 
giroffle, & s'ils en vfoient d où l'on leur apportoit. 



Trafflq de S ou rat , cir les faifons que les 
Vai/Jeaux en partent. 

Chapitre LUI. 

LE traffiq de Sourat cft grand, & le reuenu delà 
doiiannc prodigieux, à caufe de la quantité de 
vaiffeauxque l'on y charge pour diuerfes parties du 
monde,fuiuant les marécs,lesfaifons,&les vents qui 
font réglez entre les Tropiqucs:Ceux qui vont à Or- 
mous, ou Mafcati partent depuis le premier iour de 
Décembre, iufques au dixiefme Mars : pour BafTara, 
Moka,Suakcn,Mombas, Mofambik, &MeIindc, 
depuis le premier Mars,iufques au cinquicfmc Avril; 
pour Achen t Zcilaon , Manilles , Makaflar , Bantan, 
ÔcBarauia^oumeis d'O&obrc &Noucmbrc: pour 
l'Angleterre depuis le premier Ianuier, iufques au 
dixiefme Février. Les marchandées que l'on en 
tranfporrc font cambre.fincs,alajas,baitas,chitcs > 
turbans, mufe, indico , fi! de coton, faJpcitrc, & 
diamands : Celles que l'on y apporte, cr, argent, 
perles, ambre jaune , & gris , efmcraudes , & quel- 



ï# Les Voyages Qf Obferùatlons 

ques draps. Le Nabab fait payer deux pour cent de 
l'entrée de l'argent, & quatre pour l'or, il fait fouil- 
ler ceux qui arriuent, de crainte que l'on ne parte 
quelque chofe de contrebande. 

le rencontray fortuitement dans Souratvn Rcue- 
rend Père Cappucin , homme de faincSte vie , appelle 
Père Zenon de Baugé , de la Prouince de Tours, ori- 
ginaire de Baugé en Anjou , il me mena au lieu de (a 
demeure, où il a fait baftir vne petite Eglife, & de- 
puis dix ans trauaille auec aduantage à la conuer- 
fion de ces peuples. 



Du grand Mûgol > & de teflcndne de Ton Empire. 
Chap. Lt V. 

Schah E pluspuiiîantRoydesïndeseftSchahGeaann 

Gcaann I^Roy des Mogols , connu par les Européens 
Roy du p . J . o r t r 

monde, ious le nom de grand Mogol , parce qu en Indien 
Mogol veut dire Blanc, & que les hommes Blancs 
conquirent autresfois ce pays , dont les naturels font 
Oliuaftres -, Apres queTemurlan eutrauagé l'A fie 
il s'en fit Seigneur , & le grand Mogol eft fon fuccef- 
ieuren ligne dire&e: Son Empire confine auNord 
auec le grand Kan , & le Roy de Samarkan j au Sud 
auec le R oyaume de Bijapour,le Golphe de Bengala, 
la grande mer des Indes , Diou & Damaon terres des 
Portugais; ài'Eft il a les Royaumes de Pegou.d'où 
viennent les rubis balets , d'Edrabat, où croiflent les 
<iiamands,&T hebet,d'où on apporte force rubarbe, 



Du Sieur de la r Boullaye-le-Goû&. 12,7 
&mufcù l'Oueft il eft borné de l'AgemiftarijOuEnv 
pire du Schah, qui eft vn dangereux & terrible enne- 
my, leurs limites font à Moultan , Kandahar , & Ta- 
ta: Le Roy d'Edrabat eft fon tributaire, & les dia- 
mands qui fe trouuent dans les mines,qui font d'vnc 
exceffiue grofleur, font pour fon trefor. 

Ce Prince a plufieursenfanSjCntr'autresdeux fils 
employez aux grands Gouuernemens de fon Empi- 
re; &vne belle fille, laquelle peut tout fur l'efprit 
de fon père : l'en ay apporté le Portraid: par curiofî- 
té, dontenvoicy vnecoppie;elleeftveftuëen Mo- 
goglie, ou femme Blanche des Indes, elle tient en fa 
main droitte vne couppe pleine de forbet pour le 
Roy fon père, &dans la gauche vn efuantail pour 
luy faire du vent, & chafler les mouches, ciuilité 
ordinaire des Indes , à caufe de la chaleur du cli- 
mat. 



us Les Voyages tf Obfruâttons 

PILLE DV GRAND MOGOL: 




DeU 



Du Sieur de la Boullaye-le-Gou^. îi5> 



De la Tohtique & Gomcrncmenî du grand MogoL 
Chap. LV. 

LE Roy des Mogols parle Perfin, 6c la plufparc 
de fes Officiers lont Kefelbaches , le(quels eftans 
pauures dans leurs pays quirtent le feruice duSchah, 
pour paruenir à fa Porte , où ils font aduancez aux pre- 
mières charges; & pour couunr leur trahifon fe prcJ 
textent de la fuperbe de ce Prince , qui fe prétend eftrc 
le feul & vnique Roy du monde , & ne donne la qualité 
de Roy à aucun Prince i s'il eferit auSchah,ou au Sul- 
tan, ou au grand Kan, l'infcription de fa Lette cft telle; 
Au Pacha , ou Kan > d'vn tel lieu : Et lors qu'en fa pre-j 
fencePon interprète lesAmbaflades des autres Roys, 
l'on ne fait point entendre à fa HautefTe qu'ils s'attri- 
buentla qualité de Souuerains. Sa politique cft extrê- 
mement douce, il ne fait point eftrangler , ny aueugler 
fes frères, il n'emprifonne point fesenfans,& ne fait 
pas mourir fès Omaras , ou Nababs pour quelque faute 0[ 
îe^re. Il permet toute forte de Religions, pourueu font les 
qu'elles aillent à lace roi(Te ment de fon Empire , & fe P"™ 1 " 5 . 
iertdePayensdanslamilice. A larortede ce prince il 
y a plufieurs Omaras, & autres Chefs, aufquels il don- 
ne grands gages, aux vnsla foldc de itooo. cheuaux, 
aux autresdeiooo.&deioo. fuiuant le mérite d'vn cha- 
cun , & le feruice que l'Eftat peut tirer de leur efpée ,ou 
de leur confeil, motif qui incite fes fujets à la venu: 
Cet argent leur eft exactement payé toutes les Lûtes, 

R 



>maras 



Î3 o Les Voyages & Ob fer nations . 

fans eftre obligez d entretenir le nombre des cheuaux 
&caualiers dont ils reçoiuent la monftre, ce qui les 
faitfubfîfteren bon ordre: Mais au commandement 
duMogol,ily va de la tefte s'ils ne retiennent preft 
pour la marche : Ces Officiers decedans , leur bien re- 
tourne au trefor du Royjors qu'ils n'ont point d'en- 
fans capables de leur fucccder. L'on ne fçait au vray 
combien il pcurroit mettre de gens fur pied, mais il eft 
confiant , qu'il donne aux Omaras, & autres Chefs 
employez fur l'Eftat ,la folde de iooooo. hommes. 

Le grand Mogol fiege fortfouuent dans fon Licl: 
de luftice , & prend connoifTance des affaires de fon 
Eftat : Il eft très- facile de luy parler & demander iufti- 
cc , quoy qu'il foit le plus grand Monarque ,1e plus ri- 
che, & le plus fuperbe d'Afie. Il change d'habits tous 
lesiours, & enuoye celuy qu'ilalaiffé aux Omaras fes 
fauoris,auec magnificence, lefquelstiennent à grand 
honneur de fe parer des habits de leur Empereur. 

Dans les principales villes & ports de mer, il y a trois 
Chefs ou Officiers du Roy , l'Omara de la ville , le Ca- 
pitaine de laforterefTe,&rEnquefteur du rrince;ce 
dernier eft la veille , & la garde des deux autres. m 

L'Omara Principal ou Gouucrneur, commande le 
dedans &le dehors de la ville, prend les doiïannes,con- 
iifeations , tributs , & rentes , &c. de quoy il tient 
compte au Roy diredementjil prend la qualité de Na- 
bab, qui fignifie Monfeigneur,il entretient deux Pre- 
uofts,Tvn a la campagne, qui s'appelle Karaflbran, 
auec cinq ou fix cens A rchers, pour empefeher les vols 
des chemins publics : L a utre dans la ville , que l'on ap- 



Du Sieur de la Houllaye-le- GouZj 1 15 1 
pelle Coroual, qui eft lemefme que leSoufbafchi en 
Turquie; fon Office va à prendre les mal-faicteurs, & 
autres garnemens, & ne peur faire capture hors la ville, 
fans ordre exprés du Gouuerncur. LeNababtraidtede 
la paix,& du négoce aux frontières & ports de mer; 
MirMoufTah Nabab deSourac aparté cous les accords MirMouf 
auec les A nglois , Portugais , Hollandois , fous le bon fah > Pri «~ 
plaifir du Scahah Geaann, lequel s'en eft remis àluy,"^— 
comme plus intelligent dans le trafic > & valleur du 
porr. 

Le Capitaine duChaftcaufort rarement delà for- 
tercfTe,& prend le titre d'Omara,& en peut refufer 
l'entrée au Nabab, s'il y vient fans ordre duRoy,ou 
trop accompagné , il intimidele peuple par vne gar- 
de eftrange , fait battre le tambour, & fonner les trom- 
pettes trois foisleiour,& autant la nui£h&à chaque 
fois vne heure & demie. 

L'Enquefteur du prince obferue les aûions , & la fi-* 
delitéduNabab,du Capitaine du Chafteau,& des au- 
tres Officiers inférieurs , s'informe de tous les defor* 
dres , & aduertit par Lettres la Majefté du Souuerain de 
tout ce qui [epafTe tous les huid 10 urs, il s'appelle Va- 
Kea Neuis. 

Chaque Roy Mogol fait vntrefor, pour vne gueu 
rc qui peut arriuer dans fesEftats, &pour la grandeur 
& richeffès de l'Empire, auec grande' facilité, parce 
qu'il n'entre que de l'argent fur (es Eftats, Se n'en fort 
point : Si les Européens fe feruoient aufli bien de la 
politique des Indiens , que de leur drogues pour la fan- 
té du corps, tout en iroit mieux jlauthoritédes xoys 



ïjt les Voyages Qf " Obpruatïons 

feroic plus affermie , & les fujets feroient plus con- 

tans. 



De U Religion des Sujets du Mogol. 
Chapitre LVI. 

LE grand Mogol eft Manfulman de la Secle des 
Sonnis ; les vaflTaux lont de plufîeurs Religions, 
Chreitiens,Iuifs, Manfulm&ns, Parfis, &Indou, ils 
nepeuuent changer de Religion & créance, s'ils nefe 
font de fa Loy^mais pcuucnc viure & mourir aucc tou- 
te liberté dans laReligion dans laquelle ils font nay s, &: 
paruiennentindifferamment aux premières charges de 
l'Eftat. 

LesManfulmansfont ou MogoIs,ou Indiftannis, 
les premiers fonr blancs & de langue Perfanne; les au- 
tres Oliuaftres de langue lndienne,,&ioufmis aux pre- 
miers} ils font profeflion tous d'eftre Sonnis, mais ex- 
trêmement îuperftitieux ; ne boiuent , ny ne mangent 
auec les Chreftiens^ Iuifs , Sabis, ou Pat fis, &c. 

A vne Fefte qu'ils célèbrent la dixiefme Lune en 
mémoire de la more de Haflan, & Houflain fils de Ha- 
Iy,ilsdreiTent dans les rues desSepulchres de pierres, 
qu'ils enuironnent de Lampes ardentes, & les foirs ils 
y vont dancer& fauter criansHafTan, Hou flain,Hou£ 
fain > Haflan , & feignent de fe battre les vns contre les 
autres , pour reprefenter le combat funefte oùces deux 
infortunez frères furent tuez- Le hui&icfme iour ils 
font vn f epulchre portatif, fur lequel ils couchent deux 



Du Sieur de la Boullaye* le- Gou&. 1 \j j 
repre tentations de ces Princes aueede gros turbans en 
ttfte, portent cette machine par les rues, cV en chafTent 
les mouches auec des efuantails à l'Indienne; en fuitte 
ils s'animent tellement > qu'ils en deuiennent en fureur, 
tirent leurs efpées, & dancent toute la nui£t, appellans 
inceiTamment à haute voix HaiTanjHoufTainjHouf. 
fain, Haflfan. Les Kefelbaches font cette Fefte d'vne 
autre manière, ils fe barbouillent auec du noir à noir- 
cir , Se de Thuyle , la face, les mains, & toutes les efpau- 
lcs, & frapans deux petites pierres lVnc contre l'autre, 
chantentdes chantons fort triftes. 



Interefl du grand Mogd, 
Chapitre LVII. 

LE Prince auec lequel le Roy Mogol a plus d'in- 
telligence eft leTurq,afinde s'en feruir contre 
le Schah, s'il vouloit luy faire la guerre j II eft fort aymé 
du Scherifdela Mecque, pour la Religion de Sonny 
qu'il profeffe, & les grands prefens qu'il enuoyetous 
les ans au Sepulchre du Prophète. 11 tient extrême- 
ment bas les Hollandois ,& les Anglois,&ne leur per- 
met pas d'acquérir vn poulce de terre fur (on Empire, 
il traicreauec les Portugais auec plus de refpecl: 3 à caufe 
des rorterefies de Diou , & de Damaon , qui bornent U 
puiffance : il repure les Roysde Bijapour, & d'Edraba . 
feselclaucs.quoy qu'ils ne (oient que fes tributaires, 
&que celuydeBijapour luyayefecoùé le jougdu tri- 
but. Il donne toute forte de liberté aux Lftrangers, 

R iij 



134 Les Voyages & Obfemations 

afin de les attirer fur (es terres j il s'entretient du grand 
kan,& du Roy deThebet, pour oppofcr le premier 
auxlufbegs > & lefecondauRoydePegou: Il faitfon 
poflible pour eimpeicher que les Portugais ne conuer-J 
tiffent à la Foy Chreftienne fes efclaues, ou fujets,dc 
crainte que fous prétexte de Religion ils ne s emparent 
de quelques places de fon Empire , & la retiennent par 
bien-feanec. 



L 



'Del Habit des±%togols. 
Chàp. LVIII. 

Es Mogolsdecondition,marchans dans les rue's^ 
^ou dans la campagne, font porter deuant euxvn 
eftendart rouge & iaune , ou vert & blanc , fuiuant les 
couleurs qu'ils ayment , ils nom aucune connoiffanec 
des tymbres,ny des efcuiTons,& feferuent de lettres 
alphabétiques dans leurs cachet^, comme tous les au- 
tres Manfulmans. A l'imitation des MogolsleChefde 
la compagnie d'Angleterre, fait porter deuant foy le 
pauillon d'Angleterre, & le Commandeur des Hollan- 
dois celuy d'Hollande, & moyqui vous parle me fuis 

feruy de celuy de France. ^ 

La peinture cftant au difeours ce que l'original eit a 

la peinture, ie croy plus fatisfaire leLedeur par quel- 
que Figures des habits Mogols, que par les descriptions 
que i'en pourrois faire. 



Du Sieur de la Boullaye-le-Çou^. ij; 




Ce Portraid reprefente vn Mogol, & vnc MOgo- 
glic , auec leurs habillemens > & vne Efclaue Indiftani, 
qui leur apporte àboire,&lesvoyans aux prifes tour- 
ne la cefte parrefpeâ^pour leur donner toute liberté. 
LaMogoglie tient eirfa main gauche vn eluantail^ce 
qui marque la chaleur du pays. 

Les Mogoh portent la grand barbe 3 ôcdes cheueux 
qu'ils plient fous le turban > la ceinture vu peu bal- 
lante y & les calltfçons kifques à la chcuille du pied : 
Les femmes ont leurs cheueux treffez par derrière , 
& quantité d'anneaux aux bras? Elles mènent lamef- 
me vie que celles de Turquie^ de peife, lanscommu- 



13* Les Voyages çf Obferùatkns 

nication d'autres nommes que de leur maris .• Elles 
ne vont ïamais aux Moquées, non plus que les autres 
Maniulmancs: Pour bains elles ont les eaux de fon- 
taines ou de pluye<jui font toufiours chaudes entre les 
deux rropiques ; len c propreté eft fi grande, que ie fem- 
blerois vouloir a ffe&cr de la décrire^fî ie difois quelque 
chofedes huylles odoriférantes , dont elles s'oignent 
tout le corps après le bain. 



Ordre des dignité^ de U Porte de S chah Geaann. 
Chapitre LIX. 

S Chah Geaann, Roy du monde, ceft le grand 
Mogol. 

Begun, La Reine. 

Mirfaah , Seigneur , qualité des enfans du Roy. 
Duofdalaré Omara, Chef de iiooo. hommes. 
Dafaré Omara, Chef de loooo. hommes. 

Achtfaré Omara, Chef de 8000. hommes. 

Cheflafaré Omara, Chef de 6000. hommes. 

Pengeafaré Omara, Chef de 5000. hommes. 
Sehairafaré Omara, Chef de 4000. hommes. 
Sinfaré Omara, Chef de 3000. hommes. 

Duofaré Omara, Chef de xodo. hommes. 1 

Afaré Omara , Chef de 1000. hommes. 

PonfaJi Omara, 1 Chef de 500 hommes. 

Omara , Grand Seigneur, Gouuerneur d vnc viK 
le, ou d'vn Chafteau. . 

Vakea Neuis, Efcriuain du Roy , qui eferit tout 

les 



*Du Sieur de U Boullaye-le-Cjon&. 137 
leshuiÊt ioursàlaCour,cequi fepafledansla ville ou 
ileftrefidcnt. 

Kotoiial , Preuoft de la ville. 

Karafïbran, Preuoft de la campagne. 

Nabab , Grand Seigneur > non que l'on attribue 
aux Omaras. 

Mogol, Manfulman blanc- 

Indiftani, Manfulmanoliuafirc,ounoir. 

Indou, PayenRamiftc,ou delaSede de Ram. 

Parfi, Payen Adorateur du feu , ces deux der- 
niers font les moins honorez des fubicts du grand 
Mogol. 




S 




SECONDE PARTIE 

DES VOYAGES 

ET OBSERVATIONS 
D V S I E V R 

DELA 

BOVLLAYE-LE-GOVZ- 



DES 1NDOFS , ET'DE 
leur habit. 

CHAPITRE PREMIER. 

A K s les Indes Orienralés , il y a infinité 
de Gentils, entre lefquels font les Jndou, 
diuifez en nj. Tribus , lefquels ne re- 
çoiuent aucun IuifjPayen.Chrefiien^ny 
Manfulmaîi..&c dans leur Religion, les 
croyans indignes ,raifon qu'ils allèguent pour pri- 
fer leur Se&e. Ils cfcriuent de la main gauche à la 
droi&e,& ont vneefcripture particulière > ils n'en- 

Si) 




Indie c» 

Indien 

s'appelle 

habiraiio 
des Indou 
qui soties 
anciens 
habkans 
desIndes! 



Ï40 Les Voyages & Obferiiàtions 

ferment point leurs femmes ,& n'en font point ia- 
Ioux : Leur tefte n ëft point rafée , leur cheuaux font 
longs , ils les oignent , & tout le corps auec des huyl- 
les de iafmin -, cette onition rend les nerfs foupples, 
i'en parle par expérience -, ils le font rafer la barbe , a 
lareferuedesmouftachcs ; & portent le mefme ha- 
bit , & turban que les Mogols. 




Caua! ier ïndou , dont les oreilles font percées ■ & 
la barbe rafe,il a le chappelet au col , fignal de la 
Gentilité, fes cheueux cachez fous fon turban, com- 
me ceux des Mogols , & Indiftannis. 



Du Sieur de la Boullaj e le-Gou^. 14'i 




Cette femme Indoua le front & les oreilles pein- 
tes , le chappelet au col, & des anneaux d'or aux bras, 
& aux iambes; elle eft efleuée fur vn petit fiegede 
bois, ayant auprès de foy deux pots à l'Indienne, 
dont lvn eft plein d'eau , & l'autre d huyle odorifé- 
rante; fon corps eft couucrt d'vne cambrefine fî 
defliée, que Ton voit la peau àtrauers. Lors quelle 
va dans les rues elle a les mefmes habits que les fem- 
mes Indiitannis, dont nous auons fait voir vnPor- 
traicl: à la fin du premier Liure cy- deflus. 

Les Indou eftiment leurs femmes au deflus de tou2 
tes les autres pour leur propreté, elles n'ont point 

S iij 



142-* Les Voyages çcf ObfeYuatians 

de poil en aucu e partie du corps, qu'à la telle, & 
aux fourcils , fe lauent le corps toutes les fois qu'el- 
les veulent manger, ou que leurs marys ont habité 
auec elles > ou qu'elles ont efté à leurs necefïitez. El- 
les font oliuaitres & ont les cuifles , & les ïambes 
fort longues ,& le corps alTez courr ,au rebours de 
celles d'Europe ; Le Graueur n a pas en toutpoincl: 
imité l'Original de mon deffein, de peur que le corps 
ne parut disproportionné par de trop longues cuyf- 
fes, croyant faire vnfacrilege de deflïgner vne fem- 
me nue faitte autrement que celles de km païs, com- 
me fi la figure f aifoit l'homme, & non les trois prin- 
cipes Images de la diuinitc qui le conftituent. 



De U ^créance generalle des lndou. 
Chapitre I I. 

LE premier article de leur Foy , eft que Ram eft 
Dieu, & le premier des Eftres, lequel viuant au- 
tresfois en homme icy bas, leur a donné laLoy fa- 
crée qu'ils obferuent de père en fils , depuis 110000* 
ans : Leur falut ordinaire eft Ram , Ram , qui vaut 
autant dans leur langue que Dieu, Dieu, & fe fer-r 
uentdumotRamgi pourappellcr les lndou., dont 
ils ne fçauent pas le nom , qui fignifie en François 
feruiteur de Ram, mais en leur langue feruiteurde 
Dieu, cru a plus proprement parler Deifte. 

Apres Dieu ils reconnoifient Schita femme de 
Ram, puis Locman, Kan ,Bagoti, Glacmi , Her- 



Du Sieur de la % ou Haye -le- GouZj* ï+j 
mand & autres Sain&s , dont les Portrai&s fe ver- 
ront çy après. 

Ils fe lauent le corps auant que faire leur prière, & 
fe marquent de rougcau front , ou fe font marquer 
par le Bramen,ou Sacrificateur, pour obtenir re- 
miffion de leurs péchez , & obleruent auec ceremoJ 
nie le iour de la mort de leurs parrns pour fe lauer; & 
après auoir vriné,& vidé leur ventre,ils fe nettoyent 
auec de l'eau j couftume qui s'eft refpandue par tout 
le Leuanc. 

Ils vont en pèlerinages à certains temps,où ils pre- Pagodes 
tendent gagner de grands pardons dans la vifîte des f£ m lc , ur - *■ 
Pagodes ,& Images, ou reliques de leurs Sain£ts. Us P : 
ieufnent auec beaucoup de dcuotion, &cn ay veu 
parmycux fe pafferplufieursiours fans manger, ce 
qui eft facile aux Indes à caufe de la chaleur extraor- 
dinaire qu'il y fait. 

Us ne mangent point la vache, ny le bœuf .& les 
ont pour animaux benifts, & chéris de Ram, dont la 
figure eft différente des noftres , les cornes plus droi- 
tes , & vnc feelle de chair fur l'efehine : Us traifnent 
Icscaroffes, auec autant deviteffe que les cheuaux, 
feruent au bas & à la feelle pour faire voyage : le laidt 
de vache eft fouuerain contre le flux de fang , qui eft 
fréquenta ces peuples. l'ay veu à Rajapour vne ca- 
rauane de bœufs , & de vaches chargées pour Biram- 
pour,d'où finferay qu'attendu laneceflité que les 
Indiens ont de cet animal, Ram leur Législateur, le- 
quel ils tiennent pour Dieu , leur a deffendu de le 
manger, & de l e tuer, par vne politique necelfairc^ 



ï.^4 Les Voyages çg Olfèrttations 

parce que les cheuaux n'y vallent rien 5 de ceux que 
l'on v mené de Pcrfe ydeuiennent lafches > & fans 
cœur. A cette deffenfe de Ram quelques Indou ont 
meilé beaucoup de fupcrfhtion , c n ce qu'ils croyent 
que les efprits des bien-heureux peuucnt habiter 
Metemp-dans les corps de ces animaux : Quelques femmes 
ficofe Indou fe lauent la face de l'vrine de la vache , les 
quelques 1 Manfulmans s'en mocquent,& les vieilles iuperfti- 
Indou , tieufes difent , que cela eft excellent pour la veuc , (i 
malS tous? c ' e ^ P ar me< iccine, ou par Religion, ie m'en rappor- 
te à leur croyance. 

Le bœuf a de tout temps efté eftimé , & de toutes 

nations les Poètes ont feint que Iupiter s'eitoit 

Meta. U. changé en Taureau pour rauir Europe, & auoit don- 

^d* h* n ^ * a fig ure ^ c vache à fa cherc Io, luy oftant celle de 

f.12. femme. Les Egyptiens portoient reiped aux veaux, 

Hérodote gg appelloient Apis v ou Epaphus en Grec,vn veau 

* lurc 5 * conceu par le tonnerre , & le cenoient pour Dieu-, & 

Cambifes l'ayant meurtry , il en fut puny miracu- 

leufement , & deuint furieux fuiuant le dire des Prc- 

Exod. ji.ftres Egyptiens. Le peuple mefme d'Ifracl retour- 

*• nant a l'idolâtrie d'Egypte, fit vn veau d or 3 auquel 

1. Roys on fit facrifice. Les Rabis luifs , tirent en grand my- 

&**• fteres les deux vaches qui ramenèrent 1 Arche du 

Seigneur ; les douze figures de bœufs qui (uppor- 

toientlamer.ou la grande cuue dans le Temple de 

Salomon-, & les quatre faces de bœuf, auec les huict 

Ezechiel pieds de veau dans la vifion d'Ezechiel ; & nos Caba- 

fc liftes ont interprété la vifion de (aind Iean l'Euan- 

gelifte , fur les quatres complétions , ou tempe- 

ramment, 



Du Sieur de U t %oullaye-le~Cou&. 145 
rafnfnent,attribuans à chacun des EuangelifteslVn 
des animaux facrez à Sainû Mathieu l'homme, à Saint âpoclf! 
IeanPaigle, àSaincT: Mark le ly on, & àSain&Luc le 7 * 
bœuf, fuiuanc les quatre Elcmens, dont ces quatre ani. 
maux font les lignes parfaits, le bœuf de la terre, 1 aigle 
de l'ak, le ly on du feu,& l'homme del'eaUjlefensmo- 
raly fondcles quatreVertusJaTempcrance^a Iuftice, 
la Force & la Prudence. Les Aftrologues mefmes ont Ptolo- 
commance leur fécond triangle cekfte par vniaureau méc du 
qu'ils difenteftrela maifon Diurne de Venus,caufe de d«aftrc$ 
toutes les générations d'icy bas, & delà conferuation lia ' ch & 
desefpecesparlamuItiplicationdesindiuidus.EtMa-, diffe-* 
homet autheur de l'Alcoran a commencé fon Liurercnco. 
par le titre de cet animal,parmy nous autres fi l'on ob- ^î^' dcs 
férue ce que l'on fait au carnauaU'on ne conduit par les des p&- 
ruës ordinairement que des bœufs que l'on fait pro- ncttes - 
mener auec beaucoup de rejouyiTancc danslaplufpart 
des villes des Prouinces. 



Du Bramen, Bagnian & autres Tribu* n.ohles. 
Chapitre III. 

LEs différences que Ton obferue entre les nj. Trî- 
bus des Indou (ont fi oppôfées, qu'il femble qu'ils 
il ont iamaisefté vnis, chaque tribu a fa langueparti- 
culicre qui n'eft pas autrement entendue des autres par 
le long-temps que leur loy eft en vigueur: Leurs Pago* 
des font feparées fuiuant les tributs & feruies par vn, 
deux ou trois Bramens fuiuant le peuple delaTribu» 

T 



i4^ Les Voyages çf Obferuations 

Celle desBrameens eft la première que nous appelions 

Bracmanes par corruption , lefquel peuuent eftre feuls 

Sacrificateurs,^ ont beaucoup de rapport auec les Le- 

uitiques du vieil teftamenc. La fecundc desBagnians 

K^trîs enfuite celles des Katris,Rafepouts,Scharaf, Dalfis, 6c 

Marchad. autres Artifans (uiuant l'ordre & nobleffede leur pro- 

foldar! ^ feffion: Vne Tribu ne s allie iamais auec vne autre Tri- 

Scharaf bu , de forte que le Bramen ne peut prendre femme 

Tarff CUr *l uc ^ ans k Tribu des Brameens,ny le Bagnian, que 

Tailleur, dans celles desBagnians, $c ainfi des autres, d'où eft 

venu la diuerfité des Langues qui eft entreux. 

Le Bramen, Breamen, ou Breameni ne peut boire 
4e l'eau , ny manger du pain d'aucune des 114. Tribus, 
qui font au deiïous de la fîcnne , & elles peuuent toutes 
Boire de l'eau du Bramen, & minger de ce qu'il aura 
cuifiné. Le Bagnian qui eft de h féconde Tribu , ne 
peut boire de l'eau d'aucune Tribu, que de celles du 
Bramen, demefme des autres qui peuuent boire & 
manger chez ceux qui font efleuez dans leurs Tribus , 
non chez ceux qui leur font inférieurs. LeBramen & 
Bagnian ne peuuent manger ny boire dans vn vafe, 
dont quelqu'vnfe (oit feruy, s'il n'eft de leur Tribu, ce 
que Ram leur Legillatcur a ordonné, à caufe des poi- 
fons (ubtils des Indes , & s'eft feruy de la fagefle humai- 
ne, autant qu vn Payen pouuoit faire pour rendre les 
Sacrificateurs , & Marchands fpirituels , les Artifans 
forts & robuftes , & les foldats vaillands , & généreux, 
leur preferiuant des Loix différentes: Il adeffenduaux 
Bramens,&Bagnians, comme nuifible àlapuretéde 
Ixfprit le v in , les oeufs , la chair , toute forte de poiiTon^ 



Du Sieur de la Houllaye-le- Gouz,. T47 
les oignons , les aux, & les autres chofes donc le rap- 
port eftdefagreable, leur a ofte la poligarnie,& repu- * 
diation de leurs femmes, fi ce n'eftpour auoir attenté 
far l'honneur & la vie du mary, ou commis adultère: 
Leurs femmes mortes, ils ne peuuent conuoler en fé- 
conde nopcesjqu'auec vne pucellc, autrement ils fe-J 
roient immondes, à caufe du meflange & commix- 
tiondes femenecs. Âpres vne féconde femme ils n'en 
peuuent plus efpoufer , mais fi le B ramen , ou Bagniaa 
vient à mourir le premier, fa femme ne fe peut rema- 
rier, l'on brufle le corps mort, & en quelques lieux la 
femme toute viue , pour accompagner le mary , & luy 
tenir compagnie dans l'autre monde: ce qui a efté or- 
donné par Ram , pour obliger la femme à auoir foin de 
la fante du mary : Le grand Mogol & autres Princes 
Manfulmans leurs permettent de brufler publique- 
ment les corps morts, mais non les femmes viuantes, 
ils t'obtiennent quelquesfois des Nababs par prefens: 
len'ay peu voir cette cérémonie pendant que i'ay efté 
aux Indes, & n en puis parler que fuiuant le récit que 
les Bramens m'en ont fait. L'on porte le cadaurehors 
la ville fur vne petite montagne , l'on l'efleue fur va 
bûcher, où L'on fait vne petite cage de canes où la fem- 
me eft , laquelle au fignal que luy fait la compagnie^ 
met le feu aux canes ou rofeaux de la chambre , qui en- 
flamme tout le bois, & la réduit en cendre auec fon ma- 
ry mort. Ce Sacrifice eft bien différent de celuy ^eie- $ g 
phté , lequel pouffé par l'Efprit Diuin offrit fa fille vni- 10.331 
que en (acrifice brufle, & accomplit fon vœurit cette 
dbeïffance n'eft pas fembtable à celle de lifaK, qu A- Gcn'.i^ -y- 



14.8 Les Vojages ç£ Obfemations 

braham lia fur le bûcher pour l'immoler , fuiuant la 
* tentation & le commandement de Dieu. le m'infor- 
may dei'AftrologueduNababde Sourat, quelles rai- 
fons ils auoient de brufle r les cadaures , il me dift , le feu 
eft le plus noble de tous les eftrcs fublunaires , & le plus 
eflcué, l'amc eftant au Ciel, le corps en eft plus pro- 
che, lors qu il eltàla Sphère du feu, &n engendre au- 
cune corruption > l'eau, l'air, & la terre pcuucrît fer- 
uirdefcpulture aux Chreftiens,aux Manfulmans,& 
autres fortes de gens immondes , mais nonauxlndou, 
qui font trop purs, pour eftreainfi corrompus & man- 
gez par les vers. 

Ram pour les rendre dvn naturel doux , leur a def- 
fendu de mal faire à aucune choie fenfible,ie leur ay 
veu chafTer du chemin plufieun fois des tourterelles de 
crainte que ic ne leur iettaffe ma canne ; ils ne tuent ia- 
mais leurs vermines , comme poux , punaifes, &c. mais 
les iettent en quelque lieu , où ils puifTent chercher leur 
vie , ce qui a efté ordonné pour les tenir propres de lin- 
ge: Lors qu'ils veulent efpancher de leau ilss'accrou- 
pifTent , comme les femmes d'Europe , & sïls apperçoi- 
uent quelque petit animal ils le chaflenr auec la main, 
de peur que la chaleur de l'vnnene luy caufe du mal; 
i!sontdegrandesFeftes<j.ou7.foisrannéc,aufquellcs 

ils n'allument point de lampes ny de chandelle, & ne 
font point de feu, de crainte que les moucherons vc- 
nans a en approcher ne fe bruflentles ailles : Ils don- 
nent aux Pefchcurs Manfulmans plus qu'ils ne peu- 
uent gagner à la pèche, pour les obliger à ny point al- 
ler , ôc garantir les poiltons de la mort : le leur ay veu 



Dh Sieur de la Houllaye-k- Gou&. 14* 
faire des prefens au Nabab de Sourac & obtenir des 
deffenfés de tuer ny vendre aucun animal à la bouche- 
lie pendant trois ou quatre iours, & n'ayant faicl: aucu- 
ne prouifion il mefailloit faire abftinence par force, 
ils m'ont offert plufieurs fois de l'argent pour m em- 
pefcher d'aller à la chalfe dans la crainte qu'ils auoient 
queic ne tuafTe quelque fanglier ou quelque gafelle \ fi 
l'on les frappe ils nefedeffendent que de la langue & 
ont quelque rapport aucc les Anabaptiftcs d'Allema-] 
gne, donc nous parlerons dans noftre troifiefme Li* 
ure. 

Les Bramens portent vne petite corde on forme de 
baudrier fur la peau quieftvneefpece d'habit benift, 
& quelqu'vns ont des figures de Ganes ou autrcsSaints, 
ils nes'addonnent qu'à la Sacnficatute, à la Médecine 
& àPAftrologie, ils ont plufieurs Sain&s de leurs Tri- 
buts, dont ils honorent les Images 3 Reliques > & fïmu- 
lacres, ces Saindfcs ont autrefois excelle pour la Reli- 
gion, ou pour les Miracles qu J ils en croyent, les autres 
Tributs ont auffi leurs Sainâs particuliers que les Bra- 
mens &Bagnians ne connoiiTent point, le femblablc 
eft de leurs Feftes, Ieufnes, Sacrifices &laucmens. Les 
Bagnianes font tous courratiers, & font tout le négoce 
des Indes, & ont en depoft l'argent des Compagnies de 
Londres & d' Amfterdam. 



T H 



ïjo Les Voyages Ç$ Obfermtions 

m^*' i ■ i i , | n, 

T>cs Rafepout, & Conuoyeurs de Kdrauanes. 
Chap. IV. 

LEs Rafepout font Indou , & fort généreux , ils 
fontaduancez aux plus belles Charges de FEftat 
du grand Mogol , des Rois de Bijapour , & GoL 
conda : Ils ne craignent point de venir aux mains auec 
les Perfans ; ils ont pour armes vne demie picque, & va 
fabre pendu à leur cofté: ils (ont an réputation d'eftrc 
les meilleurs caualiers des Indes. Dans le milieu dp 
l'Empire du grand Mogol il y a quelques RoisRafe- 
pout , qui ne font point foufmis au grand Mogol: 
Cette Tribu eft fort eftenduë Scaddonnéaularrecin, 
quiditRafepout en Indien, dit vn volleur: Ram leur 
a permis la pluralité de femmes , & aux autres Tribus 
degeos de guerre, afin de ne pas acquoquiner les fol- 
dats en certain lieu, & les rendre plus propres a la con, 
quefte,&àeftablir des colonnics, parce que pouuans 
prendre femme dans le lieu de la conquefte^ils y de- 
meurent plus facilement,, & s'y eftablilfent fans défit 
du retour. 

Les Rafepout & Conuoyeurs de Karauanes man- 
gent de toute forte de viande, excepté celle debceuf, 
boiucnt du vin de palmier , & eau de vie , mais non en 
aucun vafe qui ait feruy à d'autres qua ceux de leurs 
Tribu : le menay vne fois auec moy vn Rafepout à la 
chaiTe du fanglier , ie luy demandé s'il vouloit boire de 
l'eau de vie que i auois fait porter auec moy , il me dift 



JD# Sieur de la Boullayè-le-Çou^. ï/î 
qu'il m*auroit obligation de luy en doner , cueillit vnc 
fueille d'arbre , laquelle il mift à fa bouche en forme de 
couppe, & luy en ayant verfé fa fuffifance , il me fit fi- 
gne en branilant la tefte de n'en pas mettre dauan- 
tage ; il en beut plus de demy feptier , mefure de Paris. 



Des Kàtrk , & T>al/ts 

C H A P. V, 

TOus les Ka tris {ont Mqc chands , Iefquels vont ea 
perfe , Arabie, & autres lieux , auec quantité de 
marchandifes; ils tuent & mangent toutes fortes d'ani- 
maux, à l'exception de la vache, & du bœuf; ils ont 
vne conteftation pour la NoblefTe , auec les Bagnians, 
Iefquels ils difent leur eftre de beaucoup inférieurs, par- 
ce qu'ils ne font que courra tiers, qui eftvneefpecc de 
feruitude : Les Bagnians refpondent que la vraye No* 
blelTe fc prend dans le fang des parens, & dans la ri- 
gueur de la Religion, & que les katris beuuans du vin,& 
mangeans de la viande, (ont bien plus efloignez de la 
pureté des Brameens, qu'ils n'en approchent par leur 
profeflion. 

Les Dard ou Tarfis font les Tailleurs Indous&i 
font fort diuifez entreux, & ont plufîeurs héréti- 
ques, ils peuuent tuer leurs poux, punaifes& autres 
excréments de mifere, ils boiuent du vin., & man- 
gent toute forte de chair excepté celle de bœuf: ils 
ne peuuent tuer les animaux , & difent que n'ayans 
point trampé les mains dans le fang de l'animal, il& 



ip Les Voyages &} Obferuationï 

ne font point coupables de fa mort$ ils croyent qoe 
Dieu eft implacable pour les cérémonies, mais qu il 
fauuequi bonluyfemble:ienaypra&iqué decette 
Tribu qui doubtent que Ram fuft Dieu,& auoiïoiét 
que fes domeftiques l'auoient fait paffer pour Dieu 
après fa mort; ie monflrois affez fouuent vne image 
deNoftre Dame à mon Tailleur, il me dift vne fois 
après 1 auoir bien confideree que c'eftoit Schita la 
Mogoglie, femme de Ram, & qu'il en auoit délia 
veu vne femblable à Baflain , appellée pa r les Portu- 
gais NofTa Sehnora de bon Souccez ou il auoit fai£fc 
dire plufîeurs Meffes, y ayant la mefme deuotion 
qu'à Schita qui eftoit dans fa Pagode. 

Tribus des trauaux extraerdinaires çjr gens d'Arts 
inconnues aux autres Nations. 

Chapitre VI. 

LEs Matefchaux, Orfèvres, fendeurs de bois & 
autres Tributs où les artifans font chofes péni- 
bles boiuent du vin de Palme,de leau de vie, & man- 
gent de la cha^r de plufieurs animaux. 

Il y a d'autres Tributs dont les hommes ne peu- 
uent aller plus de cinq ou fix heures fur la mer, les 
autresiufques auCapdeComorin J & les autres n'ont 
point la penmiiTiond'vrinerenmernydesy vuider 
le ventre, ce qme Ram & fes fuccefleurs ont ordon- 
ne pour les reteini.r dans leurs pays , & les empefeher 
d'aller communiquer aux étrangers leurs fecrets: 

iufju'icy 



Du Sieur de la Boullaye-le-Goul^. 153 
iufquicy l'on n'a peu fçauoir comment ils appli- 
quent fi bien les couleurs aux foyes & aux toillcs 
peintes qu elles ne les perdent point au blanchiflage; 
i'en ay fait voir en France à plusieurs Teinturiers 
qui les ont admirées, & m'ont aîduoiïé qu'ils croyent 
que les teintures des Indiens font pures & {impies, 
& que celles d'Europe font altérées. 



Des Sacrificateurs & Religieux Payens. 
Chat. VII. 

LE feul Bramen peut eftre Sacrificateur 5 & i 
pouuoir de faire les mariages, bénir les images 
de leurs Saincts, peindre le front aux Indou en figne 
que Dieu leur a pardonné leurs offences, après lé la- 
ucment, offrir à Dieu & anx Sain&s les prefens, faire 
les Sacrifices & eftre directeur des Pagodes & des 
reuenusd'icelles. En tout lieu le Bramen peut dref- 
fer vnc Pagode & la bénir, s'il fe trouue en campa- 
gne où il n'y ait point de maifons pour faire les prie^ 
res &facrifîces, il prend de la terre qu'il détrempe 
auec de l'eau & de lj teinture rouge, & en fait vnc 
pierre laquelle il confacre , ceux qui font 1 eurs priè- 
res deuant cette pierre auec offrande &.s'en :ougi£ 
fent le front ont grand mérite, mais le meilleur elt 
d'eftre marqué de la main du Bramen.ChaqueTribu 
des Indou a vn Pontife ou Euefque Bramei qui a 
plus ou moins de iurifdiâion Cutuant laprcfcÂîon 
noble ou raualiée de ceux qui luy font foubnrs ; ils 

V 



1/4 Les Voja^es çf Obfemations 

font leur vifîte de temps en temps, & quelques vns . 
les laiffent m ùftres de leurs maifons& de leurs fem- 
mes pour plus de foubm.ihon. Les Religieux qu'ils 
appellent Fakirs ou pauures, font dédiez au feruicc 
diuin, ils ne viuent que daumofne & portent des 
habits rappetafîez de vieux chiffons qu'iL ramafîent 
dans les n.ës pour mefprifer le monde & le fouller 
aux pieds ; ils portent de gros chappellets au col ôc 
vncluentaihla main, leurs cheucuxleurferucntde 
turban ôc ne les font iamais couper; ils les lauenc 
fouuent &lesgraiflTent d'huille fans les peigner, ils 
vont de ville en ville pour attendre le temps des pè- 
lerinages des grandes Pagodes, ou des lauoirs facrez, 
où ils (c trouuent au îour de la Fefte pour receuoir la 
charité des gens de bien. 

Ces Fakirs obferuent l'heure que les Indou man- 
gent ôc fe vont afïeoir effrontément auprès deux 
fans eftre conuiezî quelques vns d'eux à ce que m'ot 
dit les Gentils, efpient foir ôc matin fi le mary eft 
forty de la maifon ôc tafehent d'y entrer pour en 
corrompre la femme > ils ont des chefs, lefquels ils 
font monter fur des bœufs lorsqu'ils vont en cam- 
pagne OU dâllS le§ rués ôc les accompagnent auec des 
crisdullegrefle qu'il marient auec le tondeshaulc- 
boisjils portent vn efuent.nl à la main ôc au contrai- 
re de nos pauures, quand ils demandent! aumofne 
ils chanttent& profèrent en leur lai gue que l'on me 
donne vnmouichoaer, vn peu de ris ôc vn double, 
Pefla eft ^ quelquefois que Ion m'apporte vn quart de ris, 
defrance dcuxpaims, & fo peflas, ou bien que l'on mefaffe 



ISS 
Du Sieur de la Boullaye* le- Gouzl ffi 
prefent d'vne liure de Kicheri , d vn quarteron K A îch ¥ r 
d alla fœtida, & d vne poignée de beetle. pcce dc 



pois. 
Bectlé^m 



i on mag* 



Lauemens ,- Prières & Pénitence des Indou. l' nma« 

Chapitre VIII. 

LEs Lauemens font reputez pour Sacremehs 
parmy les Indou , les matins les hommes & les 
femmes vont à la riuiere,defpouillcnt leurs habits 
à l'exception d' vn linge qui leur cache les parties, en-] 
trent dans l'eau f e lauent tout le corps,& au fortir du 
bain ils viennent les mains jointes auxBramensde 
leurs Tributs , lefquels font affis à l'Indienne fur des 
tables auprès du fleuue, le Bramen a fur fonfiege 
vne efpece de lacque rouge deftrempée, il y met fon 
poulce & leur porte au front & au bas desoreilles, 
& y applique quelques grains de ris en figure ronde: 
Les Indou en recompenfe luy mettent deux ou trois 
poignées de ris dans fon fac, en forte que la grande 
quantité dc perfonnes qu'il marque luyfoarniftde 
quoy fuftenter fa famille ; les riches fêlaient dans 
leurs logis où ils font voir leBramen pour eftre mar- 
quez & le payent au double des autres ; ils .e lauent 
derechef fur le midy , & les Bramens & Bagnians ne 
mangent iamais qu'ils ne fc foient laue2 tout le 
corps. 

Lors qu'ils veulent adorer ou faluer à l'ordinaire, 
ils mettent par trois fois la main droite -n terre, 
puis autant de fois la portent fur leur telle ; ils ont 



i}6 Les Voyage $& Qbferuations 

vne autre adoration plus pénible, ils s'eftendent de 
leur long & ne touchent la terre que de l'extrémité 
des pieds, des mains & du front , &ferelcuent fans 
mettre les genoux en terre , ilsportentvn chapelet 
au col pour prier Dieu, & quand ils font dans la Pa- 
gode fur chaque grain ilsproferentRan^Ram^Ram, 
qui veut dire DieUjDieUjDieu. 

Les lndou fe font Manfulmans fur les terres des 
princes qui profeffent la loy de Mahomet, pour plu- 
sieurs confiderations. 

La première pour auoir tout le bien paternel, fui- 
uant l'ordonnance faite par le Mogol & autres Roys 
Manfulmans. La féconde pour auoir efté furpris 
en adultère , ou pour auoir tué quelqu'vn, parce que 
les Manfulmans pardonnent toute forte de crimes à 
ceux qui embraffent leur Religion : Sil'Indou fere- 
pent de s'eftre fait Chrefticn , Manfulman ou Iuif , il 
vient trouuer leBramen& les principaux de faTribu 
& crie mifericorde.sil n'a pas lafchemétapoftafié ils 
le recoiuent,& luy enjoignét quelquefois entrautres 
pénitences de faire ieufner vne vache trois ou qua- 
tre ioairs, &luy donner vne certaine quantité d or- 
ge, & après que la vache l'a digetée& rendue, pren- 
dre 1 excrément, & le manger , comme fil orge qui 
aparté par les entrailles de la vache eitoit capable de 
luy nettoyer le corps &J'ame, pourfçauoir au vray 
fi cette pénitence eftdouce.il le faudroit demander 
au Secrétaire de JMirmeuflah Nabab de Sourat, le- 
quel reliant faiclt Chrcftien à Goa , eft retourné de- 
puis dans la Genitillité, fous les conditions qu'il a 



Du Sieur de U "Boullaye-le-Cou^. \$? 
pieu aux Bramens qui ont iurifdi&ion fur fa 
Tribu. 



Offrandes , & Sacrifices des Indou, 
Chap. IX. 

LEs prefens qu'offrent les Indou font de deux fortes, 
aux grands pelerinagcsilsdonnentde l'argent, des 
eftoffes., & pierres precieufesj mais aux Pagodes ordi- 
naires ils portent du ris, de l'eau de Koq 3 de toutes for- 
tes de frui£h, deThuylle odoriférante: Leur cérémo- 
nie eft telle, ils defehauffent leurs fouliers auantquc 
d'entrer dans la Pagode^ mettent au pied du Sainct 
leurs prefens, vont aduertir le Bramen, lequel eft logé 
proche la Pagode, il prend leprefent,& l'offre de di- 
uerfes manières , fumant la qualité du don "> Exemple fi 
c'eft deMiuylle jOU^dc l'eau de koq, il l'arefpand fur 
le Sainâ:, luy en oingt tout le corps, & la face ; Le 
Saind eft efleué fur vn grand baiTin de pierre qui eft 
percé au milieu, de façon que rien ne fe perd de l'huyl- 
le, ou autre liqueur: Et lors qu'il n'y a plus perfonne 
dans la Pagode le Bramen l'emporte à famaifonj ilen 
eft fait de mefme des autres prefens. Si le Pèlerin a of- 
fert du ris, ou du fruicl: , le Bramen le met dans les 
mains du Sainct pour quelque temps ., puis l'ofte & s'en 
fert: Cecy fe peut voir cy-deffus dans k figure de Ga- 
nés portier de Ram > dans les mains ducuel l'on a mis 
vn plat de fruicl:. Aux grandes Feftcs es Indou leur 
xaettenteux-mcfmcsdarisiesmains,paicequelesBra- 

V iij 



ï 5 s Les Voyages & Obfemations 
mensnepeuuent receuoir toutes les offrandes.' 

Les Indou de Damaon qui honorent Seruan , font 
des facrifîces fanglans efgorgentvn mouton fans ta- 
che, ou deffaut de membre , ou vn koq à longue crefte, 1 
& ont pluficurs autres cérémonies, lefquelles excédent 
les commandemens de Ram, & les traditions des Bra- 
mens, & font abbus qui fe font glilTez parrny certaines 
Tribus , quine font rien à l'effence de la Religion des 
Indou. 



De l'amour dts Frères y & puiffance Maritale , 
(y Paternelle des Indou. 

Chapitre X. 

LEs Indou demeurent trois & quatre familles 
dans vne mefme chambre ,auec vnc paix & con- 
corde qui n'eft pas croyable; les fceres & fecurs s'ay- 
ment vniquement > la puiflance du mary fur la femme 
s'eftend iufqua la mort dans certaines Trijpus, puis 
quelles font obligées de fuiure leur mary au tombcau> 
& fi elles font adultères, ce qui arriue rarement , ils les 
pcuuent tuer. 

Le père ou la mere Indou peuuent vendre reursen- 
fanspourfubuenirà leur neccffitéj&fipar bon heur 
l'achapt s'en fait par les Arméniens ou Portugais, ils 
ont foin de les faire inftruireà la Religion Chrcftien- 
nc. LegrandMogolen ayant eu connoiffance a fait 
deffenfe aux Eftrangers d'enleuer hors des Indes au- 
cuns de fes fujets Efclaues , mais les Gouverneurs des 



Du Sieur de la BoulUye-le-GouX. i^ 
portsfe laiflent corrompre par argent» & font faire la 
vifite,où les Efclaues ne font pas. Depuis la prife d'Gr- 
iïious les Kefelbaches en fontpaflercnPcrfe vnc in- 
finité fur les vaifTeaux Anglois & Hollandois , aux- 
quels il payent vn toman, pour le paflage d'vn chacun. Toman 
Lors que lcsPortugais cftoient Maiftrcs d'Ormous,ils v * ut *& 
ne permettoient point aux Manfulmans de tranfpor- 
ter les enfans des Indou pour les fairede leur Loy , les 
oftoient de force aux Patrons en les leur payans , & les 
faifoient inftruire dans des feminaires. 

Depuis quelques années vn Moufti deConftanti- 
nople achepta deux enfans de Ruffie vaflaux duRoy de 
Pollogne, leur fit faire profeflion de la loy Manfulma- 
ne,&lcs mena à la MeKque, de la Mecque il paffa à 
M oka, & de Moka à Aden, & d'Aden à Mafcati fortc- 
refle desPortugais^ii il fut contraint d'aborder^à eau- 
fe que fon vaiiîeau eftoit chargé pour Ba(fara,quieft 
dans le fein Perfïque , & par confequent obligé de 
payer la Doiianne & le Tribut ordinaire au chaltcau 
de Maftcati : Les deux petits efclaues fc voyansfurla 
terre des Chrcftiens, réclamèrent les Religieux, leurs 
dirent qu'ils auoient efté rauis des mains de leurs parent 
par les Tartares de Grime, puis vendus à ce Turq à 
Conftantinople , lequel les aupit fait circoncire de 
force , & leur auoit tant donné de coups de bafton 
qu'ils nauoient point trouué de fin ny de remède à 
leur milere qu'en renians de bouche la foy de lcfus- 
Chrift, laquelle ils auoient conleruéc Je cœur , & y de- 
(îroient perfïfter iufqu à la mort j lu le récit de ces 
deux enfans > les Religieux les rauircnt des mains de 






\co Les Voyages çf Obfemations 

leur Patron &les remirent dans leur première liberté, 
mais comme les Turqs font auares , & que les pertes ne 
leur plaifent point, le Moufti fit grand bruit & s'adref- 
fa à la iuftice Porcugaife,& demanda qu'on luy rendift 
l'argent qu'il auoit donné pour ces deux efclaues, n'e- 
ftant pas raifonnable ny iufte que l'on luy fift perdre 
fon bien x Le iuge refpondir, qu'il ne parlait point de 
fes efclaues ny de leur pi ix s'il aymoit fa conferuation, 
qu'il eftoit criminel d'auoir forcé deux ieunes garçons 
à quitter la foydelefus-Chrift, qu'ils n'eftoient point 
efclaues de droid ayans efti enleués par les Tartates, & 
dérobez à leurs parerts & qu'il fe retirât; l'on le menaça 
en outre de l'inquiiîtion, ce qui le fît fauuer , & gagner 
promptemécBafTara ville dominée parHaliPachaRoy 
des Arabes, où les rortugais font grand négoce, il for- 
ma fa plainte deuant Hali Pacha, le (uppliant de luy 
reparer vn affront que les Portugais luy auoient fait 
quiregardoit tous les Manfulmans, & qu'il puftauoir 
fon recours contre les marcharidsPortugais qui eftoiéc 
à BalTara: Hali pacha luy refpondit (agement,ô vray 
iîdelle & croyant en vn feul Dku , qui n'a & ne peut 
auoir de compagnon, Pèlerin (an&ifîé par le voyage 
de la terre Sainûc de la Mecque, les marchands Por- 
tugais quilonr fur mes terres ne font pas ceux qui t'ont 
dérobé tes efclaues, ie te dis, ie m'en vais eferire au Ge- 
neral de Mafacati qu'il te renuoy e tes deux efclaues ou le 
prix d'iceux } il remonftra fort ciuilement aux Chefs de 
Maskati que ces enfans pouuoîent tomber à Conftanti- 
nople en d'autres mains, que la foy promife fe deuoit 
garder fi l'on vouloit auoir la liberté du traffiq, & que 

les 



<Du Sieur de la Boullaye-le- Cjon&. i** 
les Portugais qui amenentpour leur (eruicedcsE*- 
claues à Baffara ne font point recherchez, fi leurs 
Efclauesfont naysManfulmans, ou contraints par 
le bafton à fe faire Chreftiens. Apres la le&urede 
cette Lettre le General de Mafcati expédia vingt- vn 
nauires d'Armada , auec commandement exprès 
d'aller àBa(Tara,fe mettre en Eftat débattre la ville, 
& dire à Hali Pacha , que les Efclaues dont eftoir. 
queftion, eftoient à la bouche des canons, & que 
l'on seftonnoitde cequ'vn fi bon Prince qui auoit 
toufiours eu les Portugais pour amis , les prioit d'vne 
chofe fi invufte. Hali Pafcha fut tellement furpris 
de cette venue, qu'il commanda au Moufti dévider 
fes terres, enuoy a des raffraifehiflemens aux Portu- 
gais , Si les affeura que fon deiîein n auoit pas elle de 
les choquer , qu'il eftimoit à grand aduantage d eftre 
bien auec eux , qu'il fe defportoit de fes bagatelles, & 
les pnoit de le retirer , ce quils rirent. Le Mourti ni k quee ft 
s'embarqua fur le Tygre, &arriua dansvne Doiian- vn bateau 
niKque à Babylonc,& fe porta contre les Pères Ca- police 
pucins François,qui y ont vne belle Eglife^demanda fur leTy- 
au Pacha qu'il luy fift auoir raifon de ces PapasFranK §l c > & . 
dvn iniuue que d autres Papas Franks luyauoient te , CO ufu 
fait: Les Pères Capucins par l'entremife d'vn Turq ™ QC des 

i « t •* « * cordes au 



de commandement, leur bon amy, firent entendre [° u £ 
auPacha,que leur nation eftoit différente de celle clous, & 
des Portugais , ce qui fauua leur million. 5eflbus,& 



auxenui- 
v rons dWn 

demy 
pied. 



Hermati. Scyta" Ratri^ 



Maedoti. 




Locman. 



Ganés. 



Du Sieur de la Bohllaje-le-Gouxl ï*3 



R 



Des ftmulacres des Indou, ce qu'ils croyent du Dieu 'Ram] 
de fa femme Schtta , de f on frère Locman>£ Herman 
fon Seruiteurje Gants f on Portier, & Maedou perc 
de Canes. 

Chapitre XL 

Am le Dieu Jes Indoufe voit en plufieurs pol' 
fturts dans les Pagodes , quel quesf ois afllsauec 
fa femme Schita , qui luy prefente vne fleur , d autre- 
fois habillé en Archer. Dans la Figure cy-deflus il eft 

rcprçfenté auec fa femme Schita,& Hermanleur fer- 
uiteur , qui leur fait du vent auec vn mouchoir. Ram 
a fur fa tefte vne Couronne, & non pas des cornes Eftats & 

. r • empires 

commequelques vns ont eient, cette couronne ap- au dif _ 
proche du bonnet de Sophi,il a autour vn bonnet cours du 
plie j ils difent qu'ils ne peuuent rien mettre de plus CaLut." 
honnefte fur fa tefte, que ccquiiert dccouuerturc 
aux Rois : Schita e(t veftu'c à la façon des femmes des 
Indes ,1e front & les oreilles peintes. Herman avn 
Langouti pour tout veftement , le chappclet au col, Langouïi 
auecvnefuantail à la main, ce fingeeft fort honoré eft vne 
deslndou.il y a plufieurs Pagodes dédiées en fon? 16 ,^ dc . 
nomouron garde de les Reliques. A trois lieues de cache les 
Sourat , Royaume de Guferat, il y a vne figure deP artks „ 

j>i t ni il i» L •* i r naturelles 

pierre d Herman, a laquelle 1 on attribue plulieurs &eftlha- 
miracles;pluficurs Pèlerins y vont à caufe des grands bit ordi- 
pardons, que l'on mérite à l'aller vifiter, & luy faire "g"* „j e es 
quelques oignemens& offrandes, de cefinge ie mctrauaii 

~ X ij 



t<?4 Les Voyages çf Obferuations 

fuis fait interpréter vne Hiftoire par les Bramens, 
que ie veux inférer dans mon Liure , afin de donner 
plus de connoiflance de h Religion des Indou , la 
voicy motpour mot. 

Ram mary deSchita euft guerre auec vn de fes 
fujets rebelles, quitta fa maifon pour aller enper- 
fonne donner ordre à fes affaires , & laifla auec beau» 
coup de regret fa femme Schitajaquelleilaymoit 
comme fes yeux , à caufe de (a vertu , & de fa beauté, 
luy dift en s'en allant , ne pafle point / ô mon ame , le 
fueil de la porte en mon abfmce , de peur qu'il ne te 
Schita metaduienne , & partit : Mais l'infortunée Schita 



cftoit 



n obferua pas le commandement de Ram , parce 

Mogog- % - 1 i n i i i 

lieoubiâ-queltmtvenu vn homme malvenu luy demander 
che,& raumofne.approcheque ie t'aiTifte, luy dift elle, le 

I on a par . . l l i , L , , . i • r • 

tradition pauure répliqua ! helas , belle Mogoglie , le luis tout 
qu'elle rompu, & ne puis marcher, & m en vais mourir fi 

cftoit de l » il / j » rr cl 

la grande vous n auez l a bonté de m aiiiiter promptement. 

Tartarie. Schita fut en grand doute, & difoit à part-foy ne 
parlant le fueil de la porte, il ne maniuera aucun 
mal fuiuant la Prophétie de Ram mon man &mon 
Dieu, maisieferay coupable de la mort de ce mife- 
rable : elle préféra la charité nu commandement 
defon marv,ce qu elle ne deuoit, la femme etfant 
pour complaire à l'homme , & faire fes volontez , & 
paifaindifcrettement les limites que Ram luy auoit 
preferites à fon defpart . & s alla mettre entre les 
mains d'vn feruiteur duRoy deZeilan .lequel s eftoit 
defguifeadeffcindelarauir, il l'amena >uKoy fon 
maiftrejperfonnenes'cnapperceu^ &Ramretouî> 



Du Sieur de la BoulUye-le-Cjoux. 16$ 
nâ à fa maifon vi&orieux de Tes ennemis , pour y re- 
uoir fa bien-aymée Schica , laquelle il ne trouua 
point, & ne peut fçauoir de fes nouuelles , ny ce 
quelle eltoit deuenuë, ce qui le rendit trifte, & fe 
repentit de fes victoires, & d'eftre allé à la guerre, 
parce qu'il fçauoit que Schitâ auroit pafle le f ueil de 
la porte, &c ne luy auroit pas obey par ignorance. 
Il auoit entre fes domeftiques vn Singe appelle Her- 
mand , très grand Capitaine , & le plus rauory de 
fonmaiftre, lequel voyant la meflancolie de Ram , 
luy dift jiray&trouueray Schita,& te la ramene- 
ray , donne moy vn peu de ta vertu , & quelque li- 
gnai , quand le 1 auray trouuée pour l'aiTeurer que tu 
m'asenuoye. Ram luymifl dans le doigt vn de fes 
anneaux -, Hermand fe met en campagne pour trou- 
uer fa MaiftrelTe , tourne toute l'Inde fans en ap- 
prendre aucune nouuelle; 1 on luy dift au Sud des 
Indes qu'il y auoit vne (lie appellêe Zeilan , où il 
n'auoit point efté ; il refolut d y palier , & drefla vn 
pont de la terre ferme a Mile, ou par vertu diuine, ou 
par force naturelle , & arriua dans Zeilan après 
beaucoup de peine , chercha f i Maill refle, & la trou- 
ua dans lesiardinsdu Roy fous vn arbre appelle Ka- 
fta , meflancolique & baignée de pleurs , il luy mon- 
ftra l'anneau de Ram , ce qui eltonna fort Schira, 
parce qu'elle eftoit refoluè de fe laitier mourir de 
faim ,fc voyant priuéede fon mary ,defonpaïs,& 
de fa liberté; Hermand la demenda au Roy de Zei- 
lan , il la luy refufa abfolument % ce qui obligea 
Hermand d arracher les arbres & les plantes des iar- 

X iij 



\çc Les Voyages & Obfèrùations 

dins du Roy s ce defordrc paruint aux oreilles du 

RoyJcquelle fi tapprehender,& mal traiter à coups 

defpée fans que Ton lepuft tuer, parce qu'il eftoit 

benift deRam,leRoy entra en telle rage que Her- 

mand le voyant hors les bornes de la railonjuy dift, 

tu es fol de me traitter de cette façon , prends des 

Goudums Goudrins, & me les faits attacher à la queue, & corn- 

couumu- mande que l'on y mette lefeu , ïe pourray eftre bruf- 

res pic- 1£ ? autrement tu ne me peux faire mourir , ce que le 

cotton de Ro y 6 e > tro P crec lule aux P ar ol es d'Hermand , aucu- 

dont l'on g]é de (a propre paillon-, Hermand s enfuit auec les 

Wc" al " Goudrins allumez & attachez à fa queue, embra- 

fa toute Tlflc , & enleua genereufement fa Mai- 

ftreffe Schita, laquelle il remift entre les mains de 

Ram. 

Cette Fable paffe pour Hiftoire Sainte aux ïndou, 
& n'ont pas grande difficulté à la croire, puis qu'ils 
s'imaginent que les animaux font raifonnables, & 
m'ont dit fort fouuent qu'vneperfonne quiauroit 
cfté nourrie dans le Defert les croiroit raifonnables, 
parce que l'on ne luy auroit pas dit qu'elles ne le 
font pas; c'eft vnequeftion agitée entre les plus ha- 
biles de noftrc fiecle , mais non déterminée entre 
eux , ceux qui prétendent qu'ils ayent l'vfage de la 
raifon, après tous les effets que nous admirons en 
leurs natures ont recours aux SS. Efcriptures , qu'ils 
difent fauorifer leur party , & fouftiennent que le 
Genefch.ferpentn'auroit point cfté capable de tenter Eue, ny 
*• *» J 4- de mériter vne punition de Dieu pour l'auoir dédui- 
te fans cette faculté -, & que lafne de Baalan n'auroit 



3.z.i4 
ne 



Du Sieur de U Houllaye-le- Goûz,~i îcj 

point fauuc la vie à fon Maiftrc fans vnc opération, 

qui eft audcifusderinftind:,qucSaIomonaaduencé>EccIcf. £ 

que l'homme n'a rien plus que la belle , ôc que la con- Ii? " 

ditiondeTvn&dc l'autre eft cigale , que Sainft Iean Apoc.4.7 

lesmetdans le Paradis pour fouftenir le Throfne de 

Dieu, & chanter fes louanges; en vnmot que la feule x , , 

j r xi rc • j Nombre 

hgurcdu lerpent,que Moyle ht par commandement 21.8. p. 

de Dieu a opère des miracles dans le vieux Teftament : 
Les autres au contraire maintiennent que les animaux Daniel 4: 
n'ont point de raifon,& rapportent les paroles deNa-30. 
bucodonofor, lequel dit que fon fens luy fut rendu 
auec la figure d'homme : Et le paflage de Tobic où il 
eft dit , que ceux qui le marient pour leur concu- 
piscence (ont comme lecheual& le mulet, clquels il 
n'y a point d'entendement, cV plufieurs autres paiTagcs 
diipercez dans l'Elcripture. 

LO'CMAN FRERE DE RAM. 

RAm eut vn frère appelle Locman home de guerre 
eftimé Sain£t,i!s difen r qu'il a elle z.ans (ans man- 
ger ny dormir : il cftott Roy des Amalones pays tirant 
vers !e Nord de* Indes. rvLihometenaeuconnoiiTan- 
ce, & a inféré dans lonAlKoranvn chapitre de Loc- ,-, 

\ 1 .. ~ . , , . » Chap. de 

man, c u il dit que Dieu luy infpira la (cience,que b beati- 
L< cman eut vn fik aucjuel il dift, que Dieunauoit t " de * 
point de compagnon , & que c'eft vn grand peché de 1 Ocma n C 
ledire. 11 a eité aufli dans le fentiment que les animaux 
railonnoientà deffein d'otnrerleslndouà faSedte^ .ufo^? c 
dit que Salomon parloir la langue des oyieaux,& que my. 



i#8 Les Vojages &) Obfirmtions 

la huppe luy porta vne lettre à la Reine de Saba ou de 

Icmen eft i> r r rr r» i 

l'Arabie * ïemen , après 1 auoir alleure que cette Reine adoroïc 
Hcureufc le Soleil, & n'auoit pas connoiiTancc dvn feul Dieu 
feigneur de l'vniuers, que paflant auecfon équipage 
dans la vallée des Fourmis, la Reine des Fourmis cria 
aux Fourmis entrczdansvosfourmilheres,de crainte 
que Salomon & fes gens ne vous foulent aux pieds, 
mais les Manfulmansles croyent fans raifon & pren- 
nent l'authorité du chapitre du Butin, où il eft eferit 1» i- 
gnominie & le mai heur queDieu donne aux animaux 
eftdeftre lourds& muets & de ne pas auoir l'vfagede 
la raifon. 

GANES PORTIER DE RAM. 

G Anes fut fils de Macdou & de Parouti, il eft por- 
tier de Dieu , dans toutes les Pagodes dediéesà 
Ram , il eft derrière la porte , la hache à la main auec 
quatre bras pour monftrer fa force aflîs à l'Indienne*, 
fa tefte eft de l'Eléphant, parce que fuiuant les hiftoires 
brameuiques,il offenfa fa merc, laquelle le maudit , & 
luy defîra vne tefte d'Elephant,puis qu'il eftoit enfant 
ingrat,Ganés fe repentit & demanda pardon à fa mère 
la priant de luy ofter la malédiction, ce qu'elle ne vou- 
lut faire, mais luyrefpondit, ie t'aydcfîré vne tefte 
d'Eléphant elle te demeurera, mais ta langue fera libre. 
GeGanés eft vn grand feruiteur deRam & fort honoré 
des Indou qui luy portét des prefens, comme l'on peut 
voir dans la figure cy-deffus, vne femme luy a apporté 
du fruit & luy fait du vent pour le rafraifehir corne VU 

eftoit 



Dî4 Sieur de laTSoullaye-le-Goùzï. t^ 
cftoit fcnfible, c'eft de ces Indou dontMahommct 
parle ,.difant qui donnera fecours aux idolâtres , ils of- 
frent à leurs idoles vne partie des fruifts que Dieu à 
créez,& difentfuiuat leurs pen fées, voila noftrc Dieu. 
Ganés fc maria, & n'eut point d'enfans. Ilfautobfer- 
uer que dans lesgrandes Pagodes les fainéh font figu- 
rez auec quatre bras & quatre mains, les Indou dir 
fent que fi l'on va vifiter vn Roy , il eft à propos de 
faluer le portier pour auoir plus de facilité à appro- 
cher du Roy, de mcfme il faut porter quelque prefent 
à Ganés, & le faluer pour eftre par après mieux exaucez 

de Ram. La plufpart de nos Philiiophes nient ce chan- D ? , 

gementpouuoir eftre fait en vn homme viuant, nous '*'** 
en auons toutefois vn exemple en Nabucodonofor, 
que Iesluifs,& lesChreftiens croyent auoir efté changé 
en bœuf,& en la femme de Lot qui fuft changée en fta- 
tue de fel, 8c les Manfulmâsdifent que Dieu a autrefois Alc.chap? 
metamorphofédeshomesenfinges,& en pourceaux. dc la **: 
M A E D O V. blc ' 

Mx\edou eft icy defpeint affis fur Godo fa fer- 
mante, il eftoit Deruiche ou Fakir , & menoit 
vne vie folitairc dansles bois,addonné à la contem- 
plation de Dieu, de foy,&de lanarurc;ileft appuyé 
furvn trident, & a dans la main gauche vn efuantail, 
il n'a aucune coiffure fur fa tefte que fes cheueux à la 
mode desReligieux ou FaKÎrs lndous,il eft fort honore 
vers Bengala,au Royaume de Guzerat* i'ay veu plu- 
fleurs Bagnians fe nommer du nom de Maedou, parce 
qu'ils prennent les noms de leurs Sainâs, comme les 
Mahometans ceux de leurs Prophètes. 

Y [ 



Parouti. 



Maedou. 




Macdou. 



Parouth iilbuarche. 



■MM .-1BW. 

Parouti, 



3tt Sieur de la BoulUye- le- Çoul^. pï 

De lïMaedoHyTaroutiy Bagou, &GliacmL 
Chap. XII. 

MAEDOV, ET PAROVTI. 

MAcdou menant la vie dont nous auons parle 
cy-deffus , fut tante par Parouti, laquelle le fol- 
licita de l'efpoufcr , il refifta long- temps , eftant accou- 
ftumé à la folitude, & à la contemplation. Il eft deC 
peint cy deflus en habit de Fakir, ou Religieux Indou, 
affisfurfondiuan,oufîege à l'Indienne, auecvn efpe- 
cc de trident, ou bafton ferré de trois pointes ,& au, 
près de luy Parouti, qui le vient tenter. 

Dans vne autre figure fuiuante Ton v oit que la met 
me Parouti ne perdant point de temps aux pourfuittes 
amoureufes quelle faifoît à Maedou , le rencontra 
monté fur Godo , & le fupplia de fe marier* & la pren- 
dre pour femme, il accorda aux importunitez de pa- 
routi, ce qu'fl auoit defnié à fa beauté, & changea de 
fm, fe trouuant marié comme les autres hommes, 
isypenfer. L'on peut voir dans la mefme figure la 
forme & le harnois des bœufs , & vaches des Indes. 

Maedou ayant pris à femme Parouti changea Ion 
nom, en celuyd'Mbuarche,elle eft icydefpeinte ha- 
billée à l'Indienne , offrant vne fleur à fon mary , mar- 
que de fa virginité. De ce mariage nacquit Ganés por- 
tier deium; Iffbuarchc eftmortaDoarKan au Nord 
de la ville de Deli 4 prefque en mefme lieu que ^am. 



i7* Les Voyages (f Obfcmations 

BAGOTI. 

BAgoti çft vnc Sainitc qui eut la force de combat- 
tre & vaincre les Gcans , laquelle n'eft point 
morte : elle eft montée fur vn lyon auec huiâ; bras tef- 
moignage de grande fain&cté , & de grande vertu ; ça 
eftéàmonaduisvnc autre pucelle d'Orléans, laquelle 
aura combatu auec fuccezpour le zèle de fa Religion, 
Se la liberté de fa patrie , ou plutoft vne Heroyne de 
l'antiquité. 

GLIACMI. 






Liacmi, ou Sainibe des biens de la terre, eft fort 
honorée des Indou; elle eft debout dans fa Pago- 
de, ayant famaindroitte fur vne vache, & tenant vne 
fourmy dans fa gauche ; fur fa tefte Ton met vn parafol 
par grandeur, & vne pierre pointue peinte en rouge de 
laquelle ils fe marquent le front: le l'ay vcuëde cette 
façon fur la terre du Roy de Bijapour, à l'emboucheu- 
re du fleuuedeKaroli,& àBichouli,que IeanMoc- 
leanuoc- quet Autheur très- véritable , & qui a rapporté les cho- 
quer dans £ es commc [\ ] es a connues ; appelle Pichelin par corru- 
ges des ption de langage, il remarque auoirveu greffer la telle 
* nclcl °"d'vn veau d'vnhuylle par vn Gentil j la telle de ce veau 
" neftoitautrechofeque la vache que Gliacmi a fous fa 
main droitte,& le Gentil eftoit leBramen; ie n'en ay 
point mis icy la figure, ie laifîeà tirer la confeqtience 
au Lecteur , pour quoy ils donnent à cette Sain&e vnc 
vache, & vne fourmy. 



Kan>ou'Kochétna. 




Kan. 



Seruan. 



I 



y 174 Les Voyages çcf Obferuations 

h*, 



*De Seruan , <27* Kan. 
Chapitre XIII. 

SERVAN. 

SEruan cft honore à Damaon & lieux circonuoi- 
fins , il cft more dans le Royaume de Guferat,& a 
eftemisau rang des Sain£ts,fon père &iamerc eftaas 
extrêmement vieux & ne pouuans plus aller , il les por- 
toit à la promenade dans vne balance à l'Indienne, afin 
de les diuertir,ce Saincl: cft le figne de l'honneur & aflu 
ftaneeque les enfans doiucnt aux parens après le foia 
qu'ils ont pris à leur éducation , heureux ta père &la 
rriere qui engendrèrent Seruan > & plus heureux Seruan 
d' fc auoirefté fils obeyflant. 

KAN , O V KOCHETNA. 

CE SaincT: eft réputé Ange du Ciel dont nous di- 
rons plufieurs miracles, ileftey deifus defpeinr, 
comme ie l'ay veu dans fa Pagodc> il tient vne flutte & 
trois femmes Indou luy font des offrandes & l'efuen- 
tent par humilité. 

KAN SE REND INVISIBLE. 



D 



Ans vneautre figure Kaneït defpcint jouant de 
la flutte far l'arbre Kafta,&Gopagnaauec Tes 



Du Sieur de la Tîoullaye-U-GouzJ. ï?] 
trois compagnes Je prie de luy rendre les habits qu'il 
leur auoit pris fans cftrc apperceu d'elles , parce qui! fe 
rendoitinuifible quand ilvouloit, s'il y auoit des frè- 
res de la roféc croix , ou pour mieux dire de la rofec 
cuitte, parmy ces Indou il prendroient ce Sainft pour 
Patron de leur Cabale. 




Kan." 



Kan. 



Gopagna. 




■••'•■■^•■■Bi 




Kan. Gopagna. Gapagna. 



Kan. 



Du Sieur delà Boullaye-le-GoulQ ijy 



De la mamere^ue Kan fit le Serpent Caguenay efclaue , &• 
comme île fi defpeintdansfes Pagodes auec Gopagna. 

Chap, XIV. 

LE rnefme Kan ou Cochetna fc trouucnt dans les 
Pagodes affis à l'indienne fur vn ferpent, ayant au- 
, près de foy vn ferpent qui a vne tefte de femme qui luy 
prefente vne fleur, en voicy l'explication. Ilyadans 
lesindes plufieurs tanquets ou lauoirsoù fetrouucvn 
ferpent appelle Gemcna, celuy-cys'appclIoitCague- 
nay à 100. teftes & eftoit grand comme vne fortereffe, 
font les termes des hiftoires Brameniques. CeCague- 
nay tomba efclaue de Kan par vn eftrange acci- 
dent, Kan fer ioiioit auec vne fleur à la main auprès 
d'vn lanquets . (a fleur tomba dedans par hafard , Kan 
fe ietta dans ce tanquets pour la chercher , où ilap- 
perçeut ce ferpent &luy miftvne corde au nez qui eft 
la façon des Lides pour ar relier les B ffles,& l'emmena 
efclaue pour s'en feruir > & le faire porter lors qu'il 
ioùoît de la flurte, la femme de Cagucnay appelle Na- 
ge n rapporta la fleur de Kan, letuppliatres-humble- 
ment de luy rendre fon mary, c: qu'il ne voulut faire, 
& l'emmena,il*necroyentpasqueNageneuft la tefte N t1 „ enen 
de femme,ils la dépeignent de cette façon parce qu'elle Turq fi- 
parla à Kan, lequel on met fur vn (erpent; quelques vns f,'^^^ 11 * 
ont aduançé que les Indouadoroient les vaches & les Aloyfius 
ferpens, parr e qu'ils en ont dans leurs Pagodes fanss'e- Cadamo- 

n . r ii m î. . • r t i r ■ «us.cnap.' 

lue inrormezde leur Religion, comme h l'on diloit cic. 

Z 



173 Les Voyages çf Obferuations 

"Edats & que nous adorons les diables, parce que l'on en mer vn 
auTf" fous les pieds de Sainâ Michel l'Archange, ils nado^ 
auRoydc renc point aufli les Elephans comme l'on eferit fauce- 



Narfîn- 



ment non plus que nous n'adorons pas les boeufs, parce 
que Nabucodonofory fut changé. 

KANET GOPAGNA. 

KAncftencor dépeint iouant de la flutte fous l'ar- 
bre Kaftaoù ileftà l'ombre auec fa chère Gopa- 
gna, laquelle le raffraichift en luyfaifantdu vent auec 
vn mouchoiier, couftume ordinaire des Indes. 

Dans les riuages des lndouKaneft quelquefois dé- 
peint auec Gopagna dans vn iardinde fleurs en reçoit 
„ defamain,&femblequeiufqueslàellefe foiteonfer- 

uée Vierge. 

Gopagnaeft aufli dépeint à la main droite de Kan, 
alors elle ne luy prefente plus de fleurs, & leurpafle- 
temps eft de lire des hiftoires amoureufes eferites en 
vers dans la langue des ïndou. 



Des Miracles & Cliques des Samâsdcs Indou. 

Chapitre XV. 

LEs Indou gardent foigneufement dans leurs Pa- 
godes les Reliques de Ram, Schita, & autres per- 
fonnes illuftres de l'antiquité, les honorent plus que 
leurs images ou ftatucs, & leurs attribuent plufieurs 
miracles ; Les Portugais conquirent au commence- 



Du Sieur de la JBoullaye*'le-Goul£ \j? 

ment de la defcouuerte des Indes vne dent d'Hermand 
le finge dont nous auos parlé dans l'Hiftoire Sainte de 
la captiuité de SchitaAes Roys Indou leurs enuoyerenc 
des AmbafTadeurs pour trai&erdurachaptde la dent 
facrée, oubienfiilsvouloientsenporter Prote&eurs, 
permettre qu'on la repofaft en vne Pagode fur ldurs 
terresoùilyeutdesBramenseftablis pourla feruir,& 
y faire Sacrifice, & que l'on taxaft vn tribut raifonna* 
ble pour les pèlerins qui l'iroient vifiter ; Les Portugais 
plus zélés dans la Religion que politiques dans le gou*- 
uernement dvn nouueau peuple conquis , la firent Kicher? 
brufler en prefence des Députez pour ne pas fomenter c ft vn c fj 
l'idolâtrie des Indou, & fe priuerent en mefmetemp*P £Ccd * 

1 •• JP JTJ \ vP CtlS 

de pouuoir tirer vne partie de I argent des Indes. v* oids que 
Entre les Fakirs ou Religieux Indou, il y cnaqùfcles indou 
font eftimez Saints dans cette vie & capablesde faire ™" s scnc 
de des miracles. L'on raconte qu en Tannée 164$. dans auec du 
vne ragode proche Birampour où les Pardons & ^a^rtffa 1 * 
Iubilé eftoient aflîgnez, vn de fes Fakirs vit la multim-.fœcida, ôc 
des pauures pèlerins, en eut compaffion, fit cuire vn !ch ^ e " c 
peu de Kicheri dans vne petite marmite de bronfc, rem cnt,ik 
lequel il départit & en fubftenta 100000* âmes fans ) 111 . iKl - 
que le pot fuft moins plein, après la df-ftriËQEfeion les man * ln!m 
Bramensmont fait le récit de pluïïeu'fs -autres ptodi- gue do 
ges, dont la déduction dônnoit autant d'ennuy ; au Le-^e dc^ 
&eur qu'elle m'a cauie depatience de les auoir ouys. , Kicheri ; 

_ » vne liurc 

? ^ U'affafcc: 



U.J j . tK j a ( onc 

• , mes deux 
. ames, oij 
'-'' de fii s. 



Zij 



\îo Les Voyages^ Obferuations 



Des Lauoirs Sacre% , & Pagode des Indou* 
Chapitre XVI. 

ÏL yaplufiçursTanquersoulauoirs,oiicespcupIes 
çroyent auoir remiilîon de leurs péchez lors qu'ils 
s'y lauent le corps à certaines Feftes de leurs Saincls; 
les Portugais en ont deftruit vn à Baflain , où ils ga- 
gnoient continuellement lespardonsrrenayvcuvnà 
Rajapour , lequel (e remplift d'eau tous les cinq ans , & 
comme les Bramens ont attribuéà leurs Sain&s les œu- 
ures de la naturc,dont ils n'ont peu donner raifon pour 
y fonder la croyance de leurs peuples ,& les gouuerneï 
0n paix>ils ont fait vneHiftoirc de ce prodige,& difent 
qu'au territoire de Rajapour il y auoit vn vieux Bra- 
men , perfonnage de mérite , lequel eut defir de fe bai- 
gner dans le Gange, où il y a quelques pardons à ga- 
gner, à caule qu'elle eftla plus grande riuiere des Indes, 
éc qui par confequant tient plus de la diuinité: 
Ce vieil Ramgialloit fouuent fur cette montagne fai- 
re fa prière à Dieu, & l'inuoquoitd auoir compafïïon 
de fonzelc;il fut exaucé, & Ram fit naiftre celauoir 
où l'eau vient de cinq ans en cinq ans, la caufeeft la 
Liu. i eh. mcfme que celle des puits de Schiras, dont nous auons 
**• parlé, ie laifle au Lecteur à la chercher, de crainte de 
'paroiftre plutoft Philofophe, que Géographe, dans 
^mesobferuations. Les Indou viennent en pèlerinage 
auxTanquetsfacrez,&aux grandes Pagodes, de qua- 
tre Ji cinq cens licuts,& ceux qui font bien riches payer 



Du Siïturde U Iloullaye-le-Gouzjl 181 
la defpence des pauurcs de ceux de leur Tribu par le 
chemin , pour auoir plus de mérite. 

La plufpart de leurs Pagodes ou Eglifes font fans 
fentftrcs, qu'au haut delà muraille. Dans le Chapi- 
tre fuiuant Ton en peut voir la figure fous l'arbre Kafta; 
il y en a de toutes grandeurs, t'en ay veud'auflî belles 
que les Synagogues dcsIuifs,où MoskéesdesManful- 
mans j l'on monte ordinairement pour entrer par la 
porte deux ou trois marches. 




z*î 



A rbf e appelle Kafta en Indou ] & Lui enPerfanJ 




Ibrahim Beg. 



rente l^aeode. 



Du Sieur de la Boullaj e le- Cou^. 18$ 



De l'arbre Kafla 3 que les Perfans nomment Lui y & les 
Portugais arbres à Pagodes. 

Chapitre XVII. 

LEs Indou honorent d vn culte refpe&ucux l'ar- 
bre Kafta, le difentehery desSain<3:s,& racon- 
tent que kan feplaifoitdeffous, lors qu'il ioiioit de 
lafluttei ils y baftiffent de petites Pagodes, où ils 
tiennent les ftatuës de Ram , ou autre Sainct > cet ar- 
bre commance à croiftre au vingt- hui£tiefme degré 
de latitude vers le Pôle Article , fur l'Empire du 
Schahj&eft fort commun dans les Indes Orienta- 
les, il s eftend prodigieufement en largeur, pour fa 
hauteur elle cft efgalle à celle d'vn noyer,de fes bran- 
ches naiifent des racines qui peu à peu croiflfent,& 
viennent iufques en terre, où elles prennent de nou- 
uelles racines , 6c fe groiïiffent autant que le tronq,& 
la branche eftant fupportée de ce nouueau tronq , en 
poulie vn autre qui fait le mefme effet que la pre- 
mière: l'en ay mis icy la figure au naturel, fuiuant 
que ie l'ay deffignée fur les lieux : Quincurfe deferit Q^ncur: 
ce't arbre dans l'Hiftoire d'Alexandre, & aceufe les ce Hure 9. 
Bramensdel'adorerjetefmoignagedecét Autheur, &llureg * 
comme celuy d'Hérodote fait voir l'antiquité de H ^od.l.$ 
cette Religion, dans laquelle Ram a confondu les 
chofes diuines & naturelles , afin que le peuple grof- 
fier qui n'eft pas capables de connoiffance, le foit 
à admiration >& tiennent pour myfterieux ce qui! 



'&4 Les Voyages tf Obferuations 

ne peut entendre. 

Dans le voyage que i'ay fait de Sourat à Goa , i'ay 
campe plufieurs fois fous cet arbre,où l'eftois à lom- 
bre du Soleil que i'auois au zenit,&à couuert de la 

Î)luye,àcaufe de la quantité de fes branches entre- 
alTees les vnes dans les autres : A rnidy lebeftaily 

vientprendrefon repos, &fegarentirderiniurc du 
temps. Il me femble que ces raifons ont obligé le 
Gimnofophifte Ram , l'ornement & la gloire de fon 
fîecle , a rendre l'arbre Ka'la en quelque vénération, 
mais fes Sénateurs ont meflé de la fupperftition à 
fes ordonnances. Au Royaume deGuzerat i'ay veu 
vn de ces arbres dont les indou noferoient cueillir 
vne fucille de crainte de mourir dans l'an : Les Fakirs 
& autres pauuresfe retirent fous cet arbre fans payer 
de gifte, lequel vient dans les lieux mefmes les plus 
arides , & au bord de la mer , & eft le trefor des voya- 
geurs pour fe repofer delîous . 

Voilacequeiay remarqué de la Religion des In- 
don, dans les conférences que i ay ru aucc leurs B a- 
mens& Do&eurs: le conjure les M iflionaires Apo- 
ftoliques , entre les mains d fquei cette Relation 
pourra tomber, de ne fe pas porter auec tropcL zèle 
contre la Lov de ces Pavent , quielt fondée dans la 
nature, mais q Vils leur f ffent voir peu à peu que 
leurs myftefes font vn effet de la politique de leurs 
Sages, & les defibufentque Dieu en 'oitl'Autheur, 
eltre infini & 'éternel , & autheur de la nature , à la- 
quelle il s'eftvny hypoftatiquement , pour lefleuer 
aupoint que le vray Philolophe doit çonceuoir.afin 

de leur 



Du Sieur de la r Boullaye-le-Gou&. 
deleur infirmer peu à peu les veritez Euangeliqu 
ôc les rendre fidelles, &participans de la gloire, > 
connoiflancc de Iefus-Chriftle vray Mcffic , dans la- 
quelle gill toute la félicité des créatures. 



Lelé. 



Megilon. 




jfmours de Àdegilon, & de Lelé. 
Chapitre XVIII. 

MEgilon fut amoureux de Lelé, & n'ofa pa r dis- 
crétion tenter la chafteté d'vne fi vertueufe 
Dame , la paflion luy fit abbandonner le repos , & la 
profeffion ordinaire de fa vie, pour Satisfaire fon 

Aa 



1 8 £ Les V ojœges ^ Ohferuations 

imagination par lapenfée de fa Maiftre(Te,fe con- 
tentant de mériter ce qu'il nofoit prétendre fans 
crime: En peu de temps il deuint fi maigre, & telle- 
ment deffair, qu il auoit plus de rcffemblance d'vnc 
efquelette , que d'vn homme viuant. Lelé de fon co- 
ftè faifant eftime dececaualier, luydemandoit aux 
rencontres la caufe de fon mal , & auoit compaflîon 
de le voir à telle extrémité. Megilon ne trouua 
point de remède à fon mal que Tefperance de la 
mort, pourueu que Lelé euft connoiuance que fom 
mérite en auoit efté la caufe ^ il efcriuit l'origine de 
fes amours , &.prefle par Lelé de luy donner quelque 
connoiffance de fa mélancolie , luy prefenta vn pa- 
pier où elle leuft l'eftime qu'il faiîoit de fa vertu, 
foun c ricd'eftreaymée :> & foulagea lapafïion de Me- 
gilon, qui reprift fon embonpoint en peudetemps. 
Les Arabes, & les Perfans attribuent cette Hiftoi- 
reaux Indiens /& s'en feruentd original pour com- 
pofer leurs romans , & leur chanfons. Les Ot- 
tomans à leur exemple appellent de ce nom les 
fols , faifans allufion à cette fable. lay mis cette 
figure pour obliger ceux qui lif ent les hures Arabes, 
ou Perfans, parce qu elle leur eft comme à nous les 
fables des Poètes. 



Du Sieur de la Boullaye-U-Gouxl 187 



Vn Parfi. 



miu m m — — 




DeURtligi*n des Parfis y leurfoy & créance 3 a^clle^ar 
nous aiorAtcurs du feu, 

Chap. XIX. 

LEs Ottomans appellent gueuure vne fede Je, 
Payens que nous connoifTons fous le nom d'ado-; 
rateursdu feu, les Perfans fbusceluy d'Atech perés, & A ^ c J^l 
les Indou ious celuy de Parfî,terme dont ils fe nommée très du 
cux-mefmes. Ils (ont blancs, généreux & fort traitta- f eu ' 

A a ij 



t8* Les Voyages Çf Obferuations 

blés, originaires Pcrfans, & fontfuysde leur pays na^ 
tal après auoir efté fubiugucz par les Manfulmam Par- 
thes&Medes; ils {e font fort eftendus dans le Kirman 
&Ic(drProuincesduSchah,&dansleRoyaumedeGu- 
ferat appartenant au Grand Mogol: Leur eferiture & 
leur langue eft laPerfane , ils s'habillent en Perfc à la 
Kcfelbache, & aux Indes à l'indou comme leurs fem- 
mes, ils portent la grande barbe & (e font arracher le 
poil qui vient fous la leure que les François appellent 
bouquet, fignal par lequel l'on les diftingue: ils font 
laborieux au pofhbie & fe faut garder de les louer en 
prelence des lndou qui les haïflent au dernier point 
à caufe de leur beauté , adrefîe & force de corps. 

Us ont pour Sainâe Eferiture deux gros Liures com- 
pofez par vn nommé Ibrahim, ou Abraham, qu'ils 
croyent Prophète de Dieu, il viuoit long-temps auant 
la venue* de Iefus Chrift : ils gardent ces Liures dans 
leurs Temples où leurs Preftrcs& Sacrificateurs les ex- 
pliquent au peuple. Ils alTcurent qu'il y a vn Dieu fcul, 
fans compagnon, eftre infiny & éternel, aimable, & 
adorable en tout temps, & en tout lieu efgallement, 
lequel aimant leur nation, leur a donné vn feu parcelle 
de fa diuinité pour leur feruir de Dieu vifîble ; après 
Dieu & ce feu facré ils honorent le Soleil & le lyon, 
parce queleSoleildansleciclaplus de rapport aucc la 
diuinité, & le lyon entre les chofes periffables, tient 
plus du Soleil principe de la lumière & delà chaleur, 
raifon qui a obligé les Roys de Perfes a porter dans 
leurs armes vn lyon qui regarde fixement vn Soleil, 
comme Ton peut voir dans le Bouclier que ie tiens en 



Du Sieur de la BoulUyt-k- Çoux. i«* 
main dans mon portraicl: de Leuantin mis au com- 
mencement de cette relation, ils ont par après le feu 
élémentaire en quelque eftime , parce qu'il eft femblaJ 
ble au feu qu'ils ont receu de Dieu, & plus efleué que 
les trois autres elemens> & plus proche du Soleil perç 
de la vie des eftres d'icy bas. 



Cérémonies & Sacremens des Parfis. 
Chap. XX. 

LEs parfis ne prennent quvne femme & ne fere- Mariage: 
marient point eftans dans le veufuagc, ils ne s'al- 
lient qu'auec ceux de leur loy & nation,qui eft la raifon 
pourquoy ils ont conferué la blancheur & la beauté de 
leur (ang dans les Indes, & autres lieux où ils ont fuy, 
parce que la blancheur ne vient nullement du climat, 
mais de la icmencc des parcns;Sur lesEmpires deSchah 
Geaann,d'AdelSchah,&KodumSchahJesIndiftanis s j^f cI ft 
font oliuaftrcs, les Mogols^ Anglois,HolIandois> parfis le Roy de 
& Portugais , y engendrent des enfans rres-blancs, Biia P our - 
pourucuqu ils habitent auec des femmes blanches ; & Schah eft 
les Abiifins & Caffres que l'on y traniporte d'Aflfrique, lc Roy de 
y engendrent des enfans aufîi noirs qu'en Ethiopie. Les 4° con " 
Parfis ne font point ialoux, leurs femmes trauaillent & 
foulagent leurs marys. 

Ils offrent à Dieu pour 1 expiation de leurs péchez Sacf . fi . 
du fandal, & autres bois odoriférant qu'ils portent à turc 
leurpreftre,ouluydonnede l'argent pourachepterdu 
bois pour entretenir le feu facré que l'on n'éftcind ia- 

A a iij 



i?o Les Voyages çtf Obferuations 

mais; le Sacrificateur leur monftre lefeuSainc!:, à la 
veue duquel ils croyent eltre régénérez & auoir de 
grands pardons, & leur perfuade qu'il brullera le (andal 
& autres bois de prix , qu'il vent pour entretenir fa fa- 
mille fc (eruant delà fimplicitc de ce peuple crédule. 

Ils mangent de toutes fortes de viandes, & aux Indes 
pour fc conformer auxIndou,ils ne veulent point man- 
ger de chair de bœuf, ils boiucnt du vin de palme ou 
Tari& de l'eau dévie , mais ne veulent point boire 
dans vn vafe où vn Chreftien, Manfulman, Indou , ou 
Sabiaitbeu. 

S'ils meurent eneftatdc grâce auec approbation de 

t e. PU tous > ^ on ' es P ortc ^ ans vnc g ra nde fale, oùl'on les met 
droi£ts après les auoir embaumez, les vns auprès des 
autres. Mais fi l'on doute qu'ils foient morts en péché 
l'on ne les embaulme point & l'on les fequcftre des au- 
tres, cequi arriue peu, parce qu'il eft difficile de iuger 
des derniers fentimens de l'homme. 



Voyage de Sourat à ChaouL 
Chapitre XXI. 

LE dix-feptiefme Septembre ie pris congé de 
Meftre Breton General des Anglois , lequel 
me chargea de lettres pour le Vice-RoydeGoa,& 
m'embarque fur vnc petite barque ci'Indou , pour 
Damaon,en compagnie du R . Père Zenon de Bauge. 
Le dix-hui&iefmc noftre barque s'atterra dans la 
riuierc de Sourat; nous fufmes en danger de nous 



Tbu Sieur de la Boullaye4e-Çoh&.- ï*t 

perdre , parce que la marée dans le flux oftoit le fable 
d'vn cofté de noftre barque qui eftoic à fec , & fallut 
la (ouftenir auec force pieux^dc crainte qu elle tour- 
naft. Levingt-vniefme nous arriuafmesà DamaonDanunr 
petite ville extremenc forte laquelle eft venue à la 
Couronne de Portugal de cette façon: J es Indon, 
ayans permis trop facilement aux portu^ s de fai- 
re vn fort auprès de la ville pour la feureté de leur 
négoce les voulurent chaiTer par aptes, mais n'en 
peurent venir à bout, parce que les portugais ,aucc 
leur forterefTe bien munie , fe rendirent maiftres 
de la place > & (oufmirent les naturels , ce qui a feruy 
d'exemple aux autres Roys des Indes, & principale- 
ment au grand Mogol, qui s'eft rendu fage par la 
deftru&icn de fes voifins, & ne permet aux Portu- 
gais, Anglois, Danois, ou Hollandois de faire au- 
cun fort fur fes terres , ny d'y acquérir aucun fond. 

Il y a à Damaon vn Capitaine de la forterefTe qui 
commande la milice ordonnée pour la garde delà 
place ,il yaquatreConuens, & vne maifon de Re- 
ligieux, Capuches , Auguftins , Dominiquains, Ob- 
feruantins,& Iefuirtes:lors que les portugais font 
attaquez par les ManfulmanSjl'on donne des armes 
à tous les Religieux, politique qui les maintient: 
Les Noirs, ou naturels de ce pays^conuercisàla foy 
de lefus-Chrift, font les meilleurs m©ufquetaires des 
Indes ; dans le dernier fiege formé par le fils du grand 
Mogol auec 10000. hommes, ils fe defFendirent £ 
bien , que ce prince fe retira auec confufîon , & per- 
te de la Meilleure partie de fes trouppes. Don Léo- 



î5>ï Les Voyages Qf Oh Tentations 

nel de Lyma , Capitaine de laforterefle nous fit vn 
banquet à la Portugaife,où le vin de Canarîc eftoit 
en telle abbondanec , que ie m imaginois eftrc à 
Lifbone. 

- Le vmgt-quatriefme ic party de Damaon en cha- 
riot Le vingt feptiefme ie paflay vn petit bras de 
mer , ic fus obligé de laiffer mon chariot , & me faire 
Pallankin porter en pallanicin , iufque àBaflainjle chemin de 
* v c n de " Damaon à BaflTain fe feroit en vn îour en Europe, 
brancart mais l'on rencontre fi grande quantité deriosd'A- 
porte par falgada , ou riuieres falées . par le flux de la mer , 
hommes quil cil împoilible de le taire en moins de trois, a 
caufe qu'on eft obligé d'attendre lereflus pour paf- 
fer. 
Jaflain. Baflain ou Baflin eft vne grande ville peu habitée, 
à caufe des guerres des Portugais contre les Anglois 
&Hollandois, lors ou ils eftoient fous la domina- 
tiondeCaftille. Dans cetteville il y a plusde Gen- 
tils-hommes Portugais qu'en aucune autre des In- 
des jil y a de belles maifons, ôcplufieurs Monaftercs 
de Religieux. 
Le vingt-neufiefme ie m'embarqu* fur vn petit 
JTàiiaï bras de mer &arnuéa \ ana en fix heures de voiles., 
ville autresfois la capitale d'vn Empire, mais à pre- 
fantruiné,& fort petite. Auprès de Tana l'on voit 
les veftiges des Pagodes anciennes des tndous, & 
plufieurs lauoirsfacrez entièrement deftruits, n'en 
reftant que la place, & la mémoire qu'en ont les Bra- 
mens, 
Bonbain. l c deuziefmeO&obreie paflay à Bombain petite 

ifle 



Du Sieur de U < BoulLtye4e-Gou&> w 
ifle dominée par les Portugais, il y a trois ou quatre 
villages ; dans cette Me les Anglois ont autrefois 
brufiélesEglifes,&deftruit les maifons , & en refte 
peu. Lemefmeiourieparty furlefoirpour Chaoul, Chaajj: 
ou i'arriuay le lendemain mati». Cette place eftyne 
petite ville à dix huid degrez de latitude, fous la 
domination des Portugais, extrêmement forte, le 
Chafteau où demeure le Capitaine a efté fabriqué 
affez de temps deuant la decouucrte des Indes O- 
ricntalcsparles Portugais: De l'autre coftédu port ■ 
de Ghaoul il y a vnc forterefle qui commande la vil- 
le,baflie par les Manfulmans, & conquife par les 
Portugais , qui firent peur auec du feu , & des mouC 
quetades à vn éléphant que les Manfulmans auoîent 
mis pour en garder la porte , auee vne chaifneà fa 
trompe , lequel fc tourna de cofté,& les Portugais 
pafTerent par deffbus fon ventre , & fe rendirent 
maiftres de la place. 



yoyxgcs de Chaoul a Goa. 

Almadié 

CHAP. XXII. efpccede 

bateau 

E Chaoul ie m'embarquay fur vn ahnadic c ftroi&. 
^'pourGoa. Le.troificfmenousprifmes terreà Daboul. 
la veuë de Daboul', ville appartenatt^df^wRèy'.de^e^pel 
Bijapour. De Daboul nous vogafmés pa/fiblement ce debat- 
toutes les nui£ts , prenans terre les matins, iufcm 'au c CaU ° s ' 

, ' ' r ' i. _ oc paros 

hui&iefme lourde noftre embarquement que nousefpece de 
fafmfcs afTiillisf par vni gàlleuette de Malauars , la- de ^? ic , 

-- a ., o — . ». gallece. 



D 



Îj4 Le s Voyages ç$ Obferuations 

MaUuats quelle fortifiée de deux paros nous voulut ferrfië^ 

font vol- j a bouche du Rio ou nuiere deicaroli -,mais nos vo- 

mer qui ha gueurs s'eftans furpaflez cux-mefmcs, deuancerent 

hîrent les ragalleuette,& entrèrent les premiers dans la riuic- 

& le Sud rc: ^ c ^ Z3 - r ^ me fiteonnoiltre le danger qu'il y a 

iesludes. à s'embarquer fur de petites barques, le pris refolu- 

tion depourfuiure mon voyage par terre ,& ie fus 

fort incommodé, parce que le chemin eftant rem* 

ply de montagnes dedifficil accez: le ne trouué ny 

' chanot v ny bœufs, & fus contraint de cheminer à 

pied , & faire porter mon bagage par des Noirs du 

païs; après vmour&demy de marche par vnechal- 

Ben r- leur extraordinaire i'arrinay à Bengourla , petite vil- 

la,ouBin-le appartenante au Roy de Bijapour,à huicl: lieues 

gouria. j c | a b arre J e G oa . Les Hollandois y ont vn Fadeur 

& vnc maifon , pour auoir des raffraifchilTemens 
lorsqu'ils font en guerre auec les Portugais- 

De Bengourla ie vins coucher dans vn petit villa- 
gc peuplé deBramenSjBagnians & Tribus Nobles 
des Indous, ïy fus fort incommodé , & n y trouué 
ny pain ny eau dévie, ny viande nypoi Ton feule- 
ment vn peu deris&debeureque ie rus contrai n cl: 
de faire cuire dans vn plat de terre ôc le mangera 
pleine main, les Paycns mayans refufcpots, pi us, 
cuilliers & couppes,de crainte que ie ne les cufTe pol- 
îuës&îrenduës immondes, tant efl grande lobeyf- 
fanceaueUgle,lezeleindifcret& la fuperftitiondes 
hommes. Le lendemain ie dinay d ms vn autre vil- 
lage peuplé d'Indou , où i'eus la mefme peine que 1er 
foir précèdent, ie me tiray le plus promptement quç 

-1 



Du Sieur de la BoulUye-le-Çou^. ïp; 
iepcus de cette tyrannie ,& pris mon chemin pour 
Bichouly oui* arriuay le (oir fort tard, ceft vne pcti- Bichoulî 
te ville du domaine duRoy de Bijapour à deux lieues 
de Goa , il y a vne maifon de Millionnaires eftablic 
par vn Euefque Canarin. 

De Bichouly ie marché vne heure & arriuc ou les 
barques partent du continent des Indes dans l'ifle de 
Goa& m'embarque pour y aller; dans vne heure de 
temps nous arnuafmcs à la première forterefle, Ton 
demanda quels gens eftoient dans la barque ., nous 
refpondifmes que nous eftions François amis de 
Portugal , le Capitaine du Fort nous commanda 
d'aller trouuer le Viceroy fuiuant l'ordre qu'il auoit 
de luy enuoycr tous les eftrangers , nous alafmes 
droit à la Cafa da Polucre, qui eft vn peu hors la Ca . ra da 
ville tirant du cofté de Pangin , où le Vice-Roy def Laifon de 
pechoitvne armée pour Mafcati en Arabie, & dc-P 0U<1,:e : 
mandafmes à luy parler; l'on nous y conduifît,ie 
luy remis les lettres du General des Anglois entre les 
mains, il tefmoigna vne fatisfa&ion denoftre arri- 
uée,embraifa le Perc Zenon, & luy dift, qu'il auoit 
toufiours eu grand defir de le voir fur la terre des 
Portugais, pour teruir fa reuerence, que le Roy de 
Portugal fon inuincibleMaiftreJuy auoit comman- 
dé par ordre exprezd'aflïfter en tout deux Pères Ca- 
pucins François ^dofttlvneftoit le pereEphrain de 
Neuers , qui a fa million à Madrafpatan proche Me- 
liepour ; & l'autre le père Zenon de Baugé , qu'il 
croyoit eftre fa Reuerence, à la follicitation du fieur 
Lafnier Angeuin, Ambafîadeur en Portugal pour 

Bb xj 



*96 Les Voyages çf Obferuations 

fa Majcfté tres^Chreftienne ; puis dit au Père Zenon 
qu ilehoifift quel Conuentil voudroitdans Goa ,& 

qu il luy feroiedonner fon appartement .,& les cho- 
fesneceffaires pendant fon fejour, que pourmoy il 
me vouloit loger en fon Palais, & que fi i'auois la 
volonté de retourner à Lifbone par mer, il me feroic 
embarquer fur les premières Karaques, le Père Ze- 
non luy dift , que nous eftions de mefme ville, fils de 
parens amis , que nous ne pouuions nous feparer , & 
que mon deflein eftoit de m'en retourner par terrç 
pourvoir l'Arabie, laicaldée, la Surie,& 1 Egypte, 
&eftre Tannée Sainclx à Rome; le Vice- Roy répli- 
qua , ic ne vous veux empeféher d'eftre enfem - 
ble,ny vouspriuerde lafatisfa&ionquevous auez 
à vous entretenir, & faifant apporter de l'ancre & 
du papier ^efcriuitvn billet à Tvn des principaux de 
la ville, luy ordonnant de nous bien traitter,&en 
tenir compte à la Couronne de Portugal, puis le re- 
mit à fon premier Gentil homme, lequel nous ac- 
compagna à noftre maifon, & nous fit monter fur la 
fallouque du Vice-Roy > parée de beaux tapis de 
foye>& comme nous commencions à nous efloi- 
gnerdelariue,vnautrc Gentil homme me vintaf* 
feurer de la part du Vice Roy que fes cheuaux , & fes 
fallouqucseftoientàmonfcruice,&que ie ledefo- 
bligerois de n'en pas vfer hbrement,comme de cho - 
fesquieftoient àmoy;ieremcrciayle Vice Roy par 
ce Gentil-homme, me reconnoiffant fon obligé des 
courtoifies qu'il exerçoit en mon endroit , ce qui nç 
me fembloit pas extraordinaire veu la ciuilité, & ge- 
aerofité des Portugais. 



DuSieundeUBoullaye-le-GoHXj 197 
Goa eft à quatorze degrez de latitude dans la Pro- Go ^ 
uince de Canara & Ifle de Goa, qui a 7 . lieues de tour; 
cette ville eft baftie à la façon de Portugal, ce qui en eft 
habité eft de la grandeur de Florence, l'air y eft très- 
mauuais& les rayons du Soleil tres-dangereux & mal- 
faifans , elle eft la Capitale des Indes de Portugal S? 
peuplée de toutes fortes de nations , Indiens , Chinois, 
Malais, Parfi, &c. A trois lieues de la ville eft la barre ou 
la rade , où il y a vn beau chafteau; le long de l'ençeade 
ou entrée du canal qui eft depuis la barre iufqu'au Port 
de Goa , il y a de très- belles maifons de plaifance , d'vn 
eofté& d'autre auec quantité de beaux arbres appeliez 
palmiers de koq. p a r 



mietfi. 



Dans lamefmelfledeGoaily a vnc petite ville ap- deKo< ï» 
pellée Pangin fur le chemin delà barre au Sud de l'En*. indesdef- 
ceade, Salfete, Chorraon; & quelques autres iflesfont «ic cy- * 
en la domination des Portugais, feituéesaux enuirons X 1 '*) - 
de laditte lfle de Goa, où il y a quantité de nouucaux Salcece! 
Chreftiens ou Indous conuertis à la Foy. Il y a dans Chorraon 
Goa , trois ou quatre maifons ou Conuents d'vn met r 
me Ordre, les plus remarquables font ceux des Augu- font vnc 
ftins, Iefuites, Capuches & Carmes Des-Chauds; ce- forte dc 
luy des Auguftins pour le portail, celuy des Carmes f an j U b"*- 
pour l'Eglife,celuy des lefurtes pour le Collège ;& ce- be - £te » 
luy des Capuches pour les jardins & caues viucs. ron°«l!* 

pelle les 
noftrcs 
Capu- 
chos bar- 
g jjj bados,ou 

' Capucins 

barbus^ 



Ï98 Les Voyages çf Obferuations 

*%ii\ice & ordre des Colonies Tertugaifes. 

Cha pitre XXIII. 

LA milice des Portugais confîfte en foldats & Gou- 
uerneurs des fortcrefles>dont le Chef & Generalif- 
fîme eft le Viccroy, leur force principale eft (ur la mer, 
la folde d'vn foldat eft de dix pardaux par voyage , qui 
reuienneat à quatre realles & demie d'Efpagne , le 
voyage eft de fix mois : & les autres fix mois s'il demeu- 
re à Coa , il ne touche point d'argent , mais s'il veut al- 
ler en quelque place d'armes comme Chaoul , Da- 
maon,Diou,&c. il a encor dix pardaux auec fes vu 
urcs > Sur Us Nauios d'Armada , gai iotes , ou vaifleairai 
de guerre l'on donne à la milice du ris cuit, auec de 1 eau 
&du fcl,dubifcuit, de l'eau douce, du poifïbn fallé , de 
l'achar ou frui&s d'Inde confis dans le fel & vinaigre 
comme les concombres que Ton venta Paris chez les 
droguiftes. 

Les foldats tirent tous les ans a&c de leur feruicc, & 
après auoirfcruyhuicl: ans, ils font capables dans leur 
Ordre d'eftre Capitaines & Gouuerneurs des forteret 
fes, fuiuant leurs amis, & la volonté du Roy de Portu- 
gal. Les Gouuerneurs ne demeurent que trois ans en 
charge, & ce temps expiré ils ne prétendent plus rien 
detouslcursfcruiccs,&tafchentàgagner dans ces trois 
années dequoy s'entretenir le refte de leurs iours: fivn 
foldat a feruy deux ou trois ans & ne veut plus porter 



T)i4 Sieur de la ^oullaye^GôuEl îir 

peur donner les certificats de fes feruiecs qu'il a rendu 
a la Couronne à vn autre foldat, lequel s'en preuaut 
&s'en fert auec lesfiens. Le Viceroy, le grand inqui- 
fiteur & ceux qui font appeliez aux grandes charge* 
des Conqueftes Orientales, fçanoir les Généraux d'Ar- 
mée, l' Archcucfque de Goa , Sec. (ont rcinols , ou na- 
tifs du Royaume de Portugal, le Viceroy n'eft en char- 
ge que trois ans & ne peut y auoir de femme. 

L'ordre de Portugal eft tel concernant les colonies 
nouuelles les Portugais qui défirent venir aux Indes & 
yferuir le Roy de Portugal viennent à LÎfbonnc, s'ils 
font nobles ils en prennent atteftation, auec la vérifica- 
tion de leurs armes , efcuffbns, timbres ,& cachets, & 
font par après reconnus pour fidalgos aux Indes, fur la 
viedefqufelslc Viceroy ne peut rien attenter fans ordre 
exprès de Portugais ils font de race baffe & condition 
roturière, ou qu'ils foient venus aux Indes fans auoir 
faict, vérifier leur naiffanec en Portugaise Viceroy les 
peut faire mourir auec raifon ; Les fidalgos foldats, ou 
Religieux qui s'embarquent à Lifbonne , pour les In- 
des, auec la permiffion du Roy de Portugal ont leurs 
appartement dans les Gallions ou Karaques,auec les 
viur<es ordinaires qui leurs font diftribuez du corps du 
va'lfeau ; maislors qu'ilsfontarriucz aux Indes, ilsont 
difficilement permifïîon detetourner en Europe: Et 
le Vice-Roy ellant en bonne intelligence auec les An- 
glois , Hollandois, & Danois , ils n'en paffent aucun en 
Chreftientc. La flotte eftant arriuée à Goa, le Vice- 
Roy dillnbuëles foldats reinols par les places où il les 
iuge neceflaircs, mais fi vn ioldat rcinol fe fait &eli* 



ioo Les Voyages ç£ Obfirudtwns 
gieux, oh fe marie > l'on ne le peut plus contraindre à 
fuiure les armes; les Fidalgcs & gens de commande- 
ment, qui dans lesoccafions fcfignalent > on leur re- 
compenfe,oudes marques d'honneur, comme l'Ha- 
bito de Chnfto,qui eft l'ordre du Roy de Portugal, 
que le Vice- Roy leur fait venir d'Europe. 

Il y a peu d'Eftrangcrs dans la milice des portugais 
à caufe du peu de folde qu'ont les foldars , auflî qu'ils ne 
paruiennent iamais à eftre Généraux & Capitaines des 
forterefles ; il eft vray que la plufpart des Ingénieurs 
font Eftrangers , mais ils onx plus de foldc que les Por- 
tugais. Deuant que les Portugais fe fuflent foufleuez 
de la domination de Caftille, il y auoit plufieuts Fran- 
çois mariez aux Indes parmy eux, &donnoicnt liber- 
té à tous Européens , excepté aux Caftillans dederneu- 
rer fur leurs terres, mais depuis la reuolution peu de 
François ont pu demeurer parmy eux , à caufe de la 
rigueur extraordinaire de l'Inquifition,qui les arrefte 
au moindre f ou bfon: Les François paffe pour Loutera- 
nos entre eux , & comme les François n'ont point l'ex. 
terieur de la Religion , & difent leur fentiment auec 
trop d'ingénuité , ils font incontinent perdus ; en forte 
que les foldats François qui (ont en grand nombre au 
feruice des Hollandois ne fè veulent plus ranger du 
codé des Portugais , parce qu'ils ont plus de liberté 
pour la Religion Catholique parmy les Hollandois 
Politique qu'entre les Portugais : Quelques Fidalgues reinols* 
cTEfpa- vrays feruiteurs de leur Prince , m'ont dit que cela 
£n< procède de certaines perlonnes affectionnées à Ca- 
ftille^ kfijuelles dans l'cijperance que le Portugalre- 



tourne 



Du Sieur delà Boulldye4e-Gou&. ïôï 
tourne fous la domination du Royd'Efpagne, accu- 
fent malicieufcment les François, & les font prendre 
prisonniers par le Saine!: Office, afin que ces deux na- 
tions ne s'vniflcnt iamais à la confufion des Caftillans, 
Anglois, Hollandois, & Danois, qui cft empefeher 
lafehement l'accroiiTement de laFoy Catholique, par- 
ce que les François tenans le party des Hollandois, il eft 

certain que les Portugais n'auront iamais le pouuoir de 
les chafler des Indes, non plus que les Anglois, à moins 
de grandes diuifions dans ces deux Republiques. 

yice-Roy, Nobleffe, & grand Inquipteur. 
Chapitre XXIV. 

LE Vice- Roy des Indes commande depuis le Cap Vice: 
de bonne Efperancc , iufquesen la Chine , le long Roy ' 
de la cofte d'Affrique, dans la mer Rougc,feinPerfî- 
quc,deftroit d'Ormous^oftesde Perfe, Arabie , In- 
des Orientales, golphe de Bengala, deftroit de Malaca, 
coftes des Royaumes de Pegou, Camboia, Siam, Can- 
taon& Chine, &gencrallement par toutes Ieslflesde 
la mer du Sud i (on pouuoir s'eftend à créer & cafler les 
Généraux , Capitaines, & Officiers de guerre par tous 
les lieux où les Portugais ont leurs forterefTes, a donner 
permiflionaux Manfulmans& Gentils, qui ne {ont pas 
vaflaux de Portugaise nauiger; a nommer les Fei- 
tours ou Confuls dans les ports Eftrangcrs, oh les Por- 
tugais ont leur négoce ; a faire mourir les rortugais qui 
ncfontpasFidalgues,&rya que deux chofesqui bor- 

Cc 



toi Les Voyâgesçcf Obferuations 

nent fon pouuoir, & terniiTent fa charge , la NobleiTe, 
& linquifition. 
HoblcfTc, y n Gentil homme Portugaisayant commis quel- 
ucri« a " que crime peut eftrearreftéprifonnier de l'ordonnance 
du Vice Roy ; s'il mérite la mort , il faut vnordre ex- 
près de Portugal pour l'exécuter, ce que les Roysde 
Portugal ont lagement ordonné pour obliger lcspau- 
ures Gentils- hommes à conquérir les pays eftrangers, 
& y planter la Croix cny eftablilTantdes colonies con- 
tre lefquelles lesVice-Roys neuffentpas la force de (è 
maintenir au prciudice de leur Maiftre^par ladeftru- 
âion de la Noblefïe bras droid des princes:mais com- 
me les hommes ne peuuent rien eftablir que d'hu main 
& que dans la plus fine politique il y a toufiours a redi- 
re & à corriger, raifon pourquoy les Monaichies , & 
Republiques les mieux ordonnées ont eu leur fin & 
changement aufli bien que les Eftatsqui ontfubfifté 
parlaconfufion; ainfiTon pourroit dire que ceux qui 
ont fait les loix des Conqueftcs de Portugal , n'ont pas 
çonfidçré que le naturel des Portugais eftant fort gra- 
ue, & hautain, il arriueroit fouuent que la N obleiïe fe 
banderoit contre le Viceroy,& le mefpri{eroit,cequi 
retourne contie la MajeftéduRoy; parce que s'il eft 
vray, que celuy qui fe mocque du Prince f e mocque de 
Dieu, il eft vray de dire que celuy qui (e mocque du 
Lieutenant du Prince fe mocque du Prince: ilarriua 
lors que reftois aux Indes quVn Gentilhomme appel- 
lé Dombras auec quelques fiens amis&vnReligieux 
en habit deguifé,firent faire faire vneStatuë de 1 1 gran- 
deur & rcfTemblance du Viceroy , Don Philippe Mar- 



Les Voyages çg Ob fer nations ïoj 

caregnas,qui eftoit alors en cette charge, laquelle ils 
portèrent par les rues vnenui&aucc quantité de tam- 
bours, fiffres & torches allumécs,eftans tous mafquez & 
habillez en gens de Iuftice, la pendirent auec les met 
mes cérémonies que Pon faicl: celle d'vn mal-fadeur^ 
& s'eftans retirez chacun chez foy l'effigie du Viceroy 
demeura attachée iufques auiouràla veuë du peuple ' 
ccquieftonnale Viceroy, il fit recherche les autheurs 
de cette fa&ion , l'on en defcouurit quelques-vns, en- 
trautres le Religieux, lequel k Viceroy ht mettre à la 
chefnc; pour Dombras chef de cette confpiration, il 
fe mocqua du Viceroy, & fe fauuaàBichouly en at- 
tendant quelque mouucment dans l'eftat ou change- 
ment de Viceroy pour faire (a paix. 

Le grand Inquifiteur deGoacftRcinol & Preftre l ^^z 
feculier, lequel a des alTiftans &vn Dominicain pour r 
fon compagnon d office,&: puis quelques autres Com- 
miiTaires auec l'Archeuefquc de Goa; ce Saincl: office 
ell: extrêmement rigoureux, & n'efteftably que pour 
les nouucaux Chrcfticns qui Iudaïfent, ou pour les Ca- 
toliques qui font fcandalles ou commettent quelque 
énorme péché; & n'inquiète point les Anglois,Hol- 
landois,Danois, ouluifseftrangersny mefme les In- 
dou & Manfulmans, parce qu'ils ne font point nays 
Catholiques, & n'ont ïamais fai£t profeffion de la Foy; 
Lepouuoirdcl'Inquifitioneft de prendre &arrefter 
indifféremment tous les Portugais Gentils hommes, 
roturiers , Preftres, Religieux , mefme le Vice Roy, 
auec ordre (ecret de Portugal ; & le prifonnier citant 
encoffré l'on n'en peut fçauoir aucune nouuelle, non 

Ce ij 



tion. 



xo4 Les Voyages çg Obfemations 
pas mcfmcfiau vray ilcft viuant oumort,parcequil 
y a peine d'excommunication à follicitcr pour luy: 
l'on ne confronte point les tefmoinçr f ,ny les deilateurs, 
& faut que le criminel declr.rcluy.meime fon crime. 

■m- -— i ■ — ■ _„ 

Religion des Portugais , & moyens dont ils fe feruent 
pour l'eftablir. 

Chapitre XXV. 

TOus les Portugais font Catholiques Romains, 
zelez pour la Religion , & font toutes chofes 
ourl'accroifTementd'icclle, il y a quelques différen- 
ts entre eux & les François, ils ayment extrêmement 
fàin6tAnthoinedeLilboa,quc nous appelions dePa- 
de,ils luy ont vnc particulière deuotion lors qu'il ne 
fait point de pluye ; ils prennent faftatuc l'attachent 
par les pieds, la trampent dans des puyslatefte la pre- 
mière, & après Tauoir bien mouillée & trempée plu- 
fleurs fois, ils la retirent par la corde qu elle a attachée 
aux pieds, &fontlemefmeàcelle de la Vierge Mine. 
Comme iem'eftonnois de cette cérémonie extra ordi- 
naire, i'en demandé laraifon au Pcre Gardien des Ca- 
puchesdeDamaon, lequel m ::di(t que (aincl: Arithoi- 
nc vouloit eftre ainii traitté , & auoit opéré par ce 
moyen vne infinité de miracles, & la ÈarHxSfce Vierge 
laquelle fit retrouuer l'enfant d'vne pauure femme qui 
alla dans TEglife après l'aunir perdu ,& prenant le pe- 
tit Iefus d'entre Icsbras deNoitre Dameluy dift, fini 
nçmercndsmonfils,ienetereadray pas le tien, &à 



Du Sieur de la Boullaye-le-Gou^ zoj 

Îiuelque temps de là l'enfant rcuint à lamaiion fcin& 
auue. Vnc autrefois vn Frère Portier d'vn ordre de 
Francifcains perdit par mefgarde les clefi du Conuend 
&nefçachantoùilles auoitefgarées, alla dans lEglile 
& lia la ftatuë de Saincl: Antnoine de Lifboapar les 
pieds, la trampa dans vnpuysoù il lauoit defeendue* 
la tefte la prcmiere,la retira^&elle apporta les clefs pen* 
ducs miraculeufement à fon col -, ce qui eft digne d'ad-* 
miration, & non d'imitation. 

Les Indiens conuertis à la Foy, qui font de la race 
des Bramens , gardent la mefme fuperftition des Gen- 
tils de leur Tribu dans leurs mariages, parce qu'ils ne 
s'allient quauec lesnouueauxChrcftiens de la mefme 
Tribu , reputans comme immondes les autres Chre- 
ftiens , mefme tes Portugais reinols, & lors qu'ils vien* 
nentà mourir leurs femmes ne fe remarient point, ce 
que les Religieux portugais fouffrent -, il eft à craindre 
quecesnouueauxClv^ftiensneconferuent la Gentili- 
té entr'eux,&: venans à multiplier ne chaffent les portu- 
gais^ retournent à eftre lcsDircdteurs &Sacrificareurs 
des Gentils, reftabliflfans leur ancienne libellé , & fe- 
c( iimt le lougde ceux qui les dominent, fous pretex- 
tede Religion. 

Nous auonsditcy-deffus, comme fur la terre des 
portugais il y a vne infinité d Indous & Manful- 
mans lefquels n ont point la liberté d'exercer leur 
Religion, peuuent feulement fe profeffer Payens ou 
Manfulmans fans auoir aucune Mofquée, Pagode, 
ou ftatucs,ils n'ofent faire leur prière publiquement 
ny aucun f acrifice à moins de groffes amandes:Entre 

Ce iij 



io 6 Les Voyages ffî Obferuaùons 

Clerigo, Damaon &Ba(Tain ie rcncontray vn padré Clerigd 
ou Clero. Meftiflbjlequel vcn oit de G oa auec plufieurs ordon- 
nances de rÀrcheuefque qu'il me fie voir entr'autres 
pour faire couper les oreilles à tous les moutons 6c 
les creftes aux coqs de fon village, parce que comme 
Liurc 2. nous auons dit parlant des f acrifices que Ton offee à 
*hap.ij. Seruan, l'immolation ne fe doit &ne fe peut faire 
que dvn animal ou oyfeau fans tache ou deffaut de 
membre; il y auoit encor prohibition &deffences 
expreffes à tousBramens de faire aucun mariage fans 
y appeller le Padré Clerigo Vicaire, ou Re&eur de 
leur village. 

Lors que les portugais trouuent vne Idole des 
Gentils ils la rompent ou la bruilcnt^ ils ont deftruit 
vntanquié àBaffainjOÙ les Indou pretendoient de 
gagner plcniere Remiflïon de leurs péchez tous les 
ioursens'ylauantlecorps; ils ont'brufléla dentfa- 
crée d'Hermand le Singe, grand feruiteur de Ram, 
chap. i/. comme nous auons dit ; le Roy de Portugal fe rend 
protecteur des enfans orphelins, lefquelsl'on enle- 
ue des mains de leurs parens pour les mettre dans 
des feminaircs entretenus par la Couronne de Por- 
tugal , où ils font inftruits dans la Foy Catholique, 
& baptifez à mefmeiour tous les ans, puis l'on leur 
donne chacun vn habit ou quelque autre chofe 
cquiualente^n'ofans plus retourner dans la Gentilité 
àpeïnedufeu,parcequerinquifitionlesferoitpunir 
comme apoftats & renégats de la Foy; Voila pour- 
quoy il fe fait des Baptefmcs prodigieux de i. à £ 
cens enfans; mais pour les Gentils qui font aagês il 



*Du Sieur de la Boullaye-le- Çon&] ioj 
s'en conuertift peu, parce qu'ils croyent la plufpart 
que tout eft bon; î'auois fait amitié auec vn ha- 
billeBramen,auquel vn iour ie demanday pourquoy 
il ne fe faifoit pas Chreftien, veu qu'il eftoit (çauant 
Médecin & Aftrologue, & deuoit parconfequent 
connoiftre & fuiure la vérité, Il me fit cetre refpon- 
fe, Ibrahin Beg, toute créance que Ton a de Dieu eft 
bonne , ie ne nveftonne pas pourquoy vous ne defî- 
réz pas vous faire de ma Religion, pourquoy donc 
vous eftonnez-vous de ce que ie ne me fais pas de la 
voftre, Il faut laifler le monde comme il eft, il y a 
pluficurs chemins pour aller à Birampour les vns 
plusdroicts& plus courts que les autres , mais enhn poui . (ft 
Ton y peut venir de mefme, eft-il du Ciel & du para- vnc ville 
dis ou chacun peut monter de quelle Nation ou Re- cs s *- 
ligion qu'il foit, parce que c'eft la patrie commune, 
& la demeure deftinée aux âmes de ceux qui auront 
bien fait en cette vie, & fe ferontportés à fuiure les 
Vertus qu'ils aurot connues: Les Manfulmans difent 
que leur loy eft bonne, & queleur Koran eft venu du 
Ciel , & fe feruent de tous moyens pour augmenter 
leur Secte Les luifs nous veulent perfuader qu'ils 
font enfans d'Abrahaam ,& fouffrent délire buflez 
pour le maintenir ; Vous autres croyez eftre le peu- 
ple cfleu par le Meffi , par lequel vous éfperez voftre 
iuftificition. Les Sabis ont cette opinion que leur 
Liureeitefcntdans la langue matrice, parce queA- 
dam ,àleurdire,enaefté l'Autheur, auffibien que 
premier homme : Les Parfis ne croyent pas fe trom- 
per , fe laifTans conduire à leurs Chefs , non plus que 



ïo8 Les Voyages & Obfemations 

les Chinois , qui adioufte foy en tout à leurs Bonfes: 
& nous autres nous difons que nous auons la vraye 
connoilîance de Ram Créateur du Ciel & de la terre 
par nos eferits, &quc nous fuiuons la bonne Reli- 
gion, àcaufe du long-tempsqu'ily a que nous fom- 
mes Indousdepereenfils,& loing de forcer les au- 
tres hommes à prendre nos fentimens,nous ne les 
receuons pas mefme dans noftre Religion, & n'a- 
bufons point des animaux créez de Ram, lefquels 
font d'vne mefme famille que nous , & font auffi 
peu pour nous que nous fommes pour eux, aucun 
n'ayant domination fur les créatures que leur Au- 
theur. 

De toutes les perfecutions que les Portugais font 

aux Indou, Parfis & Manfulmans, l'on peut iuger 

Aldeasen queceft laraifon pourquoy ils abandonnent leurs 

Portugais terfcs our a jj er d cmcurcr f ur J cs terres de Schah 

iontmai- ' r y 

fons de Geaann ou d Adel Schah,ou ils ont libre exercice de 
Gentils- j eur Religion , Temples, Sacrifices, lauoirs, &c. & à 

hommesa n ° _. * ' ^ . ., r , 

lacampa- prêtent entre Damaon & Baiiam , il y a 11 peu de na- 
gne au- turelsïndou que la plufpart des aidées font en friche 
quelles* " ^ ans e ^ re cultiuées, ie fuis certain que les ïndou ai- 
font plu- ment mieux les Portugais que les Manfulmans, ny 
rs pc ~ les AngloiSjHollandoisjOuDanois, maisleurcon- 

titcsroai- o 

fons ou feience les oblige fouuent à chercher vn Afile où ils 
nieurenr p U iflr cnt f e ruir leur Dieu Ram,fuiuant lesrits&les 
& fuiets cérémonies des pramens. 

des No- 
bles. 

Diucrjtte 



T>u Sieur de la BoulUye-le-Çouz,. xoj 



Dmerfitè des Faffaux de U Couronne de Portugal , £r de 
leur employ fuiuant l'ordre de leur génération. 

Chapitre XXVI. 

LEs Rcinols (ont les Portugais venus du Royau* Reinoî: 
me de Portugal, lefquels feuls ont les premières 
charges dans les Indes > comme dans laprofeflîon mi- 
licaire la Vice- Royauté ou Généralité de Zcilaon$& 
dans l'Eftat Ecclefiaftique , eux feuls peuuent eftre Ar- 
cheuefques de Goa, grands Inquifiteurs,& Le&eurS 
en Théologie. 

Les Caftiflbs font ceux qui fontnaysdcpcre&me- CaftilT©: 
re Reinolsj ce mot vient de Cafta > qui fignifie Race,ils 
font mefprifezdesreinols; dans la milice ilsparuien- 
nent ou Gouuernement des places >& à la généralité 
desvaifleaux de 1* armée, & dans IcsConuens ils peu- 
uent eftre Gardiens & Prieurs. 

Les Meftiffos font de pluficurs (ortes,mais fort me(- MeftifT© 
prifez des Rcinols & Caftiflbs , parce qu'il y a eu vn peu mo CS: 
de fang noir dans la génération de leurs anceftres, dau- 
tant qu'vn Reinol prenant pour femme vne Indien- 
ne, les enfans en naiffent iaunaftres,puis ces iauna* 
ftres fe marians auec des perfonnes blanches, les en- 
fans en naiffent blancs,&àlatroifie(me &qu^çrief- 
me génération, ils (ont aufli blancs que lesReinols& 
Caftiflbs, mais la tache d'auoir eu pour anceftre vne 
Indienne, leur demeure iufqucs à la centiefme généra- 
tion : ils peuuent toutesfois eftre foldats & Capitaines 

Dd 



ïio Les Voyages çtf Obferuations 

de fbrrerefîcs ou de vaifleaux , s'ils font profeflïon 
defuiurelesarmes,&s*i!sie iettent du coftédel'Egli- 
Ic ils pcuuent eftreLe&eurs, mais non Piouinciaux. 
fearanes. Les Karanes lont engendrez d'vnMeftis,& d'vne In- 
dienne , lcfquels font oliuaftres. Ce mot de Karanes 
vient à. mon aduis de Kara, qui fignifie en Turq la ter- 
re , ou bien la couleur noire , comme fi Ton vouloit di- 
re par Karanes > les en fans du pays, ou bien les noirs: 
ils ont les mefmes aduantages dans leur profeflion 
que les autres Meftis. 
Abiflîm. Les AbifTmsfujets naturels du Prête Ian,nays de père 
Prête & merc Abiflins , ou de père Abiffin , & de mère Kara- 
Ge .? fl '- ne, Indienne, ou MeftifTe, peuuent eftres Prcftres, 

gninenoi- * . *• . » • \ i% 

rc nation mais non Religieux, & ne parviennent ïamais aeftre 
en Portu- chefs, ny Capitaines dans la milice, 
à monVd- Les noirs de la terre , ou naturels de père &mere In- 
uis d'où diens, Chrefticns, ou conuertis à la foy entrent dans 
pciîons P " leGouuernement immédiatement après lesAbiffins, 
Prctcian & peuuenteftrefoldats & mariniers s'ils fuiuent la mi- 
qu'Tcft acc > &Preftress , ils{efontd'Eglife,neftansiamaisrc- 
noir, ceus à eftre Religieux, à caufe qu'ils en (ont indignes 
Noirs de c ft ans de couleur bafanée. le m'eftonnéde voirdesfta- 
tuës&imagesnoires de Saindrslurks Autels, &qu Vn 
naturelnoir ne fut pas digne d'eite Religieux en cette 
vie, quoy qu'il foit Saine!: ci l'autre, cV îe cro y que pour 
les cxjlurede cet honneur, l'on le (ert plus de la politi- 
que, eue des conftitutions dos Fondateurs d'ordres Ces 
Noirs font de plufieursfiguresjuiuantlclieude leur 
naiffance: Les Malauars (ont fert noirs qui habitent le 
Sud des Indes , les Guzerates font vn peu iaunaftres , & 



Du Sieur de la BoulUje-le-Gou;&- in 
font aux enuirons du Golphe de Cambaïa : Les Cana- 
rins font affez oliuaftres,&fontceuxdeGoa,ou des 
Ifles circonuoifines. 

LcsCafifrcSjOuMorcscn François , ne parviennent Caffres'' 
iamaisàricn, & font tous cfclaucs ou feruiteurs affran- 
chis des Gentils-hommes , ou Cuifiniers dans les Con- 
uentsnafpirans pointa laPreftrifc. 

Les moins eftimez de tous font les efclaues, lefquels Efciaues? 
fonr fils de parens Manfulmans , ou Indous, & conuer- 
tis à la Foy de Iefus-Chnft , lefquels demeurent eux , & 
leur génération efclaue; & fi par vn extraordinaire ils 
viennent à eftre afFranchis,ils ne peuuent eftre foldats, 
ny preftres,ny lesenfansde leurs enfans,mais fe peu- 
uent marier. 

Les Manfulmans , Indou & Parfis , font foub, ManfuU 
mis à toute cette diuerfité d'hommes, & n oferoient ? ans ' In ^ 

mi- 11 ■•/» aous>«:c. 

porter! habit portugais ny le chapeau^ny difputcr de 
la Religion en aucune façon , de crainte de Hnqui- 
ficion. 



duilite^ & vifites des Portugais aux Indes. 
Chap. XXVII. 

LOrs quvnGencil-homme Portugais va faire vi-» 
fite , il fort en palanKin , ou à pied : s'il fe met en 
palanKin, îlfe fait porter d'ordinaire par 4. ou r 6. noirs 
delà terre Jîbres ou efclaues qu'ils appellent Boïas^ou 
bœufs > comme nous appelions les porteurs de chaifes 
mulets^ les hommes ne fecontentans pasd'abufer de 

Dd ij 



%i± Les Voyages çf Obfemations 

leurs femblables, fans leur donner des noms d'animaux 
par denfion ; s'il va à pied le palankin fuir toufiours par 
grandeur, '3c vncfclaue portcleparaffoloufombrere, 
comme l'appellent les Portugais, lequel eu extraor- 
Pambou dinairement grand , & eft emmanché en vn pambou, 
eft vn ar q U î ( ert aux rencontres à mal-traitter leurs ennemis:Ils 
Indes" fe quarrent fort fuperbement dans les rues, fe tournent 
le corpsà droit eft à gauche par affectation, portent les 
iambes fort tendues lefquelles ils regardent de fois à au- 
tre, & marchent droicl:, fans sarrefter a regarder ça 6c 
là de peur de perdre leur grauiré; Arriuez qu'ils font 
proche la maifon de leurs amis leurs efclaues vont dé- 
liant aduertir & fçauoirfi le maiftre de la maifon eft au 
logis, lequel les vient receuoir au bas delefcalierou 
plus loin , fuiuant la condition des perfonnes , & entrç 
le premier, afin d'eftredans fa chambre pour les y re- 
ccuoir,ils s'aflient (ur des fautueils,& fe couurent fi peu 
lesvnsdeuant les autres , queie puis affeurer que dans 
plufieurs vifites que i'ay rendues au Vice- Roy , il ne 
s'eft iamais couuert deuant moy. Vn peu de temps 
après que Ton a efté allis le maiftre de la maifon fe leue, 
& demande aux vifitans comment ils fe portent s'ils 
font efgaux,ou bien les remercie de l'honneur qu'ils 
luy ont fait de le venir voir, parce que c'eft vnc inciuili- 
téde queftionner & interroger vn plus grand que foy: 
après cette'cercmonie ils le remettent fur les fiegesfort 
grauement les ïambes eftendues , & ne les mettent ia- 
mais Tvne fur l'autre : Leur entretien & paiTe- temps 
ordinaire eft le ieu des cartes, ou bien ils racontent 
quelque combat , ou la valeur de leur nation eft enon- 



Du Sieur de la Houllaye-le-GomXj zî $ 

cée: Les fcicnœs font prefque bannies. de ces nou- 
ueaux argonautes, lefquels eftimentà titre de No- 
blefîc de ne fçauoir pas eferire , en quoy ils font imiJ 
tez par laplufpart de nos François. 

L'on né porte point de fantés dans leurs ban- 
quets , mais l'on met les verres pleins de vin far la ta- 
ble , afin qu'vn chacun puiffe boire à fa foif. 

La vifite finie le Vifitê fort le premier , & accom- 
pagne celuy qui luy afaitHionneurdelevenirvoir 
iufquesaulieuoù il l'eft allé receuoin le Vifite fort 
le premier de crainte que l'on ne dife qu'il les auroit 
chafTés de fa maifon : Au retour ils obferuent les 
mefmes cérémonies qu'à l'arriuée , & montent en 
palankin, où fe retirent à pied: S'ils paffent à pied 
deuant la porte d'vn amy , s'il eft aflls il fe leue , & fa- 
luë le premier le parlant; Les raifons de cette céré- 
monie fe prennent , de ce que celuy qui a aduantage 
& eft en vne poflure plus graue Ôc décente doit ho- 
norer celuy qui eft en vne plus incommode, comme 
eft celle du paflant , qui n'eft , ny fi noble , ny fi gra- 
ue que celle de celuy qui eft aflis dans vn fautueii fur 
le pas de fa porte. Voila les principales de leurs cou- 
ftumes,dontienay voulu iuger 3 de crainte d'obli- 
ger le Lecteur qui doit eltre libre, auquel ieconfeil- 
le d'aimer & approuuer fans paflionce qu'il eftïmera 
plus raifonnable & naturel. 



Dd iij 



iH Les Voyages çf ObfeYtiations 



i 



, Voyage de Çoa à Rajapour. 

Chap. XXVIII. 

'Appris à Goaqu'vn vaiffeau Anglois cftoit arrr- 
ué de MoKa , & auoit mouillé à la barre pour cin- 
gler à lcttapour après auoir pris quelques raffraif- 
chiffemens , ce qui m'occafîona de prendre congé 
du Vice-Roy , & le remercier des faueurs receus de fa 
En Por- Signearie illuftriflîme , îe luy reïteré les offres de ma 
lWrau- perfonne, & ne fus pas long à finir mes complimens 
te de si- dans vne langue cftrangcre ; i'en receu denouuelles 
grands " ciuilitcz ,il me tira à parc , & me pria de luy defeou- 
Scigncursurir franchement s'il me manquoit quelque chofe, 
Y? que ie ne pouuois fans iniuftice dire mes neceflîtez à 

Merc 1 I " 

les hone- autre perionne , qu il lçauoit que le chemin par terre 

fies gens, e ft j t j e p- ra nde defpcnfe,& que les François n'ayans 

de VoiTe o / i ,j i r " : 

ceux q U i au cun commerce dans les Indes, il me ieroit cres- 

font au difficile d'y trouuer de l'argent à emprunter , qu'il ne 

delTousde , , 7 , 7l J o r • 

nous , & demanderoit ïamais ce qu'il me donneroit,& le tien- 
d'irmaon droit fatisfait d auoir obligé vn Gentil- homme 
s ; pau * François compatriotte du Sieur Lafnierùe le remer- 
ciay de cette façon ; Tres-illuftre Seigneur , i'ay pris 
des lettres de recommandation duprefident des An- 
glois pour auoir vn pretexre de faluer voftre Signo- 
rie illuftriflîme % & luy faire offre de mon tres-hum- 
ble feruice , & non pour luy eftre à charge , & l'im- 
portuner de quoy que ce foit,iufauesicy il ne m a 
arriué aucune difgracc quimait obligé àprendre de 



■rcs 



Du Sieur de la "Boullaye-le-Cou^ wy 

l'argent d'autruy,i'ay fî bien mefuré mes forces & 
facultcz que ce qui me relie me fuffift pour aller re- 
uoirma chère patrie, où ie defirerenaiftre„&yfer- 
uir mon Prince & ma nation à l'exemple de mes an- 
ceftres; ie tiens à honneur de faire mes voyages auec 
ce que iay apporté : 1 1 me répliqua qu'outre l'eftime 
quefaifoit demoy le chef des Anglois dans fes Let- 
tres, ma modeftie, & ma generofité le poufloient 
égallement à me vouloir du bien : le donnay lieu au 
R. Père Zenon de luy dire adieu: Le Vice-Roy luy 
promift de le feruir en tout, & le protéger aux Indes: 
Nous nous rctirafmespour nous embarquer fur le 
vaifleau Anglois & fifmes voile le lendemain^ par- 
tifmes de la barre deGoa quieft à quatorze degrez 
de latitude vers le Pôle Arctique. 

Le fécond iour nousmoùillafmesàij. degrez de 
latitude dans vnc rade où les vaifleaux font à l'abbry 
des vents ; nousdefcendifmes dans l'efquif,& arri- 
uafmes dans vn quart d'heure à Iettapou ^village di- icttapou? 
fiant iS.milles de Rajapour par eau^fr huid par terre, 
d'où les barques defeendent chargées depovre pour 
les gros vaifleauxqui (ont a 1 enchre proche ietta- 
pour: aupresde ce village eftvn autre bourgadeap* 
pellée Karapatan,où il y a vn bon havre;il feroit très. Kar3paJ 
îacille d'yraire vne forterefle,& fe rendre maiftre tan en 
du trafic & négoce du poivre, parce qu'il y a vn Cap T *£ c fi ' 
fur lequel l'on la fabnqueroit, qui eit en figure de noir ° t & 
prefque ifle,& la profondeur de la mer, va à dix-P a ' an cn 
fept bralTesdeau, ïe m'cftendroisdauantagefurcet pVs'ou 
te matière, n'eftoit que ie crains que les ennemis de PLOuincc ' 



% 1 6 Les Voyages ç£ Obfemations 

ma nation ne fe feruiffentde mes cfcrits auprciudicë 
de la France. Il fera aflez à temps lorsque ces François 
auront deffein de négocier dans ces parties Orientales, 
aufli bien que tous les autres Européens. 

De lettapour nous montafrnes vne petite riuiere , & 
Rajapour arriuaf mes a Rajapour petite ville , où il y a trois cho- 
Raja en f es remarquables : La première l'arbre & le fruiâ: du 
TU fi q f p°i vrc : ^ a féconde vn bain d'eau chaude enterré de 
fal, & quantité de beaux arbres fur lefquels il y avn grand 
pour en no mbrcdefinges: Latroifiefme le lauoir Sacrédes In- 
yilic ou dou, dont nous auons parlé au chap. ij. cy-deuanr. 
plutoft Tout ce pays eft au Roy de Bijapour , qui s'appelle 
bourg. Adcl Schah,ou véritable Sire,auquel le Mogol ne don- 
ne le titre qued'AdelKan,ou Gouuerneur véritable, 
d'où par corruption nous l'appellionsHidelkan : Ce 
Prince eft tres-puifïant,& peut mettre 80000. hom- 
mes fous les armes : Il a plufieurs Perfans & Mogols 
à (on feruice lefquels dominent , & ont les plus bel- 
les charges de fonEftanSa caua! lerie eft en partie com- 
pofée de Rafepout , & fon infanterie d'indiftannis 
Manfulmans ou Indiens de la Se&e des Sonnis, qui eft 
la mefme que celle deleurPrince,dpnt les predecefTeurs 
ont autrefois conquis la ville de Goa fur les portugais, 
mais ils ne la peurent garder pour n'auoir point de for- 
ce par mer : Ce Prince a encore aujourd'huy fes terres 
cftendues iufqucs à deux milles de Goa du cofté de 
TOueft 1 fon Empire commence à l'Eft au Golphe do 
Bengala; au Nord aux terres du grand Mogol;& au Sud 
au Rayaumc de Cochin. 

Ce 



Du Sieur de U t %oulUye-U-Gou&. 

Caualicr Rafcpout. 



**7 




Ce portraid reprefente vnCaualier Rafepout, le- 
quel eft au feruice d'Adel Schah , Kodum Schah > ou 
de Schah Geaann, & a laifle venir fa barbe pour fe coa- 



Wî Les Voyages çef Ohferuàùons 

former aux Manfulmans,fon habit eft à l'Indienne 
aux oreilles il a des perles, & rnchappclet pendu au 
col, marques de la Grntilité; il ne porre à la guerre 
pour coures armes qu vne efpée courbée , & vne demie 
picque, & femocque des Kefclbaches, ou Mogols, 
qui endoffent le Karquois, & les appelle par brauades & 
mocquerie batteurs de cotton , ce que nous dirions 
batteurs de l'ay ne à caufe que ceux qui battent le cot- 
ton aux Indes, où la laine en Europe, ont vnbafton 
courbé auec vn boiau , qui rcflcmblc vn ark > Ces Rafe- 
pouts font très vaillants, & ne craignent point deve- 
nir aux prifes auec les Perfans ou Iufbegs. 



Le Gouuemeur de [{ajapour marrefla prifonnicr > auec le 
Père Xénon , le Capitaine de ^io ka , 
£7* deux jinglois. 

Chapitre XXIX. 

A Près auoir demeuré vn iour dans cette ville , nous 
voulûmes retourner au vaifleau que nous auions 
laide à la rade de Iettapourjmais comme nouspen- 
fions nous embarquer , foixante ou quatre vingts 
loldats nous inueftirent de la part du Gouucrneur, 
fans nous dire pourquoy , auec commanJement ex- 
près de nous réintégrer dans noftre maifon , & de n en 
point fortir fans l'ordre duGouuerneur, ce que nous 
fifmespar force-,Vn des Officiers du Gouuerncurnous 
vint voir de fa part, &nous confolcr de noftre prifon, 
affeura le Capitaine de Mokqua qu'il n'auoit cftccfëtc- 



Du Sieur de U BoulUye4e-Gouz2 xip 
nu que pour cftre regallé du Gouucrneur, afin qu eftant 
forty il en pût publier les cour toifies par tout , mais c c- 
ftoic pour autre chofe , & nous ne nous trouuions 
point trop en feureté , parce que ce Gouuerneur eftoii 
l'vn des plus mefehands Mogols qui aye iamais entre 
au feruice d* Adel Schah -, il auoit depuis peu empoifon- 
né vn Capitaine Portugais, qui s eftoit retiré dans cet- 
te ville auecfonvaifleau, afin de fe rendre maiftre des 
biens de cet infortuné Binny : Les raifons de noftre cm- 
prifonnement eftoienr celle- cy : Il y a quelques années 
que le Roy d'Angleterre donna permiffionà vn fien 
fauory appelle Courtin >defl:ablirvnc nouuellc com- 
pagnie pour les Indes Orientales; Courtin Anglois de 
nation , fe rendit fi puilTant en peu de temps , qu'il efta- 
blit des colonies d'Anglois dans Madagafcar ,dont il fe 
feroit rendu maiftre abfolu,& de tout le négoce des 
Indes, fi fa fortune euft efléplus ftable, il auoit plu- 
fieurs fadeurs à Rajapour qui faifoient achapt du poi- 
vre & autres efpiceries: Mais comme il y a des gran- 
deurs là haut , ialoufes de celles d'icy bas , Courtin per- 
dit tous fes vaifleaux, & tout fon bien en vne année, 
demeurant engagea Rajapour & autres lieux defom- 
mes immenfes,&fut moins de tempsàfe ruiner, qu'il 
n'auoit efté à s'enrichir, &les affaires du Roy Charles Le feu 
le grand . fon Protecteur, eftant toufiours allées de pis ç£f r i es 
enpis,illuyaeftéirr)poffiblede{c releuer,fes peupla- prenoitla 
des & fes colonies felontdeftruitcs d'elics-mcfmes, & £^ ll \ é( t* 
fes Fadeuts (ont demeurez endebtez hors du pouuoir de Def- 
de fatisfaire les créanciers de leur maiftre , duquel ils fluide 
eftoient caution , qui font rarfîs > Bagnians , ou Katris, ; ! 

Ec ij 



iio Les Voyages tf Oh fer nations 

pour la plufparr, ou autres Indou du territoire de Raja- 
pour , à la requeftc defquels le Gouuerneur nous arrefta 
prifonniers, alléguant que nous cftions A nglois &fu- 
jets de mefme Roy , que ceux qui auoient volé &, em- 
porté le bien des efclaues d'AdelSchah fon fouuerain 
Seigneur, qu'vn de noftre compagnie auoit efté au- 
trefois Fa&eur de Courtin à Rajapour , &que nous 
cftions au feruice delà vieille compagnie, & les met 
mes âffro meurs & banqueroutiers qui auoient empor- 
té les marchandifes des Indous de fon Gouuernemcnt 
contre les promettes & la parolle donnée, qui doit eftre 
inuiolable , fi Ton ne veut renuerfer les loix & le droi6b 
des Gens, en forte que pour v n méchant homrac,com- 

r. K meileftoit,nousauions afîezdefujet de craindre vne 
auanie tirannique 3 & hors de raiion. 

Le iour d'après noftre emprifonnement ce Gou- 
uerneur enuoya quérir le Capitaine de Moka, auquel 
il dift tout ce queie viens delcrire cy-defTus, mais il 
trouuavn homme autant hardy àluy refpondre,pour 
noftre iuftification., qu'il auoit efté facille à nous faire 
vn affront, & nous arrefter contre le droicStd'Hofpi- 
talité, qui doit eftre inuiolable , il luy dift que nous 
eftions fuiets du Roy d' Angleterre , mais non les mef- 
mes qui auoient pris les marchandifes des Indou } qu'à 
la vérité ily en auoit vndenous cinq, qui auoit autres- 
fois efté Facteur, ôc Refident à Rajapour pour la cotn- 

Hommes pagnie de Courtin , mais que depuis il auoit entré au 

blancs f b . , , . „ ' ^ r , j 

fom fore lermcc de la vieille compagnie, qu'il trouuoit que (on 
cftimez procédé tenoit peu de l'homme blanc , d'arrefter vn 
Orientale marchand principal y & Capitaine de MoKa \ qu'il s'en 



Du Sieur de la Houllaye-le-Gou^. iïï 
plaindroitan prefîdent, &au Confcil gênerai des In- 
des , qu'il iveftoit venu à Rajapour que pour en voir les 
particularitez, mais qu'ayant receu des Lettres auec or- 
dre dachepter quantité de poivre, il enauoit deila ar- 
refté depuis deux iourspour 60000. efeus, lequel ilpre- 
tendoit charger (ur le vailTeau qui eftoit à la rade de Iec- 
tapour , que le poivre dont il auoit conuenu de prix n'e- 
ftoit pas encore payé, parce qu'il auoit laifle l'argent de 
la copagnie dans le vahTeao, qu'il auoit tort de rompre 
le premier auec la vieille compagnie d'Angleterre plus 
floriflanteque iamais,& fe priuer imprudemment de 
la doiianne que l'on luy auroit payée de la fortie des ef- 
piceries: Pour fa liberté & celle de fes compagnons il 
n'en eftoit pas en peine , parce que fes compatriotes la 
luy rendoient bien toft J & que les vailTeaux de Daboul, 
Bengourla, & au très lieux appartenans au Roy deBi- 
japourenpatiroient, puisfe retira ,&l'on nous com- 
manda derechef de ne point Xortir de la maifon. 

Le lendemain de ce premier interrogatoire noftre 
Capitaine devaiffeau apprift à Icttapour ce qui nous 
eftoit arriué , fit armer (on efquif, &enuoya fon pre- 
mier Pillote, auec ordre de nous dcfliurer, & luiureen 
tout les volontez du Capitaine de Maka j l'efquif arri- 
ua le loir à Ra japour , le Pilote fauta en terre (ans élire 
apperceu , & fit rerirer lebatteau au milieu de la riuiere, 
de crainte que les Manfulmans nes'enemparaffennil 
vint à noftre legis, & dilt au Capitaine de Moka que (on 
Capitaine ayant appris noftre difgrace,il l'auoit en- 
uoyé fur l'efquif armé pour tafeher à nousenleuer, que 
no^spouuions fans crainte d'eftre veusj fortirde no- 

Ee iij 



/ 



ii 2, Les Voyages & Oh fer uat ions 

ftre maifon,& aller au port,& fauter dans l'efquif, 
qui s'approcheroit au premier fignal qu'il donne- 
roitàfes gens, lefquels nous feroient faire place les 
armes à la main , fi nous y trouuions de la refîftance. 
Le Capitaine de Moka luy remonftra qu'il auoic 
obligation au Capitaine du VaifTeau,& le prioit de 
le remercier du zèle qu'il auoit à fon feruice , qu'il ne 
pouuoit fuir de cette façon d'vne ville dont le traf- 
fïqeltoit très-important à la compagnie, outre l'a- 
chapt de plus de 60000. efeus de poivre, qu'il falloit 
charger fur lesvaifTeaux qui partoient cette année 
pour Londres. 

Sortie de Raiapour, embarquement pour Souali y emprifon- 

nementdu P. Ephrain de Neuers , £$r ce qui arriua 

au fis de Don France feo d'4coJ}a. 

Chapitre XXX. 

DEux iours eftâs écoulez le Gouucrncurenuoya 
quérir de rechef le Capitaine de Moka, & luy 
Gentil- ^^ 4 U '^ ^ U Y donneroit permiflïon de fortir deRaia- 
homme pour , & à nous autres , excepté à celuy qui auoit elle 
cft n 8 it°Ca- f cru ^ tcur deCourtin, lequel il vouloit retenir iuf- 
pitaine de qu'à ce qu'il fuft afTeuré qu'il auoit entré dans le fer- 
MoK J uicede la vieille compagnie, pourucu qu'il luy iu- 
vieiilccô-^^ft qu'il n'auroit aucun reffentiment de ce qu'il 
pagnie. nous auoit fait, & n'empefeheroit point la liberté 
du traffiq. R efponfe duCapitaine,qu il mettroit def. 
iousles pieds tout ce qui s'eftoit pa(Té,à la charge 



Du Sieur de la < BoulUye-Ie-Gouz J . **5 

que l'on luy permettroitd embarquer fesmarchan- 
difes,&quil leferoit informer par lettres du Con- 
fcil gênerai des Indes, que l'Anglois qu'il defiroit 
retenir eftoit au feruice de la vieille compagnie. 
Apres fixioursdeprifonnous partifmes auecioye, 
& les facs de poivre cftans chargez en quatre autres 
iours , nous leuafmes les anchres , & arriuafmes à 
Soiiali le vingt- neufiefme du mefme mois, où nous 
trouuafmcsdeux grands nauires d'Angleterre, que 
l'on chargeoit pour Londres , commandez par les 
fameux Capitaines Blae-man, & Millet , lefquels 
tous deux m'offrirent le partage pour Londres , auec 
tant de courtoifîe qu'ils m'auroient perfuadé de paf- 
fer le Cap de bonne Efperance, fans la paillon que 
i'auois de voir 1* Arabie^ M efopotamie , Syrie , Pale- 
ftinc , & Egypte , qui me priua des aduantages de re- 
uenir à mon aife en Europe. 

Eftant dcfbarquez le R. P. Zenon receut lettres 
de Madrafpatin de la détention du R. P. Ephrain de 
Neuers par P nquifition de Portugal , pour auoir 
prefché à Madrafpatan que les Catholiques qui 
foùetoient , &trampoient dans des puys les images 
dcSaind Anthoinede Padc,&de la Vierge Marie 
cftoient impies , & que les Indous à tout le moins 
honorent ce qu'ils eùiment Sainct, comme les ima~ 
ges & reliques de Ram , Schita, &c. Cette doctrine 
dépleur aux Religieux portugais, ils mandèrent le 
P. Ephrain à iviehepour , il y fut & maintint fes fen- 
timens les Conciles en main, lefquels déclarent ana- 
themes ceux qui n'honorent pas les images desSS. 



î p 4 Les Voyages $) ObferuAîïons 

& fur ce que l'onluy dit que céftoit de petits abus 

qui s'eftoient gliffez dans l'Eglife, & qu'il n'eftoit 

PadafTo pas à propos qu'vnPad ifio d'eftranger vint reformer 

d'eftiâger les Portugais; il refpondit.que dans l'Eglife il n'y 

morceau • & r V i , & r r^\ cl 

ou lopin auoitj&ne pouuoit auoir d'abus, que leius-Chrilt 
d'eftran- la SagefTe du Père Eternel ,auoit pris vn corps vi- 
gcr * uant, lequel eftoitmort pour la maintenir fans ta- 
che : Et les pères Francifcains ayans en quelque fa- 
çon fauorifé (on party , il ne fut pas arrefté cette 
fois , mais à quelque temps de là eftant allé fur la ter- 
re des Portugais , les Officiers & Confrères du S. Of- 
fiée le mirent en prifon pour renuoyer au grand f n- 
quifitcur de Goa,afin de le faire brufler: Ces nou-, 
uelles furprirent le pereZenon,lequel m'en ayant fait 
lecture, me dift, il ne faut pas s'ellonner il les Pères 
Portugais ne fçauent pas les Conciles 3 parce que la 
plufpart font venus en qualité de foldats aux Indes 
où ils ont embrafle la Religion, • ce feroit vn grand 
bienpourlaChreftientéfî les François auoient leur 
négoce eftably en ce pays , parce qu'ils ameneroient 
fur leurs vaifleaux plufîeurs perfonnes lettrez, qui 
pourreient faire beaucoup de fruicl:, & conuertirà 
lafoy plufieurs Indou &Manfulmans; ie fuis obli- 
gé daller à Madrafpatan pour conferuerla million, 
& faire mon poflible pour la deliurance du rere 
Ephrain , lequel eft vn des grands perfonnages de 
noftre Ordre , & le plus capable pour les fciences 
Speculitiues,& facilité des langues eftrangeres,dont 
la connoiiTance eft très neceiLires à vn Million- 
naire, pour perfuader aux Gentils les veritezEuan- 

geliques: 



*Du Sieur de la Boullaye4e- Cjouz*. nj 
gcliques : le luy repliquay que ce procédé m'eftonnoitj 
veu la grauité des Religieux Portugais, que ie ne pou- 
uois croire qu'il n'y euftde la faction Caftillane dans 
la détention du Père Ephrain , & que m'en allant à Ro- 
me , ie folliciterois pour fa liberté , à caufe des rares ver- 
tus defquels il eftoit doiié ,& dont i'auois efté infor- 
mé en France auant mon defpart par le R. P. Efpric 
d'Iuoye Capucin de mérite excellent , que le le fup- 
pliois de ne fe point commettre à la longueur d'vn 
voyage de 50. iours,ny au iugement des hommes, dont 
Tcuenement cft très-incertain, qu'il eftoit caduc, char- 
gé d'années, & que difficilement pourroit-il fupporter 
les iniures du climat : En mefme temps nous apprifmes 
que le fils aifné de Don Francefco d'Acofta Gentil- 
homme Meftiflb Portugais demeurant à Sourate 
eftant épris d'amour d'vne Mogoglie , s'eftoit feruy 
de l'abfcnce de (on père, lequel eftoit allé en Perfe,& 
de celle du Perc Zenon qui eftoit venu à Goa, lequel 
pendant cet entretemps s'en alla chez le Nabab pour 
proteft er la foy Manfulmane , que fon père eftoit à la 
vérité dufangdcs Portugais; mais que (a mère eftoit 
defang Rafepout,que fi Ion ne luy donnoit prote- 
âion qui Hroit demander au Roy: le Nabab voyant 
fa perfeuerance fit amener vn éléphant , auec vn throf- 
ne deflus,fuiuant lacouftume des Indes pour le faire 
promener parla ville deuant que de le faire circoncire. 
Meftre Briton General des Anglois députa vn Gentil- 
homme au Nabab pour le prier de ne point précipi- 
ter lacirconcifion de ce ieune homme, qui apparte- 
nait aux plus apparens de Portugal, que poffible c'e- 

Ff 



ut Les Voyages çg Obferuations 

ftoitpar dcfefpoir,par amour, ou par le vin qu'il f e 
portoità cette extrémité, que par le temps l'oncon- 
îioiftroit fa fermeté , le Nabab le rermft smre les mains 
du Cotoiial , ou Prcuoft de la ville dans la maifon du- 
quel il eftoit quand nous arriuafmes : Le Père Zenon y 
fut, & d'abord (eictta à fes pieds la larme à l'œil le fup- 
pliant de rentrer enioy-mefme,denepoint faire cet- 
te infulte à fa famille, qu'il fe fouuint qu'il eftoit Chre- 
ftien , qualité la plus glorieufe qu'il pouuoit iamais 
auoir, que c'eftoit s'amufer à rien d'y vouloir renoncer 
pour yne femme: Afes remonftrances le ieunc hom- 
me perfiftoit d'eftreCheftien,& d'abort que lePcre 
Zenon eftoit retiré, la partie inférieure dominant la 
fupcrieure,fon deflein luy reprenoit d'cftreManful- 
man;pendant tous ces changemens le General des An* 
glois , auec nous-, prift refolution dele faire rafer, dans 
l'apprehenfion qu'il n'yeuft quelque filtre amoureux 
dans les cheueux; en mefme temps qull fut rafé il per- 
dit fes amourettes , & perfîfta dans le deflein d'eftre 
ChreftIen;&fon père retourné de Perfe le Nabab luy 
rendit Ion fils,& fît commandement au Père Zenon 
defe-retirer promptement, parce qu'il empelchoit la 
propagation de la Religion du Prince , & qu'il nauoit 
point à faire dansvnpaïs où les François n'ont point 
de négoce. Le Père Zenon fur cet ordre s'en aila,& me 
lailTa fes clefs,i'en aduertis le General des Anglois pour 
lauuer fes meubles, lefquels auroient elles autrement 
confifquez. Meftrc Briton i l'heure mefme enuoya par 
vn Gentil-homme dire au Nabab, qu'il faifoit mettre 
les bœufs à (on carofle , & s'en alioit à Soùali pour scm« 



Du Sieur deU Boullaye-le-Çoftfj "7 
barquer & transférer la Compagnie d'Angleterre 
furies terresduRoy deBijapour,puis qu'il nauoic 
pas lepouuoir auprès de luy de conferucr vn amy 
qu'il eftimoit,& qui éftoit toute fa confolation dans 
l'efloignement où il eftoit de l'Europe. Le Nabab 
luy fit refponfe que ce n'eftoit que par politique 
pour fe mettre à couuert du VaxeaNeuis,ou Enque- 
fteur du R oy , & conferuer fon eftime parmy la po- 
pulace, & en mefme temps donna ordre pour cher- 
cher le Père Zenon , & le ramener , & perluada d au- 
tre part au peuple que ce qu'il en faifoit neftoit que 
pour entretenir le négoce des Anglois , par lequel le 
pays fubfiftoit,& qu'il iroit de fa tefte au cas qu'il 
vint à les defobliger. 



Saifons des Indes Orientales. 

Chapi tre XXXI. 

DAns les Indes il y a deux Eftez & deux Hyuers, 
ou pour mieux direvn Printemps perpétue], 
parce que les arbres y font toufiours verds: Le pre- 
mier Efté commance au mois de Mars > & finit au 
mois de May, qui eft lecommancement de l'Hyuer 
de pluye 3 qui continue iufques en Septembre pleu- 
uant inceflamment ces quatres mois, en forte que 
les Karauancs, ny les Patmars ne vont, ny nevien- p atmar a 
lient : i'ay efté quarante iours fans pouuoir fortir de cft vn wef 
lamaifon,lapluye de ce pays eft chaude, & les In- a ^ 
diens s'en lauent le corps fur leurs tenaces.* le me 



us Les Voyages çf Obfemations 
trouue oblige de faire vnedifgreflion pour admirer 
là prouidence du Créateur d'auoir fi bien ordonné 
les faifons que dans les lieux où le Soleil vient au ze- 
nits 3 il yfait de lapluye dans le temps que cet Aftre 
brufleroit tout ce qui luy feroit dire&emeut oppofé, 
n'eftoit cette grande humidité. Le fécond Eftéeft 
depuis Octobre iufques en Decembre,auquel mois il 
commance à faire froid , à caufe que le Soleil décline 
fort de l'Equino&ial vers le Tropique du Capicor- 
ne i ce froid eft le fécond Hyuer qui finit au mois de 
Mars. 

Dans la partie Orientale des Indes de l'autre cofté 
du Cap deComorinJ'Hyuerde pluye,& les vents 
furieux ne commancent qu'après qu'ils font finis 
dans la partie Occidentale, ce qui arnue fuiuant les 
Cofmographcs , à caufe des hautes montagnes qui 
empefchentles Aftresd'y pouffer les Météores: Les 
Phificiensdifentque c'eft le feu central de la terre 
qui caufe cette diuerfité de pluye ou de fueur, com- 
me ils prétendent, & moy ie fuis perfuadé que c'eft le 
mouuement propre du Soleil, lequel allant d'Occi- 
dent en Orient reuient au zenits de ce païs, lors qu'il 
aduancedans le fignede la Vierge ,que les Indiens 
marquent de noftremefme figure *p,nay ans point 
d'autre Cara&eres pour les Eiloilles i que ceux dont 
nous vfons,auffique les Egyptiens les ont pris des 
Bracmanes, & nous les auons empruntez des Egy- 
ptiens & Arabes ; mais ils leurs donnent d'autres 
noms , &appellent la Vierge le figne de l'Eléphant, 
parce que dans le temps que le Soleil occupe cette 



Dm Sieur de la BoùlUye-lc-Çou&. w 

douziefme partie du Ciel , il fe fait des vents ef pouuen- 
tables aux Indes, & que l'elephant eft l'animal terreftrc 
qui fouffle le plus fort,&leCaracl:erede ce figne eft 
fait comme vn éléphant, qui tient (a trope ploy ée ; nos 
Aftroloques luy attribuent le nom de Vierge, parce 
que la terre eftantbruflée au mois de Iuillet ôcAouft, 
pendant que le Soleil eft dans fa maifon du Lyon, elle 
ne produit rien par après ,& ceux qui fcplaifent d'ex- 
pliquer les penfées des Anciens, &deuiner les Hiero- 
glifiques qu'ils n entendent pas , nous veulent faire 
croire que cette marque « a la figure d'vne fille qui 
leue fa robe par derrière. 



Des animaux des Indes, Bœufs, Tyges,Çafellcs 9 

Léopards , <*r Sangliers. 

Chapitre XXXII. 

DV BOEVF. 

LE bœuf eft le plus neceffaire animal des Indes* 
Ion en peut voir la figure, & les proprietez au 
Chapitre fécond de ce prefent Liurc. 

TYGRE. 

LEstygresdesIndesfontprodigieufemcnt grands, 
i'en ay veu des peaux plus longues fc.pius larges 
que celles des Bœufs > Ils s'addonnent quelquefois a 
maneer les hommes , & en plufieurs endroits des In : 
V Ff iij 



zjo Les 'Voyages çtf Obferuations 

des il y a péril de voyager fans eftre bien armé, parce 
que cet animal eftant de la figure dvn chatte haufle 
fur les pieds de derrière pour fauter fur celuy qu'il 
veut auaillir ; Mais Dieu la fourec de noftre princi- 
pe, & de noftre conleruation,auoit l'homme en fon 
idée en formant les autres animaux ,& leur imprima 
Vne terreur & crainte feruille pour celuy qui les deuoit 
régir. Si t on regarde donc fîxeméc le tygre,il ne fait ia- 
mais fon (aut , & eft l'addrefle des Indiens pour les tuer. 
Les Rafepouts s'addonentfort à la chaffe de cet a ni* 
mal , du fanglier, & autres animaux tres-dangereux 
dans leurs prifes. 

G A SELLE. 

LA Gafelle eft vn animal fauuage de la figure du 
Daim, mais aies cornes droites, comme celles du 
Pacos ; la chair en eft délicate , toutefois vn peu feche , 
& de beaucoup meilleure en pafte que roftiej Ton fc 
fert de la gafelle priuée pour prendre les fauuages de 
cette manière : L'on luy attache de petites cordes en 
forme de laqs aux deux cornes , puis Ton l'a mené aux 
champs, aux endroits où il y en a de fauuages, & Ion 
Ta laiffe iouer & fauter auec les autres,lefquelles venans 
àYentrelafler leurscomes les vnes dans les autres , elles 
s'attachent enfemble par les laqs & petites cordes que 
Ton a liées aux cornes de ladomcftiquej&la fauuage 
fefentantprife s'efforce de{edeflier,& tombe à terre 
auec la priuée , & eft prife par les Indiens de cette façon* 
ily en a dans les deferts de Mcfopotacnie vne infinité* 
les Tunjs les appellent Iairao. 



Du Sieur de la r Boullaye4e-Gou&. Ej i 



Gafcllc. 



Léopard. 




LEOPARD. 

LE Léopard que les portugais appellent Vncia* 
eft l'animal du monde le plus vifte dans fa 
courfe,& le plus plaifant pour chaifer la gafellc, l'on 
l'appriuoife premièrement , puis fon gouuerneur, 
ouceluy qui luy donne à manger^ dort auec luy, 
le mené fur vne charettê aux 1 ieux où il y a des gafel- 
les, & le laifTe aller après la première qui part, laqueU 
le il atteint en vn moment ,luy donne de fa pat- 
te fur les deux iambes de derrière , fabbat & l'a 
tué. Dans vne matinée il en prend fix ou fept, fi l'on 
l'a vn peu fait ieufner , parce que les animaux de 
proye fe furpaffent eux mefmes lors qu'ils font af- 
famez y & dit on qu'il n'y a que le chat qui chalfe par 
ieu. 

Ce't animal eft de la grandeur dvn leurier, mar- 
queté de iaune , de noir , & de gris , tirant iur la figu- 



iji Les Voyages çf Obfèrmtions 

t e du chat. Meft re Bntton Prcfident des Anglois en 
auoit vn lors que i'eftois aux Indesjequel manqua la 
gafelle auec fa pâtre, & reprift fa courfeapres la mef- 
me gafelle auec tant de vitefîe qu'il tomba roide 
mord MeftreBritton voulut fçauoir comme ilse- 
ftoitpû tuer, l'on apporta deux rai fons; la premiè- 
re qu'il s'eftoit rompu vne veine, & que le fang l'a- 
uoit fuffoqué ; la féconde qu'il s'eftoit eftouffé 
n'ayant peu prendre fon haleine , ny refpirer dans fa 
féconde cou rfe, laquelle fut vn effort de nature, par- 
ce que fi cet animal fe fuft rompu quelque veine, 
l'on auroit trouuc quelque amas de fang dans fon 
corps ; le Prefident ne voulut point qu'on luy oftaft 
la peau, defirant le faire mettre en terre auec hon- 
neur. 

SANGLIERS. 



L 



Es porcs & les fangliers des Indes n'ont nulle 
(différence entr'eux, & font plus mal- faits , que 
les noftres , leur tefte a quelque chofe de celle de Te- 
Icphant; la chair en eft excellente, & la meilleure 
qui fe mange dans tout ce païs , mais elle lafche fort, 
& pourroi t caufer le flux de fang , ou la ladrerie , rai- 
Herodote fon pourquoy les Egyptiens n'en mangeoientpoint 
autresfois, cVnepermcttoient pas mefme aux por- 
chers d'entrer dans les Temples , ny de prendre leurs 
filles en mariage. Sur la terre des Manfulmans il y a 
fi grand nombre de fangliers, qu'ils gaflent & de- 
ftruifent tous les iardins , à caufe que les Manful- 
mans i>e les tuent pas , ne les ofent toucher, &les 

tiennent 



Du Sieur de la BoulUje-le-Gou&. 24$ 
tiennent pour animaux immondes , & dans les villes & 
aidées des portugais, il y a des porcs en grande quanJ 
titc. 



Des Elepbms, Singes, Schekales • Chameaux , 2(ats 9 
Chenaux , & Chiens des Indes. 

Chap. XXXIII. 

ELEPHANS. 

IL y a quantité d'elephans dans les Indes donc la 
plufpart y font tranfportez de fille de Zeilan , & au- 
tres lieux Méridionaux, les Portugais en font venir 
quelques-vnsdelacofted'ArTrique^chahGcaann en 
a plufieurs ,les Omarass'en feruent par grandeur , fai- 
fans mettre delîus vn trofne couuertpour le Soleil où. 
ils femcttent en leur feant, magnificence chez les In- 
diens , mais infamie en Perfc , lors que i'eftois à la 
Cour du Roy de perfe, il arriuavn éléphant parfaite- 
ment beau que SchahGeaannenuoyoit auSchahj le- 
quel mefprifa ce prefent, & ordonna que l'on le me- 
nait à Tauris ne fe fouciant de cet animal, parce qu'il 
fçauoit picquer vn clieual, & eftimoit à lafeheté ôc 
moleiTe d'aller aflis comme vne femme fur vn elephat, 
Quand aux Indes les Chreftiens, les Parfis ou lesln- 
dous fe font Manfulmans, la plus grande pompe & ré~ 
jouyiTance des Manfulmans eft de les mettre (urlvn 
de ces trofiies, &les promener parla ville deuant que 
de les circoncire. 



ïyl Les Voyàgïs çf Obfirùation} 

L éléphant priué mange de tout ce que l'on luy don^ 
ne & aime fore le ris cuit, mais la nourriture ordinaire 
des fauuages eft la fueille d'arbre, ou l'herbe qui croift 
dans la campagne} cet animal efl: fort foupple , fe baif- 
fe, (e*couche & le relcue très- facilement, il plie la 
cuifîe de derrière afin que l'on le charge auec moins 
de peine, ce qui eft contre l'opinion fabuleufe de ceux 
qui racontent que l'on le prend lors qu'il eft tombe ne 
fepouuantplusreleuer, qui eft vne pure refueriecles 
Indiens s'en (eruent en guerre pour porter de petites 
pièces de canon; ils les arment de chefne dans les com- 
bats dont les elephans fc feruent auec leurs trompes > 
fi ce t animal ne craignoit point le feu,il feroit des mer- 
ueilles. 



Du Sieur de UBoulUj e* le-Gou%. 
SINGES. 



w 




LEs Singes de l'Inde tiennent plusde la figure du 
chien que de celle de l'homme , ils rauagcnt 
tous les enuirons des lieux où ils fe retirent , parce 
que les lndou n'ofent les tuer , & les ont en quel- 
que refpecl. comme animaux raisonnables , & créa- 
tures de Ram, entre lefquels ils en eftiment de fain£fo, 
& capables de mériter le Paradis; ces animaux! defro- Liure ^ 
bentlesfrui&s & principalement les canes de (uccre, dup. u, 
Tvn deux faifant la fentinelle fur quelques arbres, ce- 
pendant que les autres (e chargent du butin & lappor- 

9ë j i 



%%l Les Voyages çef Obfemations 

tcnt aulieu attitré pour retourner derechef, mais fi le 
Guet apperçoit quelque homme, il crie fort haur, 
Oup, oup, oup, piufîeurs fois , ce que i'ay ouy fort di- 
ftinclement, & les picoureurs quittent les canes qu'ils 
auoient dans les mains gauches pour courir & fefau- 
uer plus prompte ment à trois pieds , & s'ils font 
pourfuiuis ils les quittent toutes ôc s'enfuient fur les ar- 
bres qui font leurs demeures ordinaires,aupres de quel- 
ques maifons des Indou, ils font des fautsquel'onne 
croiroit pasallansd'arbrcscn arbres, les femelles font 
embraffées par leurs petits & fautent auec cette charge 
de branche en branche auec autant d'adrelTe que ies 
mafles , & ce qui a fait dire que le fînge embraiîe fî fort 
fes petits qu'il les tue, vient de ce que quelquefois dans 
les fauts ils tombent fur le ventre & écrafent leurs petits 
qui les tiennent embralTez. I'obmets icy comme en- 
nuyeufes les fables que les naturels en dilent eftant en- 
nemy des contes de l'antiquité. Ces fînges ne s'ap- 
priuoifent point &les faut toujours tenir à lachefne, 
&ne font pointde petits s'ils ne font libres a. la cam- 
pagne, où ils fe tiennent fur des arbres proche les mai- 
fons des I ndou, defquels ils n'ont point de peur, parce 
qu'ils ne leur font point de mal -, & s'ils apperçoiuent 
quelque eftranger ils grimpent au plus haut des arbres 
prononçans clairement oup, oup, oup, le voyageur 
doit prendre garde d'aller Ions ces arbres , ou du moins 
d'auoirîcs fînges au Zenit, parce qu'ils ne manquent 
jamais à lafeher leur excrément fur la tefte du regar- 
dant, ce qui vient de la peur qu'ils ont des eftrangers> 
mais les Indou les croyans raisonnables, çhfent qu'ils 



Du Sieur de la Boullaye-le-Gouz^ 2,57 
le font par malice pour fe vanger des cftrangcrs qui ne 
leur font que du mal: il y a deux fortes de fin ges aux 
Indes,de noirs & de blancs,les noirs le trouuent dans le 
calicut & pays des Malauars.» & les blancs dans le Roy- 
aume de Bijapour & autres lieux del'Inde; ils (ont en- 
nemis irréconciliables à caufe de la différence de leur 
couler ou plutoft par l'antipathie qu'il peut y auoir 
dans leurs complexions & temperamens. 

SCHEKALES. 

LE Schekal efl: vn efpece de chien fauuagc , lequel 
demeure tout le iour en terre , & fort la nuict 
criant trois ou quatre fois à certaines heures, il y en a 
fi grande quantité auxenuirons de Sourat, que m'en 
retournant tard de la chafle du fanglier en compagnie 
de quelques perfonnes de mes amis,nous ne nous pou- 
uions entendre l'vn l'autre, à caufe du grand bruit que 
faifoient ces Schekales crians diftin dément Oiia, 
oiia , oiia, qui approche de l'abboy du chien. Cet 
animal efl: friand des corps mores > & fait ce qu'il 
peut pour déterrer les Cadaures & les manger, l'on fe 
fertdcfapeau pour faire des fourrures > defquellesles 
Ottomans & Arabes s'arment contre le froid, il y a pa- 
reillement quantité de ces animaux dans les deferts 
d'Arabie le long du Tigre & de Leufrate , & tirant 
vers l'Egypte. 

G g iij 



zjS Les Voyages & Obfemations 
CHAMEAVX. 

LEs Chameaux des Indes font les plus grands 
d'Afie, & portent beaucoup plus que ceux de 
Perfe, lefquels font plus forts que ceux de Natolie; 
les chameaux des Indes n'eftans point trop chargez 
vont auffi vifte que les dromadaires d'Arabie qui 
font de petits chameaux de mefme efpece que les 
grands. Cet animal a vne (elle de chair fur le <\os 3 8c 
le col fi long qu'il a quelque relïemblance à l'autru- 
che î il a trois ioin&uresaux iambes& la nature en 
dehors, 8c lors qu'il s accouple auec la femelle il luy 
tourne le derrière au rebours de tous les animaux, 
qui montent fur fon dos ou fur fon ventre n'y ayant 
entre les animaux terrertres que trois fortes d'ac- 
couplement, fes pieds font comme vn efponge, 
&nemeine point de bruit en marchant. Ion s'en 
fertpour porter des charges ou pour monter def- 
fus , 8c alors l'on le fait baiffer 8c mettre à ge- 
noux des quatre pieds pour le charger, puis l'on le 
fait leuer auec fa charge. Les perfans leur font por- 
ter leurs femmes lors qu'ils vont en campagne, 8c 
mettent deux grandes cages des deux coftez du cha- 
meau,où il peut tenir vne femme aiïife les iambes en 
croix auec fes tapis 8c fes coiffains, 8c couurét ces ca- 
ges de feutre qu'ils appellent appengis pour les gar- 
der du foleil 8c de la pluye 8c d'cltre veu'és de qui que 
ce foit; fi font perfonnes de condition,deux Euneu- 
ques noirs armez vont à cheual des deux coftez du 



Du Sieur de la 'Boullayë- le- Goïï&î u 6 

chameau, les malades & les vieillards feferuent de- 
cette commodité pour allercn Karauane ;cetani- 
maleftletrefordeî'Afie & fepafîefortaifementde 
boire plufieurs iours; & mange peuples foirs l'on luy 
donne trois ou quatre boulles de pafte faite de fari- 
ne d'orge ou de froumant de la grofleur de deux 
poincls, il broute toute forte d'herbe & de fucilles^ 
il rumine & a la lèvre de deflus fendue ; au mois de 
Febvrier il entre en amour , & deuient demy en- 
ragé de cette paillon, efcumantincefTammcnt de la 
gueulle. 

RATS. 

LEs rats d'Inde font de deux fortes, ceux qui font 
de la figure des noftres, font gros comme nos 
petits chats ; la dcuxiefme efpece que les Portu- 
gais appellent cherofo ou odoriférant eft de la figu- 
re d'vn furet, mais extrêmement petite fa moi fure 
eft veneneufe. Lors qu'il entre en vnc chambre l'on 
le fent incontinent, & Ton l'entend crier kriK 3 kr iic, 
kriK. 

C H E V A V X. 

LEs cheuaux qui naiflent auxîndes ne font point 
bons,& ceux dont fe leruent les Omaras ou Na- 
babs, y font tranfportez de Perfe& d'Arabie, auf- 
quels Ton donne vn peu de foin le iour, &le foir 
Ton leur fait cuire des poids auec du fuccre & du 
beure qu'ils mangent au lieu d'auoine ou d'orge^ ce 



t 4 o Le s Voyage s fâ Obferuations 
qui leur conferue le cœur, autrement ils ne vau* 
droient rien du tout à caufe du climat qui leur eft 
contraire. L'onenpcut voir la figure & le harnois 
au chapitre 28. du prefent Liure. 

CHIENS. 

T Es chiens n'y ont point de cœur, ils fe tiennent 
aux carrefours des villes ou l'on a de couftume de 
leur porter à manger, ce que Ion obferue encor à 
Conftantinople. Les Anglois qui muigent dans ces 
Dogue en parties méridionales y mènent plulîeurs dogues qui 
%nifie S font tenus vniuerfelleme't pour les meilleurs chiens 
chien, du monde , mais ils y deuiennent lafehes dans deux 
ou trois ans de mefme queles cheuaux &les hommes 
blancs, & l'on pourroit conclurre que le mefme cli- 
mat qui caufe la valeur aux hommes, donne la vi- 
gueur aux cheuaux & le courage aux chiens. Voila 
ce que iay remarqué de plus rare touchant la diffé- 
rence des animaux des Indesaueclesnoftres. Difons 
quelque chofe des oy féaux. 



Des 



Dit Sieur de U BoulU^-le-GouX. 44i 



Des Oy féaux des Indes. 
Chapitre XXXIV. 




LA plufpart des oyfcaux des Indes font differens 
desnoftres^n'yay remarquédcfemblablcque 
les moy neaux, le poulet , le pigeon, le paon, la tourte-- 
relie, le corbeau & la chauuc- fouris. Us font leursnids 
d'vne autre façon quelesnoftres àcaufede lapluye,& 
de Texcefljuc chaleur de la zone brufléc, ilsl'ordon^ 

H h 



44* & es Voyages^ Obfemations 
nent en forme de bouteille , l'attachent à l'extrémité 
des branches du palmier ou de quelque autre arbre, Se 
Fouurent par embas, y faifant vne petite entrée qui re- 
monte vn peu en haut , puis defeend par après de 
crainte qu« les petits ne tombent, on en peut voir la 
figure cy-deffus. 



L 



PAON. 

E taon eft le meilleur oyfeau des Indes , il y en a 
jvneinfinitédans les bois, les portugais ejrfont 
des partez fi excellensqueienVeftonnédece que l'on 
n'en fait pas cftime en France. 

COQ^D'INDE. 

T Es François appellent coq.d'Inde vn oyfeau lequel 
ne (e trouue point aux Indes, & les Anglois le nom- 
ment tunci-Koq qui fignifie coq de Turquie, quoy 
qu'il n'y en ait point d'autres en Turquie que ceux que 
l'onya portez d'Europe. le croy que cet oyfeau nous 
eft venu de l'Amérique. 

PERROQVETS. 

1 Es perroquets y font en grand nombre auec beau- 
coup d'autres oyfeaux à nous inconnus , lefquels 
apprennent très- facilement à parler. 



Du Sieur de U t Boullaye-le-Gûu&. 443 
CHAVVE-SOVRIS. 

IL y a de deux fortes de chauue-fouris, l'vnefembla- 
ble aux noltres & l'autre particulière aux Indes, cette 
dernière a la figure de la noftre> mais cftgrofle com- 
me vn chappon & a les ailles longues dvne aulne, 
les Portugais en mangent volontiers , la chair en eft 
très délicate , mais vn peu douce. 

Outre ces oyfeaux,il y a vne infinité d'autres clpeces 
inconnues en Europe, que iene puis deferiredans le 
prefent tramé , de crainte d'eftre ennuyeux par vne 
narration trop longue, ie diray feulement que la rare- 
té fait efti mer les chofespartoutle monde & eft pref- 
que leur prix, & fuis certain que fi l'on portoit aux In- 
des vne pie, vngeay ou vn eftourneau qui parlaflenr, 
ilsenferoient vn tel cas que ce feroitvn pre(ent pour 
faire à Schah Geaann ,Codum Schah, ou Adel Schah. 



Grains, Fruiéls & arbres des Indes. 

Chapitre XXXV. 

E froument,Ieris, l'orge & autres grains y font en 
^abondance: forge y a vne autre qualité qu'en Perfe 
ou Europe, quieftla raifonpourquoy lesBramensne 
veulentpas que Ton en mette danslatyfannedes ma- 
lades, ny les Mareichaux que ion en faite manger aux 
cheuaux comme Ion fait en Perfe & Turquie. 11 y a 
de toutes fortes de légumes, & de plufîeurs autres efpe- 
ces que nous nauons en Europe. 

Hhij 



" 4 44 t!es Voyages f§} Okfematiohs 

Les concombres, les melons d'eau, les citrouilles, 
les courges,& autres fenablables f rui&s y font en quan- 
tité. Les ftui&s des arbres y viennent tous differensdes 
nofttes, excepté le raifin lequel y eft femblable au no- 
ftre, mais ne meurift pas aflez pour en faire du vin, 
quoy qu'il loit bon à manger, parce que la vigne ne 
veut pas vn climat ny trop chaud ny trop froid. 

Tous les arbres y font differensdes noftres comme 
les plantes, & font de quatre fortes, fçauoir arbres à 
fruids, arbresà fl eurs,arbres vénéneux, & arbres à faire 
du feu ou des nauires ou des baftimens. Des quatre 
fortes celle qui porte frui& eft la plus cftimée comme 
neceffaire à la vie & à plufieurs genres &efpccesdef- 
fous foy comme le iacque, le melonnier d'arbre , le 
poivrier, & les trois fortes de palmier, le figuier d'A- 
dam ôc plufieurs autres. La féconde forte eft celle 
qui donne des fleurs & eft aufïidiuiiée en plufieurs ef- 
peces , parce qu'il y a des arbres qui donnent leurs fleurs 
de iour, d'autres de nui&,&c La troificfme forte eft 
des arbres vénéneux & eft fort fréquente aux Indes, & 
1 ay couru rifque de grands malheurs pour n'en pas 
fçauoir faire la diftindion. Et la quatrief me forte qui 
eft de ceux dont Ton fait du feu , il y en a de très grands, 
non toutesfois défi haut que de fent l'Atlas Minor. 



Du Sieur de U *Boullaye4c-Gouz*: 44/ 



Des trois fortes de Palmier. 
Chapitre XXXV*< 



Palmier commun, i. forte de Palmier. 



Palmier de Koq* 




H h iij 



2.4^ 'Lés Voyages çtf Obferuattons 

LE palmier commun y porte des dattes, lefqucllcs 
ne meurilTent point , à caufe delà trop grande cha- 
leur du païs , il diftille le tari, qui eft le vin ordinaire des 
Indes , lequel Ton tire de cette façon ; Ton fait vn trou 
au palmier auec vn cizcau de M enuifier,& dans ce trou 
Ton met v n morceau de fueille de palmier,quirefpond 
àvnpot attaché à Ta rbre, où la liqueurlc reçoit, cou- 
lant le long de la fueille/oir & matin l'on va accroiftre 
vn peu le trou pour le faire diftillcr dauantage , & à me- 
f ure que l'arbre croift , l'on fait vn autre trou plus haut. 
Les Portugais appellent ce tari , ou vin des Indes Sou- 
re, de cette liqueur le finge , & la grande chauue-fouris 
dont nous auons parlé cy-delTus , font extrêmement 
amateurs, auffi bien queles Indiens Manlulmans, Par- 
fis , & quelques tribus d'Indou , aufquelles elle eft per- 
mife de loy , & s'en enyurent comme les Grecs de vin, 
lesTurqs d'opium, les Arméniens d'eau de vie, & les 
Flamansdebierre. Au Royaume de Guzerat, aux en- 
uirons de Sourat les Parfis ont à ferme du grand Mo- 
gol les palmiers publiqsauec deftenlcdefairede l'eau 
de vie du tari , afin qu'il (oit à meilleur marché , &• que 
le pauure peuple en puifle boire & s'en fuftenter: Ce vin 

eft bon le matin & le foir , & a le gouft de laid , dans le- 
quel on auroit dilaye du (uccre , mais fur le midy il s'ai* 
grift , & à peine le peut on fentir. 

De cette liqueur auec de la iagre ou fuccre noir 
mal purifié, l'on fait vneeau dévie très -excellente 
appellée araK par les Indiens , de laquelle ils boiuent 
ordinairement, & plus elle eft forte , plus elle cil 
faine,&raffraichift extrêmement fi l'on l'a boit à mi- 



Du Sieur de la BoulUye-le.Çou&. M 7 
dy,ce que i'ay efprouu4 pendant vne année,que ie ne 
beuuois à mon ordinaire que de cette eau de vie, au 
lieu devinj&nc faut point que Ton m'obje&e que les 
Galeniftes,& Hypocratiftes ne feront de cet âuis, 
parce que ie ne croy pas qu'ils puifient eftablir des 
règles de Médecine fi générales qu elles ne fouffrent 
quelque exception à caufe du climat, & des aftres, 
qui ayant vn autre regard dans la fp^ere droitte,y 
donnent, & y caufent d'autres qualitez aux fujets 
qu'ils y meuuent. • 

La féconde forte de palmier eft le plus haut arbre 
des ïndes.a le tronq de la groffeur d'vn hommc,& fes 
branches font à la cime, & n'y a aucun rameau atta- 
ché à fon tronq , fes branches , ou plutoft fes fueilles. 
approchent de la figure d'vnemain,&peuuentauoir 
deux ou trois aunes de long ,'& les pauures Indou en 
couurent leurs maifons de la campagne. Cet arbre 
donne du tari ou vin bien plus fain,& meilleur que 
le palmier ordinaire , lequel l'on tired'vne au tre ma- 
nière; Ion couppe le nouueau rcietton,ou fueilles 
qui veulent croiftrejCx: l'on y attache vn pot dans 
lequel ce reietton à demy coupé pleure & diftille ce 
ne&ar dont Bacchus fut allai&é 3 lors que lupiter le Meta: 
tranfportaaux Indes dans fon enfance. L'on diftille morp.li.$: 
cette liqueur auecvn peu de iagre&d'anis de Chine 4 &. z . *' 
qui eft fort ftomacal, &enprouient vne eau de vie 
très- bonne; Ton en peut au fli faire du vinaigre très- 
fort : Cet arbre eft deferit par Solin,mais il ne Tauoit 
iamais veu , ou il ne fçauou pas la portée de la flèche, 
laquelle peut aller à perte de vcue 3 fi l'arc eft fortôc 



2,48 Les Voyages çf Obferuations 

bandé par vn Archer vigoureux ; & quoy que ie 
n'aye pas les yeux de link,i'ay fait plufieurs fois la 
différence d'vn perroquet , & d'vne tourterelle au 
haut de cet arbre. 

La troifiefme cfpece de palmier eft la crefmcdc 
tous les arbres des Indes, & mente oue le curieux 
l'admire; le croy que cet arbre diuin eft demeure du 
paradis terreftre,ie le deferiray fuccin&ement > ôc 
fes proprietez, quoy que le dire , & la refponfe que 
firent les Indou aux Portugiis fuffife pour confir- 
mer leftime que l'en fais , lesquels eftans arriuez aux 
Indes dans le commancement de la deeouucrte, vou- 
lurent loiier aux naturels la fertilité de Portugal , & 
faire paffer leurs païs audeflus de tous les autres du 
monde > mais les Indou leurs dirent ingénument 
qu'ils ne les croyoient point, que s'ils auoient le pal- 
mier de Koq en Portugal^ ne viendroient pas fi 
loin mandier leur pain , parce que toute l'Europene 
valloit pas cet arbre. L'on en faitvnnauire de toute 
piecé > ronlccharge ) &ronlauituaille,dutronqr , on 
fait les plancheSjlefquelleseftansaiTembléeSj&cou.- 
fues auec de la corde , qui fe fait d'vne certaine peau 
qui entoure le frui&,en prouiéc le corps du vaifleau: 
du mefme tronq fe fait encor le maft , ie ne prétends 
pasaduancer que dvn feul palmier l'onpuiflfe faire, 
vn grand nauire, mais bien de plufieurs , il fuffift que 
Tonne prenne que de la mefme efpece d'arbre. 

De la peau qui vient fur le fruit que nous appel- 
ions noix de koq, & les Indiens narghijl, 1 on fait de 
la corde dont les planches fontcoufuesquieftla fa<- 



1>u Sieur de la BoulUye-le- Çou&, £49 
çon d'Arabie, Indes & Chine, où ils ne fe feruent Qnîportre 
oointdeferpourioindre les planches de leurs vaif- ^ u b ° is 
féaux, s'ils ne iont d vne grandeur prodigieule corn- Co l hé de 
me les galions de Schah Geaann , qui portent les Pe- cord * dc 
lerinsde la Mecque à Aden, ou à Moka. Alko^ch. 

Du frui£t l'on charge, 6c l'on auituaille le vaif- delacor* 
feau,&de facocque l'on fait de belles pippes deta- ae * 
bak, des bouteilles, des coupes, & mille autres eu* 
riofitez, dont l'on charge le vaifleau. Lors que ce 
frui&neft pas encor meur, l'on le cueille, & 1 on 
trouue dedans vne chopine de ius que Ton boit pour 
fe raffraifchir , & eft le plus rauilfant breuuage que 
i'aye beu , il n'en yur e point cemme le tari, fi l'on di- 
ftilloit cette liqueur, l'on en feroit vne eau de vie 
pour le premier Bou rg Meft re d'Alemagne. Le fruit 
fe feche & fe garde comme nos noix , a le gouft d'a- 
mendes - y Ton en tire de Thuylle qui fert à plufieurs v- 
fages, pour les lampes, pour manger, pour fe graiiTer 
& oindre les cheueux , & le corps 3 qui eft la couftu- 
roe des Indiens après le bain. Cette huylle eft fore 
fouueraine pour les blcflures, les Malauars, pirates 
fameux , ne fe feruem point d autre vnguent , & la- 
uent leurs playesauec dePeau froide, puis y appli- 
quent cette huylle. 

Lors qu'on voit que cet arbre n'eft pas fcrtille, 
Ton en tire du tari, ou duvinco^nme l'on fait des . 
deux autres palmiers, mais alors il nedonnepoinc 
de fruit, parce que diftillant le fuc qui devroit feruir 
pour l'accroiiTcment ôc nourriture du fruicl: , il ne 
peut porter au deffus de fa nature du frui& & du 

li 



%$o Les Voyages & Obferuations 

tari tout cnfetnblc. Pour le rendre fertilleronluy 
métaux piedvnpeudepoifljn, ou quelque chofe 
de gras, il y en a cane aux parties Méridionales de 
Tlnde, quil femble que ce ne foitqu'vneforeft, il 
fait dangereux fe camper deiîous lors qu'il fait du 
vent, fi l'vne de fes noix tomboit fur la tefte elle 
tucroit infailliblement, parcequ'elles fontgroffes 
comme des œufs dautruche& pefantesci mmedes 
pierres. Cet arbre eft vn peu plus haut que le pal- 
mier ordinaire, &poi te fes noix au mefmc lieu où 
le palmier porte les dattes; filon en veut tirer du 
vin l'on couppe les rciettons comme au fécond pal- 
mier, &l'ony attache les pots où la liqueur diftjlle 
peuàpeu. 



Jacquet tsMelonier, Figuycrcti^4ddm , Jrek, & Poivrier. 
Chap. XXXVII. 

POIVRIER , ET AREK. 

LE poi vricr eft vn efpece de lierre que Ton plante 
au pied d vn arbre appelle arr k , lequel porte vn 
fruicl: comme des noix de gai es dont Ton fait le 
betlé des Indou auec vn peu de chaux , & de la fueil- 
le de betlé > qui approche de celle du fatinon majus; 
ce betlé eft fort itomacal <& eft la regalle que l'on 
fait aux indes dans les vifitez, la noix arek eft très 
bonne pour eftancher la foif fi I on la met dans la 
bouche , l'on s en fert fort dans les deferrs. Le poi- 
vrier s'entortille autour de quelque arbre lors qu'il 



Du Sieur de la 'Boullaye- le-Gou&. 35* 

Figuyer d'Adam. Poivrier, & Arefc 




îacques» 



M 



Melonier. 



2.52, Les Voyages pcf Ob tentations 

croift, & donne fon fruid approchant de la figure 
de la grappe de raifîn , de couleur iaune par de(Ius, 
laquelle (enoircift deuenant feche. Les Indiens en 
fonr de lachar , qui eft le confire dans le Tel & le 
vinaigre, & le mangent comme nous faifons les câ- 
pres, il y en a aufli de blanc LesBramens le tien- 
nent plutoft froid que chaud , parce que s il auoit la 
qualité que luy donnent les Européens , Ton n'en ^ 
pourroit pas mettre vne poignée dans vne faulce , & 
ne s en pas trouner efchauffé après lauoir mangé , 
i ay cherché la raifon qui me pourroit perfuader que 
le poivre ,1e fucre, les mitabolans,!? gingembre, 
& le clou de giroffle n'auroient pas les mefmes quali- 
tez virtuelles aux Indes Orientales qu'en Europe, la- 
quelle ne peut eftre autre que celle-cy à mon auis. Les 
eltres font efueillez, & meus dans leur temperam- 
ment par leurs contraires ; le feu en Hyuer eft fans 
comparaifon plus chaud qu'en Efté,d'où ie fouftiens 
que le poivre de foyeftantvn peu chaud dans le lieu 
oùilcroift,quieftla zone bruflée , eft de beaucoup 
plus chaud , lors qu'il efl: transporté dans la z ne 
tempérée, laquelle eftant plus froide que a bruflée, 
re{ferre& fortifie fa challeur &fi Ion letranfporte 
dans la froide il dcuient encor plus chaud par la 
même raifon. Dans 1 operati n des choies naturelles 
il faut non feulement y confiderer la vertu de 1 agent 
& difpofition du patient , mais auiTi le moyen qui les 
fait agir & patir, qui eft ordinairement l'air,le temps, 
&le climat comme Ion voit entou i lesfecrets ma- 
giques, de là vient que plulieurs maladies fe guarif- 



Du Sieur de UBoulUyele-GouX. M* 
fent facilement aux Indes, lefquelles fcmblcnt in- 
currablcs en fcurope , comme la fièvre quarte que les 
Bramens guanfïent auec vnc poudre blanche , & ce 
parce que les medicamens font pouffez à agir autre- 
ment dans les Indes , qtf en Europe , par vn différent. 
afpec>desaftres. Iln'eltpointàproposicydedifpu- 
ter de lapoffibilité des chofes dont i'ay veu Texpe- 
rience: Il me II arriué à mon recour deGuzerat en 
Perfe , qu'ayant achepté de l'eau de vie , ou arak pour 
mon embarquement , i'y méfié quantité d'efpice- 
ries,comme fuccrc, cancllc, gingembre, &c. fumant 
que rauois prattiqué aux Indes vne année entière } 
mais lors que l'eus paffé le tropique du cancre, cette 
eau de viedeuint fi forte &bruflantejquc iene la 
pouuois tenir dans la bouche , plus nous allions; 
au Nord, plus elle deuenoit for te, & me fut impof-. 
fible d'en boire , que ie ne l'eufle meflée auec d'autre 
moins forte que i'achepté au Congue petite ville 
fur la coite de Perle. 

FIGVYER D'ADAM. 

CFttecanne vient de lagroflair delà iambe, Ces 
fueilles font longues d vue aulne & demie-, & 
large d vnpied ) oudvnpied& deaiydes Indienss'en 
feruent au lieu de nape & d afïiccte^s'il eit vray que ce 
foit le figuyer d'Adam, fa femme &luy n'furentpas 
grand peine à s'en couurir leur nudité , il ette vne 
tige de trauers > au bout de laquelle eli Ion fruiâ par 
bouquets de quatorze à quinze figues de fix puices 

Ii iij 



*j4 Les Voyages & Obferuations 

de long ,& quatre de grofleur,il en croift dam l'A- 

rabie & Paleftine. 

MELONIER. 

LE mclonicr donne des melons cxcellens, let 
quels fortent dutronq: Ce fruict cftverdpar 
dellus, & iaiine dedans , l'arbre peut auoir dix ou 
douze pieds de haut, iufques à la cime. 

IACQVE. 

LE iacque donne fon fruicT: fortant du ttonq, 1 
ou des grofles branches, quelquefois long d'vne 
aulne, quelquefois dvnc demie, & gros à prop©i> 
cion. 



Des arbres vénéneux y & à fleurs, 
Chap. XXXVIII. 

SERPENTIERE. 

IL y a vnc efpece de plante de la figure d'vn Serpent à 
plufieurs telles, les ferpens fe retirent deflbus, & prin- 
cipalement celuy qui a deux telles, lequel eftfort fré- 
quent aux Indes, ce qui oblige les Indiens à aller auec 
vn ballon au bout duquel il y a de petites chailnes 3 qui 
Jnenent du bruiâ > & font fuir les ferpens. 



Du Sieur de la Boullaye-le- Gou£\ if$ 



Serpenticre. 




Arbre Tnftc 



Lctucre. 



i$6 Les Voyages & Obferuations 

LETT1ERE. 



L 



'Arbre que les Portugais appellent Lettiere eft ex- 
trêmement veneneux,ilenfortvnlaie1;tres-dange- 
rcux , & marque la partie du corps où il touche , & fait 
vn mal extraordinaire qui dure deux ou trois heures, il 
fort de fon tronq la mefmc liqueur. 

ARBRE TRISTE. 

IL y a beaucoup d'arbres qui ne portent que des 
fleurs, & dont Ton tire des elTences merueilleules; 
Entre ces arbres à fleurs eft celuy que les Portugais ap- 
pellent arbre trifte, lequel ne florift que la nuicT: -, la 
fleur eft blanche , & fort odonferente , l'on eftend des 
linceuls delTous pcndantlanuid^afindelareceuoirà 
mefure qu'elle tôbe,& le iour il ne paroift rien,& diffi. 
cillemét pourroit on iuger que ce fuft vn arbre à fleurs. 
Fobmets icy les arbres dont l'on fait lesbaftimens 
qui font très-beaux dans ce païs , & ne dis rien non plus 
des canes de fucerc , ny du coton qui fort d'vne plante, 
ny du gingembre qui eft vne racine , ny de la noix de 
mufeade , qui ne le trouue que dans Mie d' Amboina 
dominée par les Hollandois, ny du cloud de girofle 
que l'onaen abondance à Makafîar, parce que mon 
difeours tiendroit plus de la Cofmographie , que de la 
Relation fuccin&e, que ie defire faire de ce que i'ay ob* 
ferué , & connu parfaitement dans mes voyages. 

Négoce 



Du Sieur de la BoiilUye- le- G o %?. i$y 



Négoce & force des Anglois , Hollandots 9 
& Danois aux Indes. 

Chap. XXXIX. 

LA Compagnie de Londres a deux Chefs princiJ 
paux pour le négoce des Indes, que Ton appelle 
Prefidens , l'vn demeure à Sourat au Royaume de Gu- 
zerat , & l'autre à Bantan ville de llfle de Iaua major, 
dominépar leRoy des IauesManlulman delà Scdc des 
Sonnis; Le premier cft celuy de Saurat, lequel a fon 
Confeilcompofé des trois principaux Marchands qui 
refident à Saurat ,apreslefquclsfuiuent les Capitaines, 
ou Fadeurs des villes où ils ont leur commerce, entre 
lefquels celuy d'Agra eft fort confïderable , celuy d'A- 
rnadabat fuit après , puis ceux d'Ormous , dHifpa- 
haam,Moka, Suaken, Ghillan, & Achen , lefquels 
font tous foubmis au Prefïdent de Sourat , & à fon 
Confeil: Ces Fadeurs acheptent, & vendent fuiuanc 
lesOrdresdu Prefïdenr,auqucl l'on enuoye tous les ans 
d'Angleterre deux ou trois vaifïeaux qui arriuent à 
Soiïali au mois de Septembre , & en partent pour Lon- 
dres letrentiefme lanuier pour le plu* tart. Le Prefï- 
dent de Bantan a pareillement (on Confcil,auec beau- 
coup de Capitaines , & de Fadeurs qui luy font foub- 
mis &fuiuentfes Ordres; fç.moirceux de Madrafpa- 
tan,d^uacapitaledu Pegou,& celuy de MakaiTar,& 
autres qui font dans les ifles du Sud, La Compagnie de 
Londres enuoye dordmaire trois vaifleaux au Prefi- 

Kx 



î.58 Les Voyages çtf Obferuations 

dent de Binran , defquels deux viennent à Madrafpa- 
tan, force rc (Te appartenante à la Compagnie, où il y a 
girnifon 3 &: cinq oufix cens naturels Catholiques, 
qui auoient pourPafteur le R. P. Ephrain deNeuers 
Capucin François Millionnaire, deuanr. fa détention 
parl'Inquifition des Portugais,auquel les Anglois ont 
permis de baftir vne Egl i(e, de entretenir ces nouueaux: 
Chrcftiens dans la Religion Romaine : le Père Zenon 
s'y eft acheminé , comme nous auons dit cy-delTus, 
pour conferuer cette Million j ces x.vailTeaux mouil- 
lent à Bantan en retournant en Angleterrepour y pren- 
dre des marchandées. 

La Compagnie a de plus vingt vaiiîeauxqui nega- 
cient dans les Indes, & ne viennent point en Angleter- 
re, & cous les ans l'on prend les nouueaux mariniers 
venus d'Angleterre, pour renuoyer ceux qui ont fait 
leur temps de feruice: ïur tous ces vaiiîeaux il n'y a point 
de foldats > le feruice que doiuent rendre les mariniers 
eft de trois ans, après lefquels s'ils s'en veulent retour- 
ner , ils peuuent demander leur congé au Prefïdent , Se 
l'obtenir , leurs gages leur font payez en Angleterre au 
retour, & s'ils ont affaire d'vn peu d'argent dans les In- 
des ,1'Efcriuain de la marine leur en donne , mais il leur 
fait paffer l'elcu pour cinq quarts, ils (ont fort bien 
nourris,ils mangent trois fois la fcpmaiue de la viande, 
Se ont v ne petite bouteille d'eau de vie rous les 3-iours. 
Le Prefïdent auec leConfeildes Indes a puifTance de 
mort ÔC de vie fur tous les Capitaines des vaiiîeaux , Fa- 
cteurs, Marchands, foldacs, & mariniers : il vn An- 
gioisfcfaicManfulmanàMoka, Baifara,Pcrfe,ouIa- 



Du Sieur de la Bo:i\layc- le- Gou&. i j* 
des Orientales, les rnrurels ne iepro:egent point, &le 
liurent entre les mains de fes Chefs, qui fonteeux du 
Confeil gênerai des Indes: &fi pat hazard vto Angloîl 
auoit tué vn Indien le Frcfidcnt eft Ton I ige , & non 
les Indiens, de nudne d'va Indien, sM auoit tué vn 
A nglois, ou commis quelque crime (m les vaiffeaux de 
la Compagnie des Anglois, les Anglais ne peuuent pu- 
nir^ Se le remettent entre les mains du premier Omara 
ou Nabab pour en faire iuftice: Les Angloisou Hol- 
landois mal-contansde leur Compagnie n'ont aucun 
refuge que la terre des Portugais en le faifans Catholi- 
ques, parce que les Portugais ne les rendent iàmais > & 
depuis peu le Fadeur d*Achen dans l'ifle de Sumatra 
ayant très mal fait les affaires de la Compagnie d'An- 
gleterre, s'enfuit à Goaauec le butin qu'il auoit defro- 
be,où ie l'ay veu,il (e fît Catholique, les Anglois le 
vcndiquerent,Ie Vice- Roy fit rendre les richelles à la 
Compagnie, pour la perfonne il dift qu'il ne le pou- 
uoit pas. Les Hollandois ont le mefme pouuoir fur 
leurs gens ou feruiteurs de la mefmcCompagnie d'Hol- 
lande que les Anglois fur ceux de la Compagnie d'An- 
gleterre, & ont mefmes capitulations auec le grand 
MogoI 5 leRoy dePerfe,leRoy de Memen ou Arabie 
hereufe,& Hall Pacha Prince de Baffara. 

La nouuclle Compagnie d' Angleterre, ou de Meftre 
Courtin eft anéantie , qui eft vn grand aduantage pour 
la vieille, parce que Courtin auec Ces colonies feren- 
doit maiftre de llfle de Madagascar , d'où il pretendoit 
aduancer fes affaires dans la terre ferme d'A frnque,où il 
y a abbondance d'or , ce (jui luy auroit efté très facille, 

Kk ï) 



460 Les Voyages ç£ Obferuaiions 

parce que les Madagatkars ne (ont point àguerris,& 
ne fe feruentquedezagaies (ans aucun vfage d'armes 
à feu. LesFrançoisyontvnfortauec quatre cens fol- 
dats, & leur négoce eltably: SUaMajefté vouloit en- 
tendre à ces conqueftes, elle fe rendroit facilement 
MaiftrelTe de toute t'Ifle, & des coftesd'AjrTrique où 
font les mines d or, à caufe de la facilité que l'on a en 
France à trouuer en quantité de bons foldats. 

HOLLANDOIS. 

LA Compagnie des Indes Orientales eftablie eri 
Hollande fous le bon plaifir des Eftats , a pour 
pnncipallefortereiïeBatauia ville feituée dans rifle de 
Iaua major , où refîde le General , & le grand Confeil 
des Indes, en fuittcMalaca, Amboina,IIlaHermofa, 
& quelques places aans les Ifles de Zeilaon , & de Mada- 
ga<Kar , les Commandeurs de toutes ces places font 
foubmis au General ,& les Facteurs qui font dans les 
diuers Royaumes où la Com pagnie à (on négoce cfta- 
bly comme en Perfe, Arabie , Indes, Pego u , Siam, 
Royaume de Camboia,Iapaon, Sumatra, MakafTar, 
Bornéo fcautres lieux. La force de certe Compagnie 
eft de cinquante ou foixante vaifleaux tout au plus, 
^ui font le négoce des Indes , & ne s'en retournent 
point en Hollande, iur ces cinquante vai(Teaux,ily a 
peu de milice, à caufe que les Hollandois mal-trait- 
tent fî fort leurs foldats & mai iniers , & les nourriflent 
fi mal qu'ils n'ont plus la facilité d'en trouuer. Tous 
les ans il vient vnze vaiffeaux d'Hollande pour Bâta- 



Du Sieur de la BoulUye-le-ÇouZs,, ici 
uia,lef quels s'en retournent chargez des marchandi- 
fes , que les autres vaiiTeaux apportent des diuers lieux, 
oùilsvont,lesHollandoisqui font au feruice de cette 
Compagnie n'oferoient retourner par terre en Euro- 
pe -, ils fe peuucnt marier : les Anglois n'ont point cette 
permiiTionj leurs (oldats & mariniers ne viucnt ordi- 
nairement que de ris cuit , de poilîon (aie , & d'eau dou- 
ce , & ne (ont payez qu'en Hollande de leurs gages, s'ils 
ont affaire d'vn peu d'argent aux Indes } l'on leur don-' 
ne des pièces de toilles ou autres marchandifes que l'on 
leur fait valloir deux fois autant que fon prix ordinaire, 
laquelle ils reuendent pour la moitié de ce quelle vaut* 
Le temps qu'ils doiuent feruir la Compagnie eft de 
fepi ans , au bout def quels ils obtiennent quelques fois 
congé de retourner, pourueu que l'on n'ait point af- 
faire d'hommes. Les eftrangers ne paruiennent point 
aux belles charges, entre les Hollandois: I'ay veu plu- 
fîeurs {oldats François, lefquels maudifToient le mal- 
heureux iour , auquel ils auoient efté abufez , & perfuaJ 
dez de prendre party dans certe Compagnie, du ferui- 
ce de laquelle ils ne pouuoiemfe retirer, cftans de pire 
condition que des efclaues; Us auoient eu la volonté 
de fe faire Manfuimansà Baflàra,QnrjQUSj Sourat &: 
autres lieux , ou ar.iiuenr les vaiiTeaux Hollandois , mais 
la crainte que lesManlulmansne les abandon a fient à 
leurs Chefs, qui les auroient fait pendre, les enauoit 
empefché; ils ne fe pouuoient reloudre à s'enfuir du 
cofté des portugais, parce qu'ilsauroienttoufioursvel- 
cu en crainte du (aindl Office , où il fait encor plus 
mauuais qu'au feruice des Hollandois : duquel à tout le 

Kk iij 



ici Les Voyages çtf Obfemaiions 

moinslon a cfperance deforrir dans quelque temps, 
outre que tous leurs gages eftasperJus,& o'ayans point 
d'argent , ny la facilité de reuenir par terre, ils feroienc 
contrains de demeurer le reîte de leurs ioursparmy les 
Portugais , dautant que te Vice-Roy ne fait embar* 
querperfonnequ'auee grande f tueur, pour reuenir en 
Portugal , & feroient très miferables ne pouuans viurc 
ny s'habiller honncilement, cornue les (oidats Portu- 
gais >qui ont des intrigues merueilleufes auec les fem- 
mes des autres Portugais, ou meftiiTes, qui ayment à 
faire l'amour au deffus de toutes les femmes du mon- 
de : Elles font manger d vne certaineherbe à leurs ma- 
ris , qui les aiTbupift tellement, que fur le me (me li& ou 
les pauures folfts dorment, elles fe diuertifTcnt auec 
leurs enamourados foldados , & fi elles font malicieu- 
fesde leur cofté, leurs marys ne le font pas moins , par- 
ce que s'ils ont le moindre foupçon d'elles ils les poi- 
gnardent auec leurs galands, de le feruent du mefme 
fimple pour connoiftre leurs efclaues fur le mefme li£fc 
où elles (ont a{Tbupies,& fc font porter à qui mieux 
mieux le croiffantinuifibleilly ades fidalguesfîialoux 
qu'il faut que leurs fémcsfaflent les malades pour aller 
à laMefTe,afîn qu'elles ne fortét point de leur pallankin, 
que Ton couure d vn tapy,&que lonporte au milieu de 
l'Eglife,ie laifîela manière des poifons dont ils le feruét 
pour ne pas donner horreur de la malice des homes, qui 
n'ont aucune compaflîon de leurs fèmblables, & puni f- 
fent en autruy ce qu'ils commettent tous les iours,auffi 
que parmy cette nation il y a plulîcurs gens d'honneur 
que iene voudrois comprendre dans laprcfenteRe- 



Du Sieur de la r Boullaye-le-Gou&. jfci 
lation,& le monde eft tellement corrompu en ce fie- 
cle, que l'on a point befoin de rechercher les crimes 
d'autruy , s'en faiiant à nos yeux d'aufli exécrables. 

DANOIS. 

LA Compagnie deDannemarKfaicpeudetraffîq^ 
& n'a que deux ou trois vaifleaux ordinaires aux 
Indes , & deux qui y vont tous les deux ans: Le General 
de cette nation, tres-redouté pour fa valeur, demeure 
envnefortereiîe qui eft procheMadrafpatan,oùily 
a plufieurs naturels Chreft iens Catholiques , fugitifs de 
Bengala, Meliapour,& autres lieux, defquels les Da- 
nois fe îcruent fur leurs vahTeaux. Le Père Ephrain de 
Neuers auoit defîein d y faire venir vn Capucin de la 
Million de Perfe pour y baftir vne Eglife fuiuant le 
confentement du General de Danncmark,qui l'auoit 
mefme demandé, offrant tous aduantages pour cet ef- 
fer , n^ais fa détention a trauerféle zcie qu'il auoit pour 
la propagation de la Foy. Le négoce des Danois eft 
dans le golphe de Bengala coftes de Pcgou, & quel- 
ques Iflcs du Sud, ou ils font plus appréhendez que les 
Anglois & Hollandois. 

Voila (uccinclement ce que iay veu,& remarqué 
dans les Indes , ayant eu cet aduantage pendant iefé- 
jour que ray fait fur les terres de SchahGeaann/& d'A- 
del Schahde conuerier îournellement auec le Prefî- 
dent des Anglois , & les principaux Commandeurs 
d'Hollande ;& lur celles des ronuga ; s i'ay eu l'hon- 
neur d'entretenir plufieurs fois en particulier le Vice- 



1*4 LesVoyages ?j? Obfemations 

Roy des Indes 3 le Patriarche d'Ethiopie , l' Arche- 
uefque de Goa , & plufieurs Généraux d armées , les- 
quels ont fait leur pofîîble pour me perfuader de de- 
meurer aux Indes, meimelesReuerends Pères Iefuit- 
tes m ont fouuent tefmoigrié auoir agréable que 
i'embraflaiTe leur compagnie fans aucun mérite per- 
fonel de ma part ; maib toutes les nations ont cela de 
bon qu elles fuppleent aux deffauts des Eftrangers 
qui font entr elles, c'eft de là que i ay tiray mes ad- 
uantages. 

Voyage des Indes au Conçue. 

Chapitre XL. 

LE premier Mars 1649. ie m'embarquay fur vn 
vaifîeau AngloisàSoiïali, nous leuafmes les an- 
chres,& cinglafmes en pleine mer. Lefeptiefmele 
vent Nord-elt fut fi furieux, que ne pouuans aller 
à la bouline , nous courufmes au Sud Oueft iuf- 
ques au dixiefme degré de latitude que le vent s'e- 
ftant tourné au Sud, nous mifmes le cap au Nord 
Nord-Oueft : Pendant la tempefte vne femme ïn- 
diftanni mourut fur noftre bord; vn MouftiPerfan 
de la Se&e des Schaï F affilia à cette dernière extrémi- 
té luy donnant efperance d vne meilleure vie que 
celle-cy , & d' vn paradis , où l'on auroit tout ce que 
l'on peut defirer pour fecontenter en toutes maniè- 
res, & la fît changer de Se£tc, parce que comme nous 
auons dit les Indiftannis , & les Mogols font Sonnis, 

" ~~ & plus 



Du Sieur delà HouUaye-le-GouZj. zr, $ 
ôc plus mefeflimez des Perfans, que les Chreftien s 
mefmes qu'ils croyent infidelles: L'on enfeuelit le 
corps après l'auoir laué plufieurs fois , puis l'on le lia 
àvnboulletdecanon,&l'on le laifla aller au fond 
de la mer chercher vnfepulchre viuant dans les en- 
trailles de quelque poiiïbn. Au treiziefme degré de 
latitude nous apperceufmes vn petit vaifleau , qui 
fembloit venir des Maldiues , ôc tirer à fille de Saco- 
tora à l'entrée de la mer Rouge , nous mifmes le bat- 
teaulong en mer ,& nous eftans armez vnc douzai- 
ne , nous le fufmes reconnoiftre,&n'y ayant defTus 
quefeptou hui&Indous fans armes, nous nous en 
rendifrnes les mai (très fens peine^&l'a menafmes à 
noftre bord, afin de le vifiter,& voir fi les marchan- 
difes nettoient point a des Malauars brigans & efcu- 
meursdemerjnous le trouuafmes chargé de fruicl: 
de Koq , d'huylles de la mefme noix , ôc de quel- 
que alajas&risque les ïndous qui le conduifoient 
auoient chargé à Cochin pour la code d'Afrique, 
auec les Lettres patentes du Vice-Roy de Goa, por- 
tant permiflion à ce vaifleau de voguer fur toutes les 
mers des Indes -.nous ne trouuafmes aucun raffraif- 
chifTement fur ce vaifleau ou petit paros , ces pauures 
Indou n ayans pour tous viures quvn peu de betlé 
qui eftvne herbe, comme nous auonsdit cy-deiTus, 
laquelle approche de la figure du faltirion majus , ôc 
eft fort chaude -, ils la mangent auec vn peu de chaux 
•efteintecVd'areK pillé, ce qui leur enflamme labou* 
che , 6c fait feigner les genciues , Ôc leur teint les lè- 
pres delà couleur de corail, ce qu'ils trouueut beau, 

Ll 



t66 Les Voyages fef Obferuations 

parce qu'ils les ont naturellement bafanées,& lors 
qu'ils voyent lesportrai&s des femmes Angloifes, 
ou Portugaifes ,ils difent d'abord qu'il y a de bon 
betlé eu Europe, parce qu'elles ont les lèvres bien 
rouges. AloifiusCadamuftus eferitau Chap. 65. de 
fa nauigation , que dans le Sud des Indes ou il a ar- 
riué , il remarqua que les Indou s'abftenoient de 
manger du betlé, lors que quelqu'vn de leurs parans 
eftoit mort, afin que leur lèvres deuenans noires fuf- 
fentla marque de leur trifteffe, mais comme chaque 
nation trouuc eftrangc , & condamne tout ce qui eft 
hors de fa couftume, Les Portugais au commance- 
ment de leurs conqueftes des Indes voyans les natu- 
rels manger de cette herbe communément, feper- 
fuadoient que ces Orientaux auoient quelque chofe 
de la nature de l'animal, & de labefte brute, citant 
preuenus des opinions de leur climat , mais ils eu- 
rent leur change des Indiens, lefquels leur voyans 
boire du vin ,ôc manger du bifcuit, dont ils n'a- 
uoient iamais entendu parler ^n'ofoient aller à bord 
de leurs vaifTeaux, parce qu'ils fe perfuadoient qu'ils 
beuuoicnt du (ang , & mangeoient des pierres. No- 
flre Capitaine laiffa aller ces pauuresgens fans leur 
faire aucun tort , feulement il prift vn peu de betlé 
dont ils luy firent prefant,&lediftribua aux Me- 
ftiflos Portugais qui eftoient auec nous , lefquels 
l'ayment autant que les Indou, & leur fit donner du 
bois pour faire dufeuenrecompenfe: nous fifmes 
voille enfuitte plufieursiours fans rien trouuer que 
quelques barques qui venoient deSouaken,Giaiddc, 



Du Sieur de la Boulla y-le-GouT^ i.67 
MoKa,Mafcati,&alloientàBaflara ; fur l'vncdcf-" 
quelles ie m'embarquay, & le vingt- neuficfme d' A- 
vril nous arriuafmes à la plage du Congueoùnous 
nous debarquafmespour nousraffraifchir. 

Congue eft vne petite ville fort aggreable fur le 
fein Perfique à trois tournées du Bandar A bbafîî ti- 
rant à l'Oueft dominée par le Schah,il y a de tres- 
bône cauj & abondance de bois, il y fait extrêmement 
chaud,parce qu'elle n'eftqu à z/.degrezdelatitude, 
les maifons principales font bafties en voûte,au haut 
defquclles il y a comme vn fanal ouuert de plufieurs 
coftez auec des foufpiraux obliques pour receuoir 
le vent; dans ces vouftes il fait fort frais, quelques 
vns tiennent que cela eft mal- fain 3 mais il eft fort ao-, 
greable; les Por tugais y ont vn Feitour qui prend la 
moitié de la Douanne, & donne la pcrmiflîonaux 
barques denauiger, en luy payant vn certain droit, 
parce que toutes ces mers font tributaires de la gé- 
néralité de Mafcati, qui eft à l'entrée djfein Perfi- 
que fur la cofte d'Arabie, ilyaauffivnepetiteEgli- 
fe d'Auguftins Portugais : Cette ville eft peuplée 
d'Arabes, de parfis &d'Indou qui ont leurs Pagodes 
& leurs Saincts hors la ville. Nous y demeurafmcs 
trois iours, le Patron de noftre Vaifleau y eftoit ma- 
rié, & fuiuant la couftumedupays, nous menaen 
famaifonôùilnous fit bonne chère, & ne voulut 
permcttrequenouspayaflîons.ny à aucun paiTager 
de retourner à la barque deuant que Ton leuaft les 
anohres pour Bafîara. le vifité le kefelbache qui y 
commande vne petite fonerefle , duquel ie receu 

Ll ij 



4$% tes Voyages &) Obfermûons 

bcaucout» dcciuilitez,ii me pria pluficurs fois d'y 
demeurer quelque temps , qu'il empefchcrok mon 
vaiflesaidc partir t ôc maffeu rade la prifedeKanda- 
har par les Perfans , & du retour du Scliah en Hifpa- 
haam, lequel pourroiten fuitte aller à Babylone, 
parce que fumant les obferuations des perfans, les 
Schahqui ont pris Kandahar ont pris en fuitte Ba- 
bylone. 

Voyage du Confie à Baffara. 
Chapitre XLI. 

DV Congucnous tirafmes à TOuefl: Sud-Oueft, 
ôc le troifiefme iour nous arriuafmes dans 
vn lieu defert , ou l'on voit les ruynes dvn Cha- 
fléau , autresfois limite de l'Empire de Darius, nous 
Dsmiche y fifmes aygade , &y embarquafmes trois Dcruichs 
fomRcli- Per f afts n U i alloicnt à la MeKque en pelerina ge,pour 

pieux Ma- K -^. i A 1 j \ x 

fulmans. mériter deuant Dieu envoyant le SepucnredeMa- 
hommèt , & fe fan&ifier au temps du Ramafan , qui 

U'itch.17 eftla neufiefme Lune > comme nous auons dit autre- 
part. Ces pèlerins m'employèrent auprès du patron 
pour faire leur marché, afin de venir àBalîara^pour 
de là aller à Babylone ioindre les Karauanes des Iuf- 
begs, &Tartares du Katai , qui viennent tous les 
ans àNiniue, ou à Babylone pour paffer le defert: 
Noftre Patron les receut humainement, Ôc me dift 
que s'ils n'auoient à manger il leur en donnerait, 
qu il ned:mandoit rien d'eux pour leur pa{Tage,par- 



* y*- 

Du Skurde U lioiïlldye-U-Gôïtu 4*9 

ce qu'il vouloit auoir part dans îe pèlerinage de la Mek- 
que, &quefiDieuluyfaifoitlagrace,il irok vn iour 
vifiter le Sepulchre du prophète, & prifi: fa barbe des 
deux mains par vn refpecl: quilportoit à ce nom de 
Prophète. 

Le dix-neufiefme du mois d'Avril nous eufmes les 
vents fort contraires, & nous fufmes obligez de ietrer 
les anchres auprès d'vn petit village peuplé a Arabes, 
de la domination du Schah ,où le Patron n ofa def- 
cendre,& me donna aduis de n'y pas aller, parce que 
c'eftoient des canailles , qu'il n'y faifoit point feur pour 
luy , & moins pour moy qui eftois FratiK, parce que ces 
peuples ont opinion que nous fom mes tous coufus d'er 
& d'argent. Eftans à Tanchre il arriua fur le (oir vn peric 
vailTeau d'Arabes, lequel mouilla proche leno(lre,ils 
enuoyerent vn de leurs hommes auecv^oultre,pour 
nous demander de l'eau, pour efpier quelles gens, & 
quelles marchandifes eftoient fur noftre bord, afin de 
nous voler en mer ; nous defcouurifm es leurs fourbes, 
parce qu'ils reprirent le chemin d'où ils eftoint venus, 
quieftoitlemefmeparoùnoucdeuionspaûer, de ferte 
que'nousdemeurafmes trois ions fans oicr nous met- 
tre à la voillc,de crainte de ce vaiffeau de pirates. L<* 
quatriefme nous nous hazardafmes defortir fur lefoir, 
^ nous cinglafmes en mer , & le vingt huidicfmc du 
mois nous arriuafmes à Kaharatpedteifle peuplée d' A- Kaharat; 
rabcs,de la domination du Scha b, où les A ng!ois,Hol- 
landois & Portugais prennent leurs pilotrss pour Baffa- 
ra.nous y enprifmes vn,& enpard(mesle,vingt-neuhé- 
me du melm^g *ncis. 

Ll iij 



170 Les Voyages & Obferuationi 

La nuicl: fuiuante nousfufmcs battus d'vne tcmpe- 
ftc fi furicufc , que nous abbandonalmcs le timon de la 
barque, & nous difpofafmes tous à la mort , le vent 
eftoit contraire à la marée, & levaiflfeaufort petit,il 
n'y auoitaucune efpcrance d'en efchaper, nous eftions 
au milieu du Golphe , & ne paroiffbit cho(e du monde 
que la lueur des efclairs qui fe for m oient par la rencon- 
tre des nues > ie me recommandé à Dieu , le priant 
comme i'ay toufiours fait dans mes aduerfitcz,d ac- 
complir fa volonté , fuiuant les idées qu'il en forme 
dans l'éternité; que s'il me faifoit la grâce d'efehaper, 
ie m'addonnerois plus volontiers à le connoiftre & 
l'aimer , & toutes (es ceuures , ne m'ayant fait venir 
dansl'ordre des hommes qu'à cette fin , ou bien iî mon 
heure eftoit venue de quitter ce corps mortel, & re- 
tourner auecconnoiiTance d'où ie fuis venu fans con- 
noiflance , ie fuppliois fa Majftée éternelle de me rece- 
uoir aunombre de (csftdelles feruiteuis, me pardon- 
ner les offenecs que i'aurois commifes contre vn eftrc 
parfait & incomprehenfible d'aucune créature , ad- 
uoùant que i'eftois homme, pécheur, & ne me ferois 
pas bien acquité dudeuoir que ie4uy aurois deu rendre, 
&auroisforty de ma nature, laquelle (a libéralité infi- 
nie m'a donnée pure & fans péché à fon image & fem- 
blancc, mais infectée & corrompue par lafenfualité: 
ledisenfuitteïe Cantique des trois Enfans, lorsqu'ils 
furent icttez dans la fournaife par le commandement 
de Nabucodono{or,& me repofé, laiflant ma vie& 
ma mort entre les mains de Dieu, parce que faproui- 
dence a plus de foin de moy , que ie n'en puis auoir > & 



Du Sieur de la Boullaj e- le-GouX* * 7* 

fuis tellement dépendant d'elle, que ic ne fubfîftcque 
par fa bonté qui connoift,& veut les chofes qui me 
font plus neceffaires , ic ne reietté pGÎnt la mort > aufïî 
que ic ne fçauois au vray fi elle meftoit aduantageufe 
ou contraire , ny a affecté point à viure dauantage, J 
parce que n'ayant eu que du mal dés le commanec- 
ment de ma ieuneffe , ie ne croyois rien perdre d'eftre 
defliuré desmiferes de ce monde, & mourir paifîble- 
ment eiloigné de mes païens & amis,dont laprefence 
& les pleurs nous affligent plus que la mort mefme. Les 
IndouquieftoientpafTagers fur la mefme barque ap- 
pelloicntàhaute veixHarri, Schita ,Ganes, Locman, 
& autres Sain&s de leur Religion; les Manfulmans fai- 
foien t leursOraifons fuiuant leurs Se£tes, les Sonnis in- 
uoquoient Dieu, & Mahomet, difans illa illa la Me- 
hemmet reful alla,ia Rabi,quis'interprcte il n'y a qu vn 
feul Dieu ,6c Mahomet fon Apoftre,ô Mailtrc: Les 
Raffafîs ou hérétiques, tel qu'eftoien t la plufparc de nos 
mariniers , Tappelloienc aufïi à leur aide en ces ter- 
mes, mir Hali, mir Muftapha, Pehrember Koda, ô 
Prince Hali, ô Prince Muftapha , ô Prophète de Dieu. 
A trois heures après minuit latempefteceiTa,&leCicl 
demeura obfcur,noftre pilote eftoit au bourde fesfi- 
neiTes,parce que ne fe feruant que de îeftoille du Nord, 
il ne fçauoit où aller, nepouuant remarquer ny grande, 
ny petite ourfe, à caufe qu'il ne paroilToit aucun aflre 
furl'orifon: le Patron auoitvnebouiîolledc Barbarie 
qu'il auoic acheptée à Mokajmais il n'y en tendoit rien, 
parce que, difoit-il, elle nalloit pas au Nord , ie le 
priay d'allumer du feu , & m'apporter fa boulTolie , la- 



» 7i Z/j 1 Voyages f$ Ob fer nations 

quelle ie trouué très- bonne dans la nature, aucc vri 
coufteau d'acier d'Angleterre frotté d'aymant , la 
fleur de lys allant èc venant du coftéque ie tournois 
mon coufteau, d'où ie conclu que le deffaut que l'on 
y auoit trouué venoit du Patron , qui ne fçauoit 
point l'vfage du compas marin, ny l'art de lanauiga- 
tion , ny variation de l'cguille , qureft moins de 
deux pointes fur le golphe de Perfe àlOneftyceoui 
m'occafiona de demander au Pilote où eftoit noilre 
chemin , (uppofé que nous euflions le Nord à la proue, 
il me fit ligne que c 'eftoit vnpeu à main gauche 3 Ôc 
connus que le véritable chemin de Tille de Kaharat 
pour aller à l'embouchcure de la riuiere dcBaflara eftoit 
le Nord Oueft; iefis faire voile au Nord Nord- Oueft 
de la boufTolle, parce que la petite ourfe décline vn peu 
du pôle ArcStiqucjLeiourcftantvenule pilote fut fatis- 
fait de la route que i'auois fait tenir, & connut par le 
leuer du Soleil que nous allions en droitte ligne à l'em- 
boucheurede rEuphrate& duTygre,&me perfecu- 
ca de luy monftrer l'vfage de la boulTolle , & du quart 
de cercle -, ie m'en exeufé , parce qu'il ne fçauoi t ny la- 
titude , ny declinaifon du Soleil ; il me pria de rechef de 
luy en monftrer quelque chofe, du moins ce qu'il en 
pourroit conceuoir # & qu'il me feroit tel prefent que ic 
voudrois» ce que ieluy accorday charitablement. 

Le lendemain au loir nous eufmes vn prefage d'à- 
uoir vne féconde tempefte, vne bande d'oyfeaux de 
mer fe vint affeoir fur noftre vai fléau, Iefquels fe laif- 
foient prendre a la main; Noftre Patron iugeantque 
nous aurions vn orage, fit vne e fpece de facrificc, priffc 

des 






Du Sieur de la BoulUye-h Gouz*. 2,7$ 
des dattes , & les ietta aux quatre coings de fon Vaif. 
feaudans la mer, mais cette fuperfthion n'empefcha 
pas le cours de la nature , & que la mer ne s'irritait de 
telle façon que fon courouxnous penfa faire périr. 
Le lendemain matin nous eufmes vn calme qui 
dura 3. iours fans efperance de bon vent jnoftrePa-' 
tron lit faire vne autre folie , faifant plonger dans 
la mer vn marinier tout nud par «ois fois, & àcha- 
quesfois qu'il fortoit la tefte, il crioitCauche, Cau- 
che,Cauche, qui eft le vent delEft dans la langue 
du pais , & vne heure après eftant venu , il ci eut fer- 
mement qu'il en auoit eftè la caufe , en iappellrnt de 
cette façon,comme fi les chofes naturelles ne fe potr- 
uoient faire fans miracles ou coniuratios humaines, 
& le vent de 1 Eft fouffler aufïi-toft qu'vn autre après 
le calme. Nous arriuafmes le mefme iour à lembou- 
cheure de la nuiere de Baflara,où il y a fort peu d'eau, 
raifon pourquoy il n'y a que les petits vai fléaux qui 
ypui{Tcntarriuer,nousmontafmesdei]x iours l'eau 
douce , & arriuafmes à Baflara le hui&iefme Mfoy 
de la mefme année ayant efté deux mois & 8. iours 
depuis lés Indes Orientales iufques à cet:e ville. 

De Hdi Pacha Prince de B a [far a. 

Chap. XLIÏ. 

Affara ouBaffaura ville dans l'Aiabie deferte B. k flVa; 
a trente degrez de latitude, eilafife furl'em- 
oueheure de deux riuieres du Paradis erreftre l'Eu- 

Mm 




^7 4 Les Voyages çf Obferuations 

phratc & le Tygre,qui sVniflcnc à vnc iournée de 
cheual au Nord de cette ville , & font vn gros fleuue 
qui fe iette dans le fein Perfique, au couchant du- 

Îiuelelleeft affife. Cette ville, auec cequicnreleue, 
aifoit autresfois partie de l'Empire Ottoman fous 
le titre dcPachalaix.,&auiourd'huy cft vne princi- 
pauté appartenante à Hali Pacha , dont les anceftres 
ont fecoiié le ioug du grand Turq auec beaucoup de 
facilité , à caufe de la diftance qu'il y a de la Porte,ou 
demeure du Sultan. Ce Prince enuoye tous les ans 
dix ou douze cheuaux au Sultan desOttomans A & au- 
tant au Schah des Kefelbaches, afin de s'entretenir en 
paix auec ces deux nations, les TurqsdifTimulent, 
parce que s'ils alloient contre Baffara, Hali Pacha 
remettroit cette place entre les mains des Perfans. 
Les habitans de Baffara ne font pas tous Manful- 
mans,Ia plufpart font Sabis, defquels nous parle- 
rons cy après ; il y a encor plufieurs Indous,Parfis,& 
Arméniens qui fe méfient du négoce, les feuls Man- 
fulmaiis entrent dans la milice du pacha , lequel va 
veftuàla Turque, &les plus polis de cesCourtifans 
l'imitent dans ce point; ie faluay ce Prince lors qu'il 
^reuenoit de s'exercer au Girit,qui eftvn efpece de 
manège & courfe à cheual, où l'on fe lance vn ba- 
fton fans fer de la main droite, Hali Pacha ne iette 
plus que de la main-gauche, depuis qu'il a perfé la 
collé d'vn caualier : C'eft l'vn des plus fortuné Prin- 
ces qui foit au monde, & quia eu les plus grandes a£- 
iîftances du Ciel dans fes mai-heurs, il ne féjourne 
pas dans Baffara ; mais dans le defert fous des tentes^ 



Du Sieur de la BouîUye-le-Çou^. 175 

fuit entièrement les prédictions des Aftrologues, 
lefquels l'ont affeuré que s'il vouloitviure heureux, 
il deuoit demeurer hors la ville, '& ne fe faire voir 
que rarement à fes fujets. 

le me trouue icy engagé a faire voir que ce Prirt* 
ce, qui en apparence mené vne vie miferable eft heu- 
reux, & a réciter deux accidens dont il eft fortypar 
desfaueursdu Cielenconferuant fa vie, fes biens, & 
fonhonneur,vn Etmatdoluetde Perfeeftantenper- 
fonne de l'autre cofté de la riuiere de Baffara auec 
40000. Kefelbaches pour s'emparer de la place, 
reccut ordre de s'en retourner promptement en 
Hifpahaam , à caufe que le Schah eftoit mort , & par- 
tic à la hafte , & enterra la nuicT: fes canons , en Cor2 
te que Hall pacha apprift la retraitte des Perfans, 
lorsqu'il les attendoit à l'affaut,& s'empara de leur# 
canons, ayant defcouuert le lieu où ils les auoient 
enterrez. Le fécond bon-heur de ce Prince parut 
après la prife de Babylone par Sultan Morat , lequel 
venoic à Baffara auec vne armée de 150000. âmes 
pour exterminer fa race, mettre toutafeu&àfang, 
& renouueller Baffara en y eftabliffant de nouuelles 
colonnies d Ottomans naturels , lors que la Sultane 
Reine luy efcriuit de précipiter fon retour pour 
Conftantinople, parce que fon frère Ibrahim, de- 
puis eftranglé par la faction de cette Sultane, fe vou- 
loitfaire Roy , ce qui obligea Sultan Morat à chan- 
ger de deffein,& rebrouffer chemin pour Conftan- 
tinople. 

A Balîara il y a vn Conuent de Carmes Defchaud 

M xn ij 



2,7 6 Les Voyages çg Obfemations ' 

Miffionnaircs Italiens , lefquels ont toute liberté de 
difputer de la Religion , comme en Perfe , & aux In- 
des Orientales: Ilyavn Feitour Portugais, &deux 
maifons des deux Compagnies de Londres, & d A m - 
ftetdam pour le négoce, & pour faire tenir les let- 
tres des Indes en Europe par terre , par la voye de 
Elle, Damas, & Halep. 



De la 2(eligion des Subis >& du Liure d! Adam, 

Chap. XLIII. 

£* Abis par les Arabes fe nomment dans leur lan- 
w?gue Mendai, qui veut dire Difciples, ou Mendai 
Iaia Difciples de laia , que nous interprétons Iean 
Baptifte. Ils font quatorze à quinze mille perfonnes 
dans Baflara& aux enuironsfous la domination du 
Schah , ou de Hal i Pacha , il y en a peu fous la domi- 
nation des Begleibeg de Bagdat , ou de Elle villes du 
Sultan. La plufpartdes Sabis àBaffara (ont Orfeu- 
ures,& très courageux, ils vont vertus àfArabef- 
que , ôc portent de grandes barbes à la Grecque 3 & 
ne mettent iamais fur eux aucun habit ou attache de 
couleur bleue" , tenans cette couleur pour im monde. 
LaconnoifTancequ ils ont de Dieu eft tirée de trois 
Limes , dont le premier s'apqelle Liure d'Adam, 
qu ils tiennent fort ancien; le fécond s'appelle Di- 
uan;& le troifiefme eft TAlkoran. 

Le Liure d' Adam eu fort gros , ils tiennent quil y 
a ijooo. ans quil eft efent dans la langue mai 



T)iï Sieur de la Boullayc-le- Gou&. 177 
trice, & première de toutes: Cette langue n'eft en- 
tendue que de leurs Chefs, ou Scheks, ou Preftres.fi c , . - . 
1 on veut, qui apprennent cette langue, commenous g n ifîe en 
apprenons le Latin. De ceLiure iJs tirent que dans Arabe ve- 
l'autrc monde il y a vn feul Dieu, qui eft affis à fon 
aife , que ce Dieu a engendre Gabriel de la lumière, 
& que F Ange Gabriel eft fon fils ; qu'il a produit les 
Diables des ténèbres , que les bons & mauuais Dé- 
mons fe marient & engendrent leurs femblables 
comme nous, & qu'ils ont des temples & desmai- 
fons plus belles que les noftresoù ils habitent; que 
Gabriel a plufieurs enfans qu'il a engendrez de la lu- 
mière: que Dieu ayant volonté que le monde fuft 
fait, il appella Gabriel, & luy dift ,ô Gabriel mon 
fils fais le monde , &: Gabriel lefift de la figure qu'il 
eft & fe repofa. Que Gabriel ayant fait le monde Se 
merueilleufement trauailléà l'ordonner, Dieuyfit 
Adam & Eue pour l'accompagner , lefquels n'e- 
ftoient ny homme ny femme à decouuert,m,iisle 
furent après le péché , parce que leurs natures paru- 
rentapres auoir mangé du fruicl:: que l'enfant en- 
gendré d vne mère qui eftoit pucelle lors qu elle a 
conceu eft benift & confacré à Dieu. 



D 



D* Liure appelle Diuan. 
Ch a p. XLIV. 

E ce Liure ils ont tiré plufieurs images qu'ils ho- 
norent, ils peignent Dieu aflïs à (on aife, &au- 

Mm iij 



i7 8 Les Yojages çtf Obferuations 

près de luy vn Ange qui pefc les bonnes &mauuaifes 
actions des âmes , parce qu'ils difent- que l'homme 
mort le corps l'eft pour iamais, maisl'ame eft immor- 
telle, & l'homme eflant à l'agonie de la mort les dia- 
bles prennent fon ame feparée du corps, & la mènent 
parvn petit chemin cftroit plein deferpens, delyons 
& de tygres où elle eft deuoréc, fi elle eft morte en 
pcchéfinonelle paffe outre, & va deuant Dieu où elle 
eft pefée par l'Ange peleur qui regarde s'il y a autant 
ou plus de bien que de mal, ce qu'ils croyent pour les 
autres Religions, & afleurent que touslesSabis font 
fauuez. 

Ils peignent aufïi l'Ange Gabriel, lequel ils difent 
eftre fils de Dieu engendré de la lumière , ils difent 
qu'après que Gabriel eut fait le monde par le comman- 
dement de (on pere , il alla trouuer Dieu, & luy dift 
qu'il eft oit fort trifte Ôc le repentoir d'auoir pris tint 
de peine à faire de hautes montagnes^ auoir rangé 
les eaux en vn licu,veu qu'il deuoit venir de mefehands 
hommes de toutes fe&es, lefquels leurs Scheks inter- 
prètent Manfulmans,Chreftiens,Iuifs,Parfis &Payens 
dans les autres qui font à venir,tef quels feroient abomi- 
nables deuant Dieu pour leur cruauté & corru ption de 
mœurs,àquoy Dieu luy refpondit, ne fois point triAe, 
ô Gabriel mon fils , les Mendai Iaia , viendront qui fe- 
jont tous fauuez , cette claufè eft vne grande adret 
[c pour les retenir dans leur fe&e, parce qu'ils fup- 
pofent qu'ils ne peuucnt eftre damnez dans leur 
croyance. 

Ils ont auffi deux Images des deux Nauires du Soleil 



Dm Sieur de U "Boullaye-U- G<ou&. 17* 
Se de la Lune , & affeurent que tousles matins les An- 
ges portent la Croix à ces deux Nauires qui leurfert 
de Maft, fans cette Croix le Soleil & la Lune ne pour- 
roient nauiger & trouuer leur chemin , parce que tour- 
te leurlumiere vient de la Croix. 

ï'ay encore remarqué vne peinture de Mahomet, 
lequel eftdefpeintcomme vn géant enfermé dansvnc 
cage de fer tres-eftroitte : Ils 1 ont en grande abomina, 
tion&tous fesSe&atateurs,&aiTcurentques lésâmes 
des Mahomctans après leur feparation du corps, 8c 
principalement de ceux qui les ont perfecutez endu- 
rent beaucoup,& paflent par de petits chemins eftrois 
pleins de ferpens & de lyonsdeuant que d'arriuer de- 
uant Dieu. 

Us croyent encore que depuis le lieu où nous fom-j 
mcs,iu(ques au centre dumondeil y a huiâ ettages, 
dont le premier eft laterreje fécond l'argent, puis le 
vif argent , puis le cuyure , puis l'or , puis le fer, puis Tc- 
ftain, & finalement le plomb. 



De l'Alkpran^ & leurs croyances touchant laia & Iffaï^ 

Chapitre XLV. 

ILs tiennent que l'Alkoran eft vn fain£t Liure , ils eu 
ont tiré que IiTa,que nous interprétons Iehis, eft: 
Tarne de Dieu , c'eft: à dire fon bien- ay me, & qu'il n'eft 
point mort , les Iuifs ayans crucifié vn phantofme erx 
fa place , & qu'après cette vie il y a^ vn Paradis très- 
délicieux, & vn enfer très rigoureux. 



zîo Les Voyages & Obferuàtions 

Ilscroyentque les âmes de ceux qui les ont pcrfecu- 
tez ne boiront pas de l'eau de fontaine en l'autre mon- 
de:Entre leurs per r eciueurs ils content Mahomet,dont 
ils obtindrent grâce àla fin , maisfes Sectateurs & Par- 
tions ne gardèrent nullement fa promciïe, entr'au- 
très Omar & Temurlang , lefquels ont prefque de- 
ftruicl. leur fain&e Religion y bruflé leurs Liures, & ab- 
batu leurs Temples, & depuis la perfecution de Te- 
murlang , ils ont fait vn cas de confeience de parler en 
aucune façon des myfleres de leur Loy , de crainte que 
l'on acheuaft de l'a renuerfer. La dernière de leur per- 
fecutions, & quia penféen deiTruifant leurs erreurs les 
remettre au chemin de falut,& leur donner la connoif- 
fance de TEuangile, aefté par les Portugais, lefquels 
eftanspuiflans aucommancementdeleursconqueftes 
des Indes fur le golphe de Perfe , à caufe d'Ormous, 
donc ils eftoient maiftres, & de confequent amis du 
Pacha dcBaflarajobtindrent de luy que les Sabis iroient 
par force à leur EglifeeftablieàBaflara, (ous peine d'a- 
mande pecuniere, & punition corporelle, é^quils ne 
pourroient trauailler le Dimanche: Les Religieux ror- 
tugais le portèrent à les enfeigner , donnans aux enfans 
des pauures à boire & à manger^ des habits ; mais 
les Portugais ayans eftez humiliez^ caufe de la perte 
d'Ormous, l'on n'obferuapluscette rigueur contre les 
Sabis, lefquels retournèrent tous à leur Religion pre- 
mière, ou fe firent Manfulmans, & ne s'en conferua pas 
quatre Chreftiens; laplufpart ont retenu le Dimanche 
auquel ils ne trauaillent point , mais ils ne font nulle- 
ment Chreftiens,quoy que Icsportugais les appellent 

Chreftiens 



Du Sieur de U'BoulUye-le- Gou&. afi 
Chreftiens de Sain<ft Ican Baptifte. 

Les Portugais taichent à traittcr auec cette nation^ 
& Don Philippe Mafcarcgnas, Vice-Roy des Indes, 
leur a offert de ma connoiflance des habitations dans 
l'ifle de Zeilan , la difficulté eft qu'ils y veulent mc-^ 
ncr leurs CheKs,& y garder les cérémonies de leur Loy, 
il en fort en quantité de BaiTara pour aller feruir les 
Portugais dans leur milice; l'habit de Portugais leur 
vient bien , parce qu'ils font très blancs & bien fairs. 

ils croyent par tradition que Iefuseft parent de Iaia, 
& a efté conceu miraculeufement par fa mere, laquelle 
fut infpirée d'aller boire de l'eau au flfcuue du lourdain, 
& lors qu'elle beuuoit, Dieu luy foufflalefus dans le 
corps, lequel eftant grand vintauflcuuedulourdain, 
pour eftrebaptife, comme les autres par Iean, mais les 
Preftres Iuifsenuieux,8c ialoux de la fainâeté de Iean, 
troublèrent l'eau , Se la rendirent bleuëauec du nil , qui 
eft vne teinture bleue qui fe trouue aux Indes Orienta- 
les, quelesPortugaisappcllentlndico, lean fit fa prie- 
le j & deicendit du Ciel vn baflîn plein d'eau claire, 
donc il laua Iefu* fon Couiîn : c eft la raifon pourquoy 
cette couleur eft immonde iufquesauiourd'huy parmy 
lesSabis, d'autant qu'elle a efté capable d'empefeher le 
baptefmc,& ne s'en couurent point, ny ne la regar> 
dent, ny ne la touchent fans péché: lis ont eu grande 
difputc depuis quelques anrîées auec vn Euefque Ro- 
main Miflionaire aux Indes, lequel leur vouloit per- 
fuader de porter cette couleur fans fcrupule; leur ref- 
ponce fu^que s'il venoit de la part du grand ScheK, ou 
Pape d'Iifa , Coufin. amy, & Dilciple d'Iaia leur grand 

Nn 



%%t Les Voyages fp 06fèmations 

prophète, il deiunr tes confirmer dans la véritable do- 
ctrine i'Iaia, laquelle ils vouloient profeffer iniques à 
la mort, &nort ladeftruire, ibus prétexte de leur don- 
ner de bo ns & charitables aduis , & leur faire veft îr cette 
couleur abominable, mefmesà leurs Eucfques qui doi- 
uent eftrc les exemples des autres. Cette Hiftoirc de 
l'indicojdont les Iuifs troublèrent l'eau, eftvne poli- 
tique de leurs Scheks , pour les efloigner de la fréquen- 
tation des Arabes Manfulmans , ou Chreftiens , lei- 
quels,tant hommes que fcmmesjforu laplufpart ha- 
billez de bleu, Se comme il leur eft deffendu de tou- 
cher cette couleur, ils ne peuuent approcher des fem- 
mes Arabes, lefquelles s'en barbouillent la lèvre de def- 
fous,& s'en marquent les mains pour les embellir à leur 
mode, ce que i'ay remarqué à toutes les femmes que i'ay 
veuësau defert, lefquelles s'en mettent encor au man- 
ton , & aux bras > & cette couftume de fe marquer eft 
palTée aux Pèlerins de Ieruialem, qui fe font mettre 
vne Croix bleue fur le bras. 

Ilsontauffi pour confiant que Iaia eft fils de Zacha- 
rie & d'Elifabeth , qu*il a efté conceu par le feul baifèr 
de (es père & mère, fans auoir euconnoiffance Tvn de 
l'autre.» que Iaia eft le plus grand prophète qui ait iamais 
efté, &feraiamais,quilapaflé en faincl:eté& doctri- 
ne tous les hommes qui furent dcuantluy,& viendront 
après ; qu'il fe maria , & eut trois enfans , non de fa fem- 
me , mais des eaux du Iourdain , lefquels D ieu luy don- 
na , illes efleua, & nourrit en la connoiffance & amour 
d'vn feul Dieu , qui l'eft mort à Schioufter à cinq iour- 
nées de Karauane deBaflarajOÙlon ne voit àprefent 



Du Sieur de la 'Boullayele- GouzJ. i*i 
quVne campagne de la domination du Schah, où ils 
afleurent que (on tombeau eft , & que par le milieu de 
ce tombeau, il pafTc vnc branche du fleuue du Iour- 
dain. 



2{ïmI & cérémonie des Sabis, & premièrement de 
leurs Preflres. 

Chapitre XLVI. 

LEs Sabis ne mangent,ny ne boiuent aucc ceux qui 
ne font pas de leur Religion, moins fe pcuuc»t 
feruir dvn vaiffeau où qui que ce foit ait beu ou mange 
s'il n'eftSabi: Lors que lesManfulmans leur deman- 
dent à boire, il leur en donnent, puis rompent la cou- 
pe de crainte que quelque Sabi ne vienne à boire de- 
dans , qui feroit vn grand péché : politique de leurs 
CheKs , afin de les eûoigner de la fréquentation des 
Arabes. 

Nul ne peut eftrc Preftre ou Sacrificateur s'il n'a ou^ 
uert îa matrice de fa merc,ccft à dire fi fa mère nc- 
ftoitpucelle, lorsqu'elle la conceu. Le grand Schek 
ou Euefque eft efleu par le Clergé après la mort de fon 
père, pourueu que fa mère aitefté pucelle quand elle 
l'aconceu,finonilnepeuteftre ny grand Preftre ,ny 
fimple Sacrificateur , & fi l'Euefque mort n'a point 
lailTé d'enfansnays de mercs Vierges l'on eflit le plus 
proche de fesparens nayd'vne Vierge, auquel le peu- 

Ele fouhaitee mille benedi&ions dans la cérémonie pu^ 
>hque. 

Nn ij 



iS4 Les Voyages (f Obfemations 

L'Euefqu e confacrc luy mef me les autres Scheks ou 
Prcftres ordinaires auec cette cérémonie: le Prcftre ré- 
cipiendaire ieufne 7. ioi±rs> pendant lcfquels il vient rc- 
ccuoir à certaines heures les bénédictions du Grand 
Schck, & !e feptiefme iour parte il cfl: Sacrificateur, 
ces Scheks fc vantent de pouuoir lier &deflier les dé- 
mons par la leclure de leurs LÎuresj le Grand ScheK de- 
meure à trois petites tournées de BaiTara fur les terres de 
Hali Pachaj ils racontent qu vn Manfulman deman- 
dant il y a 500. ans des fignes pour confirmer leur 
créance dans la ville de Baflara , le grand ScheK fit fon 
Oraifon > & à Hnftant vn palmier qui eftoit hors de fai- 
fond'auoirdu frui&,produifitdes dattes àlaveuë du 
Manfulman,qui dift qa'il en v ouloit manger; le ScheK 
ftdercchef fa prière, & le palmier fe baifla; le Man- 
fulman porta fes mains pour en cueillir, & le palmier 
fereleua, & le Manfulman îetrouua pendu par les bras, 
lequel pria le S chek d'auoir pitié de Ivjy , qu'il ne perf e- 
cuteroitiamaislesSabiSjmaisleurferoitamyjleSchek 
implora la mifericorde de Dieu, le palmier (ebailTa de- 
rechef^ leManlulma fe trouua à terre fans aucun mal. 



1 



Du Baptefme des Sctbis>& de leurs Crois Sacrifices. 
Chap. XLV1I. 

BAPTESME. 

Ls affeâentt vn certain lieu dans la riuiere, où ils font 
leurs lauemens le iour du Dimanche , en prefenec 



T>u SisHr de la Boullaye4e~ Cjouzj. 28/ 
de l'Euefquc^ou des Scheks inférieurs. La forme eft 
celle-cy; le Preftrcfe metdans l'cau^puisvn homme 
luy apporte l'enfant , il le plonge trois fois dans l'eau 
difant à chaque fois, Au nom de Dieu premier & der- 
nier, Seigneur du monde, ôc du Paradis, Maiftre & 
Créateur de tous. 

Ils ont trois grandes Feftcs l'année, aufquelles ils fè 
font rebaptifer, & croyent par après eftrc fans péché, 
ceux qui le marient fe font aufïi rebaptifer , mais le 
ScheKne les plonge pas, feulement il répète trois fois 
les paroles fufdites t & les laue. Ils ont le baptefmc or- 
dinaire du foir & du matin, auquel ils ne manquent 
point tous lesiours. 

SACRIFICE DV PAIN , VIN , ET HVYLLE. 

ILs ont trois facrifices, dont le premier eft vnecfpe- 
cedeMciTc,& fe fait en cetteforte; vnSchckprcnd 
de la fleur de farine , de Thuylle , & du vin de pafle , fait 
de raifins fecs, trempez quelque temps dans de l'eau, en 
fait vn gafteau , lequel il fait cuire, en mange vn peu,& 
departift le refte aux afliftans. 

SACRIFICE DE LA POVLLE. 

LE fécond Sacrifice ce peut faire par va Schek , ou 
par vn enfant qui a ouuert la matrice de fa me, 
re,quoy qu'il ne loit point confacré par le grand Schek 
ou Euc\que jil prend vne poule, la laue clans de l'eau 
claliA puis fe tourne à l'Orient, luy met le coufteau 

Nn iij 



ite Les Voyages çtf Obfcmations 



Sacrifie* de la Poulie. 




àacufice du pain* yin ., & hujlle. 



Sacrifice du Mouton. 



Du Sieur de U Boulla ye-le-Gou^. **7 
à la gorge, fixe fesyeuxau Ciel & prononce ces paro- 
les; Au nom de Dieu > cette chair (bit pure à cous ceux 
qui la mangeront. 

SACRIFICE DV MOVTON. 

LE troifiefme Sacrifice cft celuy du mouton au- 
quel vn Schck couppe la gorge prononçant les 
mefmcs paroles que l'on fait au lacrificc delà poulle,i! 
nettoyé le lieu & le couure de fucillcs de palmier, dé- 
liant que d'eftendre le mouton, le facrificateur fc ceint 
les reins d'vne toille blanche qui luy cache les parties 
que les Européens appellent honteufes & luy defeend 
iufquaux genoux , fur la telle il plie vn turban tres- 
blanc àl'Arabefque. 

Du Mariage des Sabis. 
Chapitre XLVIII. 

LEs accords paflez enrre les parties J' on aduertit 
T Euefque ouGrand ScheK,lequel f aluë la com- 
pagnie & va feul dans l'appartement de l'efpoufe fu- 
ture , & luy demande fi elle eft pucelle ou non, fi elle 
dit non, il reuient à la compagnie , appelle vn Schck 
ordinaire & luy dit de les marier,& deuant qu'ils f uf- 
fent foubmis auxManfuImans,les Scheks ordinaires 
faifoient difficulté de les marier, fi elle re fpond ouy, 
ie fuis pucelle, l'Euefque luy en fait faire ferment, 
puis reuient à la compagnie , comme nous auons dit 



z88 Les Voyages & Ob [émanons 

cy- deflus , & appelle & femme, luy commande d'al- 
ler vifiter la fille fo^difant pucellc, voir, toucher, 
&iuger de fes parties & en faire le rapport auec la fi- 
délité requife dans vn tel miftere, puis ils vont au 
flcuue dans le lieu où ils ont accouftumé de fe Bapti- 
fer, fur la riuel'Euefque lift quelques Oraifonspuis 
entre dans le Fleuue.>& les deux efpoufezeftant ap- 
prochez il les rebaptife & s'en viennent par après à 
la maifon de l'efpoux, proche la porte, l'efpoux & 
l'efpoufevont 7. fois iufquesà la porte fans entrer, 
& rcuiennent au ScheK qui lift certaines conjura- 
tions pour empefeher les noiiemens d'éguillette, 
puis ils entrent & les efpoux fe couchent dos à dos 
furie foffa ou tapis qui leur feruent de li&J'Euefque 
les marie 5c cherche dans fon Rituel vn iour heu- 
reux > auquel il leurs ordonne d'accomplir leur 
mariage par la connoiiïance l'vnde l'autre & multi- 
plier leurefpece. 

Deux raifons ont porté les ScheKS à ordonner de 
cette façon le mariage, pour contenir les filles dans 
leur dcuoir, de crainte deftre renuoyéesà vnprèftre 
ordinairepoureftremariées^uieft vne grande in- 
famie j & pour leur intereft propre, parce qu'ils 
prennent ce qu'ils veulent pour ne pas renuoyer les 
parties à vn Sçhek ordinaire, tant pour le deshon- 
neur des mariez que pour le premier enfant qui en 
naift, qui ne peut cftxe Preftre ny faire le facrifice de 
la poulie, ny du mouton, ny du pain, vin & huille. 

LesSabis ne peuuent auoir qu'vne femme par leur 
Loy 3 mais ils en prennent 3. & 4. fur les terres des 
Manfulmans. & m - 



Dm Sieur de U *Loul\aje-le-Gouz» i$$ 



Embarquement pour Babilone. 
Chapitre XL IX. 

IE rn embarquay à Baffara fur vne DoiïanniK ou 
cfpece de barque donc fe feruent les Arabes pour 
aller fur le Tygre & ï Euphrate, ayant crainte d'aller 
par terre à Babylone à caufedes vollcurs dudefert, 
qui ne laiffentpaffer aucun voyageur fur cette rout- 
te fans le deftrouffer. Sur noftre DouanniK^il y auoit 
plufieurs pafTagers entr'autres, vnKatri marchand 
de Bengala,deux lanniffairesdela garde de Bagdat, 
vn Deruiche duThebet trois marchands Neftoriens 
de Niniue, & vn renégat Grec , Ton monte la riuiere 
à force de bras,& s' il fait vent ï on y fait voile. 

Le deuxiefme iour de noftre embarquement 
nous entrafmes au milieu du defert où nous vifmes 
plufieurs Arabes fous des tentes le long de l'eau auec 
Force beftail , le courant entraifna noftre doiianniic 
auec les hommes qui l'a tiroient^ nous eufmes allez 
de peine à pafTer de l'autre cofté de la riuiere à la 
voile & arrefter noftre doiiannik au pied d'vncha- 
fteau qui domine vne petite riuiere qui vient de per- 
le & fe perd dans la riuiere de Baffara, ce chafteau eft 
deladominationdeHali pachaàl'Eftdela Riuiere. 
Le troificfme iour nous arriuafmes aulieuoùl'Eu- 
phrate & le Tygre feioignent, l' Euphrate vient de 
l'Occident du defert, & le Tygre de ï Orient, dans la 
jpoime de cette vnion il y a vn beau chafteau appelle 

Oo 



i o o T es Voyages & Obfiruations 

Goût- Gournahk > appartenant à Hali Pacha , où il y a gar- 
nit*. f on q U i fait contribuer les Arabes obeyflans des 
lieux circonuoifîns. Le quatriefme nous prifrnes 
la route du Nord, & le feptiefmenousarriuafmes 
proche vn petit fort du mefme Hali Pacha d'où il ti- 
re quelques contributions. Le neufiefme nous nous 
arreftafmes dans vn petit lieu appelle Ezeidas,où les 
Esekias. Arabes difent que le prophète Ezechieleftmort jce 
chafteau relcuoit autrefois du Sultan , mais fut pris 
par le prince de Baflara fur les Turqs lors que Scnah 
Abbisle Conquereur s'empara de Bagdat. Le io.n. 
&n. nous fufmes fort incommodez des mouches, 
lesquelles ne nous permirent en aucune façon de 
Abbouf- nousrepofer. Le 13. nous arriuafmes à Abbouffou- 
foudoura. doura petit Chafteau de. la domination du mefme 
Hali Pacha. Le 14. à vn autre petit fore limite de la 
principauté de Baflara,nous y féjournafmesvniour, 
& puis nous mo ntafmes dix iournees la riuiere par le 
milieu dudefert, fans trouuer aucun village, mais 
plufieurs tentes'd' Arabes. 






Etretien du V entiche deTbebet , & d'i brahim Beg. 
Chapitre L. 

LEDeruichequieftoitpafTagerfurnoftredoiïan- 
niK m'obferua fort particulièrement depuis 
Bafiara, & fe rendit affez familier auec moy. Vn iour 
que nous auions pris terre , & que chacun alloit cou- 
pe* du bois pour faire cuire le ris & le pain, il me 



Bu Sieur de la Boullaye* le- Gouz^. i?i 
fuiuit , & me voyant feul à l'ef cart s'en vint à moy,& 
me dift Ibrahim Chctebi,quoy que le Reisnemeuft cheïebî 
pointdiftquetuesFranKjton procédé &ta phifîo- %nifi c , 
nomie me l'auroient fait connoiftre , ie Maurois q^^jj 
beaucoup d'obligation* fi tu me vouilois faire voir homme. ' 
F Ingi4,& le Taurat , n ay e aucune crainte , tu te peux 
fier en moy,ie ne fuis point Ottoman, & ceux de 
mon pays ayment , & eftiment beaucoup ceux du 
tien. 

Ieluy repliquay^tuastrop d'aduantage fur moy, 
ie te dis traittons de pair , tu me connois , & i'ignore 
qui tu es, d'où tu viens, ny où tuvas,nypourquoy 
tu me demande les Liures deMoyfe,& de Iefus,tu 
fçais, lesChreftiens n'ont point la liberté de parler 
delà Religion fur la terre du Sultan, ie te dis ,ie t'ay 
toufiours creu Tartare, & n'ay rien remarqué en toy 
que le bonnet de Religieux Manfulman, fur lequel 
ie n'ay pas appuyé, parce que ce n'eft pas l'habit 
bien fouuent,qui nous fait eftre ce que nousfom- 
mes. 

♦1 me refpondit,tu defire fçauoirqui ie fuis,ie 
te dis , il y a quinze ans que ie mené la vie de Derui- 
che,& me puis dire heureux fi Dieu me fait la gracé 
d'y perfifter le refte de mes îours ; mon païs eft le 
Thebet, fur les confins de la Chine, & de la Tertarie, 
Fay paflema ieunefle àKambalu, ville la plus belle k^balu 
que i'aye veuë, mais comme il faut auoir vne profef- c-.-!L«nV 
lion de vie réglée pour y tejourner , i ay trouue tou- 
tes les conditions des hommes au deffous de mon 
efprit^&de la liberté qui nous doit accompagner; 

Oo ij 



% 9 ï Itt Voyages tf Obferïiations 

l'homme penfe à ce qui eft détaché defoy,&ne penfc 
pas qu'il eft attaché à tout; le fage doit chercher (on 
repos , & ne fe point mettre en pe(ne pour les autres ; il 
faut feYeruir de la fottile des fols fi elle nous peut rendre 
heureux, que t'importe, & à moyque la plufpart des 
peuples foient dans l'ignorance , moins ils fçauent , 
plus nousleur paroiflbnsfçauansif ay eftéperfecuté dés 
ma icunefle par mes païens qui me vouloient obliger à 
me marier, & me faire cfclaue v olontaire des fem mes , 
ic me fuis tir é ho rs de leur tirannie, fous prétexte de de- 
uotio , ie n'ay peu me dire heureux que depuis que ie ne 
rends point compte de mes actions qu'à Dieu,& à la 
nature : I'ay confîderé tous mes amis qui ont pris fem- 
mes ,ie les *y trouuez mal-heureux , & au repentir, par- 
ce qu'ils n'ont repos ny iour , ny nuid , & femblc à les 
oiiir parler que le fupplice de l'homme foit la femme, 
& quelle n'a efté donnée de Dieu , que^pour*rouèler fa 
felicité;celamecauia Penuie d'embrafler la milice du 
grand Kan , ou de Schah Geaann , parce que la folde y 
eft très-bonne, mais le carnagedes hommes fembla- 
bles a moy , m'en détourna entièrement, outre que i'e- 
ftimcplusvn de mes bras, que la récompense que me 
pourroient donner ces deux Princes , après l'auoir per- 
du à leur feruice: La condition des foldats neft point 
libre .s'ils obcïffent ils n'ont point de volonté, & s'ils 
commandent ils ont afîczà faire à maintenir leur au- 
thorité,cedefcouftmedonna quelque penféc de me 
fourcr entre les Bonzes des Chinois, ou les Bramcns des 
Indous,qui font les directeurs des Pagodes , & mènent 
vne vie fort aggreable ,cn ce qu'ils ont des ftatuës j auf- 



Du Sieur de la Boullaye- UXlouT^ toi 
quelles ils attribuent plufîeurs miracles, & entretien- 
nent le fot peuple dont ils tirent ce qu'ils veulent, mais 
mifericorde m'aduienne d'auoir eu ce deflein contre 
la connoiffance que i'ay d'vn feul Dieu , i'aurois méri- 
té l'Enfer d'entretenir leshommes dans la fuperfiition, 
& me porter contre lebienqueie fçay^ic luis allez ca- 
pable poureftreMoufti,ouKadi,maisi'eftimeà laf- 
chetéetetchepter, ou d'obtenir par prière ce que ie me- 
rite, ie ne me fuis attaché à rien depuis quinze ans,i'e- 
ftudie,ie contemple Dieu >& la nature, i'attenspâifi- 
blement la mort, ic bois, ie mange fans aucun foucy 
du lendemain, làoùie trouue desManfulmans, là ic 
trouue mon gifle, parce que ie mené vne vie hors du 
commun, ie fuis eftimé des grands, des Pachas 3 des 
Kans , & des Beglerbegs , qui. croient fain&eté , ce qui 
efl: extraordinaire , i'ay fait fix voyages à la MeKque, &C 
en aytoufiours plus rapporté d'argent, que ie n'y en ay 
porté, ie fuis toufiours allant & venant en ce SaincT: 
lieu , tu as peu obferuer comme les Manfulmans de no- 
ftre doiiannik s'eftiment heureux de me faire manger, 
ils me demandent continuellement s'il ne me manque 
rien , qu'il eft doux de viure du labeur d aujruy , ie te dis 
fi eu auois mené cette vie tu en ferois charmé -, I'ay trois 
Alkoransefcritsen lettres d'or, don: trois Souuerabs 
m'ont fait prefen t , fçauoir le Schah 3 Schah Geaann , 3c 
KodumSchah,i'sy les Commantaires fuiTAlicoran, 
dont le Roy de Samancan m'a enrichy , i'ay les Liures 
d'Auerroës, & d'Ariftote, dont le Scherif de laMcK- 
que m'a voulu obliger, & Hali Pacha m'a offert de fi 
bonne gracede petites commoditez 3 que i'ay dans mes 

Oo iij 



i.94 Les Voyages tf Obferuàtions 

facs, queie les ay acceptées ;vn chacun fe prefleàqui 
me donnera , toy mefme qui paffe pour vn Kiaffer , ou 
homme fans Dieu , parmy les Manfulmans , & qui ni 
point de foy en nos deuotions,ne m'a tu pas offert vn 
turban raifonnable fur la doùannik , afin de m'auoir 
pour amy, mais ie t'endonneray s'il t'en manque, ce 
n'eft pas ce que ie voudrois de toy , les Deruiches vous 
paroiffent fols , & font autant fages que les hom- 
mes le peuuent eftrc ; i'ay toufiours eu defTein d'aller au 
pays des Franics, fi tu prenois le chemin de pollognc ie 
taccompagncrois,i*ay paflionpour voirl'lngil, &le 
Taurat,i appréhende feulement que les Princes Chre- 
ftiens ne me faffent violence pour ma Religion, laquel- 
le ie ne changerois pas pour leur Couronne, non plus 
que ma manière de vie: Parmy vous autres il y a des 
Deruiches qui prennent le nom depapas,lefqucls n ont 
aucune liberté de faire ce qu'ils veulent t & font con- 
traints d'obeïr àdcsSchefs,qui lcurperfuadentqu'v- 
ne obeilTanee aueugle ,eft à préférer à vne conduitte 
raifonnable ; ils ne peuuent connoiftre de femmes, ôc 
font vn grand péché de ce qui eft naturel ; mais moy ie 
me puis marier, &connoiftre les femmes qui ne font 
pointàautruy;ievais&m'arrefteoùbon me femble, 
mon bonnet de Deruiche me met à cornière détour, 
i'ayaiTez deLiures de Théologie, Aftrologie, & Mé- 
decine , mais ie ne puis eftre contant qui ie ne confron- 
te le Taurar , & Mngil auec l' Alkoran , parce qu'eftans 
tousdidezdel'Efprirde Dieu, l'vn explique l'autre, ie 
fçayque tu en vois plus à ma phifionomie,que iene 
t'en ay dit, qu'à la mienne volonté tu euffe autant de 



Du Sieur de la BonlUye-le- Çouu 19$ 
d cuotion que de connoifîance , & que le zcle te portait 
à te faire circoncire, nous ferions deux des deux extre- 
mitez de la terre qui viurions heureux , tu as de plus bel- 
les qualitcz que moy pour eftr,eDeruichc,tu es fain, 
bien proportionné > tu fçais les langues, Se polTible en- 
tens tu celle des oyleaux , que veux tu de plus , ie te prie 
de croire que ie ferois heureux d'eftre ton compagnon, 
& que tu te doisferuir des aduantages que Dieu ,& la 
nature t'ont données pour lesconnoiftre. 

Ma refponce,iufte Deruiche, dont le nom rneft 
cher à l'efgal de mes yeux, minerai de fageiTe Dieu aug- 
mente ta pieté, ta fatisfa&ion , & talibertc , que ta fan- 
té loit inaltérable, & tes defirsfoient accomplis, ie te 
dis ta vie eft plaifante & hors d'inquiétude , parce que 
ne pofTedant rien , tu n'appréhende point de le perdre , 
tu lçais,tu ne fais aucune chofepour le publiq, ny pour 
le prochain , ie te feray prefent de l'Ingil , & du Taurac 
en Arabe, dont la ledure tedonnerades regrets d'à- 
uoir perdu quinze ans fans rien faire, &viurelafchc- 
ment du labeur d'autruy : ie t'en diroisdauantage s'il 
m'eftoit permis d'efclaircir ladiuerfité de nos créan- 
ces, le zelede la Religion te pourroit emportcr,nous 
ne fommes plus aux Indes , ny en perfe, ny fur les ter- 
res de Hali Pacha, où Ton a toute liberté: LesMan- 
fulmans difent que Ifla eft l'efprit de Dieu , & les Chre- 1{ra eaîc2 
ftiens difent que Tefprit de Dieu eft infeparable de fon fus Xhrift 
éffence qui eft infinie; tu crois que lesBonfes abufent 
les Chinois, comme lesBramens font les Indous, ie ne 
te dis rien des Docteurs Manfulmans, tu les connois 
mieux que moy, puis que tu es du nombre, maisprens 



zs>6 Les Voyages ?£ Obfemations 

carde de rcfTembler cet oy feau nocl:urnc,lcquel voit 
moins en plein midy , parce que trop de luniiere 
l'efblouït > & accable le foible de fa veuë* : il y a de 
grandshommesparmylesChreftiens doues de ver- 
tus extraordinaires, fnais il eft difficile de les con- 
noiftre, chacun d eux veut paroiftre autre qu'il n'eft, 
&ceux qui font plus les emprefTez à fe produire pour 
debiterlcursdanrez&pillotages (ont les plus igno- 
rans : Pour ma mine ie fuis en vn aage où le port gra- 
ue eftplus à eftimerquelabeauté,iene fuis pas ca- 
pable de cette vanité, ie fçay toutefois que plus les 
chofes font parfaittes en elles-mefmes, plus elles ap- 
prochent de Dieu > mais véritable Deruichedont le 
feul nom me réjouit , la beauté des ellres eft relatiue, 
&ce qui te paroift beau en ce pays, te defplairaen 
Europe, quand tu y auras vnpeu demeuré, les Ab- 
biffins s'imaginent que Dieu eft noir, les Indou qu'il 
eft oliuaftre,&ceux de ta nation, & de la mienne 
qui font affez groffiers pour fe figurer la Diuinité, 
nefe Tobie&eront iamaisque blanche, toy qui as 
efté à la Chine, & en la grande Tartarie, ces peuples 
ne s'arrachent ils pas la barbe , comme les Ottomans 
& Arabes la portent grande, & les Indou ôc perfans 
la font rafer , afin de paroiftre plus beaux $ tu me dis 
que ie parle la langue des oyfeaux,ce (ont les ter- 
mes d mt Mahomet en fon Alkoran honore la fuffi- 
fance de Salomon > tu es trop fage pour croire que 
les langues nous rendent plus fçauans , elles nous 
donnent le moyen de fréquenter auec les hommes, 
mais elles ne nous font point connoiftre la nature 

des 



Du Sieur de la BonlUye-le Cotez?. %$? 
des chofcsjfouucnt i ay fait reflexion que cette di- 
uerfité vient de {ignorance que nous auons desfu- 
jets^ileft confiant que Dieu & les efprits qui fup- 
portent fon throfne,ne leur donnent qu'vnnom; 
Dieu n'appclla iamais Adam d'vn autre nom, que 
d'Adam, rappelle en ta mémoire les peuples dont 
tu as connoiflance , & voy combien de noms ils don- 
nent à la diuinité, les Indou l'appellent Ram, les Ke- 
felbaches &Mogols Koda,les Ottomans Alla, les 
Arabes Ma , les Arméniens Aftoiias , les Grecs 
Tsheos , les Géorgiens Kgaratao , & moy qui te par- 
le en ma langue Dieu, & en celle de mes prières 
Deus: que te reuient il de la connoiflance de ces 
differens noms , le muet eu le fourd qui penfe men- 
talement que c eft vn eftre infiny , éternel, qui a tout 
enfoy,&c.n'eft ilpas plus fçauant que toy, la véri- 
té eft vne , & les conceptions des hommes différentes 
pour l'ex primer, fi bien que celuy qui fçait plusieurs 
noms pour énoncer vn fujet,nedit pas dauantagç 
que celuy qui n'en a qu'vn , fi tu auois deflem de te 
faire Chre(tien,ie ne te confeille pas feulement de 
pafler en Eurppc , mais ie t'accompagneray , tu y fe- 
ras bien receu des Princes , lefquels teihmeront plus 
que leurs fujets, parce que tout ce qui eft nouueau 
plaift , ie fçay bien que cela te paflera pour rien , par- 
ce que aux V oyageurs la veuë & l'entretien des Roys 
eft ordinaire,&que tu ne tiendras pas à grand regalle 
d auoir veu leur face,& en auoir eu audiéce ; que fi tu 
pa^e enChreftientê,viens à Paris laCâoalu d'Europe, 
tu y pourras fçauoir de mes nouuellcs , & m'y renco- 



29% Les Voyages & Obfemattons 

trcr (lie fuis en France: Il cfcriuit le chemin &l'ad- 
drefîe où il pourroit apprendre de mesnouuelics, & 
receutlepreiantque icluy fis des Liures deMoyfe, 
& de 1 Euangile , afin de le conuercir à la Foy de no- 
ftre Seigneur Iefus-Chnft. 



Arabes dit Defert, leurs couftumes 9 Religion , £r 
façons défaire. 

Chap. LL 

. T E douziefme iour nous arriuafmes dans vnc pe- 
lante forterefle qui releue du Beglerbeg de Bag- 
dat,oùl'on paya dix efeus pour noftredoiianniK, 
depuis BafTara iufqu à ce Chafteau,il y a 11 grande 
abondance d'oy féaux , que ceft vne merueille , & de 
ceux que nous appelions domeftiques, comme moi- 
neaux, ôcc. & force fangliers, fchekales, &c. d'où 
l'on peut conclure queDieu,l'Autheurde la natu- 
re , a mis par tout les chofes neceffair es pour fes créa- 
tures. 

Dans cesdeferts il y avn nombre infini d'hom- 
mes, lefquelsviuent fous des tentes, & fe fortement 
de laid , fromage , viande de mouton, bœuf, & che- 
ureau,&quoy qu'ils ne cueillent point de bled, ils 
mangent de tres-bon pain, parce qu ils mènent leur 
beftail aux lieux où il croift du froment , & font ef- 
change: ils font plus heureux &contans que ceux 
que Ton appelle obeïffans,c' eft à dire qui reconnoif- 
fent le Sultan, le Schah, ou quelque autre Prince, 



Du Sieur de la llou/laye-le- Gouz]. 199 
parce qu'ils ne doiucnt, ny ne payent tribut à per- 
fonne,ils ont vn Schek ou Chef par chaque camp, 
qui les gouuerne par Faduis des anciens ; s'il pafle 
quelque Ottoman Kefelbache , ou vaflal des Princes 
qui leur ont enuahy leur pays , ils le volet & dépouil- 
lent (ans fcrupule,mais ne tuent iamaisfi l'on leur 
donne labourfe, fans la leur vendre; ils appellent 
leurs vols leurs fortunes, &difentque c'eft pour ap- 
pauurir le Sultan 3 qu'ils deftrouflent Ces fujets: ils 
font de la Se&e des Sonnis Manfulmans, & fort cha« 
ritables , s il pafTe quelque pauure homme ou Derui- 
che qui aille à la Mexque, ils luy donne de grand 
cœur à manger*, pour le peu que i'ayconuerféaucc 
eux,ie puis affeurer qu'ils ont plus de ciuilitez pour 
les Eftrangers que les Turqs , & viucnt moralement 
bien? ils n'enferment point leurs femmes, & n'en 
ont aucune ialoufie; ils trauerfent fort fouuent le 
Tygrc & T Euphratc auec des oultres pleins de vent, 
lefquels ils lient enfemble , & en font vne efpece de 
bateau , furquoy ils chargent leur vftcnfilles & leurs 
hardes. 

Leurs richefles font de bonscheuaux, quelqucs- 
vnsen ont de 1000. efeuspour faire leurs vols, afin 
qu'ils puiffent fuir s'ils ne font pas les plus forts, ou 
qu'ils foient pourfuiuis par les Ottomans, tel Arabe 
ne donneroit pas fon cheual pour fa femme & fe$ 
enfans: Ils ont aufïi plu fleurs bœufs, buffles, cha- 
meaux, moutons, aines & chèvres , mais en telle 
abondance, qu'il faut les auoir veuspour le croire, 
lors que ces Arabes ont efté quelque temps en va 



300 Les Voyages çf Ohferunttons 

lieu, ils en partent pour aller ri vn autre, où il y ait 
des puilurages, & de 1 eau, & alors ils chargent ! eurs 
chameaux , bœufs , vaches , & buffles de leur tentes, 
bleds ,oultres,& autres richefles; quand aux meu- 
bles de bois ils ne s en feruent point , Ôc fe repofent à 
terrecommeleslndiens ,Turqs& Perfans: ils habi- 
tent le long des riuieres du Tygre,& de 1 Euphrate, 
quipaffeotpar le milieu Ju Defert, &fe defbordent 
en pluficurs endroits , & font autant de petites riuie- 
res , qui deuiennent à fec en Efté, & alors ces Arabes 
ont beaucoup de peine, & comme ils defeampent 
fouuentpourtrouuer nouueaux p a (tu rages , il leur 
faut creufer des puyes ou cyfternes : ces Arabes fe 
font tellement multipliez &refpandus J quil y en a 
iufques au Royaume de M arok , dans tous les deferts 
de Ly bié , d ? Egypte, ôc d'Arabie, & dans la Barbarie. 
• Leur habit ordinaire eft vn bilt on manteau à F A- 
rabcfque , ayant la plufpart vne chemife par deflous, 
&vn mefehant turban entefte, leurs femmes ont 
vne grande chemife bleue à grand manche , & lors 
qu'il fait de la pluy e,ou du Soleil, elles mettent leurs 
manches fur leurs telles, elles ont les mains, les lè- 
vres >& le man ton peint de bleu, & la plus part ont 
des anneaux d'or ou d'argent au nez de trois pouces 
de diamètre ; elles pafîent aufïi librement le Ty- 
greoul'Euphrate à la nage que les hommes , auec vn 
oultrc, où elles fourent leurs hardes, le lient bien 
ferré, & s'en feruent pour nager, le mettans fous le 
ventre j&battans des pieds elles fe laiflent empor- 
ter à l'eau tout doucement , & paflent ainfi ces ri- 



2># Sieur de U Boulldje-k~ QohzÎ. 301 
uieres : elles (ont vn peu latdesà caufe qu'elles font per- 
pétuellement au Soleil , mais elles naiffent blanches; 
lesieunes fillcsfont tres-agreablesjeiles chantent fans 
cefTe , leur chant n'eft pas trifte comme celuy des Voyez 
Turques , ou Perfanes, mais il eft bien plus eftr ange, Won IL 
elles pouffent leur haleine tant qu'elles peuuent,puis*' c ap ' 55 
remuent la langue fort menu, prononçons diftin&e- 
ment la ra, lala ra,ileftimpolTibledclatisfaire le Le- 
cteur fur cette matière. 



T^jncontred'vn Pèlerin de la ^îtcQue. 
Chap. LII. 

LE 14. 15.16 &17. nous montafmesla riuiere &le 
dix-huidhcime ayant pris terre à l'ordinaire pour 
couper du bois & faire cuire noftrePilloo, qui eft du 
ris cuit aucc de la viande , nourriture ordinaire de Tur- 
quie, Perte, Inde & A rabie,noustfouuafmesendormy 
vn Fakir oupauurc Indiftanni de nation, de la fc&e 
dcsSonnis, lequel eftoit venu delà Mecque à Babilo, 
ne,& auoir pris pafTage fur vneDoiïannik de BaflTara 
pour defeendre le Tygre,& aller à BafTara pour de la 
paffer en fon pays auec le premier vaiffeau qui parti- 
roit pour les Indes, & comme ce miferable n'auoitpû 
rien donner pour (on paffage, & qu'il ne Iça-, oit au- 
cun mot d'Arabe,de Turq, ny de Perfan , qui (ont ef- 
gallemcnt entendus à Bibilone & à Baffara \ lesBa- 
fteliers de fa DoûanniK de la fedte des Schais ayan* 
pris terre, où nous le trouuafmcs Tauoient laiffé endor- 

Pp iij 



]oi Les Voyages çf Obferuations 

my , ne fe fouciant d Vnc pcrfonne aucc laquelle il n'y 
auoit rien à gagner : Ton peut icy remarquer la lafcheté 
& malice de ces batteliers inhumains., d'auoir aban- 
donné vn eftranger à la mercy des lyons; Dieu fans 
doutte le conferua, parce que tout autour de la place 
où nous le trouuafmes , il y auoit beaucoup de vertiges 
de ces fiers animaux imprimez furie fable; fi par hazard 
nous n'eufïîons palTé par là , il feroit mort de faim , par- 
ce qu'il eftoit fort efloigne des tentes des Arabes, & 
n'euft fçeu quel chemin tenir à (on réueil , n'ayant au- 
cune connoilTance des parties de l'horifon , ny du dc- 
fert, où il eftoit; il fut extrêmement furpris de voir 
d'autres vifages, après que nous l'eufmcs éueillé,que 
ceux qu'il auoit accouflumé de voir , & vne doiian- 
nik plus grande que la fîenne, il fut plus d'vn quart 
d'heure fanspouuoir refpondre à ce qu'vn Marchand 
Katrilndouluy demandoiten Indien, nous Tembar- 
quafmes fur noftre doiiannik , & le menafmes auec 
nousiufquàceque nous en rencontrafmes vne autre, 
qui defeendoit à BalTara , nous luy fifmes charité d Vn 

Ecu de farine , de ris , & de datt«s , le Deruiche de The- 
et , dont i'ay parlé cy- deiTus, ayant fait la quefte pour 
luy, puis nous i'embarquafmes, luy fouhaittans bon 
voyage , & heureux retour dans fa patrie. 

Le dix- neufiefme nous vifmes vn lyon fur le bord 
duTygre qui donnoit la chalTc à vne gazelle. Le 10. 
parurent deux hommes à cheual la picque fur lefpaule 
nous commandans de prendre terre, oc payer vn tri- 
but ordinaire àleurSchekquigardoirces pays,& n'y 
foufFroit point de volleurs , ce qu'il fallut faire , le Reis 



Du Sieur de UHoullaye-le- Goiïzï. 303 
leur donna en dattes molles, &toilles decotton la va- 
leur de dix efeus. 



Rugtjjemmt £vn lyon , & arriuée a Bagdat. 
Chapitre LUI. 

NOuspartifmes lemefmciourja nuicl: fuiuante 
nous entendifmes rugir vn lyon fi effroyable- 
ment qu'il ne fepeut defc rire, chaque fois qu'il poufc 
foit fon haleine paroiiïbit vn coup de tounerre,&la 
voix (e perdant peu à peu le long de la riuiere , il en pro- 
uenoit des efeos fans nombre ; fur noftrc doiianniK il y 
auoit vn coq , & plufieurs poulies que le Rcis portoit à 
Baby lone , parce que les poulies de Baffara font les plus 
belles & les plusgrofles d' Afie > ce coq fuiuant fa natu- 
re fe mift à chanter, & au lieu de faire peur au lyon, 
comme i'efperois , il le faifoit rugir plus fore, nous 
eufmes cette mufique iufquesà l'aube du jour que nous 
tirafmes quelques arquebufades fur le lyon pour le fai- 
refuir,mais il s'animoit dauantage de colère, & tefl 
moignoità fa morgue fiere vouloir eftreplus proche 
de nous, pour ferepaiftre de noftre chair, & (e defal- 
terer de noftre fang: cecy peutdefabufer ceux qui li- 
ront mon Lmre touchant l'opinion de plufieurs Au- 
theurs, que le chant du coq fait peur au lyon , quel- 
ques vns d'eux ont fuppofê que cela fc faifoit par la 
compofition antipathique de ces deux animaux; d'au- 
tres ont dit que lors que le coq chante , le lyon s'imagi- 
ne que c'eft vne plus groiTe belle, ou bien que la voix 



304 Les Voyages ffî Obferuat'wns 

du coq affe&oit l'air d'vn certain mouuemcnt contrai* 
re à la conftitution du lyon ; & quelques Phificiens en 
ont rapporté la cau(e à la fuperiorité du coq, lequel 
eftant maiftre , & chef des oy féaux palTe de beaucoup 
la nature du lyon , qui n'eft que le plus noble des ani- 
maux terreftres,lefqucls ne (ont pasfiefleuez que les 
Lï.i.ch.18 aériens ou vollatilles .* Agrippa raefme a (feu re dans fa 
Philofophie occulte, que le coq a le Soleil pour amen- 
dant au deifus du lyon , & s'abufe foy- mef me & autruy 
par vne apparente raifon- de là font venus tant de belles 
comparaisons, & allégories tirées d'vn principe faux, 
& fondé en l'air comme le chant du coq ; ie croy que 
l'on n'aura pas oublié dans les fecrets de la magie blan- 
che que pour faire peur aux lyons il faut porter fur foy 
le cœur d'vn coq à grande crefte, tué, & feché pendant 
lequinoxe , mais pofïible dira.t'on le lyon domefti- 
qué,& priué change de nature; ie n'en (çais rien, ie 
n'en ay iamaisgouuerné. 

Le vingt-vnielmc noftre doiïannik coucha deux 
fois à terre , nous eufmcs toutes les peines du monde à la 
demarer , à caufe que le Tygre commence à n eftre pas 
autrement profond dans ce lieu , les gallercs à vuide ny 
pourroient pas monter. Le vingt-deuxicfme nous cou- 
rufmes rifque d'eftre volez par 5. ou 6000. Arabes , les- 
quels pafferent vn peu deuant nous , fans eftre aduenis 
qucnoftredouannÎKd'euftarriueryilsrauagerentiuf- 
ques aux portesde Babylone. Le vingt-troîfiefme nous 
arreftames auprès d'vn enclos où eftoit Babylone du 
temps des Romains , les meurailles de terre qui reltcnt 
ont plu$ de circuyt que celles d'Orléans ; cette anti- 
quité 



Du Sieur de la Boulla ye-le- GouT^ $oj 

qtlîté eft à l'Ell du Tygrc du codé de la Perfe. 

Le 14. ij. & 16. nous montafmes à l'ordinaire , & le Bagdad 
vingt-feptiefmenousarriuafmesàvneiournéedeBag- 
dat parterre, & trois par eau, ie pris rciolution d'y en- 
trer par terre inconnu , i abbandonné mon bagage , Ôc 
vne partie de mon argent dans la barque fur la bonne 
foy du Reis, & plié mon turban comme vn Caffis ou 
Religieux Arménien , auec vn pot à l'eau dans ma 
main , eftant arriué auprès de la porte de la ville , ie vis 
enhayc40. ou 50. Ianniflaires de la garde de cette ville, 
ie fus vn peu furpris , & me fouuins alors d'auoir efté en 
Perfe, qui eft vn crime pour vn Frank chez les Otto- 
mans^ principalement depuis la guerre de Candie, 
parce qu'ils foubçonnent auec railon que plufieurs 
Européens paffent inconnuspar la Turquie, pour por- 
ter en Perfe les Lettres des Princes Chreftiens, pour 
obliger le Schah de venir affieger & fuprendre Bagdat : 
danscetre crainte & apprehefion d'eftre connu , i'ap- 
perceu vn ruifleau proche la porte de la ville , où. ie fus 
reprendre vn peu mes efpris, & me lauer la face, les 
mains , & les iambes à la veuë des IannifTaires pour leur 
donner quelque croyance que i'eftois homme de bien, 
& ayant emply mon pot à l'eau, ie paffay au milieu 
d'eux, & leur dis tout doucement Salemalek, qui eft 
leur falut, & eux me refpondirent AlcKem falem ei 
Kaflîs , qui veut dire le falut te retourne bon Religieux, 
fans s'enquérir d'où ie venois, ny où i'allois, ny qui 
ieftois; eftant vn peu auant dans la ville ie me fiscon- 
duir à la maifon du Topgi Bachi de Bagdat, lequel 
n'tftoic pas de retour de Damasse me dis fon ncpueii 

04 



306 Les Voyages çtf ObfeYuations 

pour plus de feuretc pour moy, parce qu\l eft Chre- 
ftien, Catholique & Vénitien >& eft en grand crédit 
aBabylone; ilaeucetteChargeauecvnTimaren Da- 
mas de ijoo.cicusde reuenu,par la libéralité de Sul- 
tan Morat, ayant (eruy ce Prince de fimplçcanonier 
à la prife de Bagdat ; s'il euft voulu fe faire renégat il au- 
roit efté Pacha, il porte titre d'Aga, le turban rouge, 
& marchant en campagne il a fur fa tente vn eftdndart, 
aucc la figure d vn canon en broderie d'or, &fe fait 
efcorter ; (on nom eft Michaëli,& vient tous les ans 
au mois de Septembre à Bagdat., & y refte deux mois, 
de crainte que les Kefelbaches ne furprennent la place. 
La doiianniKeftant arriuée àBabylone rrois jours 
après moy , ie fus vifiter mes hardes, ayant repliay 
mon turban fur matefte en Médecin, ou homme de 
i cience , ie ny trouué rien de manque , & les fis porter 
àladouanne,d'où ie les retiray fort facilement, parce 
quele Doiiannier ayant ouy dire que i'eftois parent du 
Topgi Bachi fit vifiter légèrement mes facs,cntr'au- 
très chofesil y trouua vn pot de terre fine de la Mek- 
que , & me demanda où ie l'auois pris, & combien ie 
Tauois achepté, icluydisquc ie l'auois apporté des In- 
des Orientales, & m'auoit efté donné en prefent par 
vnReisIndiftanni, lequel l'auoit achepté àGiaide ,il 
me pria de luy dire combien i'envoulois,& que iene 
lepourrois porter par terre (ans le rompre, ie luy rc- 
pliquay que s'il luy agreoitielepriois deleprendrc,& 
tout ce qu'il verroit de plus rare dans mes hardes , que le 
Topgi Bachi mon oncle auoit tant d'obligation aux 
Ottomans, que ceux de fa famille ne leur pouuoicnt 



Du Sieur de la r Boullaye-le-Gou&. 3 07 
rien offrir qui ne fuft à eux, & me dcfplaifoit de n'a- 
uoir quelque chofe plus digne d'eftre prefenté à vn 
mien grand Seigneur comme luy , que ie fouhaitterois 
auoir pour Patron, & eftre fon efclaue,il n'en voulue 
point, me remercia, & me tefmoigna eftre extrême- 
ment obligé des parolles dont 1 auois vfé en (on en- 
droit , &{emift fur les louanges duTopgi Bachi,au- 
quel Ton deuoic la prifedeBagdat. 

Babylone oh Bagdat capitale de Kaldée. 
Chapitre LIV. 

BAbylone que les Turqs, Arabes, & Perfans ap~ 
pellent Bagdat,eft de la grandeur de Lyon a 33.de- 
grez où cnuiron de latitude fur lariuieredu Tygredu 
codé de laPerfc ou de rEft,ellc n'eft pas autrement 
fortifiée , fes murailles font afTez fîmplcs du codé de la 
terre, & ne pourroîent pas fouftenir le canon 5 la gar- 
de de cette ville eftoitdei400.ifpahis,& 3000. Iannif- 
faires, mais y ayant eu remuement Tannée paffée par 
toutl'EmpireOrtoraan entre les Ianniffaires & Ifpa- 
his,la plufpart des caualiers de la garde de Babylonc 
font fuis du cofté du Schah , où ils ont efté bien receus, 
le nombre des Ianniffaires s'y diminue tous les iours de- 
puis la guerre de Candie , parce que le Turq manquant 
d'hommes, & de vieux foldarsagguerrisa efté obligé 
dappeller ceux de fes frontières, tefmoignage de gran- 
de foiblefîe, pour vn Prince auquel Ton adonné laf- 
chement la qualité de grand Seigneur en terre: Nous 



joS Les Voyages &} Obfemaîlons 

dirons cy-apres 3 lors que nousdefcrirons noftrc voya- 
ge de Niniue,comrrvc l'on en rira t,©o. hommes delà 
vieille milice de Sultan Morat, ayant marché ij. tour- 
nées auec eux. 

Bagdataefté conquife fur les Ottomans parSchali 
AbbasIcConquereu^&nouuellement repiife vi&o- 
rieufement par Sultan Morat, fur Schah Sophi perc 
de Schah Abbas à prefent régnant. Sultan Morat y 
Politique ymt cnpcrfonnc aueojoooo. ames,l^{Tiegea,la prift 3 
'-eSnhan & ordonna que tous les Kefelbachcs qui voudroienc 
Morat. p rcn d re f on p a ny feroient biens-venus, & leur don- 
neroit bonne folde , les ayant fait intimider aupara- 
uant,& menacé de les faire tous mourir ,ce qui obli- 
gea plufieurs Perfans dans la necefïîté à fe pre(enter,& 
prendre le feruicedu Sultan contre le Schah : Sultan 
Morat après les auoir fait enrooller dans fa milice, leur 
fit à tous couper la tefte, comme à fes efclaues^dont il 
pouuoitdifpoferjil me femble qu'il raffinoit fur Ma» 
chiauel, parce que Schah Sophi ne pût rien dire,ny 
rriefme fe plaindre de la perte de fes traiftres qui auoient 
prislepartyde (on ennemy. Sultan Morat ne fut pas 
contant d'auoirainfi deftruit la fleur des Kefclbaches, 
il fit en outre mafïacrer la plufpart de ceux qui ne (e 
rangèrent pas de fon party, & donna par adreffe la ville 
deBagdaten proye à fes IannilTaires 3 pendant 3. iours 
fiiiuant lacouftumedes Manfulmansqui pour l'ordi- 
naire efgorgent la milice ennemie fi elle cft de leur 
Loy , ou la font efclaue fi elle eft Chreftienne ou 
Payennc. 

Ilmc fcmbleàproposdedcclarerlcs ijoooo.ames 



Dh Sieur de la BoulUye-le-ÇjouT^. 309 
^ui accompagnèrent Sultan Morat à la prifèdcBaby-; 
lone, afin de defabuferceux qui parlent de la force du 
Turqauec paflion & opiniaftreté: Il y auoit 1S000. 
corbeaux ou conuoyeurs d'eau , parce qu'il falloir paf- 
fer le defert , 10000. Iuifs Efcriuains ou Fadeurs 
des Chefs & Capitaines de l'armée , & la plufpart 
des IanniiTairesontdes garçons pour feferuir, en forte 
que cette armée fepouuoit réduire à 60000. combat- 
tans, qui n'eft pas vn million d'hommes ,|ainfî que 
beaucoup nous veulent faire croire en eftans très- mal 
informez,mcnfonge infâme qui fert à nous intimider* 
&nous faire appréhender de venir aux mains auec cet- 
te nation , par vne mauuaife cftime que nous auons de 
nous mefmes, pour moy ie ne fais meftier de braue, 
mais les Turqs& les Perfans ne m'ont iamais fait peur, 
ny ne me feront lorfque ie ferayen lieu où il me fera 
permis de me deffendre , ou les attaquer à armes efgal- 
les, & en homme de bien, ils font hommes comme 
nous , & n'ont pour exercice que le déduit de Venus en 
toutes manieres,le (eul nom d'vn Maltois les fait trem- 
bler » & croyent que Malte foit plus puiiTante que toute 
l'Europe,parce quelle leur fait plus de mal: Ce que i'ay 
aduafteéde IafoiblefTc du Turq fera confirmé , parce 
que l'on peut lire, & voir dans lesHiftoires de perfe, 
où les Kefclbaches ont toufîourseu aduantagelur les 
Ottomans, dans les combats frequens qu'ils fe font 
donnez : A Tauns , Cnfbin , Eriuan, Van & autres 
lieux de la frontiere,dans lefquels les Kefelbaches n'ont 
iamaisefté plus de 40000. ou 45000. combatans,mais 
ils ne mènent ny femmes ny garçons à la guerre, & ne 

03 iij 



Daniel i. 
a. 3 



310 Les Voyages çtf Obferuations 

s»adonncnt qu'à monter à cheual & faire lacuifine,les 
O ttomansau contraire s addonnent aux arts dans leurs 
garnifons,à caufe du peu de foldc que leur donne le 
Sultan , ce qui les a rendus marchands, & fedentaires, 
&ofté le cœur &le courage ^e leurs anceftres,dont 
les conqueftes pcuuent eftonner celuy qui auroit la eu- 
riofité de les lire: Kaikondille en a afïez bieneferit, 
mais les adion&iuns que l'on a faittes à f on Liure , ne fe 
trouucntpas toutes véritables, ny conformes aux ori- 
ginaux de la langue Turque. 
Gen io.io Baby lone eftoit autresfois la demeure de Nembrot, 
quienaefté lvn des Fondateurs , puis de Nabucodo- 
nofor , lequel a pillé trois fois lerufalem , & fait efclauc 
la nation Iuifve^pour auoir abandonné le feruicede 
Dieu, & auoir embrafle les Sacrifices des Gentils: Da- 
niel auec Ces compagnons , qui furent iettez dans la 
foumaiie , accreurent le nombre des captifs. Cette vil- 
le a eftéruynéeplufieursfois, ce qui fe voit par les an* 
ciens vertiges qui font aux enuirons. 

Les Vénitiens ont enuoyé ces dernières années vn 
AmbafTadeur au Roy de Perfe, auec Lettresdu S. père, 
de l'Empereur , du Roy de Caftillc, & delà Sereniffime 
Republique dcS.Marc,pour l'obligera affiegerBagdat, 
Confeildegcnspeu entendus dans la politique Otto- 
mane , parce que fi le Turq auoit perdu Bagdat , le Per- 
fan ne pourroit plus aduancer de ce coft é là, & le Turq 
n'en feroit que plus fort, à caufe que les contrvbutiôs que 
Ton leue fur le territoire de cette ville, ne font pas bail as 
pour payer le quart de la milice qui eft ordonnée pour 
la garde de la place, il {croit plus àpropos de fe liguer 



Du Sieur de la Boullaye* le- Gou&> jii 
auec lePcrfan,& l'obliger avenir rauagerlaNato* 
lie,cependantque^onchaf^eroitleTurqd'Europe ^ , 
& pour traitter d'vne telle affaire > ôc la mener à 
bout , il faudroit y cnuoyer vnc pcrfonne d'Eftat , ÔC 
d'expérience dans les interefts des Princes 3 par la 
voye de Portugal auec l'équipage que mérite le nom 
d' AmbafTadeur des Rois Chreftiens, ôc non pas vn 
buffle nommé à cet employpar lafaueur, & non. 
par le mente perfonnel. 

Dans le temps que i'ay demeuré à Bagdat, Ton 
commançoitàs'amaflerpourle voyage de la MeK- 
que , & l'on promenoit tous les iours dans les rues vu 
chameau auec vn beau pauillon , dans lequel Ton 
deuoit mettre le prefant de laKarauane,pour le Se- 
pulchrc de Mahomet. 



nt Les Voyages Çf Obfematfons 



Tour de Nembrot> ou Babil confujton de Langues. 
Chapitre LV. 

Fragmcns de la Tour de Babylone. 







ENtre les antiquitez que i'ay remarquées dans 
l'Afie après le mont Gordia^us, où l'Arche de 
Noë prift terre , ie puis deferire la Tour de Nem- 
brot, laquelle ie fus voir à trois lieues de Babylone j 
ie pris vn lanniffaire pour m' accompagner , & m'en 
montrer le chemin , nous partifmes du matin de 
Bagdat,paflafmes le pont de batteaux,&marchaf- 
mes àTOueft Nord-Oueft trois heures, & trouuaC 
mes la campagne couuerte d eau, parce que le Tygre 

s eftoit 



Du Sieur de la Boullaye-le«Çôu&. 313 
s'eftoitdefbordèj&rauoitinnondéc, nousnepeuf- 
mespaflcr àcheual,&n'eufmes point d'autre expé- 
dient que de nous defabiller,& lier noshardes fur 
les Telles de nos cheuaux, que nous portafmes fur 
nos teltcs , tenans nos cheuaux par le licol , lefquels 
cftansàlanagenous incommodoientfort, &nous 
touchoient fouuent de leurs bouches, peu s'en fal- 
lut que le mien ne me fift tomber ma felle & mes 
hardes dans l'eau, parce que ayant l'eau iïifques au 
menton , îe ne pouuois marcher fi vide qu'il alloit à 
la nage; ayant ainfi marché vndemy quart d'heure, 
& pafle l'eau nous mangeafmcs fur l'herbe ce 
que nous auions porté pour nous raffraifchir , & 
iaiflafmes paiftre nos cheuaux les attachans fort lé- 
gèrement, parce que dans leLeuant les cheuaux ne 
s'enfuyent point ordinairement , ils fc deftache- 
renttoutesfois 9 nous ne peufmes reprendre que le 
mien,&pafTafmes deux heures à courir après l'autre* 
ic m'impatiente & fis monter le lanniffaire fur le 
mien , & luy dis d'aller au plus profond de l'eau , par 
où nou c auions paffé , & faifant aller l'autre après, 
ie le pris à la nage par la queue j monté deflus , & luy 
palfc mon turban dans la bouche en forme de bri- 
de, puis nous nous acheminafmes à la ditte Tour, 
laquelle eft fituée dans vne campagne rafe entre 
l'Euphrate &le Tygre, elle eft toute folide par de- 
dans , & a plus forme de montagne que de Tour, elle 
a encore aujourd'huy par le pied 4. ou 500. pas de 
tour, & comme la pluye en a affeiTé les matériaux, 
elle n'a pas plus de 300. pas de circuit: dans fa fabri- 

Rr 



jïi Les Voyages (§ Ohferuations 

queily a£.puys,7. rang de briques faittcs de terre 
grade, ou argille cuitte,puis de rechef 6* & 7.iuf- 
ques au haut , & entre les 6. & ?. il y a de la paille de 
trois doigts d'efpais.» laquelle eft encore aufïi iaune & 
fraifeheque lors qu on l'y a mife dans le comman- 
cement de la Tour ; Chaque brique a vn pied de R oy 
enquarréj&tf.doigts d'efpais ,& la liaifon des' bri- 
ques peut auoir vn doigt, laquelle eftoit deguitran 
éc de terre , qui eft encore à prefent la façon de baftir 
à Bagdat,y ayant là auprès vn grand Lac de poix, 
i'ay conté 50. de ces ordres de 7. & 6. briques , en for- 
te que le tout peut reuenirà 138. pieds deRoy,&4.' 
pouces de haut. L'on voit au haut de cette Tour vne 
grande feneftre , où ic ietté vn grappin pour m'y 
guinder^mais les briques de terre s'efboulerent,& 
fus en danger de me tuer j au pied on voit vne maga- 
ra , ou antre de ly ons , & vers le milieu il y a vne ou- 
uerture quipafle de part enpartd'vn pied & demy 
en quarré tout au plus. 
Gciuô.j; Cette Tour a efté fi bien deferipte par Moyfe," 
qu il en faut voir les fragmens , & les ruynes , pour 
admirer la vérité des eferis de ce grand Prophète. 



Du Sieur de U Houllaje-U-Gouzl jt j 



figure de la Tour «le Babylone, comme elle eftoic aucommancementj 
fumant le fentiment de l'Autheur. 




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"Pf la Religion des Nefloricns. 

Chapitre LVI. 

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ENtrelesChreftiens qui habitent Bagdat, lés Ne- 
ftoriens font en grand nombre > ils ont vne Egli- 
fe , & leurs Preftrcs ont eu diuerfes conteftations 
auec les Pcres Capucins François qui yontvncMif- 
fion fous la protection ôdauchorité duSignor Mi^ 
chaeli Topgi Bachi de Babylone. 

Rr y 



3 i£ Les Voyages çf Obfemations 

Ils affairent qu'en lefus-Chrift il y a deux perfon- 
nes, auffi bien que deux natures ; & voicy l'argument 
qu'ils m'ont fait : Il y a deux natures , donc il y a deux 
perfonnes, il y a la nature humaine, donc il y a !a 
perfonne humaine^ autrement la nature humaine ne 
feroit pas parfaitee : Ils nient abfolument que la 
Vierge foit mere de Dieu , mais bien mère de l'hu* 
manité deChrift > ou piutoft, comme ils difent, de la 
nature & perfonne humaine de lefus-Chrift : Ils 
condamnent S. Cyrille , & difent qu'il eft excom- 
munié, ils inuoquentNeftor Autheurde leurfchif- 
me, lequel auecArrius a encline au Mahometifme, 
ils nient quel'Euefque de Rome foit Chef de l'figli- 
fe Militante deChrift, & croyent que leur Patriar- 
che eft de beaucoup plus que le pape ; ils différent des 
autres Schifmatiques Orientaux , parce que leurs 
preftres eftans veufs fe remarient plufieurs fois, & 
le Mardy ils foupent deuant le Soleil couché, auffi 
bien que le Ieudy;le Vendredy,& Mercredy après 
le Soleil couché ils maBgentde la viande 3 & difent 
auoir efté vingt quatre neures en abftinence , fui- 
uant Iacouftume des Babyloniens, dont les Aftro- 
logues commancent à conter le iour naturel au Cre- 
pufcule yefpertin. 



Dfi Sieur de la Boulldje-le-Gou!^ 317 



Voyage de Bagdat à Nirime. 
Chapitre LVIL 

LE troifiefme Aouftieprislacompagniede $ool 
ïanniffaires , 4. Souruagis, & 4-Odabachis, lef- 
quels receurent ordre de la porte de partir 3 & fe ren- 
dre à Conftantinople, pour aller en Candie: N0115 
partifmes deBagdat à quatre heures après mLdy, & 
allafmes vn quart de lieue hors la ville au rendez- 
vous , le loir nous decampafmes , & après auoir mar- 
ché toute la nuict , nous nous arreftafmes à l'aube du 
iour au bord du Tygre du cofté du Ponent. Le qua? 
triefme nous campaf mes derechef le longde ce fleu- 
ue, &apperceufmes de l'autre cofté les ruynes de 
l'ancienne Babylonc, laquelle comme nous auons 
dit a efté en plufieurs lieux , ces ruynes fon appellées 
par lesTurqsEfki Bagdat, vieille Babylone. Lej.& 
tf.ayans marché à l'ordinaire nous arriuafmes dans 
vn petit village où il y aeuautresfois vne fortereflc 
d importance 3 qui commandoit le Tygre , mais 
ruynée à diuerfes fois par les Kefelbaches & Otto- 
mans ; dans ce village nous acheptafmes des mou- 
tons , lefquels nous fifmes cuire dans leur propre 
graifTe , les ayans defoffez , puis nous les mifmes aueç 
desoygnons& du poivre dans de petits bans, cette 
viande ainfi affaifonnée fe garde vn mois, & eft la 
prouifion ordinaire que Ton fait pour les grands 
voyages du Leuant. 

Rr iij 



5i8 Les Voyages çf Obferuations 

Le feptieftnc continuans noïlre route nous fuf- 
mes extrêmement incommodez, ayans pris par le 
milieu du defert pour abbreger le chemin, nous fuf- 
mes obligez à boire de l'eau croupie au Soleil toute 
verdaftre , que les gazelles. nous indiquèrent par 
leurs traces. Le 8. nous reumfmcs camper au bord 
du Tygre , où ie penfay creuer à force de boire. Le 9. 
nous arriualmes au grand Lac de Bitume ,qui eft au- 
près du Tygre , dans ce lieu ie fus obligé de me bai- 
gner 7. ou 8 fois , n'en pouuant pre(que plus à caufe 
Bain de de la grande challeur . Le dixiefme nous arr iuafmes 
ï^aly. au bain de Haly , où les Manfulmans difent qu'il fe 
fait de grands miracles , lef quels ils iuy attribuent,& 
le croyent Auteur de ce bain,qui eftvne fauceté,par- 
ce que tout autour il y a plufîeurs mines de fouffre,& 
de Bitume,par lefquelles paffe l'eau de ce bain,qui eft 
noire , efpaiflfe, & extrêmement chaude , elle a gran- 
de vertu contre la lèpre & indifpofuion de mem- 
bres , il y auoit des pèlerins de MaroK , & de Fés , qui 
y eftoient lors que nous y pafTafmes , à caufe des mi- 
racles qu'ils croyent y eftre opérez par le moyen de 
leur Prophète Haly , nous y féjournafmes 1. iours, & 
m'ylauélecorps,dontiemetrouué bien, & me fen- 
ty fort foulage de mes trauaux. 

Le trciziefme nous arnuafmes à Niniue, & cam- 
pafmes hors la ville du cofté du Sud, fur le bord du 
Tygre, où nous fufmes fort incommodez de la pou- 
dre par le vent duNord, ne pouuans fermer nos ten- 
tes de ce cofté là , à caufe de la challeur extrême qu'il 
faifoit. Plufîeurs perfonnes de Niniue nous vinrent 



Niniue- 



Du, Sieur de la Boullaye-le-Gou&. 519 
vifiterfous nos tentes, s'efmerueillans de ce que nous 
auions marché fi heureuf ement depuis Babylone , fans 
auoir perdu aucun de nos gens , parce que nous eftions 
partis dans le temps que le vent appelle Samieli en Ara- 
be, ou IndoftanOrufghiaren Turq, Règne, ce Vcnt^ tp0s 
cft empoifonné, tue les hommes , & ne laiffe pas quel- 
quesfois vn homme viuant dans vne Karauanc,le 
malade atteint de ce vent fe couche, ouure la bouche, 
refpire extrêmement fort, & meurt demy enragé. Les 
Doiianniers de Niniue noferen t fe prefenter dans no- 
ftre camp> de craintedes IannilTaircsqui les auroient 
cftropiez ; ic ne craignois pas qu'on me trouuaft aucu- 
ne marchandife, mais bien que Ton me fit quelque 
auanie , (ur le foubçon qu'on auroit peu auoir , que ia^ 
uois des diamands, à caufe que ie venoisdes Indes. 



Niniue oh Mou(fol> attec la Religion des lâbouhite^ 
Chap. LVIII. 

Niniue vulgairement appelle MoufTol,cftoic au- Niniue: 
tresfois la capitale d'Aiïïrie, fondée par Aflîir 
petit fils de Noë , fuiuant le tcfmoignage de Moyfe, Genef.i©: 
maisdettruittcdiuerfes fois par les différentes nations, 11, 
auiquelles elle a efté foubmife: Le Roy Salmanafar Tobu £ 
y tenoitfonfîege lorsqu'il alla faccager Ierufalem,& 
faire efclaue le peuple de Dieu ; entre les prifonniers 
quiaccreurentle nombre des mal-heureux fut le bon 
Tobie , l'exemple & l'original de charité. Le Prophe- 1 ., 
te lonas fut aufli cnuoyé dans cette ville , laquelle 



3*.o Les Voyages & Obfemations 

auo» r alors trois tournées de circuit, & uoooo. âmes 
qui Vh ibitoient , elle a beaucoup changé , & d'aflîetrc, 
éc cic grandeur, elle eft a (Iî te à trente fïx degrez de la- 
titude fur le bord du Tyg re du collé de l'Oueft, & peut 
eftre comparée à Pile , ou à A ngers > il y a vn beau pont 
de bafteaux pour palfer ducoftédela Perfe. 

La plufpart des habitans de Mouflbl (ont Chre- 
ftiés de la Sc&e des lahoubites; il y a vn Pacha auec peu 
de milice Ottomane. Cette ville eft renommée par 
toute l' Afîe pour les toilles teintes en rouge, qui ne per- 
dent iamais leur couleur , & pour les noix de galles que 
Ton en tranfportc en Europe, & autres parties du mon- 
de des montagnes circonuoifines,auec quoy Ton ac- 
commode le Maroquin de Leuant. Il y a auilîauxenui- 
rons de cette ville le long du Tygre de très bon re- 
gli(re,quelesArabesappellcntRgls-,lafueille de cette 
plante mife dans la bouche a le mefme gouft que les 
cormes molles, la racine eft ce que l'on nous apporte 
en Europe, laquelle ne vient iamais droitte,ny plus 
grofle que le bras, comme i'ay obferué; les Naturels 
s'en (eruent dans les bains, & nous autres pom lesru- 
matifmes. 

Leslahoubites ne différent en rien des Arméniens 
que dans certaines cérémonies & ieufnes , ils ont les, 
mefmesfentimensde la Religion que nous auonsdef- 
cripteauChap, 41. de la première partie de nos obfer- 
uations ; quelques- vns fe font faits Catholiques Ro- 
mains, par le moyen du R.P.Gabriel de Chmon Ca- 
pucin , tk du R. P IBartholomeo Maltois , Miffionnai- 
rcs à DiarbeKer &Bagdat : Us ne mangent point de 

fang, 



Du Sieur de U "Boullaye-U-Gouz^* î*i 

fang, ny la chair des animaux eftouffeZ) ils m'ont 
fouuent allégué qu'ils s'eftonnoicnt comme les 
Franksqui fe picquent de fçauoir parfaittement la 
Sainte Efcriture ne la prattiquen t pas , parce que de- 
liant le déluge il eftoic deffendu de manger mefme 
la chair : Puis après le defluge Dieu dit à Noe tout ce Genef. £ 
qui fe meut vous fera pour viande , toutesfois vous >7- 
ne mangerez point la chair auec le fang, ic redemen- 9 ' 4 * 
dcray le fang de vos âmes, de la main de tous ani- 
maux, & dans la Loy efcrite par Moyfe,Dieu dit? D'Eucero: 
Gardez- vous de manger le fang des animaux , parce ii. 13. 
que iceluy eft pour lame , & par ainfî il ne faut pas 
manger l'ame auec la chair, mais la refpandre à ter- 
re : Et dans la Loy de grâce au Concile affemblc par 
les Apoftres , & les autres Chefs de l'Eglife , il fut or- 
donné par le fouffle du S. Efprit , que l'on s'abftien- . « > - 
droit de fang > & de toute chair eftouffée. 2p. 



Voyage de Mouffol à Merdinc, auex U reuolte de 
noflrc Milice. 

Chap. LIX. 

LE vingtiefmc Aoufl: nous leuafmcs 1« camp, & 
. ayant marché deux iours par le milieu du defert, 
nous nous arreftafmes fur le bord du Tygre, vis à vis 
du heu où eftoit autresfois l'ancienne Niniue, la- 
quelle eit >it baftie à F Eft du Tygre du cofté de la 
Pefe ; dette place eft appellée-par les Turqs Efki Eç ki 
Mouiiolj ou vieille Nimue, nous continualmesno- 

Sf '~ 



Vchcfe- 
uil. 



312, Les Voyages gj 9 ^bferuations 

ftre route ;& le ^5>. du mcfme mois nous £u(me ç at- 
taquez par les A abes au milieu du defert,lefquels 
dérobèrent vn chameau chargé de toilles de Niniue, 
qui s'eftoitvn peuaduancéau deuant delaKaraua- 
ne,auec vne femme Turque qui eftoit deffus qu'ils 
emmenèrent , puis nous chargèrent de rechef en 
queue, & prindrent deux cheuaûx chargez de poi- 
vre , qui eftoient reliez derrière ; l'on fit faire al te, & 
les quatre Sonruagis firent defployer leurs guydons, 
nous marchafmes en bataillon iufques au 2. Se- 
ptembre, que nous campafmes fous vn petit Cha- 
fteau appelle Vchefeuil,ou il y adouanne,maisil 
n'y a rien à faire auec la milice Turque. Le lende- 
main nous arriuafmes à Merdine,& campafmes au 
fud de la ville. 

Cctteplace eft la plus forte que le Sultan ayeen 
Afie , non qu'elle foit autrement fortifiée par art, 
mais elle eft baftie fur le fommet d' vne montagne,& 
furleroqi ce fut autresfois le terme des conqueftes 
de Temurlang, lequel ialouxdes victoires de Baja- 
fet Empereur des Turqs, fe porta par vne rage & def- 
pit à (accager la plus grande partie de X A fie, & eftant 
parucnuàMerdine,ilne la pût réduire, quoy qu'il 
ruft Maiftre de la campagne fept ans durant, parce 
que cette place ne fc peut miner , & munie de p roui- 
llons eft imprenable. 

Le Souruagi MofTaou Moyfe qui commandoitle 
Camp comme plus vieil Capitaine , fut inuefti dans (a 
tente par vn gros de Ianniflaires , le{quels s'eftoient 
rcuoltez &armez de leurs moufquets,cimeterres &poi- 



Du Sieur de ItfBoullaye-le- Gott&. 31} 



Merdine. 




Tente de Souruagi MofTa. 



IanniflVjrcs rçuoltez. Ibrahim Bgg. 

sf ij 



5*4 Le s Voyages ç<? Obfemations 

gnards , ils l'appellerent & paroiiîant à la porte de 
la tente ils luy dirent, ola, oîa Capitaine Moffa, nous 
ne (cations où nous allons, à Malthe,ou en Candie, 
nous fommes obeïïfans,mais nous voulons eftre payez 
de noftre folde , nous te difons tu a pris du Pacha de 
Mpufïbl & du Pacha de cette ville le Karache des 
Giaours ou tribut des Chreftiens infidelles,tuasplus 
de 50000. elcus danstes ballots, quepenfe-tufaire,ou 
pluftoft de quoy veux* tu que nous nourriffionsnos 
cheuaux fi nous ne touchons ce que le Sultan nous 
doit donner,tu fçais nous fom mes des vieuxSeferris ou 
guerriers de Soultan Morat, nous te difons nous ne 
partons point que nous n'ayons de l'argent, qu'as tu à 
dire, parle, parle. Le Souruagi Moffa homme ex tre- 
mementbien fait, autrefois Fauori de Soultan Morat, 
leur refpondit,frercs & vrays croyans en Dieu,i'ay pris 
l'argent quel'on nous a ordonné, & l'ay fous ma tan- 
te, ie vous dis ic n'ay point voulu vous le départir qu'à 
Diarbeker, dont nous ne fommes efloignez que de 
deux Decampemcns, l'en dois plus receuoir encor que 
ie n'en ay; ie vous dis que ie croyois que quelque gros 
d'Ifpahis nous eft oit venu attaquer & furprendre lors 
que l'ay entendu du bruit dans le Camp, & que ie vous 
ay veu en armes, puis femift à rire, & les affeura qu'ils 
auroient leur folde à DiarbeKer, &leur dift derechef 
s eftant vn peu e(meu, ie n'auois iamais veu les Iannit- 
faires diuifez entr'eux depuis jo.ans que ie fuis du corps 
lesfimples Soldats ont toufiours honoré leur chef, & 
les chefs maintenu & fupporté leurs Soldats, iefçais 
que Soultan Ofman>& Soultan Ibrahim ont cfté tuez 



T)u Sieur de la Boullaye-le-ÇouZj. |ï| 
parles IannifTaires: mais l'on n'a point veu qu'ils ayenc 
iamais attenté fur la vie de leurs Agas ou Colonels, ne 
fuis. ie pas obeyfTant comme vous autres, vousfçauez, 
i'ay laifle mes femmes Se ma famille à Bagdat pour 
obeyr aux ordres du Vifir- afim^ie vous dis le fçay aufïï 
peu que vous autres fi i'iray en Candie ou àN/Llche; 
puis rentra brufquement dans fa tente, les lanniflaires 
fe retirèrent tous confus difans les vns aux autres que 
le Souruagi MolTa difoit la vérité auec raifon, tant a de 
puilTance vn homme d'authorité & de belle preftance 
fur des hommes reuoltez; mais la vérité eftoit que le 
Souruagi MolTa ne vouloit payer la milice afin de ne 
point perdre de temps &aduancer pays afin que les 
lanniflaires fuiuiflcnt de force, de peur de perdre leur 
folde qui eftoit agir en prudent Capitaine, & politique 
Ottoman. 



J/oyage de ^Merdim à Diarbtker. 
C H A P. L X. 

NOus feiournafmes qnatre iours à Merdine, Se 
prifmesnoltrc route par le Kourdftan ou pays 
des Kourdes, peuples Manfuimans obeyiTans au Soul- 
tan, Se auSchah, nous laiflaf mes le delert d'Arabie à 
main gauche >&c commençafmes à trouuer des arbres 
femblablesà ceux d'Europe, pareeque nous nouions 
veuque des Palmiers depuis Bagdat, fur ce chemin il 
y a de beaux enclos de vignes,, nous anïuairne:» à Diar- 
beker le troifieimeiour, & campafmeshors la Ville au 

Si iij 



}l<s Les Voyages ffî Obferùations 

Nord proche la porte appelléeDagcapiciouportede 
la montagne, cette ville eft la demeure dvn Pacha, 
qui a peu de milice, elle eft delà grandeur de Florence, 
baftie proche le Tigre qui ne porte point batteauiuf- 
quesàBagdat, mais les Arabes comme i'ay dit en vn 
autre endroit lient enfemble plufieurs oultres pleins 
de vent, & les chargent de fruiéh & autres choies 
qu'ils tranfportentaMouflbl&Bagdaf. DiarbeKer a 
efté fortifié par les Romains,fes meurailles font à la fa- 
çon d'Europe & a quatre portes principales. Dans cet* 
te Ville l'on fait la plufpart desmarroquinsde Leucnt 
que l'on tranfporre en Europe, & les fourrures de loup 
blanc, renards, fchekales & autres animaux s'y ven- 
dent à vil prix, il y a vne million de Francifcains, Soc- 
colantes entretenus par la Congrégation de Propa- 
ganda Fide de Rome pourla conuerfion du peuple. 

Eftant aduerty que noftre milice vouloit leuerle 
Camp pour Conftantinople, ie fis porter mon bagage 
dans vn petit village peuplé d'ArmeniensprocheDiar- 
beker, & loué vne chambreauec refolution d'attendre 
la première Carauane qui partiroit pour Alep , ou 
pour Kilifa. Le doiiannier de ce village qui eftoit vn 
infâme Neftoricn , vint dans ma chambre faire grand 
bruit, difant qu'il eftoit neceflaire que ie retournante à 
Diarbcker pour faire voir mes facsau Grand Doiian- 
nier , ie luy refpondis que ie nauois rien qui deuft 
doiïannc que tout mon bagage eftoit de hardes & ve- 
ftemens pour ma perfonne, il me diftarrogamment 
qu'il ne failloit pas moins en payer la doûanne,ie luy 
demandé s'il eftoit Manfulman, parce que fon turban 



Du Sieur de la Boullaye^le-Gouzi! ]ly 
cftoit minime, & ne manquoit point fa Religion, il 
me répliqua que non, & qu'il cftoit Giaours comme 
moy,ieluychantayiniuresrappcllantchien,^prnard, 
infolent, race de Iuif,&Kiafïcrqui fignifie homme 
quin'apasplusdcconnoiflancede Dieuquvne befte 
à quatre pieds , que ie le payerois ou le ferois payer 
de bonne forte de la doiïanne qu'il vouloic exiger in- 
iuftement, & le fortide ma chambre par les eipaules, 
&reuins au lieu oùeftoit IcCampdesIannifîaires,& 
priay vn Turq natif de Bagdac, auec lequel i'auois beti 
ôc mangé pendant le voyage, lequel me croy oit nep- 
ueu du Topgi Bachi de Bagdat de rn'aflifter & me 
feruir dans ce rencontre ce qu'il fit volontiers , ôc 
vint auec moy dans le village , où i'auois pris m* 
chambre , nous fufmes à la place publique , ou ce co- 
quin de Doûannier s'éparpilloit la rate, ôc s'amu- 
fbit à goguenarder auec quelques fiens compères , ic 
l'indiqué à mon Turq, lequel approchant de luy,luy 
tint ce difeours, tu veux donc ô chien &infidelle 
Iuif , prendre doûanne des habits de ce Frank , ie te 
dis c'eft le nepueu du grand Maiftrc de raitilleriedc 
Bagdat, lequel a vntimar du Sultan de «500. efeus 
derentejleDoùmnicr Ncftonenrefpondir, demy- 
mort , ô mon grand Seigneur ie ne luy demande 
rien,ileitvray qu'il a beaucoup de hardes^ alors le 
Turq luy prenant la barbe luy mi(l la tefte en terre, 
& luy arracha vne poignée de poil , luy donnant en- 
fuitte quelques coups de pied dans la face, comme ie 
me trouuois fatisfait; ie priay le Turqdelelaifler, 
que c'eftoitaffez; non, me répliqua le Turq, ce n'eft 



3 1 s Les Voyages £g> Obfermtions 

point afTez, ic luy veux faire donner des coups de 
bafton fur la plante des pieds par le commandement 
du SounnagiMofla^ubienilmonftreraqueldroicl: 
il a de demander doiïannesdes veltemens d vneper- 
fonne comme toy qui mange le pain du Sultan 3 il 
appella deux Ianniflaires , & leur dift, ie cite ce Kiaf- 
ferdeuant l'Aga Mo lia; ledoiiannier le fupplia, & 
moyauffide luy pardonner, parce que i'eftois bien 
aife de ne point faire efclatter que i'eftois nepueu du 
Topgi Bachi , de crainte que l'on euft defcouuert le 
contraire , & qu'on m'euit fait auanie , il le laifla à 
ma prière ; ie demeuray depuis paifiblement dans ce 
village, ce doùannier me faifant de grands falams, 
ou faluts àla Turque , par tout où il me rencontroit, 
ie pris cette vengeance afin qu'vne autresfois ils por- 
tent refpecl: aux Franks , lefquels ont des amis par 
tout,& doiuent eftre confiderez auec refpe&s par 
telles canailles de Neftoriens. 

Fin de U féconde Partie. 




TROI 




TR0IS1ESME PARTIE 

DES VOYAGES 

£T OBSERVATIONS 
D V S 1 E V R. 

DELA 

BOVLLAYE-LE-GOVZ- 



VOTACE BE THAKBEKEK A F, 

Biré , auec l'origine des Tarcomans , leurs 

conque/les, Religion çf gouuernement. 

CHAPITRE PREMIER. . 

I 

i 

E feiziefà*e : Septembre ie pris IaKarauanc 
d'Haie^, a>yanc appris que l'on auoit pendu 
vnlinfopj^le grand Kakan de la tribu 
de Leuy, le plus abominable doiianoier qui 
ait iamais efte en Halep , il faifoit pendant fa fk milles 
cruauté? & extorfions aux FranKs, qui venoient de 
Perle, ou des Indes Orientales , il les faifoirappliquer à 

Tt 




3jo I es Voyages & Obfe?uation$ 

la queftion, pour leur faire aduoùer qu'ils auoicntdes 
pierreries , Se fouftenoic fauflTement , qu'il auoit 
lettres daduis de la quantité des diamans qu'ils por- 
toient; s'il euft efié viuant , raurois pris la route de 
Smirne, Se me ferois gardé de tomber entre les mains de 
ce Tyran; nous cheminafmes fix iours dans ledefert, 
&trouuafmes tous les deux iours des villages de Tur- 
comas obeiflans. Le é.nous trouuafmes vne embuf cade 
de 40. à 50. Turcomans parfaitement bien montez, 
auec vne vingtaine de chameaux lefquels attendoient 
noftreKarauanepourtadeftrouiïer,& tenoient leurs 
chameauK tous prefts pour charger quelques ballots 
des plus précieux, Se gagner le dclert; nous les apper- 
ceufmcs de defTus vne colline , la Karauane fit alte , Se 
nousaduançafmes 50. hommes armez d'arquebufes & 
de flèches, Se leur ayans fait vfte de{charge,ils firent 
fauuer leurs chameaux par le defert, & eux demeurè- 
rent à cheual de tous les codez de noftre Karauanne, 
caracolans hors la portée darquebufe& de la flèche 
faifans fur terre ce que les corfaires font fur la mer , lors 
qu'ils ne font pas les plus forts , Se n'ofent attaquer 
quelque gros vaiflfeau de crainte des canons , 
Turcô- Les Turcomans mènent vne vie ruftique, & font 
mans< defcendusdeScytieougrande^T.aâariejOÙ ayans pris 
leur habitation vers le mont .Irc^o.nfo& demeuré fort 
long-temps après la diuifio^^,nations,&diuerfité 
dcslangues arriuées à la Tour'ckNembrot , ou de Ba- 
Hordes bel, fc multiplièrent, & diuiferent en plufieurs Hor- 
fignificenjçj j e f açon QU > { [ ] eur fallut diuers Chefs pour les 

multitude gouucrnerjrkfquels ialoux les vns des autres, les plus 



Du Sieur de la Boullaje le-Gou7^ 3jl 

forts obligèrent les plus foiblcs à s'enfuir de leur pays 
natali entre ces exilez furent lesSelgioukis, qui s'em- 
parèrent dvnepartie de l^Armenie,puisOfmanfucceda 
aux Chefs desSe!gioukis,& s'empara de I'Afie mineu- 
re , fondant le fiege de fon Empire à Bitinic appelle 
Bourfia par les ïurqs à trois ou quatre iournées de 
Conftantinoplei &fesfucceffeurs te font emparez de 
la Grèce , de la petite Tartarie , de la Barbarie, Egypte, 
Paleftine, Kaldée, Arabie deterte, d'vne partie de la 
Hongrie, &E(cIauonie,de toutes les Illes de la mer 
Egée , de mer rouge , & rendu le Prince de Mingrelie, 
& la Republique deRagufe tributaires. D'autre Chef de 
cesBanniss'eftansiettez versGhillan & Tau ris ,fe font 
auflî extraordinairement multipliez , parce qu'ils 
auoientemmenéaueceux tous leurs fujets., & fe font 
emparez de la perle. Schah lfmael Sophi fut l'Autheur 
de cette inuafion, fous prétexte de Religion, & infa- 
tua de fa perfonne tous (es compatriotes , s'accommo- 
dant à leur foibleffe 5 il leur perfuada qu'il eftoit allié de 
defeendu de Hali , & que la Religion Manfulmane 
auoit befoin de reforme ; pour cet effet il fit traduire 
l'Alkoran,& reietta tous lesCommantairesdes Pères 
delà MofKée,{ouftenant qu'il* y auoit la metme diffé- 
rence entre luy & Mahomet , qu'entre vn pot entier , 
&des têts, & pouffa fi adroitrementfa pointe, qu'il de- 
ftruifît la Loy des Parfis, fe fit Roy des Kefelbaches à 
l'aagcdeéo.ans, &laiffa l'Empire des Pcrfansàfesfuc- 
ceffeurs. Vne autre famille eftanc defeenduë au 
Royaume d'Iufbeg , s'en eft pareillement emparé auec 
le temps: EcTemurlan,parfrenier d'vnChef de ten- 



33 * Les Vojagestf Obferuations 

tcs'efleua parmy cesnouueaux Âtheletesde cette fa- 
çon, les Turcomans de la horde de fon Maiftreeftans 
conuenus pour vn prix que l'on deuoic gagner à la 
courfe de cheual, fe ren dirent au Heu aflîgné, montez à 
qui mieux mieux , & Temurlan ayant furpafTé tous les 
autres fut efleu Roy, &c comme ce icu fe faifoic pro- 
che dvn village, les paifans s'eftans armez, ne fçachanc 
le deflein des Turcomans , parurent en eftat de def- 
fencej mais les Turcomans croyans que c'eftoit tout de 
bon,&queIespaïfanslesvouloientfurprendre, feiet- 
terent fur ces villageois, & les ayansmis en route pil- 
lèrent leur village; Temurlan dit alors à fes compa- 
gnons , quelle difficulté auons nous eue pour piller ce 
village, où nous nous fommes tous enrichis, poffible 
aurions nous moins de pdne à en piller d'autres: Ec 
ayant reiïfïi dans la deftru&ion de plufieurs autres, eut 
tel crédit parmy cesnouueaux conquereurs, qu'il leur 
fit faccager vne partie de TAfie,& porta fes conque- 
ftesiufques aux Indes Orientales, où fes fucceiTeurs que 
Ton appellent Mogols, dominent àprefant plufieurs 
Royaumes: Voila en partie les conqueftesdes Turco» 
mans j difons quelque chofe de leur vie & façons de 
faire. 

Il fort encor tous les iours des Turcomans, ou Pa- 
yeurs des hordes de la Tartarie, mais n'eftans point 
f oufTerts fur les terres du Schah, ils habitent où ils peu- 
uent, &principalementoù ilyadesdeferts& lieux de 
pafturage , ou fur les montagnes , il y en a en fî grande 
quantité dans le Royaume d'Iufbeg, que le Roy ne les 
enapeuchaffer, & dans la Turquie le Sultan des Ot- 



T)u Sieur de la BoulUye-le-Gou&. 333 
tomans leur enuoye vn Aga , ou commandans de la 
porte , aymant mieux (e dire leur prote&eur 3 que d'en- 
treprendre la guerre contre eux , ôc les auoir pour enne- 
mis. Entre Tokhat & Diarbeker, & aux enuirons, Ton 
fait copte qu'ils font plus de 40000. tous amis Ôc con- 
federez,maisdiuifez par familles > comme les Arabes 
du defert,& comme eftoient autresfoi's les Iuifs par 
tribu à leur fortie d'Egypte : Ils font tous Manfulmans, 
comme les autres Tartares, lefquels ont embralTé la 
fec"te de Mahomet, fous le Pontificat d'Innocent IV. 
Souuerain Pontifice, lequel enuoya fes Nonces pour 
lcsconuertir,mais lesSarrazins leur ayant remonftré 
par AmbalTadeurs que !a Loy des Chreftiens eftoit 
propre pour des fainéants, des idiots, & des idolâtres, 
Ôc qu au contraire celle des Manfulmans eftoit rem- 
plie de volupté, & de generofîté: BathiKan perfuada 
facillement à ces peuples belliqueux vnc Religion qui 
ne refpire que le fang pour deflruire ôc fe foufmet tre les 
autres peuples de différente créance. Ils font peu in- 
ftruits à la lecture des Liures,ils ne s'addonnent qu'à 
nourrir leurbeftail,& àdcftrouiTer les Karauanes,ou 
enleuer,& piller quelque village, où Ton leura rcfufé 
du grain pour de l'argent, parce qu'ils ne font point 
de malâceuxqui lesfouffrent, & leur (ont amis. 

Ces peuples (ont extrêmement vaillands, forts, & 
robuftes,c(rans nourris à la fatigue dés leurs ieuneiTe: 
ils n ont quel'e(pée, le bouclier, ôc la picque pour ar- 
mes j mais font bien montez, ôc très bonscaualiers. 
Ce mot Turq Turqler, Turcoman ou Turcomanler 
fîgnifiepaftcurs,païfans, ou gens de la campagne, raU 

Tt iij 



554 Les Voyages çtf Obfemations 

(on pourquoy les Ortomans veulent que Ton les ap- 
pelle Ofmanleus, ou Manfulmans,qui veut dire gens 
de la famille d'Ofman } ou vrais croyansen Dieu, quoy 
qu'ils appellent leur langue Turchi dili , exemple, Tur- 
cbi bilourmifen , fçais-tu le Turq , Turchi bilmen Sul- 1 
tanem^enefçaypasleTurq Monfieur. 

Le vingt- quatriefme du mefme mois le douannier 
d'Orfa vint prendre Ton droid de IaKarauane, & le 
vingt- feptiefme nous arriuafmes au Biré petit Cha- 
ftcau de Karamanic, bafti par les anciens Romains à 
I'EfldeTEuphrate^upied de cette fortereffe le long 
dufleuue il y a vne petite ville, laquelle fe ferme par 
deux portes , il y a douanne eftablic. 

Voyage de Bir ou Birè en Halep. 
Chapitre II. 

L'OnvifîtanoftreKarauane au Biré, il y a dan- 
ger d'y eftre conneu pour Frank, de crainte d'a- 
uanie, i'ypaflay tres-heureufement & remis toutes 
mes hardes entre les mains de mon muletier Arabe, 
lequel les fit pafler pour fiennes, & moy eitant veftu 
à la Turque parlant médiocrement la langue, ie ne 
fus point reconneu pour homme d'Europe; nous 
campafmcs de l'autre cofté de la riuiere oùlanuicl: 
lesTurcomans nous attaquera nt,& tuèrent vn hom- 
me de noftrc Karauanc , il fait bon en ces occafions 
eftre campé dansle millieu delaKarauane, maisvn 
chacun n'y peut pas eftre non plus que dans la mar- 
che. 



Du Sieur de la BouïUye- le- ÇouT^. s ? 5 

Ledeuxiefmeiournousmarchafmes 8. heures ôc 
campafmes dans le defcrt. Le troifîefme noftre Ka- 
rauane fe dhiifa, vne partie priffc le chemin de Kilïfa, KilifaI 
petite villeàvneiournéed'Halep^ucoftéduNord, Halcp. 
& l'autre celuyd'Halep,où nous arriuafmes le fixié- 
meiouràdix heures du matin, ie me fis conduire au 
logis du fieur Bonin Conful de noftre nation en Su- 
rie,lequel me demanda en particulier,ii i'auois quel- 
que chofe qui deuft payer doiianne ou faire con- 
noiftre que ie venoisdeslndes., oudePerf^maref- 
ponfe, que ie n'auois aucunes marchandifes, feule- 
ment vnark,& des flèches de canes d'Inde &vne ef- 
péc de Pcrfe, ilenuoyaquerirlesdoiïanniers,&ce-» 
pendant fit deftourner mon carquois , mon ark , ôc 
mon efpée, & les doiianniers eftans venus me fouil- 
lèrent par tout ^demandèrent au Sieur Conful qui 
i'eftois, il leur ditquei'eftois Médecin & venois de 
voyager de Bagdat, Diarbeker,ToKnat ) & Conftan- 
tinople où ï auois fait quelques cures, &guary plu- 
fîeurs malades , ils fe payèrent de cette rcfponcc fans 
me rien demander, ny me faire auanie. 
Alcp,ou'pluftoft Halep,ou Halap,capitale de Syrie 
eft de la grandeur de Lyon, c'eftoit autrefois l'abord 
de toutes les marchandifes quifetranfportoient de 
Perfe ôc Indes Orientales en Europe, comme foye, 
rubarbe, femancine, efpiceries, & autres drogues, 
mais depuis que les Danois, portugais, Hollandois 
Ôc Anglois ont trouué moyen de conduire ces mar- 
chandifes par le Cap de bonne Efperance , cette pla- 
ce eil anéantie comme tous les autres ports de Mer 



3,6 Les Voyages (f Obfemations 

du Sultan, où les doiiannesluyrendoient de groffes 
fommes : & dans ces dernières guerres de Candie il 
a aflez fait voir fon foible contre l'eftime que l'on 
auoit conceuc de fa puifTance & grandeur. Dans 
Halep il y a vfi beau Chafteau demeure du pacha qui 
Atexan- P re ^a la qualité de Beglerbeg. Cette ville eft trois 
djette. iournéesdela Mer oud AlexandrettequelesTurqs 
appellent A fkadaron, où les vailTeaux arriuent, & fe 
chargent de diuerfes marchandifes. 



Voyage cT Halep à Tripoli de Syrie. 
Chapitre III. 

IE pris deux mulles en Halep auec vn guide , le 4] 
iour i'arriuay à FranfaouKalaci , qui s'interpre- 
laci - te le Chafteau des François, autrefois bafti par nos 
généreux guerriers de laTerreSaincte, mais tombé 
entre les mains des Ottomans , auec plufieurs autres 
places par la diuifion des PrincesChreftiensJefquels 
préférèrent vnefaulce politique à leur Religion ; 6c 
PaccroiiTementde leurs propres familles à Teftablif- 
fement de la Foy, ie demeuray trois ioursdansvn 
beau Han au pied de ce Chafteau àcaufe du Pacha 
ArnauldouAlbanoisquifutfaitManfouldeTripo- 
li, de Syrie, & du nouueau Pacha, lequel campa auec 
fon équipage proche du Chafteau ayant plufieurs 
moufquetaires de crainte d'eftre aflailly par le Man- 
foul Arnauld fon beau père. 
Le quatrième iour ie me hazarday d'auancer pays,' 



Du Sieur de la Boullaye-le-Gouï^. 337 
&le lendemain ierencontray lePacha Arnaultqui 
preflbit fon voyage pour Conftantinoplc; ienïef- 
carte vn peu du grand chemin & mis pied à terre 
pour luy faire honneur , il auoit deux cens Caua- 
liers fort bien montez , il marchoit à la tefte, le 
foir nous netrouua''mespointcf eauoù mon guide 
pretendoit camper, les alternes eftoient feiches& 
fufmes obligez de cheminer toute la nuidliufqucs 
procheTripoli de Syrie où nous entrafmes le matin, 
ien'ay point enduré telle peine dans tous mes voya- 
ges que dans ces. quarante heures > pendant lesquel- 
les ie ne beus point , eftant tourmenté fi exceitïue- 
ment de la foif , qu eftant arriuèà Tripoli, ie beus 
tant d'eau, laquelle y çft très mal faine, que l'en pen- 
fay mourir, le chaud &c la poufïïere mincommo- 
doientafifez, mais les tourmans que i'endurois pour 
la foif m'empefchoient de penfer aux autres incom- 
moditez du voyage. 

Tripoli de Syrie que les Turqs appellent Scha.m Tri po t^è 
Trapoulouzi ou Tripoli de Damas, fut autrefois Sine. 
fortifiéparGodeffroyde BuillonRoy de ferufalem, 
mais a cité faccagée pluficurs fois parles Manful- 
mans 3 & nouuellement par 1 Emir FiKredin qui HmîrF Je- 
pretendoit fe faire Roy de la Paleftine , & fecouër le redînPrm 
ioue du Sultan & em-br .{Ter le Chriftnnifme par po- c 1 e, ,S ! i >lrc 

1- • b r C • rC- S dclaFoy. 

-litique pour le maintenir, ce qui a tait que Dieu 1 a 
abandonné & mis entre les mains des Ottomans^qui 
l'ont fait eftraneler comme rebelle & traiflre aux 
commandemens du Sultan. 

Les raretez de Tripoly font les fontaines que Ton 

Vu 



33$ Les Voyages ç$> Obfemations 

y voit en fi grande quantité , qu'il n'y a aucune mai- 
fon,ny mefme aucune chambre où il n'y en ay CjFon 
voit dans vnc vieille mafure vne eftoile de pierre, de 
la figure de celle du Scorpion que 1 antiquité a ré- 
puté ralifman contre les bcorpions, parce cjue dans 
la ville il n'y a aucun defes animaux, mais hors les 
portes il y en a en abondance : D'autres ont creu que 
Tripoly a efté baftie fous le fignedu Scorpion > ie 
croy qu'il pourroit pluftoft y auoir quelque antipa- 
thie naturelle entre les Scorpions,& la matière dont 
font bafties les maifons^ie paiîe icy le remède qu'ont 
les Arabes pour guarir ceux qui (ont picquez du 
Scorpion,nelepouuanc mefmeexpliquer ercparol- 
les couuertes pour la bien feance & l'honnefteté 
qui me le deffend, qui toutefois eft fondé en la na- 
ture^ m'a donné de grandes lumières pour F Aftro- 
logie & la fimpathie des fubieds du Caos fublu- 
naire. • 



Voyage de Tripoli au Mont Liban. 

Chapitre IV. 

Epris à Tripoli vn guide Maronite auec vne mulle 
& me fis conduire au Mont Liban, ie campéle foir 
y en nc. auprès d'vn village appelle Eden à deux lieues de 
Tripoli, où plufieurs croyent qu'eftoit le Paradis 
teneftre, mefme les Manfulmans, parce que dans 
l'Akoran au Chapitre delofeph, le Paradis eft ap- 
pelle Eden ; Les Arabes l'appellent Edenne , & ceux 



i 



Dtt Sieur de la < BoulUye-le-Gouz>. 33* 
•qui l'habitent comme ceux du Mont- Liban font 
Catholiques Romains , il y a dans ce village vn ho- 
fpice de Francifcains de la famille de lerufalem, 
mais il n'y a point de Religieux, il yavn Euefque 
Maronite, duquel ie fus baifer la main , lequel me 
confeilladenepasaller voiries Cèdres parce qu'il y 
auoit des volleurs & deux partis formez entre les 
Maronites 3 lefquels feiaifoient mille maux les vns 
aux autres , ie me fié dans mon bon- heur, & n'ayant 
que peu d'argent fur moy ie me hazarday. 

Le lendemain matin ie partis d'Edenne, & pris 
encor vn guide, parce que les Cèdres font difficiles 
à trouuer , ie marché vne bonne heure, & rencontré 
quatre Maronites le cimeterre & poignard au cofté, 
le moufquet fur l'efpauie & la mechc allumée des 
deux bouts , ie creus eftre volé, ils me demandèrent 
qui i'eftoisjie leur dis que i'eftois François Catholi- 
que Romain, que i'alois vifiter leur patriarche à 
Cannobin & defîrois palfer aux Cèdres pour voir 
ces arbres tant renommez dans les Sain&es Efcritu- 
res; ils me laifîerent pafTer & aller en paix, & me 
donnèrent aduis de ne pas demeurer long-temps 
fous les Cèdres, de crainte de rencontrer de leurs en- 
nemis ou quelques drugesqui me pourroient faire 
du mal. le cheminay vne autre heure, mon guide 
de Tripoli me pria d aller à pied iulques aux Cèdres, 
& qui! m'attenderoit dans vn petit village qui eft au 
pied de la montagne des Cèdres, ayant peur de per- 
dre fa mulle, ce que ie fis volontiers, cV allé auec mon 
fécond guide fous les Cedres 3 lefquels ieconfideray 

Yuij 



H° Les Voyages ç$ Obferuaîions 

amonaife, i'en cueilly quelques pommes pourap- 
porter en Europe, Ton die que ce fruid mis dans vn 
coffre auec des habits empefche les teignes de s'y 
engendrer. 

Cétarbreeft delà gro{Teur& hauteur du noyer, il 
à Tes fueilles èc fon fruicl: droit vers le Ciel & eft 
d'autant plus rare que Ton tient qu'il n y en a en au- 
cun lieu du monde qu'au Mont- Liban, toutefois 
Fernandes Mendefpinto dit dans fe> Voyages, en 
auoir veu aux confins de Chine vers le Thebet, l'on 
dit que le bois en eft incorruptible , & que la Croix 
de lefus-Chrift en eftoit faite, celuy des vieux Cè- 
dres ell fort Odoriférant, mais celuy des ieunes n'a 
aucune fenteur,i'en conté n, &vn quelepatriarche 
des Maronites a fait mettre à bas pour faire vne 
chaife patriarchalle, i ay veu des gens aflez fup^r- 
ûieux pour croire quel onne lespeutconceràcaufe 
que tous ceux qui les ont veus ne s'accordent pas 
dans le nombre & qui vient de ce que l'on en coupe 
quelquefois, les petits font en très-grand nombre: 
mais il faut plus de 2000. ansdeuant qu ils (oient 
venus à perfection; Salomon filsdeDauid a eu par- 
5.desD.ois faîte connoiflance de cet arbre ; Voicy ce qu'en dit 
4 ' 53 ' la 5ain£te Efcriture, il difputa depuis le Cèdre du 
Liban , iufques à lhifope qui fort de la muraille; 
î.Roys Pourquoy ne m'edifficz-vous pas vne maifon dé 
Cèdre II y a vn autel au p ; edd'vn de ces arbres,& les 
Maronites ont lepriuilegedeConfacrer fur vn ais 
de Cèdre qui leur lert de pierre benifte. le defeendis 
vne montagne & joignis mon mulettier, lequel 



Du Sieur de la Bonllaye-U'Gou&. 3+i 
i'enuoyé à Canobin demeure du Patriarche pour m'y 
attendre, & pris mon chemina pied pourvoir en paf- 
fmt le PereCeleftin CarmcDcfchaud Miflionnairc,ic 
defeendis vne heure durant vne montagne fort droit* 
te , & apres m'eftre repofé chez le Père Celeftin ic pris 
le chemin de Canobin qui en eft efloigné demie lieue 
où i'arriué, c'eft vn Monaftere bafti dans leRoq^u 
pied duquel eft la riuicrc des SS.ainfiappellée, parce 
qu'il y a eu quantité deSS.Hcrmites,qui en ont beu 
de Peau, elle eft fi froide que le poifTon n'y peut viure. 
Le Patriarche des Maronites eft efleu par le peuple, 
ôc confirmé par le Pape , lequel luy enuoye fes expedi - 
tionsgratis,& quelques prcfcnsjila au deflous de foy 
des Euelques & Archediacres, ils officient en langue 
Syriaque, &fe tiennent de bout; ou s'appuyentfurvn 
bafton en faifansleurs prières , les Preftres font mariez 
pour la plufpart , parce que les hommes mariez peu- 
uent eftre Preftres. Ce S. Patriarche ayant appris que 
i'eftois François & connu en Cour de Rome , me fit la 
meilleure réception qu'il pût , voulut que ie demeurai- 
le deux iours à Canobin: la dernière fois que ie mangé 
auecluyilmedonnafa bénédiction, & à toute ma fa- 
mille , & me pria dé cOllfi jerer combien i'auois d'obli- 
gation à Dieu de mauoir fait naiftre Chrefticn ,& que 
?eftois obligé à fuiure la créance de mes pères -, ie luy 
refpondis que i'auois à remercier Dieude deux chofes , 
de mauoir fait naiftre Chrefticn, & naiftre homme, 
toutesfoisque ic n'eftois pas Chreftien, parce que mes 
parens l'eftoiént, mais parce que ieconnoiffois que c'e- 

ftgit la meilleure vdy e pour aller à Dieu j il me chargea. 

Vu ili 



34* Les Voyages çf Obfemations 

enfkitte de quelques lettres pour l'Eminentiflïme Car- 
dinal Capponi,auec promefle que ieluy fis de les fai- 
re remettre à fonEminence par l'Abbé Capponi (on 
nepueu. 

. De Canobinic retourné à Tripoli, & fus obligé de 
grimper vne heure vne montagne , iufques à vn Con- 
uent deCaloiers Grecs, le foir ie campé proche vn pe- 
tit village, & fis cftendre mon tapis fousvn oliuierjà 
peine fufie afïïsque le Curé me vint prier deftre aux 
nopees de fon nepueu, qu'il pretendoit luy fucceder 
dans la Cure, lequel prenoit à femme la fille du ScheK 
du village,ie ne manqué de m'y trouuer; il yauoitdeux 
tapis eftendus par terre, l'vn pour les ho m m es, & lou- 
tre pour les femmes, & la principale réjoiiiflancecftoic 
de deux garçons qui chantoienr parfaittement bien: 
Le lendemain i'arriuay à Tripoly , & pris congé des 
Capucins François, & Recolets Italiens Millionnai- 
res , & de quelques Marchands de mes amis qui y ache- 
ptoienc des foyes. 



Voyage Ae Tripoly de Syrie à Uamiette. 
C^AP, V. 

DE Tripoly ic m'embarque fur vn vaiffeau Grec 
pourSaide,lcmefmc iour de mon embarque- 
ment nous mouïllafmes à Berout ville fort ancienne^ 
d'où vient la meilleure foye,les François ont îeuls ce 
négoce , & celuy de Tripoli , & de Saide , il y a vn hof- 
pice de Capucins François. Le lendemain matin nous 



Du $kur de la Bôullaye* le- Gou&. 54 ] 
arriuàfmesàSaideaucresfoisditteSydon, ville fondée s a iJe. 
parlepremierfilsdeCanan^où ily a quantité de mar- 
chands François , & deux Conuens de Religieux Cipu- Gencf i : 
cins&Recolets J & vnemaifon delcfuittes: Cette vil- 1 5- 1 ^- 
le n'eft efloignée que cinq tournées de Ierufalem ,1e fus 
diuerty d'aller vifiter ce Saint lieu par quelques perfon- 
nesqui me donnèrent aduis fecrettes des auanies que 
l'on m'y vouloit faire , à caufe que ie venois de Perfc Se 
des Indes, & que l'on mefoubfonnoit dauoir desdia- 
mans;deplus que les Ifpahis &IannifTaires eftans en 
guerre ciuille, il ny auoit pointde feureté, outre que 
ie ne verrois point la noiir , qui eft le feu facré des 
Grecs, qu'ils croyent venir du Ciel ,&; eftre la marque 
de Tinfalibilité de leur Religion, ny le mont Syon , ny 
le fleuue du lordain,parce que pour voir routes ces cho- 
ies il y faut eftre à Pâques, i'aurojs eftécontraincl: d'at- 
tendre trop de temps , & ne point voir l'année Sainte à 
Rome, ce qui m'obligea d'aduancer mon retour en Ita- 
lie par l'Egypte. 

A près 15. iours de féjour à Saide , ie m'embarque fur 
vn Karmouffali ou barque d'Egypte, & arriué à Tir Tir: 
ville fort ancienne, appellée Sour par les naturels,fon- 
dec par Tyrias fcptielme fils de Iaphet ; elle fut autres- Gen,ïo ' 2 ' 
foisfaccagée par Alexandre le Grand: i'ay remarqué 
dans la Bible queSalomon fils de Dauid auoit grande 
amitié aucc le Roy de cette ville , nous y chargeafmcs 
en deux iours noftrc Karmouffali de bois pour Dj- 
miette , de Tyr nous arriuafmcs en vnc nuict à Sainâ: Saind: 

t rv * .-il f Ican Da- 

lean Dacrc, ou nous mouillâmes: cette place eftoit crc„ ~ ' 
autrefois poiTedcc parles ChcualicrsùcRhodcs,qui ne 



t 



- 3 4 4 Les Voyages çf Obferuations 

la pcurcnc dcffcndrc contre les Manfulmans: Proche 
S. Iean Dacre eftNafaret, d'où l'on tient que la mai* 
fon de Lorrette a efte tranfportce en vn inftant parles 
Anges y fans paffer par aucun lieu , ce que les Théolo- 
giens difcnt pouuoir arriuer , parce que l'Ange agif- 
fant par fon intelligence, le corps ne luy peut refifter, 
: eftantd'vnc nature inférieure, de façon que G TAngc 
entcndoitquelaBaftilîe de Paris fuftà Rome > elle s'y 
trouueroit en vn inftant , mais les Philofophcs ont 
pour principe que ce qui peut toucher, oueftre tou- 
ché, mouuoir ou eftie meu, doit cftre corporel, ôc que 
l'intelligence d*vn efprit feparé ne peut mouuoir le 
corps fansyeftrcvny,encor dencceuués'accommo- 
deroit-ilà la nature du corps, qui eft de palier par vn 
millie u } pour eftre meu d'vn lieu à l'autre. Sain£t Icaii 
Dacre eft Pachalaix comme Tripoly de Syrie ; mais 
Saide ôc Berout font places d'armes où il y a feulement 
des Capitaines jCeluy de Saidereleue du Pacha de Da- 
mas. 

De Saint Iean Dacre nous pafTafmes à la veuë du 
Mont- r Mont- Carmel, qui eftvn promontoire entre S. Iean 
Carme;. £> acrc & J^ffa: Le lendemain nous iettafmes les an- 
chres à Scffct dit IatFa par les Francs , efloigné deux 
iournccsdelerufalemrdans tous ces ports de mer il y 
a Gaffar, lors que l'on y met pied i terre, qui eft vn 
tribut que les Manfulmans prennent de force des 
Chreftiens &des luifsqui arriuentdans ces villes par 
xncr, ou par terre , difans pour raifon qu'ils empef- 
client qu'il n'y ait des voleurs; le Gaffar de Sour eft de 
quatre rcalles ,ôc celuy de Sefet de quatorze. 

DeSefet 



JDh Sieur de MBoullaye-le-Gouz,. bas 
DeSefet nous fifmes voyle vers lemboucheuredu 
Nil , où nous eufmes beaucoup de peine d'arriuer, par- 
ce qu'il s'efleuavn vent fi furieux que nous penfafmes 
périr j nous auions dans noftre bord vn Docteur Ara- 
be, qui efcriuit quelques partages de l'Alkoran, & les 
ietta dans la mer, mais cela ne fit aucun effet, il s'en 
prift à moy , & me dift que iauois toufiours leu ou ef- 
critfurlevaifTeau, & auoiscaufé cette tempefte, mon 
excufcfut,que i'auoisleu ringildeIefus,&leTaurat 
deMoyfe,liuresquel*Alkoran approuuejil me me- 
naça de me ietter dans la mer fi ie lifois dauantage. 
Cette tempefte finie nous eufmes de rechef bon vent, 
& fufmes remorquez par deux groflfes barques dcDa- 
mictte, Iefquellcs tirèrent noftre Karmouflah iufques 
où il pût monter, parce que les vaifleaux chargez ne 
peuuent entrer dans Damiette,à caufe qu'il y a peu 
d eau dans cette emboucheurc, noftre vaifleau ayant 
ictté les anchres , les deux barques chargèrent partie de 
lamarchandife,& tous les pailagers, & firent voyle: 
Nous montaimes le Nil , & trouuafmes vn petit 
fort que gardoient quelques lanniflaires Ottomans 
du cofté du Leuant dans la terre ferme, & pourfuiuans 
noftre route nous arriuafmcs à Damiettediftantedeux 
lieues de 1 emboucheure du Nil, fa grandeur eft égallc à 
celle de Ligornc , fon aflîete eft à l'Eft du Nil , (on traf- 
fiq eft la caffe , laquelle eft prefque toute enlcuéc parles 
Vénitiens, il ny a point d'échelle formée pour le né- 
goce des Franks, feulement tous les ans if y defeend 
quelque Vénitiens du grand Kairc poury achepter la 
çafle» 

Xx 



1 4 4 Les Voyages & Obfermiions 



Nil 



Voyage de Damiat au Kaire par le Nil. 

Chap. VI. 

IE pris àDamiat vnepetite barque exprès pour moy 
pour monter le Nil, & aller au grand Kaire , à caufe ' 
que les Manfulmans de Damiette font les plus grandes 
canailles de la nature, & ne veulent en aune façon que 
Ton life , ny que l'on eicriue fur les vaiffeaux où ils paf- 
fent, & m'auoient menacé de me ietter dans la mer, 
lors que nous eufmes vn peu le vent contraire entre Se, 
fet & Caftel Pelcgrine ; les Turqs ont vn brocard pour 
exprimer trois fortes de vauriens , Bcrout Giaoui i , S ai- 
dong Chifouti, ve Damiat Mahlulmani, qui Veut dire 
Chreftien de Barut,IuifdeSaide, & Manfulman de 
Damiette. 

ïe fus tf.iours à monter le Nil, lequel eft bordé cl vn 
grand nombre de villages de tous coftez , où il y a for- 
ce peuple ; cette riuicre a deux emboucheuresprincipa- 
les , Damiette , & RofTet > & vn canal artificiel , par où 
Ton l'a fait aller en Alexandrie lors que fon lit eft plein; 
fa largeur eft efgalleàcelle de la Seine auprès du Mail 
de Paris , qui peut reuenir à la diftance qu'il y a de l A arK 
dcPortugalà lacolomne deSaincT: Paul, qui eft dans 
la piazza colomna à Rome, elle eft rapide, quoy que 
Ton la monte à la voille affez facilement auec vn peu 
de vent , fon eau eft fort faine, mais extrêmement trou- 
ble , ce qui eft caufe que venant à inonder le plat pays, 
elle y laifTe beaucoup de limon qui engraiffe la terre *, 1<* 



*Du Sieur de la Boullaye4e~ GouZjI i 47 
temps de fon accroilTemcnt n'eft point autre que celuy 
des pluyes en Ethiopie, & Indes Orientales, fçauoir 
depuis Iuilletjiufques à la fînd'0£tobre,eét accroif- 
fement fc faifanc en Efté afemblé merueilleux à plu-' 
fieurs perfonnes qui n'en ont peu trouuer la caufe pour 
nel'auoirpasbien recherchée, parce que peu de gens 
ayans voyagé par terre entre les tropiques , l'on n'a pas 
fçeu qu'il y fait de la pluye quatre mois l'année ce qui 
fait gro (fi ries fleuues qui y prennent leurs fourecs jic 
me fuis eftonne de ce que tant d' Autheurs font les Hi- 
fioriens des chofes qu'ils necomnoiflentpas ., i'ay pour 
ma fatisfa&ion particulière recherché ce qu'ils ont dit 
de cet accroiflement , & les caufes qu'ils en ont appor- 
tées , i y ay trouué vne fi grande contradiction , que ic 
croy qu'ils n'en ont efcnrque fur de faux mémoires., 
parce que quelques- vns ont aduancéqucc'eft la grand' 
merdes Indes, qui eftant plus haute que laMediterra* 
née va par deflbus terre dans vn grand lac marqué dans 
les cartes Géographiques, d'où le Nil prend fon origine 
& fa fource; quelques autres ont maintenu auec opinia- 
ftreté que les neyges qui font en Ethiopie venansà fc 
fondre au Soleil caufent cet accroiflement du Nil, fim- 
plicitc laquelle il fâUt pardonner à gens qui ne fçauent 
pas que dans la zone bruflée il ne peut auoir que fort 
peu de neyge ; d'autres l'ont attribué* a miracle , 5c ont 
dit que co m me il ne pleut point en Egypte , Dieu y fait 
inonder ce fleuue pour l'arroufer , & luy donner la fer- 
tilité, fi ces derniers font ignorans > ils paroiiTent de- 
uotieux,c\: attribuent les choies naturelles, defquelles 
ils ne connoiffent pas le principe àl élire indépendant 

Xx ij 



64$ Les Voyage çtf Obferuations 

outre qu'il pleut en Egypte , il y fait des rofées qui cou- 
urent la terre de deuxdoigs,& font capables de faire 
fondre le I cl de la terre pour nourrir les germes des vé- 
gétaux, & telles rofèes m'ont fort incommodé depuis 
Damiatiu(quesauKaire, àcaufe que ma barque n'e- 
ftoit point couuerte,ic me trouuois tout trempé les 
matins , l'eau ayant pénétré mes ta pis & couuerturcs & 
fi ic n'auois eu vne conftitution foi te & robufte, ie 
n'aurois pasefté fans plufîcurs maux de teftc,&ceux 
qui rapportenr tout au feu central, fouftiennent que 
cette inondation eft vne fueur du grand animal, qui 
le fait règlement en cette partie d'Afrique. 

Le NTrîxft appelle Gehon , par Moy fe, ainfî que plu- 
fieurs veulent, mais i'ay peine à croire que Moyfe ait 
entendu par Gehon le Nil , parce qu'il eferit que les 4. 
branches de la riuiere du Paradis terreftre s'appelloient 
§**! M?« Euphratc , Tygre , Phifon , & Gehon , & ie ne vois pas 
bien comme ils auroient leur fource en vn mcfme lieu, 
puis que le Nil vient de l'Ethiopie > & les autres d'Ar- 
ménie, & grande Tartarie. Leau du Nil eft extrême- 
ment bonne, &n'eftpascequicaufe les groflesBour- 
£es aux Egyptiens, mais le naitron dont ils fe feruent au 
lieu de fel&deleuain,ily a danscefleuue quantité de 
crocodils, ils ne font point de mal depuis le Kaire iu(- 
quesauxemboucheures, ôc les hommf ss'ylauent tous 
les iours fans qu'il leur arriue aucun accident. 

le mis pied à terre à Boulak petite ville où eft la 
doiianne du Kaire qui en eftefloignéc vn mille d'Ita- 
lie, ou ie m'achemine, ayant pris des aines fuiuant la 
couftume du païs pour me porter & mon bagage. 



Du Sieur de la 7ioullaye-le-Go'uz£ Uo 



L 



Grand Kùre. 

Chap. VII. 

E grand Kaire appelle Melîer Schchaiir afim par Méfier 
lesTurqs.eft la plus grande ville d'Afrique, les s ^ hcha j f r 
Jbgypticns 1 appellent Mcdinc, qui lignine la ville, îe grande 
leur ay entendu dire plufieurs fois, le longduNil,ante 4,' E gyp tc » 
roh Medine , vas-tu à la ville , pour dire vas- tu au Kai- de Meffcr 
re: Sa grandeur eftégalle à celle de Londres, le Pacha vient de 
portctitredcBeglcrbcg,ila T4000. hommes deguer- nio VHe- 
re, tant ianniflaires , que Ifpahis pour la garde d'E- breu. 

gyp tc - 

Il y a vnChaftcau où Ion voit plufieurs belles co- 
lomnes, qui ont refté de l'antiquité ; dans l'apparte- 
ment du Chiaoux Bachi eft le puy de Iofeph, quenous 
deferirons cy-apres. Les rues n'y font point voûtées, p er e 
ainfi que plufieurs ont faucement eferit, l'on y trauail- Boucher 
le de iour comme aux autres ruesjla nuiâ il y a des lam- bouquet 
pes allumées dans les rues, pour eiclairer ceux qui vont Sacré. 
& viennent , hors la ville l'on voit de beaux ac queducs 
faits au defpens des lui fs, qui font puilTans dans ce païs : 
l'on y voit aufli vn cimctierejoùil y a quantité de beaux 
fepulchres,lef^uels les Turqs failoient alors garder par 
vne cfquoiiade de gens armez , qui y vont toutes les 
nuids de crainte que les Arabes ne viennent les rom- 
pre, pour fe vanger d'eux ,& leurs faire infulte. 

Le Kaire eft l'abord de toutes les Karauanes qui 
vont à la MeKque duNord , cV de l'Oucft , la ville eft 

Xx iij 



jj0 Le s Voyage s ç$ Ob fer nations 

affife à deux iournées de Sues premier port de la mer 
ROuge f où arriuent toutes les efpiceries desIndes, Se 
autres marchandifes de Giaide, Soiïaken,MoKa, A>- 
den,&c. & à trois iournées de Damiettc, Roffet 3 & 
Alexandrie, qui font trois fameux ports de la mer Mé- 
diterranée , elle eft proche du Nil , lequel s'enflan t pafle 
dans les baffes rues de cette ville > parce que les habitans 
coupent la digue au deffous de Memphis, laquelle ils 
appellent Calis , & font vne Fefte le iour que Ton 
l'a coupe, auec de grands prefens au Pacha. Entre les 
Reliques que les Manfulmans ont de leurs Prophètes 
la chemife de Mahomet , que l'on garde au Kaire, 
n'eft pas en petite confideration,iIs la portent en gran- 
de cérémonie à certains iours. 



Du Puys de Iofeçh. 

Chapitre VIII. 

LE fieur d'Anthoine, Conful de France en Egypte, 
ayant eu grand différent auec le Conful de la 
grande Bretagne , touchant la protection des Mei- 
finois , qui trafiquent en Alexandrie > le Pacha, en 
remift le différent à fon Quaia, Se Kafi Efkier > no- 
ftre Conful y fut fauorifé , Se fit prefent de quel» 
quesvcftes aux grands du Kaire, & Courtifans du Pa- 
cha, entr'autres au ChiaouxBachi> auquel il enuoya 
vne robe de fatinverd,& lefitpriercn mefme temps 
quVn de fes amis François de nation, pût librement 
voir le puys de Iafep, dont il eft Gardien ; le Chiaoux 



DHSieurdelaT$oHllaye4e-Goù£l $$l 
Bachi l'accorda^'eus ce bon-heur de le voir par la cour- 
toifie & ciuilité du fieurd'Anthoine, lequel fè porra 
gencreufement a obliger vn voyageur curieux: Nous 
deferironsdonc ce huicliiefme miracle du monde fui- 
uantque nous Iauons veu: l'arriuay au Chafteau ac- 
compagné dvn des IanniiTaires de la Porte du fieur 
Confuî, & pris à gauche, laifant à main droitte l'ap- 
partement du Pacha, donc 1 entrée c'ft difFerentejie (a- 
lue le Chiaoux Bachi, Sduy demandé permiflion de 
rechef de voir le Puys en ces termes ; Mon grand Sei- 
gneur , le Conful de France , mon Chef, m'a dit , i'ay 
permiflion du Chiaoux Bachi pour te faire voir lePuys 
de 1 ofeph , va au Chafteau & le falue de ma part , il te le 
laiflèra voir , il eft homme véritable, bon, vray croyant 
en Dieu,non menteur, & mon grand amy ; S'il te plaift 
donc,ô Sultan mon ame,& vray Manfulman, ie le 
verrayà cette heure eftant venu pour cela fi tu le veux. 
Sarcfponce,ô homme ie ne permettrois à qui que ce 
foit des Giaours de voir le Puys -, mais ie te disje Conful 
de France eft comme mon frère , & tout ce qu'il me 
demandera ie luy accorderay,prensvnde mescnfens, Erfl " c (e 
afin qu'il t'en monftrc le chemin j cela dit nous alla£ £ our ç CT i 
mes le long d'vne rue allez longue , & arriuaf mes à vne uiteur e * 
porte , qui eftoit fermée > laquelle le feruiteur du ulq * 
Chiaoux Bachi ouurit , & entrafmes dans vn petit jar- 
dinenclos, où eft ce Puys entaillé dans le roq de 64. pas 
de tour, il eft de figure quarrée, & a 132. marches, ou 
degrez iufquesau fond : mais fa largeur ne va que mf- 
quesàlamoytié,oùilyades bœufs qui tirent l'eau du 
plus profond, auecvne roiïe&vn chappclletjlaquel-' 



3 $ï Les Voyages çf Obfemations 

le fe def charge dans vn referuoir, d'où vn autre 
Chappellet tourné par deux bœufs la tire en hault. 
Dans la figure de ce puysle degré me femble admira- 
ble, lequel a efté fait après le puys, l'induftrie des 
Maflbns s'eftant portée à faire des feneftres de 
.moyenne grandeur dans leroq , caucr & en tailler 
des degrez de dix pieds de long , où les cheuaux 
& les bœufs defeendent auec facilité , fans auoir 
laiffe le roq plus efpois de quatre doigts , entre 
l'efcalier&le puys l'on n'y peut defeendre fans chan- 
delle, à caufe que les feneftres font très-petites, & 
donnent peu de ioun L'on l'appelle puys de Iofeph, 
à caufe de Iofeph, premier miniftre de Pharaon que 
l' on dit en auoir efté l' A utheur fans qu aucunHi ft o- 
rien en fafTé mention,fi ce puys eftoit au vieux Kaire, 
autrement Memphis demeure de Pharaon, il y au- 
roitplus d'apparence, ie ne voispaspourquoy Moy- 
feauroit paffé fous fîlencevn œuure fi parfait & di- 
gne du Patriarche Iofeph, ceux qui l'ont fait faire 
n'ont eu autre deffein que de rendre le chafteau plus 
fort, parce qu'il ny auoit point d'eau non plus que 
dans le grand Kaire, ou le peuple boit de celle du 
Nil. 



Figure 



Va Sieur de la B^idlaye^Ç^^» m 

Figure du Pays de ïofcph , ayant quatre coftcz entail- 
lez dans le roq, de cette façon. 




A Goulet duPuysayantii^degrcziufquesàl'caudu 
premier lac E, 



354 tes Voyages ç$ Obfemations 

B Fcncftre du degré entaillé dans le roq,iufques au 
premier lac E , ay >nt efté faines après le puys, les 
Ouuriers 1 ont raillé &caué par les feneilres,dont 
les murailles qui font le mefme roq du puys, font 
d vne feule pièce, & n'ont que demy pied d'efpaïf- 
feur. 

C Chappellet tirant l'eau du lac. 

D Récipient de |'eau qui fe tire du fond du puys, 
d'où elle couje à l'Eft , & fai c yu petit lac. 

E Lac , ou eau que 1 on a tirée par vn chappellet du 
fond du puys. 

F Trou ou fécond puys pour aller à l'eau ayant 
116. degrez fi çftroits»,qu vn homme a bien de lapeine 
à y def cendre, au deflus duquel il y a vne roue que 
tournent deux boeufs , qui font defeendus par le de- 
gré , dont l'on a parlé , & tirent l'eau auec vn chap- 
pellet du fond du puys. 

G Fond du puys de Iofeph fort eftroit, raifon 
pourquoy l'on en deffend la veuë aux Chreftiens ôc 
Iuifs, de crainte qu'ils ne l'empoifonnent. 



Memphis & Mumïes d'Egypte. 
Chapitre IX. 

A Vne demie lieue du Kaire eft Memphis appel- 
lée Eski Méfier par les Ottomans ou vieux 
Kaire, ville tellement ancienne que les murailles 
font toutes confommées par le temps, il y a nomr 
bre de Coftes qui l'habitent > il y refte vn pan de 



Du SieurdelaBoullaye-le-GouT^ 3$s 

muraille des greniers que fit faire autrefois Iofeph Greniers 
pour mettre le bled d Egypte. Les Coftes y ont vne dc tyyh 
Eglife dans laquelle il y a vn lieu de grande deuo- 
tion où IefusChnft a demeuré longtemps , lors que E § li{,e de * 
Iofeph & Marie , fuirent en Egypte pour eûiter la s ' 
perfecution d'Herode; La Chambre ou ce Monar- 
que du Monde eftoit campé eftdc dix pieds de long 
& trois de haut eflcuée en forme de four, lieu à la 
vérité , qui peut feruir de confolation au plus infor- 
tune Chreftien de la nature, il y a pareillement vn 
puys aflfez profond, d où la Vierge Marie tiroit dc 
l'eau pour fe feruir. 

A deux lieues de Memphis font les Mumies où il MumieX 
y a quantité de piramides, mais non fi hautes que 
celles que nous deferirons cy après. Les Mumies 
ne font autre chofe que les Sepulchres Se Cimetières 
des anciens Egyptiens qui eltoient depuis les pira? 
mides de Pharaon, iufques où l'on voit les Mumies 
qui en font eiloignées deux lieues & dtmiepar vn 
chemin aride de fable mouuant au milieu du deferr. 
Raifon pourquoy les Egyptiens auoient choifi ce 
lieu pour y mettre les Cadaures, embaumez & liez 
de plus de mille bandelettes de toille dans de petites 
cauernesqui fe refpondentlesvnes aux autres, ceux 
qui eftoient riches faifoient faire des piramides plus 
grandes fur le tombeau de leurs parens que les pau- 
ures qui n'en auoient pas le moyen. 

Ces Mumies font eouchées de leur long fur le dos 
la tefte au Nord & les deux mains fur le ventre, & 
ont d' ordinaire dans TeftomaK vne figure d" or, d'ar* 



g^ntiOu4^ie^cw.©rtç ,«&fontrantesdVne ceinture 
â^lauriermide pudique autre matière fuiuant le rit 
<4e la Religion ancienne 4'Egypte, fur lefquelks 
ceintures â y auoit «des lettres ihicrogliphyques ef- 
frites i Le Sieur d' Anthoine Confulde France en 
Egypte me fit prefent de deux figures de terre verte 
crouuées dans le corps de deux Mumies en Tannée 
lé+SÂom l'vne a la tefted'oyfeau & le corps d'hom- 
me, l'autre de boeuf & le corps de femme , lefquelles 
à mon aduis eftoient Talifmans des anciens Egy- 
ptiens qui eftoient fort adonnez à rAftrologie, & 
pendant le temps que i eftois en Alexandrie , l'on 
irouua fur vnc ceinture plusieurs lettres eferites que 
i'ay voulu mettre dans cette relation de la mefmc 
façon quelle m'eft tombée entre les mains, la pre- 
mière colomne y manque & quelques caractères de 
la féconde, neuf & dixiefme qui eftoient mangées 
par le temps t dont ie n'ay peu tirer la figure , le Le- 
âçur raiformable ne doit demander ce que ien'ay 
peu auoir. 



Dm Skur.de h EmMajs le~Gm%* 357 

Figure de lettres Hieroglifiqucs trouuees fur la ceinture 
d'vne Mu mie, pendant le féjour de 
l'Autheur en Eçypte. 




Y y iij 









3j8 Les Voyages (f Obfemations 



Des trois grandes Piramides d'Egypte , £$r de la 
Figure du Sphinge. 

Chapitre X. 

A Trois lieues du Kaire tirant à 1' Oueft Suoueft, 
i'alîay voir les piramides d'Egypte, appellées 
par les Turqs pharaon dagler, ou montagne de Pha- 
raon , parce que Pharaon eftoit le nom des Roys 
d'Egypte, comme Sultan eft celuy des Roys Otto- 
mans , Schah celuy des Roys de Perfe , & Negous ce- 
luy des Roys Abiffins,lefquels firent autresfois ba- 
ftir ces Maufolées fuperbes. 

A demie lieue du Kaire vers le Sufuoueft nous ar- 
riuafmes à Memphis , appellée par les Turqs Efki 
M eiTer, ou vieux Kaire: De tVïemphisnoustirafmes 
au Nil, laiflan t à main gauche le Kalis , ou Turcie, ou 
l'on coupe le Nil pour le faire venir au kaire, lors 
qu'il eft en faconuftance,&pafrafmes cette riuiere 
proche vne petite ifle où il y a vn Chafteau , d'où le 
Pacha voit couper le kalis ; & marchant à TOueft 
nous rencontra(mesyn autre port qu'il fallut paffer 
en bateau & diuers ponts , iufques à ce que nous arri- 
uafmes aux Sables arides. 



Du Sieur de la "Boullaye-le-Gouz*. 3J9 




Sphing( 



1-yiaimdcs d Lgypce. 



C Grande pyramide d Egyp'e baftie par Keooe He , lodo - 

■ . r 1 r v rr ' . S- ce liu.i, 

ainli que plulieurs aileurent, d'autres croyent que le 
memç pharaon qui fe noya dans lamerrouge,lauoit 
faic baibr pour Ton tombeau : Mais Moyiene par- 
le point de cç tuperbe édifice , quipaffe toutrequil 
y a au refte du monde. Mahomet dit dans 1 Alkoran 
au Chapitre 4u Manfulman,que Pharaon dift à Ha- 
man,faismoy bailir vn haut palais, peut eftrequc 



3<»o Les Voyages & Obfer nations 

-farriueray aux Cieux. Cette pyramide occupe 
640000. piedsde Roy en quarréde fuperficie par fa 
bafe fur la terre , & a de folide 110310000. pieds cu- 
bes en fon total. Sa figure eft quarrée , & occuperoit 
dans l'air, fi elle eftoit fufpenduë 187^400. pieds de 
Roy en quarrédans fa fuperficie totale} elle eft faitte 
de 44/629 4. pierres, chacunes de fes pierres prifes à 
2.7. pieds cubes dans leur folide. 

D Platteforme au Commet de 4a piramide de 
iv, pierres en quarre , où 60. hommes peuucnt tenir, 
diftant du centre de 565. pieds, qui eft la hauteur de 
■la piramfde. 

E La hauteur de la montée ou plutoftla ligne 
d'vn des codez de la piramide tirée de D en F ou du 
fommet à lvn des angles de la bafe eft de 800. pieds 
de Roy , l'autre ligne tirée du fommet au milieu de 
la longitude ou latitude,ou fi l'on veut de D en^C 
eft de 774- pieds. 

F Longitude de la piramide de 800. pieds égalle 
à la latitude , de manière que la circonférence eft de 
3100. pieds, & le diamètre de fa bafe , ou la ligne dia- 
gonale d'vn des angles à l'autre eft de 1131. pieds. Il 
n'y a Archer fi vigoureux qui pût tirer vne flèche du 
fommet, au delà de la circonférence, parce qu'il y 
a 400. pieds depuis le centre iufques à la plus pro- 
che partie de la circonférence ,& 566. pieds iufques à 
la plus efloignée, outre que la hauteur -fait vn arc 
plus grand > à caufe de l'efloignement du centre de la 
terre. La porte de cette pyramide eft vn peu plus au 
Couchant, qu'au Leuant, & regarde le Nord dire- 
ctement, 



Du Sieur de la BoulUye-le-Gou&. fit 

(Sèment , elle eft à la / , . pierre , la pierre de defTus eft 
de u. pied«3. pouces de haut, &*. pieds $. pouces de 
large ; cecy fuffift pour le dehors. 

N Seconde piramide baftie par Rodopc fille de 
Keope à ce que l'on dit, elle eft d'vn quart plus pe- 
tite dans toutes fes proportions que la grande. 

O Troifiefme piramide baftie fumant la mefme Hérodote 
tradition , par Cephrin frère de Keope , elle eft iUlc — 
d'vn quart plus petit que la féconde. 

P Mumies où il y a plufieurs piramides diftantcs 
trois lieues & demie des piramides de Pharaon, par 
vn chemin de fable aride , comme nous auons dit 
au précèdent Chapitre. 

Cette figure appellée Ablehon par les Turqs , & Ablchon" 
Sphingepar les Européens, eft taillée dansle roq, ôc 
il prodigicufemenr grande , qu'elle a dix-huicT: pieds 
dumantonàl'oreille: Elle a le nez camard comme 
les Mores , ou Ethiopiens , ce qui me fait croire que 
c eftoit la reprefentation du mefme Roy qui a fait 
baftir la grande piramide, ou de quelque Empereur 
de Lybie qui a poufte fes conqueftes iufques en 
Egypte, quoy que 1 on tienne rehgieufement que les 
anciens Egyptien! rhonoraffenc comme vn Dieu, 
pirceque le Sphinge eftoit vn animal que l'on fei- 
gnoit eftre engendre d'vn lyon & d vne vierge. 
Leurs fages auoient trouué cette diuinité.à caufe que 
le Nil eft dans fa confiftanec , & fertilife l'Fgypfe 
cnrinnondarit,lors que le Soleil paffedu figne du 
lyonàceluy de la vierge: Ce Sphinge n'a ny lenez, 
jiy les yeux,ny la bouche percée, & l'on n'auroit 

Zz 



3<? i Les Voyages çf ObfeYuaûons 

pas plutofl: entendu la voix du valet du Sacrificateur 
ducoftéde la face, que du derrière de la tefte, cequi 
auroit efté ridicule , fi Ton luy auoit voulu faire ren- 
dre des oracles, mais il n'eft point neceflaire que les 
ftatuës parlent pour cftre honorées du peuple , nous 
en auons veu aux Indes, comme celle du finge Er- 
mand, laquelle ne fe remue point, & fi elle eftoit 
tombée , ie doutte fort qu elle pût fe releuer fans 
l'afIiftanceduBramen,aufquelles toutesfois les In- 
dou attribuent de grands miracles ,& y vont en pè- 
lerinages de trois & quatre mois de chemin , l'oi- 
gnent d'huylle, la couronnent defleurs,&luy font 
du vent pour la rafraifchir,& en chaffer les mouches. 
Dedans Apres auoir confideré le dehors des piramides ,ie 
de la Pi- voulus voir le dedans de la plus grande , ie fis tirer vn 
ramide. COU p d ar quebufe dans l'entrée pour faire fuïr les 
ferpens ou animaux vénéneux, qui y auroient peu 
eftre jietrouué la pierre de deflus la porte dvne pie- 
ce de n. pieds de long, &*. de large , & l'entrée delà 
première allée allant en pance vers le my di de 3. pieds 
6. poulccs de haut, & ^ pieds 3. poulces de large ; cet- 
te allée va en defccndant,&a76.picds £ poulccs de 
long. 

Au bout de cette defeente ie pafle vn gouler,ou lieu 
fort eftroit, par lequel vn homme vn peu gras n'auroit 
peu paflcr;Étpour marque de mon dire le Chapelain 
du ficur d' Anthoine Religieux Cordelier de la famille 
de Ierufalem, François de nation, vint en ma com- 
pagnie & defeendit pour entrer après moy dans la pi- 
ramide, mais fon eftomak s'eftant trouué plus gros 



Du Sieur de la Boiillayc-le-CouXf 5*5 
que fa teftc , il eut beaucoup de peine à fe retirer 
du paflage, & croy que s'il fe fuft engagé brufque- 
ment, il auroit fallu le démembrer ou le couper par 
quartiers pour l'ofter de ce trou, & nous faciliter no- 
ftre (ortie : I'aurois eu vn extrême regret que ce mal- 
heur luy euft arriuéj eftant vn Saine! perfonnage plein 
de douceur & de chanté. Pour moy ie me déshabille 
& fis pafler mon guide auec vne chandelle le premier, 
lequel ie fuiuis remontant fix pieds vn petit chemin, 
au bout duquel ie trouué vne place où il y auoit deux 
chemins Y vn à V Eft, l'autre à l'Oued, cette place a dou- 
ze pas de tour eftant fort inefgalle; le pris à l'Eft& 
trouué vne féconde allée de mcfmc efleuation que la 
'première de in. pieds delong,aumillieu de laquelle 
il y a vn puys où l'on defeendoit les Mumics ou Cada- 
ures embaumez pour les placer en diuers lieux qui font 
fous la piramide ; LesCoftes difenr que de ce puys Ton 
alloit dans la tefte du Sphinge, 6V que le feruitcur du 
grand Prcftre des Egyptiens y alloit fans eftrevcude 
perfonne & rendoit les oracles. Ce que ie ne me fuis 
pu perfuader parce que cette piramide deuoit eftrc 
cloîe & fermée comme les autres, &parcon(equcnt 
l'on n'euft pu aller dans ce puys fi ce n'euft eftéquc 
par la mortde quelque Grand, l'on ouurift la piramide 
ôc l'on fift rendre des oracles aux Sphinge, ce qui au^ 
roit femblé encor plus merueillcux : ie trouué par 
après vne grande allée de fix pieds quatre poulces de 
large & montédroit àl'Eft Sueft 164. piedsiufquesà la 
porte d'vne petite falle, au delTous de cette allée eft vne 
autre allée baffe de trois pieds trois poulces de large , & 

Zz ij 



$*4 Lts Voyages çtf b féru allons 

autant dehautjaqucllc ronduir en vne petite chambre 
faite en dosd'afne où ion mettoit cfcsMumics,Eh mon- 
tant la granic allée ietrouuévn petit para pel d'vn co- 
ttes d'autre de Jeux pieds de large & quatre de hauts 
aucc de perits trous au defTusde trois doigts de large & 
demypied de long entaillés dans la pierre pour fc tenir 
les mains, parce que la montée cft fans degrez & vnie 
comme du verre. 

De cette allée l'entré en vne petite falle ordonnée 
pourlereposduCadaure,deceluy qui a fait baftir cet- 
te piranude , attendant la confommation des Siècles, 
elle a 31. pieds de long, 11. de haut & 16. de large, le 
hault en voûte droite de 9. pierres dont les 7. du mil- 
lieu ont 4. pieds de krgeOC16.de long, &lesr. autres 
x. pieds de large; au bout de cette chambre tirant au 
Sud,ilyavntombcaudeiafpenoir, de trois pieds vn 
poulce de large & quatre pieds de haur, & fix pieds dix 
pôulcesdelong, lequel à mon aduis a efté autrefois le 
Sepulchre de quelque Pharaon , parce qu'il femble 
que cette auge a eftécouuerte ayant plufieurs trous, 
il y a fi long- temps que ces piramides font bafties 
que Ton n'en peut rien dire que par opinion: L'on ne 
doit donc s'attacher qu a en confiderer la ftrucl-ure ; a 
l'Oueft de ce tombe, u dans ia mefme chambre, il y a 
vn autre puys pour descendre des Mumies en diuers 
lieux, ou pofïible que de ces puys l'on en tiroir de l'eau 
pour baftir les piramides comme dit Herodoreliure 
deuxielme. 

Dansceschambres, places, allées &puys, il y a vne 
infinité de chauuc-fouris qui ont des queues, i'ay ob- 



Du Sieur de la Boullœye*le-Gou&. 3 



H 



fcrué qu'en tout le monde il n'y en a que de 3 . fortes, ce 
qu*Ouidc au quatriefme liure de fesMetamorphofes, 
deferit, lors qu'il dit que les trois filles de Minée furent Metam. V 
changées en cet oyfeau pour auoir mefprifc la Fefte du * *• *' *M 
Dieu Baccus , dont Tvne filloit de lalaine, l'autre du 
lin, & l'autre prcfToir fes fermantes de trauailler, & plus 
ie confidere & médite les efcritsde cet Autheur, plus 
le trouue qu'il a conneu & expliqué la nature des cho- 
fes, & nveftonne de ce que l'on le fait liure aux ieunes 
Efcolliers, veu que les plus habilles ont beaucoup de 
peine à l'entendre. 

2(aretez d'Egypte. 

s 

Chapitre XI. 

A Deux iournées du Kaire, eft le lac de Netron^ 
dont l'on fait grand négoce, & depuis peu de 
temps les vaiffeaux du Havre & des Sables d'Olonnes 
en viennent charger en Alexandrie pour porter à 
Roùan,lcs Marchands deNormandie s'en feruent pour 
blanchir les coilles.ee qui les brufle, les Egyptiens s'en 
feruenrau Iieudelcuain,rai(on pourquoy ils ont tous 
les bourfes greffes (ans eltre incommodez, la force 
de cette pierre eft fi grande , que fi l'on en met vn peu 
dans vn pot où il y aye de la viande, elle l'a fait cuire & 
la rend rendre, fi Ton îette dans ce lac, c'eft le terme du 
pays, vn homme mort ou vn chien , ou vn arbre, il dc- 
uientNetron&fe p:trific, fe changeant dans la natu- 
re de cette pierre; ce qui aefté fort bien deferit par 

Zz w 



1&* Les Voyages çf Obferuations 

Ouide , & peu entendu de ceux qui n'ont point veu ces 

Metam.l. nierueilles de la nature, lors qu'il a dit que quelques 

7 . f. 27. H. corps ont cfté changez en pierres par les Dieux qui en 

5J.22.. onteucompailion. 

Pareille diftance du Kaire eft le Conucnt de Saind 
Makaire: dans les deferts où eft ce Monaftcrc il y a 
quantité de pierre d'Aigle, le (quelles font de couleur 
jaunaftre, & ont la Vertu de faire conceuoirlcs fem- 
mes fi elles font attachées au col ou autre partie du 
corps au dcfïus de la matrice, & les faire accoucher G, 
elles font attachées à la cuiffe ou autres parties inferieu- 

Li^.c.u rcs : cc f onc les paroles de Pline, qui en ce point a dit 
vérité, d'autres ont affeure que mifes au pied d'vn arbre 
elles font tomber le fruicl:, & attachées à la cime le re* 
tiennent, parce que le fruicl: eft à l'arbre ce que l'enfant 
eft à la femme, ielaifTe aux beaux elpritsla recherche 
de cette curiofité & attraction naturelle , qui pourroit 
cftre femblable à proportion à celle de l'aimant auec le 
fer: Cette pierre eft appeîléc pierre d'Aigle, non que 
l'on la trouue dans le corpi de l'Aigle, maisàcaufe que 
l'Aigle la porte dans fon niJ, (oit pour empefeher les 
ferpensoupour luy aidera laconfeiuarion de ces pe- 
titsjil y en a de deux fortes , l'vne que Ton appelle malle 
& l'autre femele,cellcs d'Egypte font delà couleur que 
nous auons ditte, & celles de Libie & autres lieux noi- 
res; elles (ont toutes creufes par le dedans où il fe trou- 
ue de la poudre, laquelle les Egyptiens difeiat guarir la 
fièvre beiie auec de l'eau 

Il y a aufli en Egypte du baulme en petite quantité, 
Jcs f ueillcs de cet arbrilcau font de la figure de la mar- 



Dh Sieur de MBoullaye-le- Gou&. 3 fy 
jolaîne & fa tigeeft efleuée vn pied & demy de terre , le 
plus eftimé s'apporte de laFoire de la McKque, Ton en 
faiârefpreuucauec vn verre d'eau dans lequel Ton en 
verfe vne goutte, s'il deuient blanc il eft vray baulme, & 
s'il ne change point de couleur il eft falcifiéj Tay veu 
prattiquer cecy aux Iuifs qui en font négoce , il y a vne 
autre forte de baulme blanc qui ne fc vend point en E- 
gypte,lequel préparé &(piritualifé eft le fard des fards, 
longucnt diuin & l<a merueille de la nature & de la Me- 
decinc,la cafle fe trouue auffi en abondance en Egypte, 
l'arbre en eft bien deferit par Belon dansfesobferua- 
rions, oùil en a mis la figure au Liure i. chap. 35. 

La pierre Afueftos ne fe trouue point en Egypte, 
comme plufieurs tiennent , elle vient de Chipre , cette 
pierre eft de couleur ardoifïne, & s'éffillc en efpcce de 
coton blanc dont on fait de latoilleincombuftible, 
de laquelle les anciens fe feruoient à mettre les Cada- 
ures iur le bucher,pour recueillir les cendres nettes fans 
eftre meflangées auec les cendres du bûcher , & les gar- 
der dans les vrnes. Les Egyptiens ne fe feruent point de 
poulies pour faire couuer les œufs , mais ont des four- 
neaux fi tempérez, qu'au vingtiefmeiour les pouffins 
fortent de la coque, raifon pourquoy les vollailles y 
font à grand prix. Le grand Duc de Tofcanefit venir à 
Florence, il y a quelque temps, vn Egyptien quiles fai- 
foit éclorc auffi faciiemét qu'en Egypte,ce qui fait voir 
que ce n'eft point le climat, mais l'induttrie humaine 
qui peut auancer nature, ce que Ton obferue dans la 
decompofîtion phifique & rc union des premières qua- 
licez: mais comme vn chacun aime naturellement fa 






$6% Les Voyages çf Obferuations 

patrie, il fat iitipoflible à Ton AltelTeSereniffimede re- 
tenir ce More par prefens, aymant mieux iouyr de fa 
liberté,fans bien, que d'eftre elclaue doré en la perdant; 
de tous temps ces peuples ont excellé, & tous I es grands 
hommes de P A nriquité ont efté voyager chez eux,pour 
apprendre leur fagefle & fe former le iugement.Moyfe 
nous ell tef moin, qu'il s'y eft trouué des Mages qui ont 
plus fait deprodiges que tous ceux donr l'onaitparlc 
depuis en aucune partie du monde ; ion leur attribue la 
Géométrie, principe & origine des (ciences Mathé- 
matiques, dont ils ont efté inuenteurs à caufe du limon 
du Nil qui couure fouuent les bornes & les limites du 
plat pays, & empefeher qu'vn chacun ne connoiffe 
fon fond propre, pour moy ie n'y ay veu que deux cho- 
fes extraordinaires, la première vn Santon ou Derui- 
che réputé Saind par les Manfulmans, lequel eftant 
confulté parles Marchands Egyptiens d'Alexandrie, ôc 
prie de leur dire s'il ne venoit point de vailTeaux de 
France à caufe que leur négoce cftoit interrompu par 
les guerres ciuilles de ce Royaume , il leur demanda 
temps pour conférer aucc Dieu & le Prophète , & i e re- 
tira dans vn Sepulchre où il habite ordinairement, ôc 
le lendemain reuint fur le port où il appella ceux qui 
Tauoient confulté, & leur dift, vrais croyansenDieu, 
remouillez- vous, Dieu vous fait mifericorde : Vn vaif- 
feau François eft party de Marfeille & eft à la voile ÔC 
arriuera icy à bon port en peu de temps,cette nuidt. i'ay 
fait mes prières à Dieu & i ay efté tranfporté en efprit à 
la Me k que, où i*ay eu connoiflance de ce que vous de * 
(Iriez de moy, ce qui arriua en fuite fuiuant fa prédi- 
ction 

w-.~ » 



Du Sieur de la'Botillaye-'le-Gôuzf. $<?? 
ction.i'on attribue cette réponfe à la Geomance,parce 
que de tout temps cette nation seft portée à connoiftre 
le futur, & nous voyons mcfmes que ces vagabons qui 
courent l'Europe (bus le nom d'Egyptiens, nom rete- 
nu de leurs anceftres qoe quelques fecrets de la Ki- 
romance , dont ils gagnent leur vie ; La fécon- 
de eft vne vieille femme du Kaire à laquelle l'on 
porte les petits enfans qui crient, elle les prend & leur 
baiflant la tefte fur (es mains leur gratte les oreilles & 
en fait fortirplufieurs vers qu'elle dit s'engendrer dans 
le ccrueau, & alors ces enfans eftansfoulagcz [émet- 
tent à rire , ie luy offris cinquante piftollespour ap- 
prendre fon fecret, elle me refpondit qu'elle eftoit 
feule en Egypte qui fçcuft guarir ce mal aux enfans, & 
ijue ie m'en mocquerois, fi l'en feauois la facilité, mais 
pour quôy que ce foit, elle ne le diroit à perfonne* 
Que toutefois fi ie me voulois faire Manfulman, 6c me 
faire circoncire, elle ne me cacheroit rien,de quoy iela 
remercié &luy teimoigné que i'ay mois mieux mafoy 
que fa connoiflance, & qucleprcpucene croifîantpas 
comme les ongles & lescheueux, il n'y auoitpasplaifir 
à ie faire couper. 

Voyage in Kaire en çsilexandrie. 
Chap. XII. 

DV Kaire ie fis porter meshardes àBoulak,oùie R , 
m'embarquay pour RolTet , i'y arriuay le troifié- * 

me îour : à la pointe de Mue de Damictcc, nous fufmcs ... 

Aaa 



3 7° Les Voyages &) Obfermtïons 

efpiez par vnc barque de voleurs.» lcfquels ne nous ayas 
peu furprendre {e retirèrent (ans ofer nous attaquer, 
telles canailles font des villages circonuoifins qui de- 
ftrouffei -t^s barques où il n'y apointdedefïen!e,cettc 
riuicrceft la feule de ma connoiffance, oùilyaytdes 
corfaires ou voleurs. ^ 

Roffet. Roffet eft vne des emboucheuresduNiloùilarriuc 

force vajffeaux de Conftantinople,Smirne,& autres 
lieux de Grèce, cV Natolie, il y a vn Viceconful de 
France & vn de Venife , elle eft delà grandeur de Li- 
gourne & la plus faine demeure d'Egypte, elle eft à 
quatre mille de la Mer àrOueftduNil. 

De Roffet l'on a deux chemins pour aller en Alexan- 
drie, l'vn par mer & l'autre par terre ,ie pris ce dernier 
comme plus feur à caule des bancs de fable qui (ont 
frequens à l'embouçlicure du Nil , où beaucoup de 
barques fe perdent) le partis de Roffet à minuit & vins 
me repofer dans vn petit han où il faut paffer vn petit 
port en batteau : le mefme iour i'arriuay en Alexandrie 
ayant toujours cheminé à Tuueit dans des fables mou- 
uans &arrides où il ne paroift aucun chemin frayé. 
Alexan- Alexandrie que les Turqs appellent lskendria, 
*"'• prend fon nom d'Alexandre le grand Macédonien 
qui ordonna qu'elle fuft baftie , d'où Ton peut infé- 
rer fon aatiquite,ellea eftéfaccagéc parplufieurs na- 
tions* les Ro nains l'auoientvn peu réparée, maispar 
le différend des Croifez & des Manfulmans , elle a elle 
ruinée de fond en comble, & ne refte que les cyfter- 
nes qui ont communication les vncs aux autres, & font 
en aufE grand nombre qu'il y auoit de maifons dans* 



*Dii Sieur de la Botdlaje-le- Çouz,. 571 
cette ville , l'on deuroit plutoft l'appeller le lieu où 
Alexandrie eftoit, parce qu'il n'y refte de tous fes ma- 
gnifiques Palais que quelque ruines, de vieilles colom- 
nes à demy conlommées par le temps , auec l'enclos de 
fes murailles, qui peuuent auoîrvne lieue & demie de 
tour , lefquels f e font conleruées en leur entier auec les 
tours , ck les baftilles qui eftoient faittes à l'efpreuue du 
bélier, où i'ay remarquay qu'aux diuers eftages Ton a 
mis des colomnes de marbre renuerfées au lieu de pou- 
tres, letquellesdefbordent dVn pied hors la meurail- 
le,afin que l'on ne la put fapper ny bruller. 

îl y a deux ports, celuy desgalleres eft au Sud,& 
ccluydesvaiifeauxau Nord, lequel eft fait en forme de 
croiflant : A fesdeux cornes ily a deux petits pharillons 
ou chafteaux , dans lefquels il y a deux ou trois pc- p 
tires pièces de canon qui ne font pas monté. s, de fa- Boucher 
çon que ces deux chafteaux que Ton a deferit prodi- bouquet 
gteux, nepourroierr pas tenir contre deux gasleres; il 
eft vray que le lieu eft très beau pour y baftir deux bel- 
les fortereffes, mais les Turqs n'édiffient Jamais rien , fe 
feruansde ce qu'ils trouuent tout fait & fabriqué, & 
pleuft à Dieu que les Princes Chreftiens en conneuf- 
fentlafoiblen^&euiTenttousIezelcde S. Louyspour 
1 accroiiîemenc de leur K eligion. 

Il yaplufieursluifs, Grecs, & Coftes qui habitent 
cette ville; les Coftes (ont Chreftiens Schématiques, 
& tiennent lesmefmcs erreurs que les Arméniens, ïa- 
houbites & Ethiopiens Juinans en tout l'opinion de 
Dio.fcore , Ôc Eutiches , que nous auons deferite au 
Chap. 41. de la 1. Panir., ôc au Chap.j8.de lai. Partie.. 

A a a ij 



67 l Les Voyage çg Obferuations 



t R s jtreu^ d'Alexandrie. 
Chap. XIII. 

L'On voit vne pièce de marbre blanc dans Ale- 
xandrie de quinze poulces en quarré, percée air- 
millieu, fur laquelle fut tranchée la tefte de Sain&e 
Catherine , par le commandement de l'Empereur 
Maximinj & proche l'Eglife des Grecs où l'on garde 
cette rareté, font les ruines du Palais du père de cette 
Ssin&e , laquelle préféra les chofes Spirituelles aux 
temporelles, & abbandonna les délices de la ville d'A- 
lexandrie pour aller iouir de la prefencede fon mai- 
ftre, lequel eftima fi peu les pompes de ce monde qu'il 
ne daigna fedeffendre nyrefpondre deuant Pilatc,de 
l'accuiationqueles Iuifsauoient fauiîemcnt intentée 
contre fa perfonne. 

L'on y voit auffi les veftiges du fomptueux Palais de 
Pompée, que quel ques-vns difent auoirefté de Cleo- 
patrc,iln'y a pas de difficulté que ceux qui nauoient 
qu'vne volonté, n'euffent qu vne demeure, ce qu'il y 
auoit de plus remarquable en ce Palais eftoitvne gal- 
leric de colomnes , fous laquelle ces deux amans al- 
loienc fe promener à couuertdela pluye,&du Soleil 
fur vne gallere j de cette gallerieil ne refte que quelques 
colomnes dans la mer. 

L'ak de cette villî eft extrêmement mauuais & pe- 
ftilenti eux, à caufe de la quantité de cifternes d'où f or- 
ient de;s vapeurs groflieres, que leSoleil efleuc facille- 



Df4 Sieur delà t Bonllaye-le-Gou£l $yj 
ment, à caufe qu'il n'yaplusdemaifons,8cen infedc 
Pair; l'on n'y peut habiter que l'Hyuer, fi l'on n y veut 
mourir : hors la ville il y a de beaux iardinsvers leica- 
lisou chauffée, que Ton couppe pour faire emplir les 
cirternes d'eau, lors que le Nil eft en ion Plain; il y a 
dans ces hrdins beaucoup de caffiers, mais non en fi 
grande abondance, qu a Damiette, 

Proche le porc d'Alexandrie l'on voit deux aiguilles 
remplie de lettres hieroglifiques d'vne prodigieufe Ion- 
gueur, dontl'vne eft couchée, & l'autreeft droite d'v- 
ne feule pièce j elle a douze piedsen chacun des coftez 
de fa bafe , qui font 48. pieds de tour , & 60. pieds de 
haut y de façon que la fuperficie de fa bafe eft de jo. 
pieds en quarré, & la fuperficie dans l'air eft de ^60. 
pieds en quarré , fa circonférence de 36. pieds, & fon 
folide total de 600. pieds cubes d'vne feule pierre. Hors 
JavilleducoftéduSuSuoueft àvndemy milledesmu-» 
railles, l'on voit lacolomne de rompée,que Ton dit 
queluIesCœfarluyfitefleuer après fa mort. 

Eile eft de marbre paftichc ou fufible, comme l'on 
dit allez improprement , dont l'on prêtent auoir perdu 
le fecret, elle a trente piedsen rond de circonférence, 
& 70 pieds dix poulces de haut fans le pied d'eftail, elle 
eft d'vne feule pierre, (on diamettre eft de neuf pieds 
dixpoulccs, fa fuperficie extérieure de 1400. pieds en 
quarré, & fon folide eft de 6O00. pieds cubes. 



A a a ii j 



374 Les Voyages ($ Obferuaiions 




Colcunne de Pompée. 



Aiguille Hieroglifique- 



Du Sieur de la Bouïtaye-le-Çou^. 37; 

Dans Aie xandrie il y a deux montagnes artificielles.» 
qui ont cfté faites de la terre que l'on riroit des cifter- 
nes, lors qu'on baflit cette ville, l'vneeftaTEft, Taure 
à lOueft, & feruentaux vaiiTcaux pour remarquer la 
cofte d'Egypte , & aux Egyptiens pour defcouurir les 
vaiiTeaux Corfaires. . 



De la Religion des Juifs. 
Chap. XIV. 

1E ne dois obmettre que dans Alexandrie il y a quan, 
rite de luifs, lefquels comme par toute l'Egypte, 
y font la meilleure partie du négoce, & comme ic 
n*ay voyagé que pour voir & prattiquer les plus ha- 
billes gens des lieux où le fort ma porté, i'ay eu plu- 
sieurs confercncesauecles RabisdeSmirne,d'Hiïpa- 
haam, Alep&leKaire,iefrequentoisen Alexandrie 
vn Do&eur appelle Aaron Ben Leuy, qui fîgnifie 
juron fils de Leuy natif de fcarbaric de parens Portu- 
gais, homme (çmant, & de grande probité, lequel 
s'en alloit à Conftantinople fur l'vn des galhons du 
Sultan & attendoit fon palTage en Alexandrie ,ieluy 
fus dire adieu à mon départ d'Egypte, & ne veux ou- 
blier vn dialogue de la Religion des C h rdtiens& des 
Juifs que nous eufmesanoftrefeparation. 



LesVayaves gf Obferuations 




lbiahmi Bcg. 



Aaïrtn Ben Lcuy. 



Ibrahim Beg. le te viens dire adieu , ô cher Rabi, 
auec prière de t'informer de la Sainde Efcriturc, la- 
quelle tu asleue' fans en entendre le fens ,fi ie te puis fer- 
ait ea Chreftienté ie le feray de cœur, te proteftanc 
quei'ayme enchéris autant taperfonne&ton mérite, 
que l'abhorre & detefte taloy. 

zAaron Ben Lœj. le te fuisobligé^cher Ibrahimjdes 
foins que tu as pour moy , ie m'eftonne quetoyqui 
connoislc bien & le mal de tant de différentes nations 
que tu aspra&iquécs, condamne le Iudaifme comme 

vne 



Du S kurde la IJoulUye-lc-GâUz,. 377 
vne abomination, veu qu' vn homme de bon fens ne 
peut conceuoir que ce qui vient de Dieu , foit bon 
en vn temps &nele foit dans l'autre, telle eft la loy 
du grand Moyfe, laquelle durera tant que le monde Exod. M 
fera monde fumant! Alliance que Dieu le Père d' A- 2 ** 
braham, lfaac& lacob a contractée auec lafemence GzntQjl 
de nos Pères: nous auons oes. promefTes par efcrit l0, 
auec la venue du Meflie , lequel doit venir la force à 4 $. 10. 
la main pour r'eftablir le Royaume d'lfraël,& doit 
eftrehomme&non Dieu; Qirtndà Iefus Fils de Ma- tf.!/"' - 
rie de la Tribu de Iuda que vous appeliez le Fils de 
Dieu& Redempt ur du genre humain , ie ne vois 
point qu'il doiue venir vn homme pour fauuertous 
les autres; Iefus ne fut iamais oincl: Roy des luifs, 
"qui eft le fîgne& la marque Roy aile, Dauid & Saiil i.Rois.îo? 
lontefté, cequime choque le plus eft d'entendre les I# 
Chreftiens appeller Marie , qui fut fem me de Iofeph, * 
& fille de loachin, Mère de Dieu , qui eft donner * 
commancement à la diuinitc, qui n'en peut auoir, 
parce qu elle eft fixe, parfaitte, & immuable ; fi vous 
y penfiezfainement, cher Ibrahim, vous y trouuer- 
riez de gran des difficultés, mais comme vous n'eftes 
pasdefangdeluif, Dieu nevousefclairepas^ne s'e- 
ftant obligé à nos Pères que pour leur femence $ tou- 
tesfois que crois- tu en toy- mef me de noftre Loy , ne 
parlé point auec pafîîon > & m'en dis franchement 
ton fenti ment. 

Ibrahim Beg. Nous confeflons que la Loy de Moy fe 
aabforbé la Loy de nature , parce que Dieu en 1 efta- 
blifTant a ofte la permifïlon de fe marier auec (es 

Bbb 



yj% 7 €s Voyages çf Obferuations 

fceurs, & -autres chofes femblables comme l'vfage 
de plufieurs animaux defquels l'on pouuoit manger 
aupnrauant: le te demande ô cher &c do&e Rabi, 
pourquoy le prépuce eftoit bon en vn temps > & puis 
après ça efté vn crime de n'eftre point circoncis, 
Gcnef.17. Dieu ordonne à Abraham que Flfraclite qui fera 
14 ' trouué auec le prepuceioit mis à mort, pourquoy 

Dieu permift à Noë , & mefme luy commanda de 
manger toutes fortes d'animaux, & Moyfe vousdef- 
Lcuu.11.3 fend de manger aucun animal qui ne rumîne,& n'ait 
le pied fendu ,iecroyquetume puis refpondreque 
Dieu l'a ainfi voulu pour s'accomoder à la foibleffe 
humaine , laquelle n eft pas capable de le connoiftre 
tout à coup: JVioyfe àlavcritèaplus donné de con- 
noiflance de la Diuinité , que l'on n'en auoit aupara- 
uant : il a mis par eferit la création du monde Je dé- 
luge vniuerfel , l'origine de la diuerfité des langues, 
& a prophetifé la venue du Mefïie , lequel a donné 
plus de lumières aux hommesque Moyfe, ayant an- 
noncé & prefché publiquement l'amour Diuin, qui 
eft intrinfequement dans l'eftre infini, auec la con- 
noiflance de foy~ mefme , d'où refulte la génération 
&fpiration des relations diuines: il nous a fait con- 
noiftre le Paradis pour les bons, ï E nfer pour les mé- 
dians, & l'immortalité de l'ame,de laquelle Moy- 
fe n'a point parlé, ny de la création des Anges, d ou 
il y a encor entre nous des Sccl:es,quinecroyent ny 
la Refur reëtion du corps, ny 1 apparition des bons 
& mauuais efprits: Vous acculez fauflement iefus 
d'auoir deftruit voftre Loy eferite , laquelle il a elle- 



Du Sieur de la BoufUye-le-Çou&. 379 
uée par grâce J au dernier degré de perfection , dans 
lereitabliffement qu il a fait du Royaumed ifrael, 
quoy qu'il ne fuft pas efcritqu il ledeuft faire à fa 
première venue , ny chaffer les autres Roys de la ter- 
re ou les faire tributaires, comme vous croyez fu-' 
perftitieufement > parce que le reftabliiTement du 
Royaume d' Ifrael eil la pureté & la Foy d' Abraham, 
laquelle s'eft aflbupie en vous par voftre peu de 
croyance aux Prophètes: le fouftiens que Iefus-! 
Chriftn'apas remis le Royaume j&Gouuernement 
d Ifrael en mefmeeftat qu'il eftoit du temps de Da- 
uid , ou de Salomon , ny reftably vn Roitelet en le-' 
rufalem; mais il s'eft emparé du Royaume de Ca> 
far, dont les luifs eftoient tributaires & efclaues, 
à fa venue il a recouuré la liberté ancienne des ïfrae- 
lites , & rendu les Romains obeiffans. Tu fçais que pf can g- 
tout a efté fous péché , & que Dieu a promis à A bra- 
ham de bénir toutes les nations en fa femence ; il de- ^ ener * lx *- 
uoit donc venir vn MefTager pour faire fçauoir les Pfcau.^: 
nouuelles de cette bénédiction, dans l'efperance de 10 * 
laquelle eftoient tous les Hébreux , ayans pour figne 
de leur Foy la circoncifion : il eft vray que Iefus n'a 
iamais efté oind de la façon de Dauid , & Saiil , des- 
quels les onctions ont efté fîgne de la fienne toute 
diuine & Spirituelle } par Toperation du Saind Ef- 
prit,de mefmequ il n'a pas efté Roy des luifs feule- A 
ment, mais de toute créature corporelle & inuifî- 
ble: tune dois pas pour vn homme lettré m'objc* 
cterfauiîemerit que leMefïîepromisdans les Sain- 
êtes Efcfltures>nepeut eftre Dieu, ce n'eftplus de 

Bbb îj 



$8o les Voyages t§ Obfefuations 

moy que tu te moque, mais des prophètes, aufquels 

Chap.9. tu impofe. ifaï'e dit qu vn enfant cil appelle im- 
muable , fort , & Dieu , qui font attnbus eiîen- 
tifrls de la Diuinité : Ce mefme Prophète s'explique 
encor autrepart ,pout ofter le doute que Ton auroit 
de ce premier paflTage,& fait parler Dieu de cette 
forte : Moy qui fais engendrer & produire toutes 
chofes , n'engendreray-je pas auffi \ il eft certain 
qu'en Dieu les trois figures du temps font englou- 
ties dans le preient , & que difant , n engendreray- je 

6€.f, pas^ s entend auflï,n ay je pas engendre, &n'engen- 
dray-je pas , parce que la génération eft de fon elTen- 
ce&intrin(e^ue,ceft ce que nous appelions le Ver- 
be y lequel s'eftant Incarné dans le temps, & fait 
Homme, a efté le MeiTagerde la benedi&ion vni- 
uerfelle , & comme cette vnion s'eft faitte dans le 
Corps de Marie , elle a porté cet Eftre , Dieu , & 
Homme tout enfemble, que les Chreftiens appel- 
lent Iefus-Chrift. Vous me pardonnerez fi ie vous 
dis que vous imputez lafehement aux Chreftiens de 
vous persuader qu'ils croyent que Marie ait donné 
commancement à la diuinité, quoy qu'ils rappel- 
lent Mère de Dieu.* Vous deuriezobfe uer que dans 

Gen.tf.io vos hures de la Genaife, Sara , femm d A braham, 
eft appellée mère d lfaac,quoy queUe n'aye do né 
le commancement à lame d ifaac ,maisfeultme t 
pour auoir porté lfaac dans les flancs, lequel eltoit 
ame& corps, comme Ie.lus eftoit Dieu&Hommej 
en vn mot tu monftre ton peu de foy de ne pas croi- 
re , que par la puiffance de Dieu vnc Vierge enfante, 



Du Sieur de la Boullaye le-GouT^. 3& 
&. engendre vn fils^veu que dans les Liures du ïudaif- 
mcjileft eferit qu'elle le doit engendrer, &Moyfe ffaie 7.14 
que tu qualifie de Grand audeflus des autres Pro- 
phètes , n'a-ul pas dit que d'vn homme vierge Genef.1. 
fut tirée vne fille ; & quel inconuenient trouue " 
tu à ce que les Chreftiens difent que Iefuseft nay 
d'vne Vierge ; n'y a t'il pas par ce moyen réparation 
&efgalitéentout> vn fexe ne pouuant rien repro- 
chera l'autre, puis que deuant qu'ils fuflent feparez, 
Dieu les créa malle & femelle à fon image &fe-m- Wcm1,17 
blance : vfe de la raifon que Dieu t'a donnée , & ne 
crois pas d'auoir veu ny toy ny moy tous les Liures 
de la Bible Sacrée ? As- tu veu le Liure des Guerres 
du Seigneur feité aux nombres > Chap. 21. Verfet 
quatorziefme? Sçais-tu le Liure des luttes, feité au 
Chap.10.Verf.13.dc Iofué? As-tu oùy parler du Li- 
ure des paro'les des iours de Salomon, au 3. des Roys 
Chap. 11. Verf.4-1- Du Liuredes parolles desiours des 
Roys d'Iraël au Chap. ï4.Verf. 10. Du Liure des pa- 
rolles des iours des Roys de luda , au Verf ip. Du 
Liure d Alliance au 4. des Rois Chap. 25. Verf. li. 
Du Liure de Samuel 3 le voyant au 1. des Chroniques 
Chap. 19. Verf. 29. Du Liure de Nathan le Prophète 
au Chap 29. Verf. 19. DesLiuresdeHahiasSilonite 
au Chap. 9. Vei f 19. Des Liures de Semeïas ; au Chap. 
u. Verf. .5. DesLiuresd'Addole PropheteChap »$. 
Verf il. Des Liures d Efier au Chap. 9. Verf. l6. 
d'Efter, Du Liuredu Teftament du Seigneur au 1. 
M accab. Chap. 1. Verf 6 o. Du Liure des iours du Sa- 
cerdoce de Maccabéeau Chap.i£. Verf 14. Du Li- 

B b b iij 



3$* Les Voyages çf Obferuations 

ure des temps des Rois au3.d'E(dras Chap.i.Vcrf. 
4i.Tuncrefp mdpas,&quefçais tufidansl'vnd'i- 
ccux il eft porté que le Meiîie que les Chreftiens fui- 
ucntjeft celuyquetu attensjcher Rabi,croy moy, 1 
c'eftpeudechofe*denous autres, nous nous impli- 
quons les vns les autres dans nos croyances , fans 
nous feruir du principe de laraifon , rayon de la di- 
uinité , par lequel nous fommes illuminez venans au 
monde; que fi tu as tous ces Liures,ou parties di- 
ceux , il y a 8. ans que ie roule pour les rrouuer ; fers 
toy de l'aduisque tu me donne , & penfe meuremmit 
& profondement à ta Religion , tu ne feras pas fans 
beaucoup de difficulté. 

Voyage d* Alexandrie a Rhodes. 
Chapitre XV. 

IE m'embarquay en Alexandrie fur le vaiiîeau du 
Capitaine Laurent Maure Ok>utadin , lequel fut 
pris de force auecceluy du Capitaine Bremont,par 
lepaehaduKaire,pour porter à Rhodes vn Kafina 
ou threfor du grand Seigneur , auec quantité d' A gas 
& autres Officiers de la Porte: Le Pafchafit obliger 
&refpondre toute la nation de la fidélité de ces z. 
Capitaines pour la feureté des deniers qui confi- 
ftoicnteni*. cai(Tesd , or > & d'argent 3 & retint dans 
le port d'Alexandrie \6. autres vaifleaux François. 
Le chemin d' Alexandrie à Rhodes eft uo. lieues au 
Nord Nordeft 3 nous y arriuaf mes en trois iours, l 



Du Sieur de la £oullaye-le-Gou%l l*$ 
Rhodes fut conquife par Sultan Soliman ( Mai- 
ftre d ibrahim Pacha Vinr afim,qui gouuerna l'Em- 
pire Ottoman , auec tous les bon-heurs imagina- 
bles} mais fut eftranglé par la malice de la Sultane 
Roxelane ) fur les Cheualiers de Rhodes , dont 1 ean 
de Viliers eftoit grand Maiftre; elle leur auoit efté 
donnée après Tanneantiflement des Templiers: 
Cette place eft extrêmement forte, a trois mille de 
tourne Port eft petit, fort feur, & deffendu dvne 
grofTc tour : Le Port des galleres eft beau ; hors la vil- 
le il y a quantité ck maifons de Grecs, lefquels vien- 
nent le iour dans la ville , & n'ofent y coucher la 
nuid: par la politique Ottomane qui le deffend,de 
crainte de quelque reuolte. 

L'Ifle de Rhodes eft quatre fois plus grande que 
celle de Malthe, très ferrille 3 les porcs y font à grand 
prix -, il nous arriua vne difgrace qui nous penfa cau- 
îer la perte de noftre liberté, il y a dans Rhodes S. 
galleres , que le Pacha entretient pour faire le cours 
contre les Chreftiens,&dans ces galleres il y a plu- 
sieurs efclaues François, l*vn defqucls, natif de la 
Cioutadfcfauuade laCapitaine(îe J & vint la nuict 
fans eftre apperçeu fur noftre vaifïeau ,& fe cacha 
dans la fentine : Le matin les Comités de ù Chiour- 
ne firent grand brui6fc à noftre Capitane, lequel nia 
absolument que le fugitif fuit dansfonvailîeau, & 
au vray ne le fçachant pas> dift affez indifçrettement 
quil vouloiteftreà la chefne.>& tout fon efquipa- 
ge, fi l'efclaue s y trouuoit: pendant ce bruicl: vn 
Moufli, ou petit garçon de noftre bord, vint auCa- 



3S4 Les Voyages Qf Obfemations 

pitainc l'aduertir, qu'il yauoit vnefclaue des galle- 
rcs du grand Turq dans la fentinc , ce qui eflonna le 
Capitaine , lequel prift cet efclaue , & le mena au Pa- 
cha de Rhodes, luy tenant cedifcours. Mon grand 
Seigneur , voila vn efclaue des galleres du Sultan , le- 
quel eftvenu denuicl: fur mon vaiffeau , fans auoir 
efté apperceu que maintenant ; ie te l'ay ramené, 
Dieu te conferuera , Il tu ne crois pas qu'il y foit allé 
de ma faute, tu fcjais,nous auons apporté le thre- 
for du Sultan , & auons emmené àbon port les A gas 
du Serrail , reprens donc ton efclaue, & nous donne 
licence de leuer nos ancres. Le Pacha luy refpondït, 
tu mente 3 infidelle > d'eftre mis aux gjalieres auec ton 
équipage, mal-heureux & fans foin, que ne fais tu 
faire la garde fur ton vaiffeau , fi T on y mettoit le feu 
la nuic"t , où en ferois tu i ie te dis , bien t'en prend 
dauoir abordé dans ce port pour leferuice du Sul- 
tan , autrement tu ne t'en retournerois pas. Le Capi- 
taine répliqua: Mon grand Seigneur, i'ay des gens 
qui me font foufmis , ie les ay choifis les plus ridelles 
que i'ay creu , mais celuy qui eft maiftrc de la garde, 
n'a pas fait fon dcuoir , ie le feray punir , mais moy, 
& le rcfte de mon équipage, ne fommes point coul- 
pableS;, demande à l'efclaue, fi l'on Ta perfuadé de 
s'enfuir , ou fi l'on luy a donné les mains pour fe fau- 
uer fur mon vaiffeau/ Le pacha le congédia en ces 
termes , ola , ola infidelle , & homme fans Dieu ,ccft 
alTez, comme fi cen'eftoit pas vn crime de l'auoir 
trpuué réfugié fur ton vaiffeau ; retire toy 9 fors du 
port quand tu voudras , ie te dis , ie ne t'en empefche 
pas. Sur 



DuSiturdelaToullayt-le-Gouz,. 3*$ 
Sur la porte de la ville qui regarde le Port > l'on Voie 
latefte d'vn dragon, autresf ois la terreur de l'ifle, tué 
par vn Chcualier François , lequel fit faire en France 
vn dragon de carte delà figure de celuy de Rhodes, 
drefTa deux dogues auec ce dragon, faitant mettre vn 
homme dedans , & de la chair autour du ventre 3 & par 
après les mena à Rhodes ,& attaqua le dragon, ces ftj 
chiens n'en ayant point peurj&letuajeftantarmédc 
pied en cap ,luy paiïant Ion efpée au deffaut des efcaiK 
les .-L'on dit qu'il yauoit vnedeffcnfe politique de la 
part dû grand Maiftrede combattre ce dragon, parce 
qu'il auoit tuéplufieurs perfonnes, raifon pourquoy 
l'on ofta Thabit de Cheualier à ce Religieux , pour 
auoir contreuenu aux ordres de fon Supérieur, & l'on 
luy rendit par après pour auoir defliuré cet Ifle d'vn tel 
monftrc ; j'ay aflez de fois confideré cet os , & 1 ay 
trouucdelagrofleur de la tefte d'vn boeuf, mais bien 
plus long, d'où Ton peut iuger du corps qu auoit ce 
îerpent, il eft pendu auec vne grofTe chefncau deflus 
de la porte >i'ay offert vingt- cinq fckins de Venife à 
VnTurq pour me le defrober, & quelques boucliers 
&maffuëdebois,entr'autres celles delean de Viliers 
Tlfle- Adam grand Maiftre, qui eft derrière la porte 
pendue à vn cloud, & à demy confomméc par le 
temps, àdeflein de les apporter en Europe : le n eferis 
rien du colofTe, parce qu'il n'en refte aucune marque 
nyveftige, feulement puis- je dire que la diftance qu'il 
y auoit d'vn des pieds à l'autre , eft efgalle à celle qu'il y 
a d'vn des bouts du pont Saincl: Miche de Paris à l'au- 
tre ,fuiuant la tradition desRhodiens. 

Ccc 



386 Les 'Voyages & Obfemations 



De U Nation , & Religion Cjftecque. 

Chapitre XVI. 

LEs Grecs qui habitent Rhodes ont la mcfmc Re- 
ligion &couftume que lesautres, & comme nous 
auons défait lesSchifmcs & Religions du Leuant,il 
feroïc mal à propos de ne rien dire de celle des Grecs, 
qui eft la plus proche en apparence, mais la capiralle 
ennemie de la Romaine. De cette nation font fortis 
les plus polis & fçauans hommes de l'Europe , pour le 
gouueinement, conqueftes eftrangers,couftumes & 
loix ; ils ont les premiers tiré la (âge lie des Egyptiens^ 
communiquée aux Latins; La Republique d'Athènes 
fait foy de mon dire ; à ceux qui ont leu lesHiftoires 
anciennes, où la vertu cftoit recpmpenfée^les gens 
de bien honorez de ftatuës de bronfes après leur mort, 
leurs enfans auoient bouche à cour, ou pendons an* 
nuelicsdu threfor pub!iq,auecles premières (çcances 
auxicuxpubliqs&fpe&aclcs: Alexandre le grand fut 
de cette nation , lequel porta (es armes vicloi ieufes aux 
confinsde la terre, îlconquift l'Aile mineure, »'Aî mc- 
nie inférieure & fuperieure 3 la Mcdie , le Royaume 
desParthes,des Iufbegs,&de Thebet, l Indoftan, la 
Perfe & IaKaldée, où ce Prince mourut dans vn petit 
village proche Bagdat, remarquable pour la mort d'vn 
fi grand homme, auquel la icienec feruoit d'ame, & 
la valeur de corps; fa patrie fut la Grèce, fon Gouuer- 
neurAriftote^fesconqueilcstouterAfiej Les fages 



Dh Sieur de la Boullaye* le- Gou&. 387 
dcmy-dieuxde Grèce, ont aufli orné leur patrie >&c les 
Legiflateursleur gouuernement : l'on pourroit aucc iu- 
fticcefcrirevn gros volume des vertus, & rares quali- 
tezde cette nation deperie. 

Apres l'Aiccnfion de noftre Seigneur les Grecs fu- 
rent les premiers enrre les Gentils a embrafferleChri- 
ftianifme en fi grand nombre qu'il furent ialoufez par A & c *• h 
lesluifs faits Chreftiens: ils font extrêmement zclésà 
leur Loy, &coultumes>& n'y peuucnt foufîrir aucun 
changement, de tout temps ceux qui ont voulu lesre- 
formers'en font mal trouuez; Socrate mourut le Mar- 
tyrdu peuple pourauoir maintenu l'vnitéderElTence 
Diuine contre la Religion de Grèce , qui admettoie 
pluralité de Dieux, & Homère fut banny de la Repu- 
blique d'Athènes pour auoir demandé effrontément 
au Sénat d'eftrenourry parl'Hoftelde ville ,& qu'il e(- 
criroit&compoferoitdes Versa la louange des Grecs, 
la Loy portant qu'aucun n'euft bouche à cour qu'il 
n'euft rendu quelque feruice, ou fes ancedres^à la pa- 
trie. CepeupledeuenuChreftien changea de gouuer- 
nement, & porta fe* conquêtes dans les Ides de l'Ar- 
chipelage, coites d'Egypte , Paleftine, Syrie, Kara- 
manie, A fie mineure, & autres Promnces contigues à 
la mer Noire, ou Pont Euxin > mais comme la gran- 
deur traifnefouuent lafupeibeauec foy,les Eucïques 
Grecs voulurent eftre les premiers, & fc voyans con- 
trequarrezparlesPapesdeRomeSucce(TeuisdeSain<5t 
Picrre > fe feruirert de Tauthorité des Empereurs d'O- 
rient pour eftablir vn Schifme,dont ils ont infe&éla 
meilleure partie de TAfie, ils aymerent mieux eftre les 

Ccc îj, 



jts Les Voyages çg Olferuations 

Chefs des Grecs, que foufmis aux Romains dont ils fe- 
coucrentlcioug,& pour prétexte Fondèrent leur Re- 
ligion fur ces propositions. 
i. Que le Saindt Efprit ne procède point du Fils , mais 
Eu. ïf.16. du Père, (uiuant le partage de Sainâ: Iean,où ïefus dit 
à fesApoftrcs, Quand l'Efprit viendra que icvous en- 
uoycrc, l'Efprit de vérité qui procède de mon Père. 
u Qu'il ne faut croire aux indulgences du Pape. 

3. Que le Purgatoire n'eft de la doctrine de laprimi- 
tiueEglite. 

4. Que les Religieux &Eucfqucs peuuent garder le 
Célibat , & les Preftres feculiers cftre mariez , fuiuant le 
cinquiefmc Canon des Apoftres. 

5. Que le Souuerain Patriarche cft celuy de Conftan. 
tinoplc,& que ceuxdelerufalem, Antioche, & Ale- 
xandrie font autant que l'Euefque de Rome, lequel a 
ruiné le Chriftianifme, & eft la caufe de leur perte , & 
que les infidelies O ttomans ont enuah y leur pays , par- 
ce qu'il s* eft feruy de l'Empereur d'Occident pour les 
humilier, puis a chafle le mefme Empereur d'Occident, 
vfurpé Rome , & feint des donations des Empereurs 
Romains pour {e l'approprier , quoy qu'au vray il te 
foit feruy des François pour deftruire & châtier Carfar, 
& non des eferits de Conftantin. 

6. Que dans le ieufne l\on fe doit abftenir de manger 
du heure , de l'huylle , de la chair, du poifTon, des œufs, 

Pourar- de la poutargue , de la crème , & toute forte de laittage, 
gue font 5 C f roma ac 1 oùilyait du heure, ou de la crème, 
poiflbn. 7. Que le Mercredy, & le Vendredy l'on doit faire 
abftinencc , & non le Samedy. 



jyu Sieur de la BoulUye-le-Gouz,. tf* 

8. Que le vray Patriarche eft efleu par le Clergé, &: 
le peuple, & confirmé par l'Empereur > auiourd'huy 
celuy de Conftantinople eft confirme par le Sultan, 
qu'ils reconnoifTent vray Empereur des Grecs. 

5?. Que le feruicc Diuin fe peut chanter en langue 
Grecque, ce que l'on ne leur contefte pas, non plus 
que le mariage desPrcftrcs feculiers; le pape permet 
mefmes aux Maronites d'Officier en Syriaque, parce 
qu'il feroic ridicule & contre laraifon d'obliger les 
peuples à chanter dc,s Pfeaumes en l'Eglife dans vne 
langue, laquelle ils ne pourroient lire, à caufe que les 
caractères des Grecs & des Maronites, font autres que 
ceux des Latins : Le pape fouffre aufli que les preftres 
Maronites foient mariez. 

10. Qu'il ne faut point auoir d'autres Images que cel- 
les qui font peintes fur les murailles, eftant deffendu 
dans Moyfe d'en auoirny en faire détaillées. 

il. QuVn Chrefticn qui renie fa foy ne doit eftre 
abfous^'ilncvadetcftet ce qu'il a fait publiquement ; 
il y a trois ou quatre ans qu'vn ieune GrecdeSmirnefe 
fit Turq, & voulut retourner au giron de l'Çglife Grec- 
que, mais l'Eucfque de Smirne luy demanda où ilauoic 
laiffélafoy ,il luyiepliqua qu'il s'eftoit fait circoncire 
dans la Mofquéc publique, où il s'eftoit profefféMan- 
fulman ; l'Euefque luy dift où tu as laiffé ta foy va la 
reprendre; le ieune Grec par obcïffance alla à h place 
publique deuant la porte de la Mofquée, foulla aux 
pieds (on turban blanc, de tefta Mahomet, & fa loy„ 
appclla le Mcflic, la Vierge, & tous les Sain&s a fon 
ayde en langue Turque \\\ tut aceufe de blafphemede- 

Ccc iij 



3 90 Les Voyages çf Obferuations 

uant le Kadi , & iugé à eftre bruflé tout vif, fuiuant 
les loix des Manfulmans ; il ne fe tourmenta en au- 
cune façon dans le fupplice , & le fouffrit auec pa- 
tience , inuoquant incefTammcnt le nom de Dieu: 
de fa mort il y a eu diuers iugemens , les vns l'efti- 
ment damné eftant mort Schifmatique, &hors l'af- 
femblée ou Eghfe Romaine , dautres maintiennent 
qu il eft Martyr, parce qu'crTe&iuemcntiln'eft point 
mort pour maintenir le fchifme des Grecs , mais pour 
confelTer la foy de Iefus Chrift, & la Diuinité de fa 
perfonne aux Manfulmans, eftant vray queceluy qui 
met fa vie pour Iefus- Chrift ne la peut perdre, ou con- 
feffedeuant les hommes que le Verbe éternel s'eft in- 
carné dans le temps, ne peut manquer d*Aduocat de- 
liant Dieu, pour la iuftification de (esœuures; pour 
moyi'en fufpcns mon iugement,&m'en rapporte à 
ce que TEglife en croit: I'ay veu des Catholiques de 
toutes profefllons , creus & eftimez habilles gens, eftre 
de differens aduis, & ne veux en parler fuiuant ma paf- 
fîoncommc eux , ny obliger le Lecteur en rien à pren- 
dre mes (entimens, luy laiflant la liberté de iuger. 

11, Que Ton peut fe feruir de pain leué pour le Sacrifi- 
ce de 1 1 MefTe. 

15. Q^ie les Romains ne font point dans la foy des A* 
poftres,puis qu'ils n'ont point le feu facré du Cichqu'ils 
appellent Nour , & tiennent venir miraculeufemenc 
du Sain6l Scpulchre ,de cette forte : Le Samedy Sain cl; 
à deux heures après midy ^toutes les nations Chreftien- 
nes qui font en Ierufalem vont efteindre les lampes 
qu'elles entretiennent au Saine! Sepulchre,, afin qu'il 



Du Sieur deUBoulUye-le-Çou^. 30F 

n'y ait plus de feu., finalement y va vnCaloierGrcc, 
entretenu de la nation Grecque pour cet office , le- 
quel reuient quérir vne grande lampe pleine d'huyl- 
lc d'oliue fans flamme ,nyfeu, laquelle il porte dans 
le Saincl: Sepulchre d'où il fort : Le ScheKelfalem , 
qui eft le Schef des Scherifs , demeurant en Ierufa- 
lem , & le Mouteueli fccllent la porte du Saine! ScJ 
pulchrc , auec le Sceau du Sultan , puis vient le Pa- 
triarche des Grecs, lequel fait trois fois la proccilîon 
autourdel'Eglifcdeuantque feprefenter au Saincl: Se- 
pulchre, où la porte Sainâe , comme l'appellent les 
Grecs , où le Schekelfalem fufdit, & le Mouteueli, 
qui eft TEicriiiain du Sultan cnuoyé pour voir fi le feu 
Saine!: eft venu, & en donner tcfmoignage,chcrchent 
dans tous fesveftemens pour voir s'il n'a point de feu, 
ou infiniment pour en faire, & puis ils oftent le cachet 
de laporte , & Touurer\t au patriarche qui y entre feul, 
& la ferment & la (cèlent vne féconde fois , & quelque 
temps après le Patriarche donne du pied dans la porte, 
aiTeurant que le feu Saine!:, ou la Nour eft venue fur la 
lampe, & tenant en fes mains plufirurs chandelles al- 
lumées de ce feu. fort du Saincl Sepulchre, après que 
les deux Man(ulmans ont rompu les Sceaux , ôc ou- 
uert la porte , pour lors le Schcrif allume vne chandel- 
le à ce feu Saincl , & en boit vne pippe de tabaK auec 
l'Efcriuain du Sulran , lequel donne atteftation , com- 
me telle année de l'Empire du Sultan, ou de l'Hegir, 
le feu Saincl: eft venu aux Grers, & s'en Va à la Porte en 
donner Relation au Sultan, qui eft vne grande adrefte 
èV politique aux Turqs. Les Grecs, Coftes.,ou Arme- 



\ 



39* Les Voyages çf Obfemations 

niens qui font prcfcns, allument leurs chandelles , & 
s'en bruflent afTez fouuent la barbe , ou leurs veftemens 
par fupcrftition. Plufïeurs ont recherche curieufement 
l'artifice dont fe fert le Patriarche des Grecs pour 
tromper fa nation , les peuples qui le croyent cftabli de 
Dieu dans fon Pontificat, & ont maintenu qu'il por- 
toit vn fufil dans fes habits, auec vn'peude mèche: 
Pourmoy ic n'ay rkn efpargné pourapprendre toutes 
lcsfubulitez& inuentions du monde, ie m é fuis laiffé 
perfuader par vn Kaloier Grec, qui auoit cfté ad- 
mis à ce M iniftere, & duquel i'ay appris à Rome la pre- 
fente Relation , par l'ordie de l'Eminentidîme Cardi- 
nal Capponi , que celuy qui va efteindre les lampes y 
porte dans le S.ScpuIchre vne mechc faitte d'vne plan- 
te appcllée Nartix en Arabe , laquelle croift au def ert à 
Saradari, oùleMcflie ieufna, bouillir auec de l'eau de 
vie, laquelle il allume, & laportcdans vne boette de 
fer blanc, dans vne pochette faite au bas de fa robe, 
auec vne petite chandelle faite de fouffre, huylle,& 
cire , qu'il met dansla couppe du Sainft Scpulchre , où 
il y a à maindroiteevn petit cabinet ancien proche la 
faincte pierre, & derrière ce cabinet il y avn trou (c- 
cret où il met cette boette, & la chandelle, dont le Pa- 
triarche aîîume la lampe & quelques chandelles, qui 
font faircs de cire & de (ouffre , pour faire vne lumière 
plus extraordinaire. Loncnuoye de cette huylle fan- 
âifiée par la Nour en Mofcouie, Grèce , Rullîe, Géor- 
gie, & autres licite foufmis à l'Eglife Grecque, d'où l'on 
tire en eichange de grands prefens ,à caufe de la foy 
que I'onaencettehuylle^à laquelle ils attribuent beau- 
coup 



T>i4, Sieur delà r Boullaye-le-Gou&. $p] 

coup de vertus , & la croyent facréc. 

Les PreftrcsGi ces portent de grands cheucux,auec 
vn petit bonnet de feutre de couleur minime, fait à 
la façon des calottes anciennes , les feculiers por- 
tent le turban bleu , ils officient en Grec littéral, 
parce qu'il y a différence entre le Grec eferit , & le Grec 
vulgaire, comme entre le Latin &Htalien. Tous les 
Grecs font fuperbesjcV ennemis des Franks,& parti- 
culièrement des Italiens^ caufe des antipathies de leurs 
couftumcSj&deleursPreftresqui lesaniment contre 
nous. Leurs mariages (e font comme ceux desTurqs,ils 
acheprent leurs femmes, ou font des prefens aux pa- 
rens,ils prennent vn compère, & vnc commère à leurs 
mariages, & fi la mariée fait difficulté a foufFrirque 
fon mary luy monftre qu'il elt homme , le compère & 
la commère fçauentfort bien luy defehirer fes calle- 
çonsjfielle ne les veut deftacher degré, parce que les 
calleçons des Grecques , & des Turques font cou fus 
deuant & derrière fans aucune fente; leur habit eft le 
mefmc que celuy des Tùrqs , excepté qu'ils ne peuuent 
porter le Turban verd, ou blanc, ou rouge dans les 
villes., & n'oftent point leur bonnet ou turban pour 
faluer, non plus que lesTurqs, Pcrfans, Mogols, In-j 
diftannis , Tartares, Arabes, Egyptiens , & autrespeu- 
ples d'Afie,& Affriques, qui (ont venus à ma con- 
noilTanceJes femmes n'oferoient fe mettre vn crefpe 
noir deuant les yeux , parce que c'eft la marque des 
Manlùlmancs : Les Sciotes portent vn petit bonnet 
rouge broché de laine, & les Perotes vn Kalepak ou 
bonnet à la PolaKque : Les Grecques des Ifles font 

Ddd 



394 Z* es V°J a g e & Obferuatïons 

habillées de diuerfes Façons; dans leurs maifons ils ont 
debeauxtapis, & riches couuerures,auec des couffins 
ouuragez pour s'appuyer, eftans aflis à terre à la Tur- 
que fur leurs tapis , ils mangent fur vne petite table eile- 
uécd'vn pied de terre ,&ay ment le vin autant que na- 
tion qui foit fous le Ciel, qu'ils ont à grand marché., à 
caufe que les Manfulmans en bornent peu. Les Grecs 
de leur naturel (ont délicieux, glorieux, paillards, & 
abhorrent le trauail au deffusdc tous les hommes, les 
femmes Grecques (ont alTez aymables, mais elles n'ont 
point la propreté des Turques, ôc ont les tétons gros, 
Fort bas &pendas,ellesfont de beau fang,afTez enjouées 
aucc leurs amans: leur çoufturneeft, ayant perdu vn 
enfant de le pleurer tous les matins pendant deux heu- 
res , deux ans après fa mort , auec des cris qui font com- 
paflîon ; mais après l'heure des pleurs elles chantent 
fort gayement : le croy que c'eft de cette couftume 
que Ton a tiré que les femmes pleurent ôc rient quand 
elles veulent , ou par couftume. 



Voyage de 'R^Jjodes À Ltgornc. 
Chap, XVII. 



JLï 



E huiâiefme du m.cfmc mois nousfortifmesdu 

^port de Rhodes, noftre cap eftant au Nord , puis 

nous tirafmes au Sud : ôc le ?• ayans cinglé à TOueft 

Scarpen- Sudoucft nous apperceufmes vne îflc appeilée Scar- 

&litf penta, dominée par les Ottomans, nous la laiffamesà 

rEft,&approcha{mes dvne autre petite ifle appeilée 



Du Sieur de la c Bot4llaye4e-Gou&. ]yj 

Cafo , laquelle nous laiflaimes au Nord ; cette ifle eft à Cafà 
trente cinq degrez & demy de latitude. Le n. nous 
vinfmes à la veuë de la Candie, autresfois Crète , ôc 
auiourd'huy connue (ous le nom de Ghirit par les Candie? 
Turqs , & les Arabes : cette ifle fut la demeure & patrie 
dcSarurne.dontilfut chaflëpar Con fils Iupiter; Dé- 
dale y fit autresfois ce labirinthe fameux , d où il (e fau- 
ua > ce Royaume eit très fertile, & a efté dominé à di- 
uers temps par les Grecs & Européens, auiourd'huy cft 
le différent des Ottomans, & des Vénitiens , les Ot- 
tomans y font Maiftresde la campagne, & de deux 
foitcs places , appellces la Canéc, & Rhctimo, & la Canée. 1 
Sercniflîme Republique de Venife de toutes les autres *hetimoJ 
places, fçauoirde la Candie> la Soude Spinolonguc, Canc j ic ^ 
Polikarque, & les Grabuges; le temps nous fera voir le Soude. " 
fuccez de leurs querelles, & fi ce CroiiTant fera alTez fp ln °-, 

j r n longue. 

grand pour entermer cette Iile entre ces pointes, ou Policar- 
bien fi elles les luy bùfera: Elle a 300. milles de long, * e - 
& foixante de large ,les naturels y font fort adroiârsà 3 ge$ 
tirer de Tare, gaffez bons hommes de mer, mais plus 
affectionnez aux Manfulmans qu'aux Vénitiens : Les 
Candiots de tout temps ont cité en fortmauuaifecfti- 
me,àcaufe de leurs vices, & p3îllardifes, caufées par 
la douceur du climat.» & bonté du vin , & des frui&s 
qui les portent à la defbiuche, dont ils font gloire. 
Les Fables des Poètes nous en font connoiftre quelque Metam? 
chofe , lorsque Iupiter (e changea en taureau pour ra- i°-fab 4? 
uir Europe, & en aigJc pour enleuer Ganimede.com- ^J^'* 
me tout vn peuple le gouuerne au modelle du Prince, 
le Pnnee qui doit eftre lame des Loix venant àtriom- 

Ddd ii 



396 LesVoyages & Obfemations 

pher du vice , & quitter la vertu , tous fes (ujets veulent 
viurcà ion exemple. Et fi quelques perfonnes nous ac- 
culent de iuger de toute vnc nation mal à pi opos^il me 
Àtite.i.u f cra permis de dire ce que Sain<5t paul a du parlant 
y d'eux, que lesCandiots font menteurs, faineans, & pa- 
refleux, & outre l'authorifé de ce grand perlonnage 
que l'on doit préférer a la raifon mefmejilme feroit 
aifédcprouuer leurs mauuaiiescornplexions,fianlieu 
d'c(crire mon voyage , 6c en faire vne relation fuccin- 
fte ,ie me vouloiseftendre (urleur naturel, non que le 
gouuernement des Vénitiens ne contribue quelque 
chofe à rendre les Grecs plus mal affectionnez aux La- 
tins j l'on préfère fouuent la politique à !.a charité du 
prochain , lous prétexte de maintenir vn eftat dans 
I'obeiiTance. 

Le 15. 14. 15. & I 6 . nous eufmes vnc tempefte horri- 
ble, & fallut inceiTamment plier nos voilles, de cran- 
te des ^roupades de vents , qui nous les auroient man- 
gées, comme di(entlesProucnçaux,de façon qu'ayans 
tenu noftre vailTeau à fec , qui n'eft autre chofe que 
plier les voillesjfuiuant les rr^^c^ des mariniers, nous 
fifrries peu de chemin, & la aiarée nost< ayant iettez 
proche la Candie, nous rit mes force pour nousefloi- 
gner de la terre , & alors noftre proue ie rompit, & no- 
ftre vaiiTeaufailant de l'eau toute claire, nous nous vit 
mesen danger eminent de périr : L'on lia la prouëaucc 
forces cables, le moins mal que l'on pût dans cette ne- 
ceflité : l'auois dans mes ballots vne main de Sirène, ou 
poiflon- femme, laquelle ie iettay adroi&emcnt dans 
la mer, parce que le Capitaine voyant que nous ne 



Du Sieur de UHoullaye-le- Gou&. 397 
poumons faire chemin , m'auoit demandé fi ie n'auois 
point quelque mumie dans mes facs , qui nous empefc 
chaft d'aller, & qu'il faudroit retourner en Egypte pour 
la reporter, la plufpart des Prouençaux ayant opinion 
que les vaiiTeauxquitranfportentlesmumiesd'Egypte 
ontpeincàarriuerà bon port, de manière qwe îecrai- 
gnois que venans à chercher dans mes hardes, ils ne 
prifTent la main de ce poiiTon pour vnemain de mu- 
mie , Se ne me fiOTent inlulcc. Nous tinlmes la mer 
iufqu'aui4. à caufe du vent contraire^ depuis le 27. 
iufquà la veuë de Malte , qui fut le 30. nous vifmes cour- 
tes les nui&s le mont JEtna> auiourd'huy appelle Gibel, MontiEt- 
lequelnousparoilToit comme vnepiramide de feu, 5c na - 
le matin comme de la fumée. Malte eft vne ifle dont . e 
la fituation, la grandeur, la force , le gouuernement, & 
l'ordre eft fi connu , & rapporté auec tant de fidélité 
par pluficurs Cheualicrs d'honneur, que ie n'en puis 
dire autre chofe,finon que les Manfulmans croyent 
que lesCheuaiicrsde Malte r ont autres hommes que 
les Européens, à cauic des batailles où la generofiré de 
lafleurdenoftre NoblelTe a toufiours eicorné les Ot- 
tomans :Sii'eufle eu vne Croix de Malte en Perfe, & 
fur les terres du grand Mogol,ie m'enferois paré, afin 
d'eftre plus honoré, tant eft grande l'eltime que tous 
les peuples font de ce bel ordre , rampart de la Chre- 
fticnté,e(cole delà generofité, &la terreur de la mai- 
fon Ottomane. 

Le quatriefme Février nous rencontrafmes deux 
vaiflfeaux Ponentois, aufquels deux Frégates de Dun* 
kerque armées en cours par les Meflinois auoient don^ 

Ddd ùj 



5?8 Les Z)ôyages çg Obfemations 

né la chaffcjccsvaiffcauxs^ftoient chargez en Alexan- 
drie pour Rouen dvnSemimineral ,cjuc l'on appelle 
Netron en Egy p te , donr nous auons parié cy- deflus« 

Mazara. Lecinquiefme nous paiîafmcs à la veuë de Mazara, 
VillefurlacoftedeCicilc : Etle fixefme nousarnuaf. 

Pcmele- mes au cap de laPcntelerie petite Ifle polTedéc par les 
Caftillans, il y a gamifonfous lcsOrdresdu Viceroy 
de N*pies. 

Le hui&icfme nous paiTafmespIufieurs petits efeueils 
à fleur d'eau^ où il fefait vn bruit parles vagues cotn- 
mel'abboy confus deplufieurs chiens, d'où les Poètes 
qui ont d'eferit la Nature des chofes par des Fables & 
Metamorphofes controuuécs, ontafleuré que Glau- 
que Pcfchcur ayant pris beaucoup de poiflons,lesiet- 
ta morts furvne certaine plante dont la fleur eft blan- 
che, & la racync longue ôc noire > appellée par Homè- 
re, Moly, & ils reprirent vie, Glauque voyant (es mer- 
ucillcsenprift, & en mangea., & fut auiïï-toft change 
en Dieu-Marin,puis deuint amoureux de Syllc, laquel- 
le neluy voulut accorder ce qu'il luy demanda, il alla 
confultcr renchancerclTe Circé pour obtenir quelque 
Philtre amoureux pour obliger fa mai ftrc(Te à acquief- 
ferà (es defirs, mais Circé deuint amourcule de Glau- 
que , & changea Sylle depuis le nombril en bas , en 
teftesde chiens, laquelle feiectaenmer& fit périr les 
compagnons d'Vlifie pour fc vanger de Circé & les 
engloutir , §c auroit fait le mefme à ^Enée 3 fi les Dieux 
ne l'euflent changée en ces rocqs que nous paflaimes. 
Sardague. Le neuf & dixiefme nous coftoyafmes la Sardagne, 
Ifle poffedée par les Caftillans de la dépendance du 



Du Sieur de la Boullaye-le-Gou&. 399 
Viceroy de Naples ; c eft le feul pays où la langue Latine 
a quelque refteparmy le vulgaire, mais la fréquenta- 
tion que les Sardes ont auec les Italiens la corrompt 
tous les iours.Lc quatorzième nous laiiTafm.es à TOueft 
Mile de Corfe de la dépendance de Gènes, &mifmesCotfe: 
le Cap vers Tlfle d'Elue, nous eulmes la chafTed'vn cor- E h e : .» 
faire François quimift fes arcfboutans au grand & fé- 
cond voile, & nous pen fa attraper,ie me vis prés de fai- 
re naufrage au Port & tober entre les mains des rira tes 
après auoir paffe tant de pa ïs &couru tant de perils,lors 
que ic me croyoïs en fauueté,lc vent cefîa&ie reconneu 
mon bon-heur,parce que le vaifleau ennemy eftant de 
• beaucoup plus gros que le noftre ne put auanccr,& 
tourna fa proue d'vn autre cofté, nous reconncufm.es 
le paillon blanc,&!e faluafmes de trois coups de canon 
fans plier nos voiles ny l'attendre^l nous rendit noftre 
falut& tira au mole. LJfle d'Elue eft fort confiderable 
pour deuxplaccs d'armes Porto Fcrraio & Porto Lon p orto p cc - 
gone : La première cft au grand duc, & la féconde , qui raio. 
eft vn pentagone irregulier ,aux Eipagnols. Le quinzié- £ orto , 
menousarriuafmesàLÎgorne & moiïillafmesàla bar- 
re, Il vint vn efquif a bord, & vn desconferuatcurs 
de la famé voyant noftre patented 'Alexandrie permift 
feulement auCapitaine &à l'Efcriuain de venir à terre, 
dans ce rencontre le Capitaine nurcns Maure, conti- 
nuant de m'obliger me fit defcerjdre en qualité d'Ef* 
criuain de (on vailTeau Ton nous mena dans lamair 
fon de la fànté, où l'on nous fit déshabiller nuds, & le 
Protomedico nous ayant vifitez aux aiiiellcs & aux 
autres parties du corps fu (ceptibles de pefte, affeura que 



400 Les Voyages çf Obferuations 

nous eftions fains , Ton nous fit changer d'habits , puis 
l'on nous permift l'entrée de la Ville: le voulus fatis- 
faire aux obligations que i'auois au Capitaine Lau- 
rent Maures, &luy offris douze efcus,qui eft le prix 
ordinaire que les honneftes gens payent pour pafler 
d'Alexandrie à Marfcille, ayant embarqué en Egy- 
pte & à Rhodes toutes mes prouifions neceflai, 
res, ce qu'il refuft n> offrant de l'argent s'il m'en 
manquoit , & que luy ayant fait l'honneur de pré- 
férer (on vailleau à dix-lcpt qui eftoient en Ale- 
xandrie pour paffer en Europe, il rnauoit obligation, 
& que la couftume des Ciouradins efloic de palier gra- 
tuittement ceux qu'ils reçoiuent furleurs vaifleaux , & 
que les hommes (e pouuoient rencontrer plus d'vne 
fois,eftant furpris de tant de ciuilité ic tiray le diamand 
de mon doigt que ie porte ordinairement & le priay 
de l'accepter, que poflible il refufoie mon argent, parce 
qu'il negalloit pas les obligations qucieluyauois^que 
i'eftoisbienaifedelefatisfoire, Scqueftant originaire 
d'Anjou Prouince efloignée de lafienne, ien'aurois 
iamais occafion de me reuancher, il me refpondit 
qu'il ne refufoit pas douze efeus pour en auoir trente, 
que fondcfplaifir eftoit de ne m'auoirpû dauantage 
obliger fur fon bord, mais queftant homme de mer 
& groflier, poflible nauoit- il pasbien fçeu fe compor- 
ter auec moy , & qu il eltoit monferuiteur. Ce Capi- 
taine a autrefois efté Pillote fur les Armées Naualles 
de fa Maieftc, &eftlVn des premiers hommes de Mer 

dclaProuencc. 

Voyage 



Du Sieur de U lioulUje'lc-Gouz*. 401 

— . - 1 1 

Voyage de Ligorne a Rome par Mer , auec le procède 
de t ' EminmtïRime Cappom, 

Chap. XVIII. 

Ï 'Appris à Ligorne la mort du R. Père Zenon à 
Madrafpatan, duquel nous auons parlé au deuxiè- 
me Liure chap. 30. & m'embarque en habit de Per- 
fan de crainte des Efpagnols à defïcin d'aller ren- 
dre mes rcfpe&s à Monngnor Federico Capponi, 
dont i' auois reçeu tant de courtoifîe,lors que iauois 
pafle àRome:Ie foir noftre Brigantin arriua à Piom- Pi mbm? 
bin 41. degrez & demy de latitude petite Ville dans 
la terre ferme; le lendemain nous fufmes ioincls par 
deux gallercs de Naplesquienuoyercnt vifîter no- 
ftre barque qui eftoit de Ligorne, & n'y trouuans 
point de François nous laifferent aller, le foir nous 
ieftafmes les anchres à Ciuitt aVechia 4/. à 4i.degrés 
de latitude fejour ordinaire desGalleres de fa Sain- 
teté nous y fejournafmcs deux iours. Cette Ville eft . 
vne place d'arme où il y agarnifon, elleeft diftante v ec bi a 2 
40. milles de Rome par terre. 

De Quitta Vechia nous tirafmes à l'embouchcu- 
reduTribc où nous arriuafmescn 6 heures, d'où 
nous montafmcs à Rome noftre barque auec des 
cheuaux iufques à Ripa Grande où eft la Doiïanne, 
iallay droit au Palais de Monfignor Capponi,fur 
laporteien'apperceus point les Armes de fa famille 
qui font tranchées de iable & d'argent , & ifopprîs 

Eee 



40 1 Les Uoyages £& Oèferuations 

.. des voifins qu'il y auoit deux ans qu'il eftoit mort 

çhap.4. fubitement ; ie m'eftois chargea Canobin d'vne 
lettre du Patriarche des Maronites que ie penfois 
faire prefenter par fon cntremifeàl'Hminentiffime 
Capponi, ie me refolus deuant que partir de Rome 
de la porter, eftant affeuré de laciuilitédeccgrand 
Prince , dont l'abbord eft facile à tout le monde, ie 
Juy demaadé l'audiance , il me l'accorda , & me fit la 
grâce d'ouyr que i'auois promis au Patriarche des 
Maronites de faire remettre fes lettres entre les mains 
de fon Eminence par feu Monfignor Capponi^dont 
i'auois cfté très humble Seruiteur,que l'ayant trouué 
mort i'auois pris la hardieiTe de les prefenter moy- 
mefme, de crainte de manquer à ma parolle , ,que ie 
fupplyois fon Eminence de confiderer l'efclauage 
dans lequel font les Maronites dominez par les 
Manfulmans , il reçeut ma lettre ,& mediftie vous 
feray à Rome ce que vous auroitefté l'Abbé Cap- 
*poni,& feray mon poflïble pour alTiftcr les Maro- 
nites dont ie fuis Protecteur > ie luy repliquay que ie 
me tiendrois heureux d'auoir fon Eminence pour 
protectrice, comme i'auois eu Monfignor Capponi 
pQur amy , que i'auois vn fenfible defplaifir d auoir 
perduvncperonedontla mémoire me feroit chère 
Monte- toute ma vie & celle de toute fa parenté, & me retiré. 
cftia de- £)eux i-ours après 1 on me vint prier de lapart de 
meure de jfon Eminence d'aller à Monte-Cittorio ou il y auoit 
1 .^- rnincn " aflemblee de gens fçauans, que fi ie n'eftois point 
C. Cap- :empeiche,eue tiendroit a taueur de m y voirai y allé, 
poni a ^ a p rcs pl Ll {Jç Urs moyens que l'on propofa pour 



T>h Sieur de la Soullaye-le- Qou&. 40$ % 

faccroiflement de lafoy; l'on fit vnc defcrîption 
des païs du Turq , l'on apporta l'Atlas major , fur le- 
quel vn Do&cur Chanoine de S. Pierre , très fça- 
uant dans les antiquitez , nous fit vn long difeours 
touchant Babylone, furies iardins de Semiramis,d£j 
les murailles anciennes , où pouuoient aller 6. ca^ 
roffesde front, il n'oublia- la fertilité du terroir ,1a 
beauté de FEuphrate qui paiTe au milieu, îvne des 
4. branches de la riuierequifortoit du lieu de volu- 
pté, pour arroufer le iardinque Dieu auoit plante Gen :*:7„ 
deuant le péché de l'homme, qui prend (a fourec 
auec le Ty gre. Monfieur le Cardinal fe tournant de 
mon cofté me dift, que vous fcmblet'il de ce que 
Monfieur vient de dire, eft il pas auffi fçauantque ' 
ceux qui ont afté fur les lieux , n'oubliant aucune 
particularité des chofes qui font à remarquer dans le 
récit qu'ira fait de Babylone. Mârefponfe fut ; Emi- 
ncntiiTime Seigneur ^Monfieur a bien dit , lors qu'il 
a aduancé quePtoIoméc, Hondius , & autres A u- 
theurs auoient inféré dans leurs eferis ce qu'il vient' 
dediredelaMefopatamie, Fonnedoit point con- 
tefter les authoritez de ces grands hommes , l'or* 
nement de leur fieclè , & de leur patrie ; il eft louable- 
des'efhe eftudiéàconnoiftre le monde, n'ayant pûv 
prendre la liberté de voyager comme Pitagore, Pli- 
ne ^ Ariftote, Plutarque, Hérodote *& Alexandre, 
qui fortirent de leur pais pour en' connoiGTarnt le; 
inonde, fe connoiftre eux mefmes par vn rapport- 
du tout à fa partie, pour moy fi fay paiic tant de 
meiSiinoiideflannapas efté feulement*! c me con-* 

Eee ij 



404 lu Voyages & b fer nations 

noiftrc rnoy mefme, mais ccluy qui m'a créé en con- 
fiderant tant de différera effets qui partent d vne mê- 
me ca ufc , & marquent l'infinité de la puiffanec , la- 
quelle a impnmé ion image, & fa «. effemblance dans 
tous les eltres que fa bonté a tiré des idées de fon 
Verbe ; iî voftre Emincnce a agréable que ie dife 
mon fentiment fur tous les points qui ont eftés ad- 
uancez,ie tiens qu il eflhors de propos dedeferire 
cequin'eft plus, comme il feroit ridicule dedifeou- 
rir d'vn iardin qui ne fera iamais en effence , à moins 
que Ton n'en traçait le plan , qui feruiroit de model- 
lcpouren faire vnfemblable, de parler desmurail- 
les de Babylone,&des parterres delà Reine Semi- 
ramis, dont il ne refte aucun veftige , ce n'eft pas 
eftre Cofmographe ; il feroit plus à propos dafîeoir 
cette ville à fhft de la riuiere du Tygre 9 que de la 
mettre fur l'Euphrate, dont elle eft fort efloignée; 
d'en deferire les forces, le négoce , le nombre des 
Ianniffaircs qui y commandent, fa longitude & lati- 
de> marquer le temps qu elle a paffé en la domination 
des Ottomans, les mœurs des habitans, la tour de 
Nembrot appellée Babil ou confufion de langues 
parles Arabes, & donner à fon fleuue plutoft mef- 
mc emboucheurc , que mefme fource auec ¥ Euphra- 
te : Voila, Monfeigneur,ce que îenay veu,& ce que 
ïen penfe* Monfîeur, me dit le Docteur., ie croy 
plus çn ce que vous nous dittes pour l'auoir veu, 
qu'en tous les Authcurs que l'ay leu, nous aurions 
obligation àMonfeigneur le Cardinal de vous vou- 
loir engager à nous donner la connoiiïance que 



Du Sieur dela%oullàye-le-Gou%] *4oj 
vous aucz acquife du monde par vos voyages. Mon-; 
fieur le Cardinal me pria de prendre logement 
dans fon Palais, auec tant de courcoifie , que ie ne 
peus m'endeffendrc-,il me fit donner fon apparte-j 
ment d bit embouche à cour, & deux de fes Officiers 
pour me feruir ; fon Eminence me fouffroit tous 
les ioursdeux heures dans fon entretien auec beau- 
coup de douceur, & m'a toufiours accordé ce que ie 
luyay demande pour mes amis. 






'Dignité^ & Offices de la Cour Romaine. 
Chapitre XIX. 

ROme a efté deferite par tant d' A utheurs veri ta- 
bles/es Antiquitez & Cérémonies font fi con- 
nues j que ie fembleroisaffe&er de groffir mon Li- 
ure fi ie m'y eftendoisj ie diray fuccin&ement les 
principales charges de cette Cour , aufquellcs vn 
chacun peut paruenir indifféremment , parce que 
Rome eftant la patrie commune des hommes , les 
gens d efprit ôc de vertu y deuiennent les premiers,il 
eft mefme commandé aux Cardinaux , que leurs Pa- Conc! de 
lais i oient la retraitte & 1 hofpicc des gens fç > auans,& Lattan $2 
de meritc,& comme c'eft v n crime à toutes les autres 
Cours defperer au Gouucrnement , & à Rome vnei 
vertu & excellence d'yofer prétendre, LesManful- 
manss eftonnent de ce que tous les Chreftiens n'y 
demeurent pas. 

LePapedanslafaincteté duquel joutes les gran- p -^ 

Eee iij 



4©tf Les Voyages & Ohferuaîlons 

deurs de la terre fe rencontrent, Médiateur entre les* 
peuples & !efasXhrift,prçnd la qualité de Seruiteuc 
des Seruiteurs de Dieu ; mais eft appelle par les Ro- 
mains , très Sainft , & très heureux , Père de tous les 
Conc. de Chreftiens, Chef des membres, Docteur de la Fov 

Florence y-o n : r» - r \ r . « .* 

part. i. Chrettienne , Pape vnmeriel , iouueram Pontife de 
tousles Prélats, Chef de tousles Chefs, &fouuerain 
Anna?. ^ cre <* es Percs » fuccefleur à raurhoritédc.S*. Pierre 
fur l'Eglifc vniuerfelle, Vicaire de Dieu en terre; 
Père des Rois & des Princes , & Rcdteur de ï vniuers. 
Le pouuoir du Pape eft de prefider aux Conciles vnr- 
uerfels > condamner les hereiks par l'authorité A- 
poftolique , régler & deffinir fans auoir befoin de 
Concile^auoir fbuueraine authorité dans laChre- 
ftienté , iuger tous les hommes fans eftre iuçé de 
perfonne,çïifpenfer des. Canons de ÎEglifei & des 
Décrets des Conciles généraux , examiner les. eferirs 
delà Foy, receuoir leïerment des Euefques, & don- 
ner les titres & dignitez Spirituelles & temporelles à 
iesva(Taux,ouàceux des autres Princes (ans leur en 
litchi- demander aduis ; Les Rois de Pologne , &.de portu- 
nnlI75> ga! ont elle premièrement créés Roys, & couron- 
nez pat les Pontifes Romains: Innocent III. créa 
Nûfsiu Pierre Roy d Arragon,& Iean Roy d'Angleterre & 
U vie dedlIrlaade,çVFei:dinantcArragpnius.Roy d Efpagne, 
«&owc |j t j nt( j e luîe^IÎ. quelesRoysd'Efpagne fes fuccef- 
Miuéc feurs s'appelleraient Catholiques. Le Pape non feu- 
ftoirede ^ ement crée & fait Jes Rois , mais prétend, les priuer 
$c*iiu , de leurs dignitez & Royaume 3 comme Jnnoçent - 
HU Rtl^a'R&f d'Angleterre : Et a ïefgard de 



Du Sieùr de la Boullaye-le- Çou&i +oy 
! l'Empire, Honore III. couronna Frédéric H.Empc« c R ^ 
reur<±Occident,& Robert fils de pierre Empereur fous Grd 
d'Orienté Grégoire V. înftitua le nombre des Ele- § oiw * 
cireurs, & leur donna pouuoir d ? eflire l'Empereur, Baroohis 
en fie mcfmevne Bulle que F on appelle dorée, mais Anna, 
ie ne l'ay pu voir ^ quoy que i'aye eu tous les aduan- 
tages pour la librairie Vaticane,dont Monfieur le 
Cardinal Capponyeft grand Biblioteicaire, mais il 
y a tant de volumes que les Cathàlogues ne parlent 
pas de la moitié des manuferipts que l'on y garde* 
l'y ay veuenplufieurs Liures que Iean XXII. &Leon 
X. priuerentleDucdeSaxe dudroL£t. d'eflire l'Em- 
pereur, lequel après que l'on Ta eflcu,enuoye faire 
ferment de fidélité jd'obeïflance, &de reuerence au 
Pape y lequel pretendquilne doit eftre reconnu que 
par fon efledtion , & le pouuoir mefme priuer de E ift , 
cette dignité après fa confirmation, comme Frede- Iean s.i 
rie premier, qui fut excommunié & priué de l'Em- Anf P crt 
pire en I année \\6?, par Alexandre III. ainfiquelon 
lift dans les regiftres d'Innocent III. Honoré III. 
& Grégoire IX. dansla Librairie Vaticane. I'ay leu 
dans de vieux mémoires gardez au Vatican , que 
Charles V. ayant renoncé a l'Empire entre les mains 
des Electeurs j en faueur de Ferdinand fon frerc, 
le papes' y oppofa, dautant que l'Empereur ne peut 
renoncer entre les mains des Electeurs , parce qu'ils 
font ( es inférieurs , mais bien entre les mains du Pa- 
pe, & fut refolu dans vn Confifloire que l'Empire 
vcnmt à vacquer , feroit à la difpofi tion du Pape : de 
que pendant le Pontificat de Paul txoifiefme, lor^ 



40$ Les Voyages ç? Obferuàtions 

que Charles V. & François I. Roy de France fepro* 
pofoientvn duel > ils efcriuirent tous deux au Pape, 
& Charles V. dans la Lettre eferitte de fa main fc 
profeflbit fils & deffenfeur du Saind Siège Apo* 
ftolique, aucc iurcment de ne pouuoir difpoferde 
foy abfolument , &autrcs belles paroles obli- 
geantes. 

Les terres Papales confinent auNord àl'iftatde 
S Marc,& Duché de Tofcane, à l'Orient au Gol- 
phe de Vcnife , au M idy au Royaume de Naples , & à 
l'Occident à la mer & Duché deTofcàne. Il yaplu- 
fîeurs Légats , Vice- Légats , & Gouuerneurs dans 
toutes ces Prouincesd'Italie,&Comtatd'Auignon, 
dont le Sain6l Père tire de grandes fommes de de- 
niers, adminiftrez par fes nepueus , & aurres pro- 
ches, defqucls la principale defpence eft en bafti- 
mens, réparation de chemins, & acqueducs pour 
eternifer la mémoire du Sain&Pere, les Italiens fe 
portans naturellement à faire quelque cho fe pour le 
public. 

Les reuenus de la Dattxrie,& de la Chambre Apo- 
ftoliquefont très grands,parce quelePape créant vn 
Cardinal, tous les Offices que ce Cardinal auoitàla 
Chambre > font confifquez au profit de la Chambre, 
dont fa Sain&eté difpofe , & lors qu'on voit vn 
Monfîgnor auoir pour 60. ou yoooo.efcus d'Offices 
à la Chambre , Ion dit en riant qu'il eft nay Car- 
dinal. 

Les forces du Pape confident en plufieurs galle* 
res , iooqo. Fantaffins , & 4000. Caualiers en vne ex- 

termite^ 



Du Sieur de la BoulUye- le-Çou?^. 405* 
tremité,quoyque (a principale forceloit l'excommu- 
nication, outre les afuftnnces que faSain&etépeut re- 
ceuoir des vaffaux du Sain£t Siège qui font obligez 
de le (ecourir , fçauoir du Roy d'Efpagne qui luy paye 
tous les ans 6ooo.eicus& vne hacquenée,à caufedu 
Royaume de Naples, du Duc de Parme, & de plu- 
(leurs autres Princes d'Italie: Ses intereftspour lacon- 
feruation de la Sain£te Eglife font,de rcueuoir les hon- 
neurs & foufmiflions des Princes Chreftiens : Louys IL 
Empereur tenoit le cheual deNicolasI. par la bride, 
lors qu'il le fut reccuoir ,de maintenir l'égalité entre les 
François & les Efpagnols, & faire en forte que les Fran- 
çois le puilTent fecourir contre lesennemisdu S. Siège, 1 
comme fit pépin , Paul 1. & Charlemagnc , Hadrian L 
contre les Grecs ; laifTer deftruire peu à peu les Princes 
d'Italie d'eux-mefmes, s'entretenir des Vénitiens, & 
des Génois fans leur rien céder , & fc maintenir dans la 
grandeur de Souuerain Pontife, dont le pouuoir s'e- 
ftend fur les amesdes hommes. 

Les Cardinaux font collatéraux du pape, réglez auCardi^ 
nombre de 7 o. pa r vne Bulle de Sixte V. diftins en trois naux * 
Ordres ffçauoir 6. Euefques,50. Preftres,& 14. Dia- 
cres, que la Saindeté crée de toutes nations à (a volon- 
té, & les fait Princes de la Sain&e Eglife, lefquelsvonc 
aRomedepairauec les telles Couronnées, &: précè- 
dent tous les autres Princes Souuerains,mefme l'Ar- 1 
chiduc d'Auftriche: L'on donne la qualité d'A Iteffe à 
ceux qui font nays Princes, &d'Eminence aux autres, 
lefquels ont ef gallement voix a&iuepour Pefle&ion du 
pape , & tous cnfemble forment le Sacré Collège, dans 

Fff 



4io Les Voyages "çf Obfemations 

iequeU'vn d'eux a toufioursl Office de Camerlingue, 
ou Threforier du Sacré Collège , Office diftinâ du 
Camerlingatde fa Sainteté, les autres fontpourueus 
des autres Charges principales, comme de Vicaire du 
Pape,dc grandPenitentier,Vice Chancelier,Prcfet de 
la fignature de Iuftice , Préfet de la fignature de grâce, 
Préfet des Brefs , grand Bibliotekaire, & d'autres Prefi- 
dent aux Congregations,fçauoir à laCongrcgation du 
Confeil , à la Congrégation des Rits , à la Congréga- 
tion des eaux, à la Congrégation des fontaines & che- 
mins, à la Congrégation de la table des Liures , à la 
Congrégation de la conlulte, à la Congrégation du 
bon rco-ime, à la Congrégation des monnoyes , à la 
Congregationdel'examendcsEuefques,&à la Con- 

Miniftres gregation des chofes Confïftorialles. 
dekCout l cs autres principaux Miniftres & Officiers de cette 
RomalnC CouriontleSecretaireduPape,lcSenateurdeRome, 
• le préfet de Rome, le Thrcfaurier General , le Gou- 
uerneur de Rome, le Capitane General de la Sainde 
Eglifc , le General des galleres , l'Auditeur de la Cham- 
bre Apoftolique, le Maiftre du Sacré Palais, les qua- 
treMaiftres des Cérémonies, le Secrétaire d\Eftat,les 
douze Auditeurs de la Rote, le Secrétaire des Brefs du 
Pape, le Prefidentde la Chambre Apoftolique, l'Ad- 
uoeat des pauures, l'Aduocat fifcal,les Commiflaires 
de la Chambre Apoftolique , les douze Clercs de la 
Chambre Apoftolique, le Sacrifie du Pape, le Mai- 
ftre d'Hoftel du pape, le Camcrier Secret du Pape, les 
aydes de Chambre & Cameriers d'honneur du Pape , le 
Maiftre dcsEfcuiries,lc fousDatairc,leGouuerneur 



Du Sieur de la Boullaje* le- Goa&* 4Ïï 
du Chafteau S. Ange, le Gouucrncur delBorgo, le 
General des gardes, le General d'Auignon , le General 
de Ferrare, le Colonel d'Ancone, le Colonel des Cor- 
fes, le General de la caualleric, le Collatéral gênerai, 
le Capitaine de bataille , le Sergent Major de milice, le 
Marefchalde Rome, les protonotaircs JesConferua- 
teurs , les Maiftres des chemins , les Maiftres de la Iufti- 
ce, les Référendaires, le luge des Confidences, l'Au- 
diteur des contredits , & autres , dont les emplois , les 
gages & fondions fonttres-veritablement deferiptes 
par le Signor Girolamo Lunadoro,dansfa Relation 
de la Cour de Rome, laquelle le Ledeur peut voir. 



Voyage de Home à Lucanes , & U raijon qui me fi 
quitter la Cour Romaine. 

Chapitre XX. 

PEndantqucieftoisen paix&enrepos à la Cour de 
l'EminentifiimeCapponi, connu de fonEmincnce 
fous le nom du Signor Francefco peregrino Catholico, Peregrino 
deux Pères Recoletsde la Flcche, apprirent que i'eft ois „ at v ° , 

' il * co, voya- 

François,&quenon feulement lEmiflentillime Cap- geur Ca~ 
poni,mais MelTieurs les Cardinaux Barberin , Chcru- tholl( l ue i 
bin, d'Efte, &: Vrfin me vouloient égallement du 
bien , & me faifoient l'honneur de m'eftouter quand 
àc leur dermndois audiance, me vindrent trouuer pour 
propofei à la Sacrée Congrégation de propaganda Fi- 
de, quelques aduis que ie me fens obligé de tenir fous 
lefilence,maisque ie fouhaitteroisauoireftéluiuis, ôC 
prie ces bons Religieux, fi mes e faits paruiennent iul- 

Fffij 



<4Ïi Les Voyages çtf Obferuations 

ques à eux de ne pomr, le relafcher de leur zèle, parce 
que toft ou tard l'on fc verra contrainâs de ic feruirde 
leurpropofition. le leur demanday après lcsauoir ef- 
coutezVils auoient connoifïance de certains Gentils- 
hommes d'Anjou, ils me dirent qu'vn de ceux que ie 
leur auois nomme eftoit mort , & qu'il auoit vn fils 
vnique, que la trop grande curioiné auoit fait périt 
miferablement dans les voyages loingtainsrCe récit 
me (aifit le cœur, & m'obligea d'entrer en vne autre 
chambre , feignant d'y auoir affaire pour pleurer la 
mort de mon père , & rendre à la nature ce que ie ne luy 
pus defnier ; quelque temps après ie rentré dans la 
chambre où ils eftoient,& quelque foin que l'appor- 
talTe pour me compofer ils remaquerent du change- 
ment fur mon vifage, ce qui leur donna fuict de pren- 
dre congé de moy , de crainte de m'eftre à charge. 

Le foir ic remerciay Monfieur le Cardinal des bon- 

tez qu'il auoit eues pour moy , ie luy dis la mort de 

mon père, & le priay d'agréer ma retraitte,ilme tef- 

moigna vn fenfible relfentiment de ma perte, que 

i'eltois libre , & qu'il fe pouuoit plutofr, dire mon 

obligé , que moy le fien. Le lendemain matin le Signor 

Zcnobio intendant de fon Eminence me vinttrouucr, 

& me dift que ie ne pouuois partir fans voir encore 

vne Fois le Seigneur Cardinal, qu'il luy auoir donné 

ordre de me le dire, & me conduire dan* (oncaroffe 

hors la ville: l'entré dans la chambre de fon Eminence, 

& d'abord quelle me vit , cher Signor Francefco poflî- 

ble ne trouuerez vous point en France ce que vous laiC- 

fezaillcurs,foyez afleuréque mamaifon iera toufiours 



Du SieurdelaïloulUyeJe-ïjouX. 413 

voflrc , & que fi ie vous puis feruir jamais , & vos 
arnis,ic le ferayi voyez s'il ne vous manque rien , & 
vous déclarez, fi vous auez quelque créance en moy: 
à peine luy peufie répliquer que tout l'aduantage, 6c 
l'honneur de mes voyages eftoitd'eftre connu de (on 
Eminence > & comme ie luy voulus baifer la main , il 
m'embralTa , me bai(a au frond , & me dift foy ons tou- 
jours amis , & ne doutez iamais que ie n'aye de la bon- 
ne amitié & eftime pour vous , Dieu accompagne vos 
pas, & vous conduifc comme il a toufiours fait , à 
Dieu: le monté en(oncarofle,&hors le faux-bourg 
del popolo,ie pris mescheuaux pour Lucques, & ayant 
partyvn peu tard de Rome, ie vins coucher à Baccano _ 

f ■ Â 11 1 «. r r 1 • \ * r Ci Haccane 

huia mules de Rome : Le lecond îour àMontehal- Monte _ 
con:Lctfioifiefme à Aquapendente: Le 4. à Sienne: fiafeon. ^ 
Le 5- à pile : & le fixiefme à Lucques douze milles. deUt?" 
Cette République eft tous la prote&iond'tfpagne, Sienne: 
Ôc ne fubfifteque par l'cgallité du Grand Duc, & des l'^' ^ 
Génois : la ville eft fortifiée à la moderne, & fort bien 
gai dêe, elle eft de la grandeur d'Orléans, ion négoce 
confiitecnouurages defoye^que l'on en tranfpoite i 
Ligornes & à Gènes. A la porte de la ville l'on me fie 
hïSèï mes armes à feu , où îeles repris au forrir : les No- 
bles y (ont habillez de robes longues noires ; la for- 
ce de cette ville codfifteen s. ou 6000 hommes quien 
pourroient fortir en vue neceffite ious les armes. Lors 
que le Grand Duc l'afliegea, les Lucquois mirent l'e- 
ftendart de l'Empire lut leurs murailles : le peuple y vie 
fort contant pour la bonne police qu'on y oblerue, & 
le territoire qui eft très fertillc. 

Fff iij 



4 Î4 Les Voyages çf Obferuations 



Voyage de Lacques à Turin. 
Chàp. XXI. 

Mafia. T"""\E Lucques ie vins difner à M alfa petite Princi- 
Jpauté, Vingt milles de chemin , le Prince de 
MafTa y demeure dans vne petite forterelTe , & fubfi- 
fte par légalité de Tof cane & de Gènes, & par ladiui- 
fion de l'Italie en plufieurs petits Princes ,il a d au- 
tres domaines dans le Royaume de Naples , & por- 
te la qualité de Prince du S. Empire , ie pris vne patente 

Sarzara. nouuelle de la famé , & vins à Sarzara petite place d'ar- 
mes appartenante aux Génois, diftante quinze milles 

Lcrid. de Mafia , & le lendemain à Lerici, cinq milles de che- 
min , ie fis endoffer ma patente par le Podeftat de Leri- 
ci , qui eft comme luge de la police député de Genes,& 
rnembarquay pour Sauonne, où i'arriuayen- 48. heu- 
res fur vne fallouKque , auec beaucoup de crainte des 
MajorKains , qui nous donnèrent la chafîe. 

Sauonnc: Sauonne releuede la Republique de Gènes, Ton y 
fait bonne garde, de crainte de la furprifcd'Elpagne, 
de France, ou de Sauoie: Les Génois en ontruu>é le 
port afin que celuy de Gènes qui n'en eft diftant que 
30. milles, fuit le feul de leur Eftat où l'on fift le négo- 
ce, politique tres-necefTairc pour la conferuation de 
cette République De Sauonne à Lyon > il y a des Con- 
uois de mulets , fur lefquels ie chargé quelques curiofi- 
tez que i'auois apportées du Leuant, & ie loûay des che- 
uaux pour Tmin,ic vins difner dans yn petit bourg lo. 



Du Sieur de la r Boullaye-le-Goû&. 4/5 
milles de Sauonne, très-dangereux pour les bandis.qui 
y ont aiTaflmé pluficurs perfonnes , & depuis peu vn 
Prince Alleman ,auec toute fa fuitte,qui s'en alloit à 
Rome gagner le Iubilé: Apres difner iepafTay vn au- 
tre petit village delà domination de Caftille,où reus 
peur d'eftre arrefté , & fans mon habit Perfan , qui me 
raifoit croire Leuantin , ie n'aurois peu paiïer feure- 
ment ; le foir ie couchay dans vne hoftellerie , où ie ne 
me trouuay point aiTeuréjéV fisg^rde toute lanuicl;, 
afin de n'eftre pas furpris endormy? Le lendemain ie 
paiTayàCarmagnolle,villeaiTez bien fortifiée, & de "Te*"" 
grande importance, & couché dans vn petit bourg, 
puisi , arriuayàTurin > diftantde Sauonne 5. iournées 
de chemin aux portes de Turin, Ton me demanda ma T . 
patente de fanté, que l'on porta au Major de la ville', 
lequel me donna permifïion d'entrer dans la ville, & 
vn billet pour loger. 

Turin eft la ville capitale de piedmond., fort bien 
fortifiée, la Citadelle eft entre les mains des François 
qui la gardent pour la feuretéde leurs armes; la gran- 
deur de la ville eft efgalle à celle de Lyon; les rues y font 
très belles. 

Le jour d'après mon arriuée àTurin,leSignor Ot- Cour de 
tauio Bourgarello Maior de la ville , me vint prier de la Icurs AI : 
part de leurs Alteffes Royalles d'aller au Valentin, mai- R yaii cs 
fon de plaifance , baftie par les ordres de Madame deSauoyc 
Royalle,à vn mille de Turin fur le Pau; cette maifon 
n'eftoit pas acheuée , Madame R^oyalle eftoit à la pro- 
menade ;ie l'attendis dans l'appartement de fes filles 
d'honneur , à fon retour l'on me conduifit dans fo 



4i6 Le s Voyage s ?$ Obferuitions 

chambre > où fou Alteiîe Royalle de Sauoye la tenoit 
par la main ,ie les faliie à la façon des Perfans , def quels 
i'auois encore l'habit, & leur fis offre de monferuicc: 
Son AltefTe Royalle de Sauoye , digne Succcfleur 
de la vertu &generofité desRoys de Cypre fes ance- 
ftres , me fît plufieurs queftions iurla force dcsTurqSj 
les couftumes des Perfans ,1a fituation des Tartares,& 
larertiluédelaPaieftine,&Iudée, &iauroisefté fur- 
pris de voir ce ieune^rince fi bien informé du Leuant, 
nVftoitlesfoings que Madame Royalle a toufiours eu 
de tenir à fa Cour les plus habilles gens qui font venus 
à fa connoiffance ,afin que la bonne éducation don- 
nant à fon A.Royalle les grandeurs de l'ame, l'excel- 
lence de (on efptit put efgaller la beauté de fon corps : 
Apres mes refponfes Madame Royallevolut voir fi ie 
meconnoiflbiscn beauté^ me demenda laquelle ic 
iugeois la plus belle de (es filles d'honneur > à cette que- 
stion ie fus eftonné, parce queftans toutes belles, i a- 
uois peine à me déterminer , pour ne pas laifTer toutes- 
fois l'efprit de fon AltefTe Royalle en f ufpens, ie luy dis 
que Madamoilelle de pianeza me paroilToit fort bel- 
le :à la fortie de la chambre le Seigneur Comte Philip- 
pe m'inuita à foupper par fon ordre. Les ioursfuiuans 
le Signor Bourgarello me fit faluer les princeiTes, donc 
la puifnéeeftoit promile au fils aifnédu DucdcBauie- 
re,me monftra lagallerie de fon AltefTe Roy aile, où 
i'eus l'honneur de voir Madamoifellc Benfa^fille d'hon- 
neur de Madame Royalle, ab fente du Valentin, lors 
que fon AltefTe Royalle me fit iuge de la beauté de 
celles de la Cour, &me mena en fuute dans l'Eglife 



ou 



Du Sieur delà < Boullaye-le-Goù&. 4*7 
où repolc leSaind Suaire dcnoftre Seigneur, relique 
de grande dcuotion. 



Voyage de Turin à Çeneue. 
Chap. XXII. 

IE partis de Turin auec paiTeport de Ton Alreffe 
Koyalle, & vins difner à Sufe , petite ville , il y a Su ^ 
vne Citadelle du cofté de TOueft , il falluft faire endof- 
fer mon pafleport , & le foir ie couché au pied du mont 1 

Senisdans vn petit village, où ic pris des mulets pour 
le monter le lendemain. 

Le fécond iour ie montay trois heures, & paruins au 
haut du mont Senis,oùictrouuay vne belle campa- M onc 
gne , ic fus contraint: de prendre ma fourrure , à caufe Senis- 
du grand froid ; ie laiffé la Chappellc des Tranfis à 
droidjqui eft vne petite EgU(e , où Ton metlcspat- 
fans qui meurent de froid, il n'y auoir alors aucun ca- Chappel^ 
daure ; dans le milieu de cette prairie il y a vn lac , & lc d " 
fur le bord vne petite maifonbaftie par lc feu Duc de 
Sauoye,où. il vint receuoir Madame Royalle, quand 
elle palîa en Piedmont, cette mailon n'eft point habi- 
tée ,& là auprès eft la pofte ,1a longueur de cette cam- 
pagne eft d'vne petite lieue, à l'autre extrême, ie des- 
cendis fort roid,vne defeente d'vn quart de lieue de 
chemin: En Hyuer Ton fe fait ramafler fur la Neige 
pour delcendre cette montagne .,& en Efté l'on fc fait „ ' 

porter en chaife par deux hommes aflez commodé- 
ment, ie dUnay dans vn village au bas du mont Senis> 



4*8 Les Voyages £j* Obferuations 

oùcomrriâceiaS?uoye ; &couchay dansVn petit bourg 
de Sauoyc, ayant toufîours march<é le long du Torent 
deSauoye,auex beaucoup de hazard pour les précipi- 
ces, & la quamtitéde petits ponts que l'on rencontre, 
toutesfoislesCouriersdcRome tiennent cette route, 
& iufques içy ne leur eft arriué que peu de mal- heur, 
par la prouidence Diuine,ces montagnes font rem- 
plies cFours , & de chamois , les naturels y grimpent 
auec des fers, qu'ils s'attachent aux cuifles, & aux mains 
en guife deRamoneurs de cheminées. 
Ann«cL Le troifîefme iouric difnay à Anneci petite ville 
du domaine de Sauoye , autresfois la demeure de Fran- 
çois de Sales, Eue fque & rri nce de Geneue, illuftre& 
Sainftperfonnage , oblige à y refider par la reuolre des 
Geneuois, quinepcuuent foufFrir de Prélats Catholi- 
ques. Le foiriecouchay dans vn petit bourg peuplé de 
païfans Caluiniftes , de la domination de Geneue. 
Le quacriefme i'arriuay à Geneue en vne heure de 
temps, à l'entrée l'on me demanda ma patente de fan- 
té , ie la monftré au premier Scindiq , lequel (e trouua 
par hazard à la porte, il me donna permiflîon d'eftre 
trois iours dans la ville: Eftant defTenduvn mouchard 
de la Republique me vint demander d'où ie venois, & 
où i'alloï$,& me dit qu'il eftoit eftably deNoffeigneurs 
de Geneue pourvoir ceux qui arnuent,&empefcher 
qu'il ne fe fafle aucun defordredans les hoftelleries , ôc 
que l'Eternel n'y (oit point ofTencé par les iUremés,par 
le icu, ôc par l'yurognerie ; Comme il m'en vouloir en- 
core comter,mon hofte me tira, & me dift , prenez 
garde deprier cet homme de boire ou de manger , vous 



Dm S ie nr de la BoulUye-le-Gouz*. 41 ? 
le verriez in ce (Ta ment àvoftre queue, c'eft vn efeor- 
nifleur ; ie luy dernanday le fujec de fa venuë,& ce qu'il 
defiroitdcmoyjilmediftquïls'eftoic venu informer 
du féjour que ie pretendois faire à Geneue, ic luy re- 
pliquay que i'y ferois iu(qu a ce que i'en partifïe , après 
auoir veula ville, & m'eftre raffraifchi , il me refpon- 
dirque i'y pourrois eftre huiâ: iours,ôV qu'il fe char» 
geoitdemyferuir,icleremerciay, &luy dis que pour 
le icu,le iurement , & l'yurognerie , c'eftoient trois 
choies que i'abhorrois plus que tous les Reformez en* 
femble , que i'affeurerois le premier Scindiq de fa bon^ 
ne garde & vifite, après quoy il tira païs auflî affamé 
qu'il cftoit venu. I e fouhaittois de le faire caufer dauan- 
tage, mais il fe defabufa trop toft, & euft crainte de per- 
dre temps à petfuadervn vieil VlifTe defabufé. 

Geneue eit affife à l'Oueft du lac Léman s lequel a Geneue* 
dix-huicl: lieues de longueur .elle cft fortifiée à la nio-^^ oî - c 
derne , & peut eftre îccourue des SuifTes en peu de Gex la 
temps, auec lefquels elle a de lecrettes intelligences, ne r u c u e e * 
ce qui maintient certe Republique eftlVnion des ha- qu'elle cft 
bitans , Dourlaconferuation de leur liberté ils vont ti- ^ P a ^ s 
rer le canon ,1e moulquet, &lahechea certains îours 
de la {epmaine , Meilleurs les Dircdeurs de la police 
leurs donnent des prix. Leiourdc monarriuée il vint 
vn feruiteur de THoftel de Ville me demander de la 
part de Meilleurs les Scindiqs , ie m'informe fi l'on m'a* 
uoit enuoyé vn caroffe, le mefTager s'eftonna de ma 
demande, Se de ce que ic n'obeilîois pas , & me dift 
que l'on ne s'en feruoit pointa Geneue ,ie luy refpon- 
dis que le lendemain matin ie les irois voir > & leur den* 

" Gggij 



4io Les Voyages çf Ohferuations 

flcroisfatisfa£fcion de ce qu'ils (ouhaittoientde moy; 
ils me receurent fort ciuilement J & m'interrogèrent des 
pays d'orne venois, fi Teftois de leur Religion, & au- 
tres chofes (cmblables;le premier Scindiq me fit fa- 
luer (a femme, & (es filles, & me dift que ie pouuois 
demeurer àGcneuc tant qu'il me plairoit. Le peuple 
de Geneue eft aiTezgrofïïer, mais très bon aux cftran- 
gers : Les Catholiques y demeurent par {ouftrance, 
mais ne s'y peuuent marier. Tous leshabitans font de 
la Religion, qu'ils appellent Reformée jl'Eglife capi- 
tale s'appelle S. Pierre, où ie fus entendre la predica» 
tiondu plus habille Miniftre de Geneue, il ne traicta 
aucun poinâ de la controuerfe,aux Prières i'obfciué 
que Ton pria Dieu pour le Roy de France, fi c'eft par 
deuotion,ou par politique, ie m'en rapporte, ie fuis 
alTeuré qu'ils craignent plus la iUi.prifedeSauoye,que 
celle de France ; ils prétendent que Geneue eft vnc vil- 
le du faincl: Empire, & qu'elle eft libre de droid,cc 
que fon A. R. de Sauoye leur contefte, & ne luy man- 
que que la force pourlafubiuguer. Dans Geneue ie vis 
plufieursRchgieux dcfFroquez,& Catholiques Apo- 
ftats, dont 1 on ne fait pas conte*, les Gencuoismedi- 
foient que le libertinage en obligeoit beaucoup à fe ti- 
rer de la tyrannie du Conucnt ; dans les hoftellenes l'on 
voit plufieurs images delà re(urredtion J & autres ray- 
fteresde noftre rédemption, que bon ylaiile (ans les 
honorer : Les banqueroutiers n'ont aucun aille dans 
cette ville, & l'on y pourroit rechercher vn Marchand 
qui auroit a ffronté, & fait banqueroute d ans les Indes, 
&rs'y feroit retiré. 



Du Sieur de la'BôulUyc-lt'Gou&ï 4" 



lJaAutheur rencontre à Geneue in amy > qu'il n auoit 
Point veu depuis feft ans. 

Chapitre XXIII. 

QVclques iours aprcs mon arriuée à Geneue , i al- 
,'ay voir faire l'exercice de la icunefïe à la prarie, 
où ic rencontré heureufemenc Monfieur Houdan, 
aucc lequel i auois aucresfois porté les armes en An- 
gleterre pourleieruicede leurs Majeftez fcrittaniques, 
nous renouuellafmes noftre connoiifancc , & quoy 
que ie peufTe faire j il me fut i mpofliblc de me feparer , 
fans luy faire le récit de mon voyage du Lcuant , où fc 
trouuerent plufieurs defcsamis,& pour m* obliger en 
fuicte à luy raconter celuydu Nord, & ce qui m 'auoit 
porte à lecommancer par rAng'ererre:i! fit préparer 
vn magnifique banquet , & (ur h fin du repas il dift à 
ceux de fa connoifïance parlant de moy , Meilleurs ce 
Genril homme , quoy que habillé en Perfan, eft origi- 
naire d An) ou , il arriua en Angleterre en l'année 1645. 
en compagnie du Capitaine Giron 3 fameux pour la 
nauiganon > & fe miit volontaire parmy les troupes 
Françoiles, où i'eus l'honneur de fa connoilTance,& 
de fon entretien, mais par maLheur,i'en fuspriué par 
l'emprif onnemen t de ma perfonne au voy âge que ie fis 
à Niucaftel , & fus mené a Londres, d'où ie me fuis Niuca _ 
fauué,& depuis ce temps i'aycourrula Hollande, TAl-ftcI, nou 

lemagncla Pologne, ôcfinallement ie rne fuis arre-" eauCha " 
n it • r * \ «eau» 

lte en cette ville, ie croy que Monfieurde laBoullayc 

Ggg "j 



412, Les Voyages (f Obferuations 

aura afTcz de courtoifie pour nous raconter auec mef- 
mc franchife , le commancement de fes voyage , com- 
me il en a défia rapporté la fin. 



U Autheur raconte ce qu*il la forte à connoiftre le monde y 

& deferitfon Voyage de Paris à Oxfort 

en zAngle terre. 



M 



Chapitre XXIV. 

Eflîeurs pour fatisf aire àTenuieque vous auez 
de fçauoir mes aduanturcs , ie vous priray d'ob- 
ieruerqueieme fuis porté dés ma ieuneffe à confide- 
rer , que deux chofes font l'homme, l'amc & le corps, & 
& qu'autant qie nous auons de fageffe , d'intelligence, 
& de vertu , à l'efgard de l'ame > ou de beauté, de difpo- 
fition , & de fanté à Tefgard du corps , d'autant fom- 
mes nous préférables aux autres hommes, qui n'en 
ayans que la figure, ont peu d'aduantage fur les ani- 
maux qui font parfaits en leurs natures: Cette refle- 
xion eut telle force fur mon efprit, qu'elle m'obligea 
de quitter ma patrie, pourallcrrechercherdansles pays 
eftrangers les plus (çauans , & les plus adroi&s hommes 
dumonde: le partis de Pariscnl'année 164?. en corn. 
pagnie du Capitaine Giton,auec lettres de recomman- 
dation de Monfieur de la Porte grand Prieur de Fran- 
ce, nojsprifmcs lapofte à Pontoife pour Honfleur, 
wagni. fuiuans le chemin Je M igni , de Rouen , & du Poteau- 
Rouën. de-MCfjfurc^tte routte l'on voit les vertiges du palais 
dc-Me^ de Robert le diable , baftard d* vn Duc de Normandie, 
qui a fut mille maux en Ion temps. 



Du Sieur de MBoullaye-le- G&M&l 4*3 
La ville de Honfleurcftàjr.lieuës àc Paris, baftie Gonfleur: 
fur la Seine,(on port demeure à fecquarid la mer eft re- 
tirée. A 500. pas de cette ville cftNoftreDame de Grâ- 
ce, Chappelle de très-grande deuotion , d'où 1 on voie 
au Nord d'Oueft le Havre de Grâce , qui en eft d,ftant 
trois lieues. Nous montafmes (ur vne fregare que le 
Capitaine Giron achepta 14000. liures du Capitaine 
fainol: Mars Normand, laquelle auoit fait le voyage 
des Indes Occidentales; nous y chargeafmes plufieurs 
armes pour le feruice de fa Maiefté Britannique. Le 1. 
iournousvinfmesfurgir proche Reinuille,& prilmes Rcînuillc 
terre à la maifon du Capitaine Giron, puis nous nous 
r'embarquafmes, mettant le cap àrOueft,pour arri- 
ucr à Vvemouts,mais nous eulmes la chaflede deux,, 

v vcîtîomîs 

remberges du Parlement, qui nous obligèrent à pren- fîgnifie 
dre port à Falmouts, pays de Cornoual, ouïe fleur d'A- k lanche 
rondel Gouuerneur de la place nous fît feftin à la mo- 
de d' Angleterre, auec force groiTes pièces de viande. Falmouts,' 
Le Capitaine Giron ayant apperceu fept gros vaifleaux tombante 
des Eftats d'Hollande que Ton calfeutrok à Falmouts, 
propofa au Gouuerneur de t ne les point lailTer par- 
tir qu'il n'euft receu nouuelle dé noftre arriuce en 
Cour , que le droid des Princes eftoit de it feruir dans la 
neceffité de ce qu'ils trouuent dans leurs ports ; le Gou- 
uerneur luyrefpondit, qu'il n eftoit pas en fort pou- 
uoir de les empefeher de partir quand ilsvoudroient, 
mais qu'apparemment ils ne s'en pouuoient aller de 6. 
ou 7.iours : Cette mef me proportion faitte au Lieute- 
nant, il s'eftonnade lamoicfîe du Goauerncuff > &d'ift 
qu'il les empefeheroit de fortir du porc vne .quinzaine. 



4 l 4 les Voyages & Obfifuations 
qu'il n'auoit qu'à (c diljgenter pour arriucrà Oxfort: 
nous partifmes à la mefme heure 3 &isoftre route fut 
par le Cornouail que nous appelions par corruption 
Cornuaille en François , pays mfertillc & remply de 
mines de plomb & d'eftain ionnant, parmy lequel ilfe 
trouue quelquefois vn peu d'argent; nouspaflafmesà 

b"s° Bnltol & à Bets où il y a de très beaux bains d'eau 
chaude: Et le quatriefrac iour nous arriuafmes à la 

Oxforc, c our quieftoit à Oxfort, après auoir falué leurs Ma- 

ou fore n • t ** - •■ • • r> ir 

des bœufs ieftez Britanniques , le Capitaine Giron delcouurit au 

Confeil ledeflein qu'il auoit de faire arrelter lesfcpt 

vaiffeaux d'Hollande, qui cftoientdans le port de Fal- 

mouts, il ne fut point oùy, pour moy ie croy que fi fon 

confeil euftefté fuiuy,il auroit peu reftablir Tautho- 

rité Royalle, parce que le parlement de Londres n'e- 

ftoit pas alors afTez fort par mer pour luy refifter , il eut 

la commiflion de Vice- Admirai du Cornoual , auec 

beaucoup de jaloufie des Anglois, qui ne pouuoient 

fupporterqu'vn eftranger furt admis à cette Charge, 

il s'en alla pour exercer fa commiflion ,& moy ic me 

mis volontaire parmy les trouppes Françoifes , & y 

Giron a demeuray iufques à ce que i'euife appris la mort tragi- 

rnLdé 01 que du Capitaine Giron, & le decedsdeMonfieur de 

dans f©n la Porte ; ie pris congé de leurs M aieftez , & paffeporc 

ho nr p f r du Lord Iermey n, & tiré du cofté de l'Irlande : De vous 

qui icï. fairevnede(criptiondeLondres,IorK,Sailkfbcri,Fal- 

gnoitde m outs, Vvemouts.Niucaftel^eleroit perdre temps, 

luycftre > » .. r VL 

îimy. parce quelles vous (ont tres-connues ; pour! humeur 
Lord lï- & la Religion des Anglois.il cft à propos d'en dire mon 

gnifie r - & -*""* 

Seignent.icntiment, 

G&uuer- 



Du Sieur de la BoMaye-le-GouîQ 4*5 



Gotiuernement des AnAo'is. 
Chapitre XXV. 

C"^E peuple croit exceller au defïus de tous les 
^jeftragers dans les feiences , arts , & poli tique, & 
defire la guerre auec tout le monde, pourueu qu'il 
ait la paix dans fon pays , dit que les troubles de cet- 
te Ifle ont eftés mal-heureufement caufées par le 
Confeil fecret de France & .d'Hollande, Se intelli- 
gence de feu Monfieur le Cardinal de Richelieu.* 
Cette prefomptionque les Anglois ont deux, mef- 
mes,eft intérieure, &neparoient pasautrcmentâls 
font fort doux dans leurs familles, les femmes font 
Dames, & MaiftreiTes de tout le mefnage, & quoy 
qu'elles ayent toute forte de liberté , elles ont aiîez de 
fageffe pour n'en pas abufer. 

Leur gouuernementeftoit tel deuant que ta Roy- 
auté fuftoftée. Trois chefs faifoient le Parlement, 
le Roy, la Chambre haute & la Chambre bafTe, la 
Chambre haute eftoit compofée desNobles du Roy- 
aume, & aux bas fieges de cette Chambre haute 
eftoient aflïs les luges qui auoient leur fceance ordi- 
naire à Vveft-Minfterhaahpour voir ordonner ce 
qu'il plaifoit aux Lords ou Seigneurs , c'eft à dire aux 
Ducs, MarquisjComtes, Vicomtes &Barons d'An- 
gleterre^ donner leur Aduis s'ils en eftoient requis. 
La Chambre baffe appellée Chambre des Commu- 
nes j eftoit conftituêe des Députez des Prouinccs qui 

Hhh 



41 6 L es Voyages çcf Obferuations 

prenoicnt h qualité & tiltrc Knaigts ou Chcualiers 
des lieux de leur deputation, quoy qu'ils ne le f uiTent 
pas,& des enuoyez des Villes. Ces députez elloient 
cfleus du confentement des peuples, les gensd Igli- 
fc, comme l'Archeuefque de Cantorberyj& autres 
Euefquesd' Angleterre auoient leur fçeance,premie- 
rcs voix & délibération dans la Chambre Haute, 
en qualité de Lords du Royaume: Ces deux Cham- 
bres eftanteonfententes de quelque choie auec le 
Roy 1 on la paiïbit, comme de faire la guerre, im- 
poser quelques fubfide«,ou reformer rt.ftat;mais 
lors que le Roy n'y confentoit pas , il ne fe pouuoit 
rien ordonner légitimement : L'exemple s'en eft veu 
au Lord Straffort, Vice- Roy d' Irlande, trouue cou- 
Straffort^pabledemortpar les deux Chambres^ lequel n au- 
°aiUc C * r «it point efté exécuté fans le confentement du Roy 
Ton Maiftre , qui l'abandonna par l'aduis de fon 
Confeil , quoy qu'il fott tres-dangeureux à vn Prin- 
ce Souuerain,de relafcher de fa puiiîance, & faire 
connoiflre la force à vn peuple defireux de nou- 
ueauté& de changement. Dans les villes pnncipal- 
les du Royaume, il y auoitvn Maire, qui prenoit la 
qualité de Lord en quelques vncs, &mgeoitlcs dif- 
ferens de la police , & dans les villages il y auoir vn 
Conneftable efleu contre fon gré par la populace 
qui eftoit vn ou deux ans en charge , & eftoit abiolu 
pour empnfonner les debi teurs ou mal-fai&eurs qui 
eftoient iugez par les luges de Vveit-minfterhaal, 
députez & enuoyezdans les Prouinces pour rendre 
lalufticeaux Subjets delà Couronne. 



Dtt Sieur de U TSoulUye-le-Gmz** 427 
Le Roy Charles I. duNom, ayant forty de Lon- 
dres mal-contant des deux Cham bres, fit effort pour 
maintenir fonauthorité Royale, &fe voyant puif- 
fant & maiftre abfolu d'vne partie de l'Angleterre., 
ordonna vn nouueau Parlement, dont la feanec 
eftoit à Ôxfort au Collège oùeftoit la Librairie de 
rVniuerfité , lequel abolit le vieil Parlement de 
Londres qui saffembloità Vveft minfterhaal,&le 
déclara Pamphlet, ce qui anima les membres de cet- p am phi C| 
te Compagnie, contre fa Maiefté Brittaniquc& fa c n A n- 

barbouille 

—- — — — qui n'eft 

De la Xelirion des AnAois. h m on à ri *» 

-1 ^ «(!.»». Cn noftre 

CHAP. XXVI. langue au 

mot de 

LA Religion d'Angleterre eft extrêmement feftu * 
changée , il y refte peu de véritables protc- 
ftans Anglicans, kfquels auoient des Euefqucs & 
des cérémonies dans 1 Eglife comme des habits Sa- 
cerdotaux & des Orgues auec de la Mufique , &c. ils 
font tous à prefentlndifferends ou Puritains, les In- 
différends difent ouuertement qu'il eft efgal d'auoir 
la Bible ou ne l'auoir pas , d'aller au Temple ou n'y 
aller pas, auoir desPreftrcsoun'enauoirpas: Mais 
que la vraye Religion eft de feruir Dieu en efprit 
& vérité Les Puritains tiennent le millieu entre les 
Indifferends , & les Proteftans Anglicans , & fou- 
ftiennent que le parlement d'Angleterre a pris les 
armes pour fauuer le Royaume du Papifme, dont 

Hhhij 



.■•. 



4 1 8 Les Voyages &) Obferuations 

elle eftoit menacée j que le Roy Charles s'eftant fer- 
uyde Minières ennemis de la Religion du Royau- 
me, l'on les a peu chafler comme rebelles : que les 
cérémonies que l'on obferue au Baptefme des en- 
fans , Se à Fenterrcment des morts tiennent de la 
fuperftition. Il y aplufîeurs Catholiques parmy les 
Angloisjlefquels ont le mefmezele que les héréti- 
ques, fans fçauoir que la Religion ne gift pas à ef- 
gorger ceux qui s'y oppofent,mais aux deux cultes 
intérieur, & extérieur, Se de tout temps l'on aveu 
ces peuples tellement portez au fang., de ceux qui 
font oppo fez à leurs créances, que ç aefté vn mafia- 
cre perpétuel, lors qu'vnparty à preualu fur l'autre. 



Intmfts d'Angleterre. 
Chap. XXV II. 

LEs Angloisayant formé vnc Republique, il eft 
à propos d'en deferire les forces, pour en mieux 
faire entendre les interefts : La grande Bretagne con- 
tient quatre principalles parties ; au Nord le Royau- 
me d Efcoffe y à l'Eft le Royaume d'Angleterre, à 
l'Oueftla principauté de Galles, & au Midy le pais 
deCornouaille,dont les peuples différent en langues 
& couftumesj&ont pîufieurs antipathiesroutre cette 
ifle l'Irlande elt encore foûmife en partie à cette nou- 
uelle Republique, auec les ifles Hébrides^ Orca- 
des , qui font au 6o. degré de latitude : les ifles de ïar- 
zé , & Garnezé, dont les habitans font de langue 



¥)û Sieur de la Boullaye- le- Çou&. 4 ** 
Françoife,& Normands, la Virginie, la nouuellc 
Angleterre , partie de la Floride, & la moy tié de Fille 
S. Chriftophe dans l'Amérique , & quelques places 
dans les Indes Orientales: Ses interefts vont às'op- 
pofer aux conqueftes que les François pourroient 
faire en Flandres , à maintenir la paix auec le Roy de 
Caftille,afin d'auoir fujet de mettre bas les Portu- 
gais aux Indes Orientales , d'entretenir vn AmbaiTa- 
deur à la Porte du grand Turq,pour maintenir le 
négoce du Leuant , & deftruire celuy des François, 
nefepasoppoferouuertementàla fuperbe desHol- 
landois , fans oublier le maflacre que les Hollandois 
ont autresfois fait des Anglais dans Tille d'Amboi- 
na , pour fe rendre maiftres de la noix de mufeade : 
du cofté de France les Anglois n ont aucune crainte , 
par Toppoiition que les Efpagnols feroientfi l'on 
vouloit attenter fur leur Eltat > outre qu'eftans les 
Maiftres de la mer ils n'appréhendent rien: ils en- 
tretiennent des intelligences fecrettes auec le grand 
DucdeMofKouie,leRoydePerfe,&le grand M o- 
gol, afin d'auoir le négoce libre, feul fecret pour 
maintenir vn Eftat floriflant, parce que le négoce 
apporte l'argent , & l'argent eft le nerf de la guerre. 

Voyages de Oxfort à Dnnfler > ouJMigmrâ. 
Chapitre XXVIII. 



i 



E Party d'Oxfort,&pris ma route vers l'Irlande; 
Le premier iour ie vins difner à Habenton, petite HabentoJ 

Hhh iij 



43<* Les Voyages ç$ Obferuàtions 

ville diftante quatre lieues d'Oxfort , & couchay 
Memef- à Memejfberi ,27. milles d'Habenton*. dans le che- 

Blottéc m * n ' ori P a ^ e ^ Blottéc,à Kington,&à Farencon. 
Kmgton Le fécond louricpaflé à Roklek, LouKÎnton , Tur- 
ou village u jf aton & difnay à Diran, puis ie pris mon chemin 

roy al. r-.iii 1 % ê ' r\ 

F tcnton.par Pouklechurche , & Maugiresnls , & vins cou- 
Rukiek. cner à Briftol, iz. milles de Memefberi, & me logeay 
, on# a la Sercne. 

Touruifa- Briftol eft la féconde ville d'Angleterre, fa gran- 
Diran. deur eft égalle à celle d Orléans, il y avn port pour 
Poucle- les petits vaiffeaux , les grands nauires n en appro- 
churche. cnem q Ue J e tro j s m iH es & s'arreftent en vn lieu ap- 

rexfiis. pelé la Pile; cette ville eftl abord d Irlande, & y fait 
Biiftol. trcs b otl viure,les femmes y font courtoifes, & le 
peuple très bon : dans cette ville ie rencontray vn 
Gentil homme Manceau , appelle Chefncau , que 
i'auoiseuautresfois pour compagnon deftude à la 
Flèche, lequel eftoit Officier de lagarnifon: il eftoit 
fortyde France pour voyager, & n'y a pas reiïfli, il 
s'embarqua à Briftol pour le Portugal, & à Lifbone 
pour l'Italie, au deftroit de Gilbatar il fut pris ef- 
clauc par les corfaircs d'Alger, & y cft à la chefne, 
où il endure beaucoup , ie plains fa miferable fortu- 
ne 3 & prie Dieu qu'il le veuille confoler , & luy don- 
ner la ferueur 3 & la force de demeurer Chrcftien ; ie 
ne croy point que ce foit pour punition que Dieu 
nous enuoye quelquesfois des miferes , c'eft plutoft 
pour nous efprouuer, comme lob 9 &Tobie origi- 
naux d<e patience. 

De Briftol ie montay fur yn yaiffeau Irlandois 



Du Sieur de la Boullaye-le- Çou&. 431 
pour F Irlande , & pris paJQTcport du Gouuerneur, 
nous vifmes attendre le vent à la rade de la Pile, &. 
nous fufmes raffraifehis trois~ îours dans vn petit vil- 
lage appelle PofTet > ou nous trouuafmes de très bon PoffetT 
vin d' tfpagne , fauois peur que noftre Capitaine ne 
le fift enchérir fur cette cofte,iecroy qu'il eftoit du 
fang de Baccus,qui prenoitleius deraifinpour du 
laicï: Delà nous cinglafmes par le canal deBriftol, 
^mouïllaimes àMignard 4.t. milles de Briftol, où Mi & narcl - 
il y a vn petit quay le plus beau du monde, fait de 
pierres extraordinairement grofles, mifes les vues 
fur les autres fans aucun ciment, il refifte aux flots de 
la mer, & garentiftles vaifTeaux des vents , comme 
les pierres de ce quay font prodigieufement groffes, 
&nefe pouuoient enleucr à force de bras, Ton s'eft 
feruydecetteartificepourlebaftir: Lors que la mer 
eftoit retirée , Ton lioit plusieurs tonneaux vides à 
chacune des pierres , puis l'eau fe haufîant par le 
flux, l'on traifnoit la pierre, où il falloit qu elle de- 
meurai: , & en defliant les tonneaux , elle y dcmeu«^ 
roit immobile; il n'y a point de fortereHe pour gar- 
der ce Havre, feulement Ion fait des feux furvne 
montagne voifiuc, pour donner aduis deb flottes, ou 
des vaifleaux qui paroiflent. 

Ce village eh: diuifé en quatre hameaux & tout 
proche eft vn vieilChafteau appelle Dunfter Keftel, Dunfter 
nous y féiournafmes dix-hui6\ îours , à cauf e du vent 5f "Î' ' 

1 } . Chaftea. 

qui nous eitoit contraire ; pendant quoy vne barque de Dun 
du pays de Galle qui trauerfoit le ca-iaJ , chargée de ftcr : 
charbon de terre s'atterra fur le fable, & les mari 



eau 






'4$ r £*s Voyages & Obfèruattons 

nie^s l'a croyant fur lesroqs , fcietterent dans l'ef- 
quif,& n'y voulurent reccuoir qu vn paflager, qui 
leur donna ioo. lacobus qu'il auoit, & abandonnè- 
rent leurs propres femmes , mères , & fœurs \ mais la 
iufticeDiuinepermift que l'efquif fut renuerfé par 
la force des vagues ,& que ceux qui eftoient dedans 
perifîent mal-heurcufement à la veuc de leurs pa- 
rens qu'ils auoient delaiiTez;& le calme venant, la 
barque fe trouua (ur le f able,& fut enleuée par le flux 
peu à peu, & arriua à Mignard,d'ôù ie vis defbar- 
quer fix femmes, & vn bon vieillard extrêmement 
affligez de la perte de leurs parens,la nature ayant 
furpafle en eux le reiïentiment qu'ils deuoient auoir 
deleurlalcheté. 



Voyage de Migmrà à Doublin , <*r ce que cefl 
que les Ijles flottantes. 

Chapitre XXIX. 

LE fixiefmeMay nous fifmes voiles à dix heu- 
res du foir,noftre. Capitaine eftoityvre,& ne 
fçauoit ce qu'il faifoit , nous auions perdu noftre 
paflage deux ou trois fois par fa faute , parce que les 
matins le vent eftant contraire , il alloit au cabaret, 
& puis le vent fe tournant , il eftoit incapable de 
commander aux Pillotesjcctyvrogne fit partir fon 
vaifleau à^'improuifte,& tailla plufieurs honneftes 
paflagers à terre fans les faire aduertir,lefquels ayans 
perdu efperance que l'on leuaft les anchres firard, 

efteient 



Du Sieur de U Boullaye le-Gou^. 4$$ 
eftoient dans leurs hoftelleries à fe repofer : Vn fa- 
gc Voyageur doit prendre garde : Sur ce poin£fc 
Moniteur Houdan medift,trouuez bon que ie vous 
faffe fouuenir de Meftreiîc Françoife, laquelle vous 
auez oubliée adroittement \ à tout le moins ne nous 
deiniez pis le recit de voltre fepararion dauec vn G 
bei objecl ; ie ne pus defnier à fa ciuiliré ce que ma 
diferetion m'auoit obligé de cacher , & luy ré- 
pliqué de cette façon : le vous ay fait remarquer en 
panant que les filles, & les femmes d'Angleterre font 
très (âges, & me fembloit vous auoir alîcz dit, pour 
ne me pas interrompre de la iuitte de mon voyage d'Ir- 
lande, que vous me permettrez de reprendre. le dis 
donc qu'vn (âge Voyageur doit prendre garde de ne 
quitter iamais le Capitaine , ou le vaifTeau de veue, 
lors que le vent eft bon, de crainte de pareil accident. 

Le lendemain matin nous rencontraf mes deux vait Kinfeelle 
féaux François qui venoient de Kinfeelle en Irlande, & ^ ^ 
tiroient vers Bnftol, furie midy nous eufmes la chaf- 
fe d'vn vaifTeau du parlement de quarente pièces de 
fer, auec beaucoup d'apprehenfîon, parce qu'il cou- 
rait vn bruit que les Parlementaires iettoiét en mer tous 
leslrlandois, & ceux de leur party ,àcaufedu malTacre 
qnelesîrhndois ont fait dans leur pays des Anglicans 
ProteiîâXpar vn zèle de Religion,dont la lifte s'eft mô- 
tee,{uiuâda fupputatio des Proteftans 3 ài45ooo âmes, 
nous efchapaf nés de leurs mains à la faueur de la nuicjL 

Le quatorzième du mois, vn Marinier eftant monté <~« „- . 

1 1 1 1 r t \ Chofe cn 

aux voiles, cria enorc, ctiore,nous delcouunlmesla Anglois 

cofted'Vvachefortà jj. degrez de latitute, &titansau terre,f 

Iii L: 



'45Ï Les Voyages çef Ohferuations 

Nord,nousvifmesàTOieftvn petit chaftcau appelle 
Vviclosà jj.degrezcx: 40. mmuttesde latitude, le Ca- 
pitaine du vaifleau au lieu de regarder la boufolle pour 
cuitervne pointe de banc qui eft proche cette code la 
plus dangereufe d'Irlande, entretenoitle pilote inuti- 
lement , & après vne demie heure de Nauigation il re- 
conneutla faute, & commença à crier Seigneur Dieu, 
ayez pitié de nous, nous (ommes perdus, tenez les an- 
chrespreftes, pliez les voiles, nous allons fur la pointe, 
& n'en fommes efloignez que de fix pieds àl'efquif, à 
l'efquif, aubatteau long , aux rames , ô Dieu , fais nous 
mifericorde,par la grâce de IefusChrift noftreSeigeurj 
nous mifmes tous la main à l'ccuurc, & les Mariniers 
ayant pris vne corde de la proue du vaiiTearu , rattachè- 
rent à l'cfquif &au bateau Ion g,& nous tirèrent de dan- 
ger auec beaucoup de peine à force de rames, lefoir 
certaines vapoeurs qui s'efleuoient de la mer, me fcii- 
foient croire que eeftoit de la terre , laquelle ie voy ois à 
î.i. ôCj. milles, & nïimaginois didinguer les arbres 
en grand nombre, & melmedes bœufs, m'arreftant à 
voir cette terre, &a en demander le nom & qu'elles 
villes il y auoit, ie m'adrefîé à vn pilote Holl an lois, 
marié à Doublin, lequel me defabuîa & me tinr cedif- 
cours, Vous neftespas le premier qui a erre dans la fpe- 
culation decescho(es,les plus experts dans la Nauiga- 
tion s'y trompent fouuent, ce qui nous femble terre 
n'eft qu vne vapeur groflicre qui nepeuteftreefleuée 
dauantage à caufe delalaifon&del'eiloignement du 
Soleil, ces arbres & ces animaux apparens font partie 
de cette vapeur, laquelle s'amaffe plus en vn lieu qu'en 



Du Sieur de la Boullaye* le- CouzZ 435 
l'autre, ie vous diray qu'cftant extrêmement ieune fur 
vn vaifleau de Hollande vers la cofte de Groenland à 
61. degrez de latitude, nous apperçeul mes vne ïfle de 
cette forte, & iertafmesla (onde fans trouucr de fond, 
noftre Capitaine voulut en approcher de plus prez Ôc 
trouuans alfez dVau nous fuîmes eftonnez que tout 
d'vn coup elle difparut, & nous eftans efloignrz de 
l'autre cofté, nous la defcouurifncs derechef, le Capi- 
taine voulut fçauoir ce que c'eftoit commanda queTon 
tournaft vn demy mille tout au cour pour l'obleruer, 
& après l'auoir tournée diuerfes fois fans trouuer aucu- 
ne véritable terre, il s'efleua vnctempefte fi orageuie 
que nous penfafmes périr ,& le calme eftant venu en- 
fuitte,nous demandaimes à noftreCapitaine pourquoy 
ilauoit fait melurer cette ïfle, il nous relpondit qu'il 
auoit ouy dire , que vers le Pôle il y auoit plufieurs 
Ifles, les vnes flottantes, les autres non, que Ton voyoit 
deloing,&defquellesron auoit peine d'aprocher , ce 
que Ton difoit aduenir par des femmes magiciennes,, 
qui les habitent & font périr par la tempefte les vaif- 
feaux qui s'oppiniaftrent à les vouloir aborde r,que tout 
ce qu'il auoir leu & ouy dire n'eftoit que fables, & qu'il 
connoifToitàpreient que ces 111 js flotrantes, prome- 
noient des vapeurs leuées & attiré s parlcsplanettes, 
que laveuêdiflipoit lors qu'on en approeboit de prés, 
& que la tempefte fuiuoic ordinairement ces metheo- 
res,ie!eremerciaydem'auoir donné la raifonde cet- 
te terre imaginaire .,& comme l'acheuois mon com- 
plimentée vis palfcr vne bande d'oy féaux noirs de la 
grofTeur d'vn merle, dont i'vn alLoic à Luefte,&vnau- 

MES 



Dublin. 



436 Les Voyages çtf Obferuations 

tre àla queue, ces oyieauxfaifoientvne efpecc de ba- 
taillon , & alloient à l'encontre du vent ; ce mefme 
Hollandois me dift que lors que cet oy (eau paflbit pen- 
dant lecalme,ilferuoit d'augure pour iuger de vent 
futur. 

Le quinziefme du mois nous apperceufmes les co- 

ftes de Doublin,embelhe de petits Chafteaux,nousen- 
chraimes proche de la ville, laiffans deux gros ton- 
neaux à main gauche, qui îcruoit de fignal pourcui- 
ter les roqs,& les bancs qui peuuent élire en cet en- 
droit. La ville deDeuhn,ouDoublin eft la capitalle 
d'Hibernie, ou d'Irlande, elle eft à TEft de Mfle , fa 
grandeur cftcigallc à celle d'Angers, le quay du port 
eft fort beau , mais il n'y arriue que les barques , les 
grands vaifleaux demeurent à la rade à deux milles de 
la ville j il n'y a aucune raretez qn'vnc fontaine , qui eft 
à deux ou trois milles de la ville du cofté du Nord , qui 
fait des miracles pour les boiteux ,& les aueugles,à ce 
que difent les naturels. 

Il y a de beaux baftimens dans Donblin,vn Collège, 
& beaucoup d'Eglifes, entre lefquelles eft celle de S. 
Patrice Apoftre de ce pays; dans le Chœur Ton voit 
les armes des anciens Cheualiers d'Angleterre , auec 
leurs deuifesu'y allay le Dimanche pour voir les cé- 
rémonies que Ton fait au Vice Roy,ie vis beaucoup 
de magnificences , au fortir de l'Eglife marchoit au 
deuant de luy vne compagnie de gens de pied tam- 
bour battant, & mefche allumée, en fuittevne com- 
pagnie de hallebardiers gardes de fa perfonne , & 60. 
Gentils-hommes à pied, auec quatres Seigneurs fort 



Du Sieur de la Bouïïaye-le- Qoul^ 457 
bien montez, & le Vice Roy au nuliede ces quatre 
fur vn cheual blanc de Barbarie ;ie fuiuis ce cortège 
afin d'entrer plus librement dans le Chafteau, mais à la 
porte Ton me commanda de pofer lefpée, ce que ie 
ne voulus faire ,& dis qu'eftant nayde condition pour 
la porter deuant les Rois , faymois mieux ne point 
voir leChafteau que de la quitter:vnGentil-homme de 
lafuitte du Vice-Roy connoiflant àmonport que i'e-j 
(lois François, me prift par la main, & me dift , les 
Eftrangers à cette heure auront plus de priuilegc que 
ceux de la ville , & me fît entrer ; ic luy repliquay que fa 
ciuilité refpondoit à celle que les François auoient 
pour ceux de fa nation , quand ils les rencontroient en 
France > & eftans au dedans ie trouuay ce Chafteau mé- 
diocrement fort, fans aucuns -dehors , & aiTez bien 
muny de canons de fonte. 



Voyage de Deulin à Kilk/nik. 
Chapitre XXX. 

IE party de Doublin en compagnie de Tarn Neucl Tamye^ 
Irlandois natif dt Korq,& pris vn pafîeport du Vi- drie Tho- 
ce-Roy d'Irlande , qui eftoit alors le Comte d'Or- mas ' 
monds, à fix milles de Limmenk, nous rrouuafmes 
vn villageappel'é Fortinguetfe deftruit par laguerre, il F . 
il n'y reftoit quvne maifon , où il y auoit garn ifon A n- guette. 
gloife , le foir nous arriualmes à Racouul dix-huid Racouul:" 
milles de Doublin , où ie vis la maifon du defTun£t 
Lord Straffort Vice- Roy d'Irlande, décapité à Lon- 

lii iij 



438 Le? Pcyages (f Obferuations 

dres , ce Chafteau appartient à (on frerc qui refîde à 
Doublin,& le faifoit garder par quarante foldats An- 
glois, Racouul eft vn gros village prefque tout ruiné 
par les guerres. 

bridée 11 *" Le iccon ^ iour nous difnafmes à KilKolinbridgcoù 
finiiToienc les terres des Anglois - f nous y palTaf mes à la 
nage vne penreri Jierc auec beaucoup de peine , & por- 
tafmes nos hardes (ur nos teftes, parce que les Iilan- 
doisauoient rompu le pont pendant les guerres de la 
Religion; tour ce payseftoit ruiné, & ne s'y trouuoit 
perfonnequede pauures mal-h:urcux qui vendoienc 
fur les chemins du laicl: caillé, Ôc vn peu de pain da- 
uoinc: après auoir paiTéla nuierc nous vinlmescou- 
Caflcl cher à Cafteld'Airmon petit village de la domination 
d'Airmon j cs Catholiques , il eft à 1 1. milles de Racouul. 
Kingxa- Le troifîefme iour nous paflafmes à KinkaKoul ., 
roui p U j s £ Balinhoulan , où il y a vn beau Chafteau dont le 
Un. Gouuerneur eitoit Anglois de nation , & conuerty a la 
Religion Catholique depuis peu , ce village eftdiftant 
ij. millesde Cafteld'Airmon. 
KilKiniK. Lequatrieime nousaniuafmes à Kilkinik capitalle 
des Catholiques, où eft le fiege des Eftats d'Irlande, 
cette ville eft de la grandeur d'Orléans, affife (ur vn 
petit fleuue qui fe va emboucher à dix-nuiët milles de 
là , fon Chafteau eft afïïs fur ce fleuue , il y a des Mo- 
naftercs de Iacobins , de Recolets, & vn Collège de 
Ieluirtes.quiy font en grand honneur par my ces peu- 
ples, aux portes de la ville la garde fe faifit de moy , 5c 
me menaauMairc,lequel mciugeât Anglois à maphi- 
(ionomie , me dift que 1 eftois vn cfpion , que ma taille^ 



Du Sif'ur de la r Boullaye*le- GoutC. Wtà 
mon parler & mes deportemens eftoient d'vn An- 
glois naturel, ie Iuy fouftint qu'il fe trompoit, &Ic 
plus honncftement qu'il me fut poffi ble ie le dcmenty, 
&luy dis que feftois François de nation, & très- bon 
Catholique , que les pafleports que i'auois du Roy 
d' A ngleterre eftoient des tcfmoignages de ce que i'ad-| 
uançois , qu'il les pouuoit lire , & s'informer de ma 
profelTion,il me les oftaafTezbrufquement des mains, 
&li(ant feulement le delïus, où il y auoit en Anglois, 
Mcftre the Gouz his paffe , qui lignifie la pafTe de 
Monfieurle Gouz,il fe confirma dans l'on erreur, 6C 
difl à la compagnie , voyez fi ce nom n'eft pas d'vn 
Anglois, & fi ie n ay pas bien iugé que ce droolle eft 
vn cfpion , que l'on m'amène des foldats pour l'empri- 
ionner , il ne faut pas fouffrir auec tan t de facilité cette 
forte de coureurs , nous defçouurirons la Vérité du fait : 
L'impertinence de ce Lord me choquant, ieluy refpli- 
quay , vous dittes que ie fuis Anglois fans aucun fonde- 
ment que voftte im igmation , n'y a-t 'il point icy quel- 
que François pour îuger fi la langue Françoife ne m'eft 
pis naturelie,&f Angloife étrangère; pour mon nom ies c q" m 
il ell A nglois,& il fe peut faire que mes anceftres foient font vc 
autrefois venus d'Angleterre habiter en Bretagne après n " sdAn " 
l'inualion des Saxons, comme plufieurs autres familles habiter en 
de France; il cnuoya querirvn habitant natif de Caën B rcta R" c 

xt i- • i rf •• n t- ■> &di Brc- 

en Normandie ^quil'aiieura que 1 eitois Fi ançois., 1 eus [a g ne ctl 
la liberté de me retirer, & à caufe du Confeil Catholi ^ jou , 
que qui (ctenoit en cette ville, les hoftellenes eftoient b^uVo-" 
fi pleines, que fans la rencontre dVn Normand appel- gne , & 
lé le fieur Beaureeard , faurois eflé contraints de cou- Yl^* 
er dans les rués. 



44<> Les Voyages çtfObferuations 



Voyage de Kilkinif^ à JCachel. 

Cha pitre XXXI. 

KaW "I^TOus partîmes de Kilkinik, &arriuafmesàKa- 
X^| Ion fix milles de chemin , à noftre arriuée vn 
Gentil-homme appelle Edouard Connerfort nous of- 
frit Ion Chafteau, où nous nous retiralmes, ne pou- 
uans defnicr à faciuilicéce qu'elle defiroit de nous ,1e 
lendemain nous fufmes battus d'vne pluye extraordi- 
dinairc^qui nous obligea à aller chercher le couuerc 
dans vn Chafteau , où nous fuîmes bien receus, le Mai- 
ftre de la mailon vint nous prie* d'y demeurer quel- 
ques iours , nous ne peufmes nous en dépendre , ce Sei- 
gneur s , appelloitMylordlKerin,& eftoit General de 
lacaualleriedes IrlandoisCatholiques, au fouper ie fus 
entrepris dvnRcligieux de la nourriture d'EfpagneJe- 
quel haïflant à mort les François, & me connoiflant tel, 
ne pût s'empefeher demonflrerlanimofité qu'il auoit 
contre ceux de ma nation , & aduança que n'ayât point 
d'inquifition e(tablie,ilseftoient rcprouuez & fauteurs 
d'heretiques, lefquels ils deuoient exterminer plutoft 
le parle < ] uc l cs tolérer, que I'accroiffement de la Religion Ca- 
icy des tholique ne fc pouuoit faire que par l'affoibliflemenc 
Calmm- J e cctte s e & c peftifere , dont le nom ne mérite pas 
d'eftre connu du bas peuple, que l'Efpagne auoit céc 
aduantageden'auoiriamais efté infectée d'aucune hc- 
refîe, ce qui auoit fait mériter le nom de Catholique 
au Roy d'Efpagne , & faifoit profperer fes armes : J e me 

trouuay 



Du Sieur de la BoutUye-le-Gouz?* 44» 
trouuay obligé de refpondrc de cette (orteaux propo- 
rtions de ce Religieux, dont le zèle meiembloit fore 
indifcrccMonPcre icm'eftonne comme voftreRe- 
uerenec eftant née en Irlande païs neutre, vous foyez 
du féminin genre , Se que la paffion , quaf ité connatu- 
rclle de ce fexe , ait fi fort empiété (ur voftree (prit , que 
vous préfériez les Efpagnols aux François, qui ne leur 
cendent point en Religion , non plus qu'en walleur', ôc 
quelque prétexte que vous alleguycz d'inquifition 
pour expulfcr l'impiété d'vn pays , ôc conferuer la Reli- 
gion en fon entier 3 les François font trop bien infor- 
mez , que la Foy , qui en cft la bafe & le fondement ne 
vient point par la perfecution , il eft vray qu'il n y eut 
iamaisd'Huguenosen Efpagne, maïs les Maranès,& Maranës 
les Grenadins y font fi frcquens^queTon a peine à con- {ont les 
noiftre les véritables Catholiques, nous fommesdefa- $ *_ 
bufczdc l'extérieur, & de cequi paroift au dehors, les «lins font 
François femblent la plufpart libertins, & font très- I e ] M n an " 
bons Chreftiens , ôc les Efpagnols ont l'apparence : 

d'Anges , & fouucnt l'intérieur au contraire : Pour la 
prospérité des armes le Roy d'Efpagnc n'a point eu, ny 
n'aura i?mais d'aduantage contre fa Majefté tres- 
Chreftienne, lors qu'elle fera bien feruie. 

De ce Château nous arriuafmes en vn iour à Ca- Cachet 1 
chel,dix milles de chemin, cette ville cft Archeuef- 
ché 3 dont S. Patrice eft fo ndateur, il y a deux Conuens 
de D ominicains , ôc de Cordelier s. 

Kkk 



Jït Les Voyages & Ob fer nations 



Conférence de ïiAutheur auec deux Dofteurs touchant 
la Théologie , & Philofopbie. 

Chap. XXXII. 

PEndant le féjour que n ous fifmes à Kachcl le R. Pè- 
re de Ryan Gardien des Dominicains , Irlandois 
denationeflcuéen France, me pria dedifner auCon* 
uent , &comme ie m'en exeufois , il men pria dauanta- 
gc , & me tcf moigna auoir befon de moy , parce qu'il y 
auoit deux Religieux auflî Irlandois nourris dans les 
Conucntsd'E{pagne,lcfqueIsaduançoient imprudem- 
ment que la véritable Philofophie , & Théologie 
eftoient en Efpagne,&:que tous les François ne fça- 
uoient rien, qu'il fe trouuoit heureux de m'auoir ren- 
contré pour luyayder à les (ortir d'erreur, parce que, 
me difoit-il, quand nous allons voyager nousnauons 
point de politefîe,& nous prenons les couftumes & op- 
pinions des peuples où nous allons , ce qui eft caufe 
qu'eftant nourry en France, ie ne puis voir vn Efpa- 
gnol , ny vn autre efleué en Efpagne ne peut fouffrir vn 
François , ie me trouuay obligé à maintenir l'honneur 
de ma nation, &luy rendre ceferuice: Eftant à table 

. ces deux Religieux preuenus des opinions d'Efpaene, 
Potagcà j o r r r & > 

riroife cft « oc ces mots ordinaires de Louteranos , Gauaciios, y 
du boliil- Bourachos Franccfcs, ne me donnèrent pasle temps de 
ckir?e& ranger mon potage à llroife, qu'ils ne me donnaf- 
Tonpeut fent plufieurs petites attaques, ie les conjuré de me laif, 
"ain rC dU ^ cr difaer en patience, & qu'ils a», .oient fatisr adion de 



*Du Sieur de la Houllaye- le- Gou&. 445 
moy:furHiîuë nouscommençafmcsà entrer en Me, 
ic leur propofé pluficurs queftions>entr'autrcs celle- 
cy de Théologie : Dieu entant qu'il fe connoift Perc 
produift le Fils, & entant qu'il fe connoift Dieu il nefe 
produiftpasfoy-mefme, pourquoy donc par le mef- 
me entendre y a t'il production, & par le me(mc en- 
tendre il n'y a point de production : La nature Diuine 
eftant infinie ,comraea t'elle pu auoir affiette: en la na- 
ture finie y les raifons de Dieu eftans infinie > comme 
font elles pluficurs , & fon entendement eftant vnc 
mefme nature auec fa volonté, pourquoy le Père en- 
gc ndre-t'il fonFils plutoft par l'en tédre que par Tay mer, 
puis que tout ce qui eft enDieu eft Dieu mefme. Le Père 
ne peut engendrer leFils fans adion,lacl;ion précède le 
terme engendré, pourquoy donc le S. Efprit n'eft-il 
pas la fecondepedonne dans la Trinité. 1 e les priay de 
me refpondre,l'vn d'eux voulutprendre la parolle,& ne 
s'en pûtdemcfter,ieluydis queienVeftonnois qu'ayant 
lavrayeTheologic,ilnepuuuoitfatisfaireà mes prev 
poficions , mais que Dieu ne donnoit pas toutes fes 
Grâces à vn feul , parce que l'Efprit fouffle où il 
veut , & donne aux vns le don des Langues, aux autres 
celuy de Prophéties, poffiblequeleR. Père n'a pas ce- 
luy de Théologie , mais il peut auoir ecluy de Philofo- 
phie, laquelle confiftant en quatre parties, fa Reueren- 
ceaura pour agréable que ie luy FalTc queftion fur la 
première. Pourquoy la conuerfion dans la féconde 
opération de l'entendement eft la pierre de rouchiedc 
toutes les propofitions^ pourquoy des 19. modes ré- 
duits à 3. 'figures, 7. concluent affirmariucniienc jfça- 

Kkk ij 



y 



444 Les Voyages ç^ OhferuAtions 

uoir vn vniuerfcllcment , & *. particulièrement , & t§] 
ncgatiuemcnt,fçauoir 4. vniuerfcllement,& S. parti- 
culièrement. Quelle différence il y a entre la contin- 
gence & la pollibilité dans la modalité des propofitios: 
le les trouuay plus muets qu'auparauant , ny Tvn ny 
l'autre ne dirent mot, cela m'oceafiona de dire i ôveri» 
tables Logiciens d'E (pagne ^dcfquels la capacité con- 
cilie à fe taire, parce qu'ils fçauent que le filencene 
rend iamais compte, paiîbns à la Metaphifique, & me 
refpondez fi lame eft fpirituelle. S'il y a des Anges, & 
s'ils (ont créés deuant le Ciel & la terre , ou après. Si 
Dieu ayant créé le monde de fa connoiiTance, fa coa- 
ti oifTance^ftant la mefmc auec fon eflfencc,il ne l'a 
pas fait de (on elTence, & fi le rien eft éternel comme 
fa Diuinité. le les vis au bout de leur roollct , & ne 
rien dire que ce que le commun difoit; quand à la mo- 
rale, leur dis-je,ie vous la paiîe, parce quelle eft facil- 
le ,& commune , finirons àla Phifique , comme ayant 
plusdechofesàvousdire furccfujetjlevous deman- 
de combien vous mettez de principes pour leftablifle- 
ment de la nature : ie ne pretens pas conférer auec 
des Docteurs Efpagnols en philolophe fcolaftique, 
lefquels la plufpart n'ont pour principes que leur 
phantaific^auffi ne nouslaiflent ils que des termes & 
des cftres de raifon , & trouucnt des contredits dans les 
philofophes, parce qu'ils ne les entendent pas; yoftre 
philofophien'eft que pure pofition peu priféedes Sça- 
uans,lefquek veulent la demonftrstion, ou bien vn 
raifonnement tiré des principes Phifiquesrcmplifïanc 
leur faculté intelle<ftiue,& non des authoritez, l'opi* 



Du Sieur de la c Boullaye4e-Goïi&. 4 4; 
nion les touche peu , mais la vérité les contente pleine- 
ment , vous ne prouuez rien que par des authoritez 9 Se 
fi vous paroi/fiez deuant des infidcl!es,qui n'adiouftent 
point de foy à vos allégations , vous ne fçauriez que di- 
re , & feriez auec voftre fuffifance au rang de ceux qui 
neftu Jierent iamais ? le vous prie quel aduantage tirez 
vous de vos crieties,& de vos argumentations, fînon 
vn battement de mains, vous difputez pour difputer, 
& non point pour arriuer à la vérité , c'eft pourquoy les 
Auditeurs font contrains de vous faire taire 3 ce qui 
prouient de ne pas fçauoir la vraye Philofophie , vous 
n'auez que vos Authcurs en tefte dont les fentimens 
font bons , parce qu'ils les ont connu, & vous les igno- 
rez , fi bien que toutes vos applications ne peuuent 
eftre que mauuaifcs ; cette façon que vous aucz de 
prouuer vn argument par vn autre eft ridicule, parce 
que fi le premier cft en bonne forme , & que les enon- 
ciations foicntconuertibles, il 5*cn doit future vue con- 
fequence certaine & infaillible, parce que quelle cft la 
caufe,tel eft l'effet, 8c le premier fyllogifme eft auffi 
vray qu vne centaine d'autres tirée en fukte , parce 
que la vérité gift envn feul poin6r.,renfileurede vos 
arguments ne prouient que d'vne confufi on manife- 
ftc,en ce que fi l'on parle logiquement vous apportez 
vne inftance Phifique , fi phifiquement vne inftan- 
ce Metaphifiquc,ainfi du refte : Il me fouuient qu'à 
Gallon conférant phifiquement auec vn de vos Do- 
cteurs, ennemy iurc des François , ie luy niois qu'vn 
corps pût eftre en 1. lieux; il m'allégua le S. Saciement 
de l'Autel, fans prendre garde que cette obiecïion eft 

Kkk ijj 



44^ Les Voyages çcf Obfemations 
impertinente, parce que parlant du corps phifiqucmët, 
l'on ne doit point alléguer vn miracle, ouchofe fuma- 
turclle. Vous croyez fçauoir la phifique quand Tous y 
auez perdu *.ou y.moys à copier & tranferire les eferits 
devoftreMaiftrcqui furent autresfois les efcriptsdu 
flen, & vous flattez de connoiftre parvosdifputes l'c- 
ftre , le viure, le fentir , l'imaginer , & mefme le raifon- 
ner,fans fçauoir les principes de lettre, les parties du 
corps conftitué par la compofition > l'altération , la 
mixtion & vnion des quatre elemens , la nature des be- 
lles, l'agent des métaux, la caufedu flux 6V reflux des 
mers , & des vents , les facultez animées de la vie, la dif- 
3.desRoisference des plantes &des arbres , (ur lefquelles Salo- 
4 '$*' mon a feulementdifputé : Vous auez des preuues fi foi- 
Jbles par vos f ens extérieurs & intérieurs, que bien loing 
de les inculquer aux autres, vous ne vous en contentez 
Aftrolo- pas. Le mouuement des Cieux d'où defpcnd l'altéra- 
§ ic - tion des elemens, la reiinion des corps pour faire les 
minéraux , les metheores , & les métaux , la proportion 
dcsqualitcz premières & fécondes, pour conferuer la 
fante aux végétaux vous eft inconnue ,&faittes paffer 
pour follie & exrrauagance vne feience , laquelle vous 
ne connoiflez que de nom, vousdeffendez d'en parler, 
& dûtes que c'eft vne refuerie,vn fonge creux, & vn 
amufement de gens qui n'ont rien à faire, quoy que 
fans laconnoiiTanccd'jccllc il eft bien difficille d'eftre 
Rom.i. véritable Philo(ophe,ny de connoiftre le grand ceu* 
?9? ure vifible de la nature , par lequel faiuant 1* Apoftrc 
Ton vient à la connoiflanec de Dieu inuifible, parce 
qu'il n'y a rien dans le chaos créé, dont l'on ne puilTe 



• ^Du Sieur de la Boullaye-le- Çou£l 447 
tirer preuuc de l'Eternité , & de l'cftre indépendant ? 
ce que ie vous dis cft-il raifonnable, vous choque- 
t'il le iugement, parlay-jc phantaftiquement, ou fur 
le pied de la nature , ou contre les principes de F A-' 
riftote, quercfpondez-vous^ne concluez- vous pas 
que faute de connoiffance nous nous emportons à 
iuger témérairement, & parce que ic vous vois at- 
tentifs, &que voscfpris font dociles, ie vous veux 
charitablement faire part des principes de quelques 
Philofophes,vous en aurez obligation occafionelle 
au Reuerend Père de Ryan , lequel en fçait bien au- 
tant que vous , quoy qu'il n'ait pas eftudié en Ef- 

pagnC * r , 

Moy fe , qui me vient le premier a fait rouler tout Moyfc 

ce qu'il a eferit fur ces trois principes,les tenebres,les 

eaux, & l'efprit de Dieu , que les Cabaliftes appellent 

Ruahk eloim, & les Leuantins alla Rohh, duquel 

Mahomet a qualifié lefus-Chrift en fon Alkoran. 

Thaïes le Grec a dit qu'il n'y auoit que l'eau d'où le M ;i c fi uâ 

premier Legiflateur nous a afTeurë qu'il y en auoit Thaïes. 

fur les Cieux, auffi bien qu'il y en a fur la terre; ce qui 

a obligé Socrate de dire que ce qui eft au defTus , eft Socrate *. 

comme ce qui eft au deflbus Anaximander au con- Anaxt- 

traire a tenu qu'il y auoit infinité de principes, parce ""ndre. 

que tout le corps eft diuifible en infinité de parties, 

6 r confequemment retourne au lieu d'où il a pris fon 

origine. Hermès Pontife, Roy, &PhilofophcEgy-Hermcs 

ptien , a appuyé toutes les connoiflances qu'il a eues * £° is tres . 

de la nature fur le fel 3 fouffre , & mercure , princi- gl 

pes affez tiraillez & tenaillez par les faux&mifcra- 



'448 Les Voyages çf Obferuations 

Ariftote. blcs Chimiftes du temps. L'Ariftote, comme vous 
fçauez, forme agiffante & matière patiflante fous 
la forme dont elle cft priuée,lefquelles ont telle- 
ment eftourdy les Efcoles,quelapriuationles priuc 
de la faculté intelledtiue pour y atteindre, ceft le 
voile duquel il s'eft feruy pour cacher aux ignorans 
Euclidc ce qu'il déuoille aux fçauans. Euclide ledemonftra? 
wT teur ^ e poina, la ligne, & la figure. Les Rabis ou 
Platon. Docteurs luifs , forme matière ôc efprit. Platon, 
R- Lullc. Dieu, les idées de Dieu, & la matière première. Lui- 
le de Majorque ^tiuum, bile, are, entendant par le 
tiuum la forme, par le bile la matière, ôc par 1 are le 
Anaximc " moyen dvnion,fuiuant lesobiets &fujets. Anaxi- 
menés l'air infiny, parce que cet élément remplift. 
Empedo- Empedocles l'amitié ôc ladifeorde dans lesquatres 
Zenocra- c ' cnicns - Zenocrates Dieu, la matière première, ôc 
tes. les eflemens. P. Ramus lapuiiTance,l'objec1: & 1 a- 
Hjw!"' ^ c ' A g ri PpadeNettczeim lediuin,i'intelleâ:uel& 
pa . ' leçelefte. Dcmocriteleplain^&levidejquifîgnifîe 
Democn- p e ft rc cn a&c, & l'eftre en puiflanec. Zenophanes 
Zenopha- Ivnité immobile.CharlesBouille la formelle moyen 
nés. réel ., ôc la matière. Parmenides le chaud , ôc le froid, 
lus. ° UI " ^ vn donnant le mouuement , ôc l'autre la forme. 
Parmcni- Heraclite le feu, parce qu'en toute opération il eft 
Heracli- ' e P rinc ip e dela mobilité, ôc delà motiuité. Pitago- 
te. re les nombres , comme origine de toutes chofe&. 

Bw 80 ^' Bernar dComtedela Marche Philosophe naturel x. 
Comtedc clemens vifibles, contenans les l. inuifibles, fçauoir 
la Mar- la terrç qui contient le feu , &l'eau qui contient l' air; 
Kuûrath. Et denoftiefîeclc leDo&e Kunrath,, Dieu ,1c petit 



Du Sieur de laTioullaye-k-GomS* 44? 
& le grand monde, & Iean de Flcud Douâeur d'Ox- » eaniîe 
fore la volonté, & non volonté de Dieu , la lumière & Flcud. 
les ténèbres ,1a fimpathie &anthipathiedes eftrcs ; ie 
vous laiiîe les autres pour ne vous pas ennuyer, auflï 
que ce que i'ay dit fuffift pour vous faire connoiftre 
queceluy quiveutpafTcr pour fçauant doit concilier 
tous ces principes dirTcrendsjfi l'on en choifit quclques- 
vns&que Ton reiette les autres, Ton eft logé au Cha- 
pitre de l'opiniô , parce que touseftans vrais à celuy qui 
les entend, il eft dangereux de s'y rendre partial, ôc 
quiconque le fait fe rend indigne de la feience, & diffi- 
cillement peut atteindre à la fpcculation de ces grands 
perfonnages , lefquels n'ont pas feulement connus 
leurs principes, mais toute la nature par iceux : Voila 
mes Reuerends Percs ce qui m'a obligé à vous tenir vn 
il long difeours pour vous informer plainement que 
noftre vie eft trop courte pour prefumer de noftrc fça- 
uoir,& que plus nous en recherchons les caufes, plus 
nousnoustrouuonsignoransj&toutcc que nouspou- 
uons fçauoir nous profite feulement à nous pouuoir 
defabufer , & les autres aulli. 

»-o ..il i 

Voyage de Kacbel à Korl^par Limmenk.» 
Chap. XXXIII. 

NOuspartifmesdeCachel , &defieunafmesàSo- Sofolo- 
ioiohoychuicl: milles de chemin,ayant demeu- 
ré fix îours à Cachcl à caufe du R. Père de Ryan qui 
nous mena aueclesdeuxDoclcursEfpagnoIs voir plu- 



4 jo Les Voyages çf Obferuations 

fleurs nuifons de fcs amis autour de la ville: DcSofo^ 
tlmmc- lohoyénousarriuafmes à LimmcrÎK la plus forte place 
d'Irlande, il y a vn Chafteau&vnport de mer, où les 
grands vaiiïeaux arriuent, le quay eft très beau, la ri- 
uîerc s'appelle loues, il y a vneMaifon dele(uittcs, & 
des Conuents de D ominicains & Soccolantes. 

Dans cette ville il y a vn grand nombre de femmes 
defbauchéesjcequcien'auroispas creu à caufe du cli- 
mat , Tarn Neuel auec lequel ie m'eftois aiTocicié à 
Doublin pour faire voyage , fut attrappé par l'arti- 
fice de ces matrones ,lef quelles vne nuict Juy defro- 
berent fon argent , le matin il fe vint ietter à mes 
En An- pieds, & me dift, Mettre Françoisiufqucsicyiene me 
gloîs l'on f u j s point déclaré àvous, & vous (upplie d'adioufter 

donne la c < 11 A 1 1 r 1 

qualité de roy a mes parolles , & de ne me pas abandonner , vous 
Meftic à fçaurez que ie fuis natif de Korq , & que depuis 10. ou 
monde, i*« ans ie luis errant en France t enE(pagne,cVen An- 
dc Set gleterre, où après auoir amafîé allez de marchandifes 

vïiUetsî&. P ar mon î n ^ u ft r i e P our f a ^ re vnc ' lon nc ^ e retraitte -, ie 
d c Lord voulus paflfer outre . & tenter s'il y auoit dts bornes à 
aux Ba- nia fortune , mais ayant embarqué (ur vn vailTeau 

tons. 1 *■ 

d'Angleterre tout mon vaillant ,ray tombé mal-heu- 
reufement dans les mains des Parlementaires , qui 
m'ont ofté tout ce que i'auois 5 à peine ay je pu fauuer 
quelques bagues auec lefquellesie me fuis conduit en 
cette ville ,&com me vn mal heur ne vient iamais feuL 
iay efte volé derechef cette nui£t du peu qui me re- 
ftoit,en forte que ie n'ay efperance qu'en vous, & quoy 
queienefoisefloignéque de3.ioursde mon pays na- 
tal, ieme vois toutefois en eftat d'eftre miferable,au 



Dti Sieur delà BouÏÏaye-le- Çou^j 451 

refte ne craignez point , mon Perc eft lvn des meilleurs 
Marchands deKorq fon logement reffemble plutoft 
vn Palais qu'vnc maifon de particulier , fi vous voulez 
paffer par là vous verrez comme il vous receura, & tous 
mes parens,vous auez pûconnoiftrepar mon procé- 
dé pendant que i'ay eu Mionneur d'eftre en voftrc 
compagnée, que ie ne fuis point vn cikrok,ie luy ref- 
pondis,il ne vous manquera lien pour retourner en 
voftre pays, pendant que îoray de l'argent nous le par- 
tagerons, il faut confiderer que les difgraces que nous 
receuons du Ciel font pour nous corriger , vous dé- 
liiez faire cette reflexion, & voftre premier mal-hcur 
vousauroit retiré du fécond. 

Nouspartifmes de LimmeriK,&vinfmes defieuncr 
àChamdelefTe hui& milles, à demie lieue de ce Cha- . c £ande- 
fteau eft le lieu de la naifîance du fleur Dulée Docteur 
de Sorbonne & ProfcfTeur dans rVniuerfîté de Paris* 
plufieurs perfonnes d'honneur me demanderentde les 
nouuelles,puis nous difnafmesà Malagué, & couchaf- Malaguc. 
mes dans vn Chafteau à l'efcart diftant 16. milles de 
Limmenk. Le lendemain nous coucha fmes à Caftel- Caftel- 
magner ij. mille , petite bourgade , puis nous allaf- ma g ner : 
mesdifner àMalaforterefle confiderable, & coucher Mala. 
àKorq 13. milles, où eftant arriuez,Tam Neuel dont Kor< î* 
iay parlé cy-deuant, me mena au logis de fon père; il 
heurta à la porte, & parut vn homme de bonne mine 
qui nous demanda ce que nous voulions , Tarn Neuel 
le pria de luy dire fi lonh Neuel eftoit au logis , il nous ionh veut 
refpondit qu'il ne le connoiflbit point 5 Neuel infi- dirc . Ica ^ 
itanc que la rnailoneftoïc a cette perlonne qu'il de- g i is. 

LU ij 



4f* Les Voyages ç$> Obferuations 

mandent ,î*ott luy dift quelle eftoit à vn Capitaine 
AngloiSjOiii iauoit eue dans la prifedela ville fur les 
Catholiques, ce qui le furprit de voirvn fuccez fi dé- 
plorable dans fa famille, ie luy tefmoigné mes relTenti- 
mens de familere,&puisque les choies eftoient de la 
forte, il nous falloit chercher vn gifte, parce que la 
nui&approchoit; ô Mettre François 3 me dit-il , vous 
ncpouuczfansinjuÛiccmcdefnierde prendre la mai* 
(on de mon père, ou de quelqu autre parent ,iay des 
oncles dans cette ville où nous ferons les biens venus, 
nous nous acherninafmes chez l'vn d'iccux,où nous 
fufmes reccus auec toutes lescarelîes imaginables , & 
i c apprifmes que fon père auoit perdu dans les guerres de 
ftcfUn la Religion plus de ioooo. Hures fterlins,&auoit elle 
vaut va cont raind de fe réfugier à la campagne, pour éuiter la 
ouVu- tyrannie des Proteftans Anglicans; ie demeuré hui& 
uces de ioursdanscette mai(on dans de continuels banquets, 
Fiance. ^ vou l a nt partir pour continuer mes voyages, l'on me 
remercia des afliftancesque iauoisrenduèsàTamNc- 
uel,& quoy q ac lc pculTe faire Ton me rembourfade 
l'argent que i'auois fourny pour fa defpence depuis 
Limmenk. 

A vn mille dcKorq eft vne fontaine appellée par 
les AncrloisSundayfprin£,oufourceduDimanche,la- 
quelle les Irois tiennent eftre benifte, & guarir plu- 
fieurs maux, i'en trouuay lcau extrêmement froide, 
vis à visde cette fontaine au Midy de la mer (ont les ve- 
ftiges d'vn M onaftere fondepar S. Guillabé , il y a vne 
cane qui va fort loing (ous terre , où Ton dift que S. Pa- 
trice rrequentoit fouuent pour vacquer à lOraifon: 



Du Sieur de la BoulUye-le-Gou^. 45 j 
Dansvn des faux bourgs de Korqil y a vne vieille tour, 
laquelle a dix ou douze pas de circuit, & plus de 100. 
piedsdehaut, que Ton tient religieufement auoir efté 
baftic par S. Baril fans chaux ny fanspierre,pour prou- 
uerparce miracle fa Religion, puis couppée, ou de- 
ftruitteà moytié par le meime Saincl:, lequel fauta du 
haut en bas ,& imprima la marque de fon pied fur vn 
caillou, où les vieilles vont en grande deuotion faire 
leurs Oraifons. 



Voyage de Kork^à Vvacbefort. 
Chapitre XXXIV. 

DE Kork ouKond ievins àKingfeclle 10. mil Kingfdle 
les de chemin, petite ville fort marchande, & 
mal baftie, il y auoit garnifon Angloife. De Kingfcelle 
ievins à Iohol 30. milles de chemin ayant dilné àKa- Karabé. 
rabé, à la porte de Iohol ie fus inuefti de 2o.loldats IohoI# 
Anglois qui me menèrent de force au Capitaine de la 
ville , lequel me demanda qui i'eftois , & après luy 
auoir fait vo;r mes certificats du Roy d'Angleterre, & 
du Vice. Roy d'IrL.nde,ieiuy dis que i'eftois palTé de 
Briftol à Doubiin auec le fieur Galoé Marchand de 
Iohol, il l'cnuoya quérir , & me latfTa aller en paix, 
cftantafTeuré queie neftois point menteur: Iohol eft 
allez bien murée > elle eftoit en la domination des An* 
glois,fa grandeur eft efgalle à celle de S. Denys en 
France ^c'eftvn port de mer^lon y voit les veftigesde 
deux anciens Conuents, Tvn de S. Dominique , & l'au- 

LU iij 



45 4- Les Voyages çtf O hferuations 

tredeSain£t Français, à vne portée demoufquetde la 
viUeilyauoitautresfoisvnConuenrdeRcligiculcba- 
ncrie,le ftyfurla mer, il y refte vncrour appelléeThc Nonne- 
Conucnc r ie , fur laquelle les Religieuses allumoicnt des torches 
0linc pour faire venir les vaifleauxdcnui&àbonport. Dans 
The Ver- k Contient de S. Dominique eftoit l'image de la Vier- 
gin cf gede Dieu,autresfois la plus grande deuotion d'Irlan- 
^ de , laquelle y arriua d' vne façon miraculeufe \ le reflux 

de la mer amena vne pièce de bois dansla place de lavil- 
le , laquelle plufieurs Pefcheurs voulurent emporter, le 
bois eltant rare en ce pays, mais ils ne la peurét remuer, 
ils attelèrent dix cheuaux (ans aucun eflfet,& le reflux de 
la mer l'apporta proche le Conuent des Dominicains, 
deux Religieux la chargèrent far leurs cfpaules,^ la 
mirent dansla cour du Conuent.&le Père Supérieur 
eut la nuiâ; vne vifion que la Noftre Dame de Dieu, 
Vierge degrande vertu eftoit dans ce bois .laquelle ou 
y trouua, voila ce qu'en dirent les Catholiques , qui 
iufquesàprcfentyont très grande deuotion: mais les 
Dominicains ayant efté periecutcz par les colonies 
des Anglois, l'ont emportée autrepart. 
Dongar- De Iohol ie vins pafler la mer à Dongaruan petite 
suan * ville, où il y a vn beau Chafteau, dont les Irlandois 
eftoientles Maiftres,leport eft trcs-mauuais,& cette 
année là le Capitaine A ntonio Elpagnol, braue hom- 
me de mer , y perdift vne belle frégate , auec laquelle il 
donnoitla chaiTe aux petits vaiiTeaux Parlementaires: 

Kaflcka- Le foiriecouchay à Cafteltames hui& millesde Don- 
nées. 
Vvater- 

ibrt. jarnuay 



s ; garuan , & dix-hui& milles de Iohol i le lendemain 
* € " iarriuay à Vvaterforc, en François le fort des eaux 3 



Di4SieurdelaBouUaye4e-Gouz,. 45S * 
belle ville extrêmement peuplée , de la grandeur de 
Tours, il y a vne petite riuierc qui porte des nauircsà 
cinq milles au deflfous,dans vn lieu où il y a vn petit 
bourg appelle PafTage , où ic paflfay la riuiere , Se pris n 

mon chemin pour Vvachefort, en François le fort la- vvachtà 
ué , où i'arriué en vn iour ; Cette ville eft fort peu- for !- 
pléeàcaufe du grand commerce que l'on y fait, la for- 
tereffe eft vn petit quarré fortifie allez régulièrement, 
que la mer bat , au pied de ceChaftcau (ont plufieurs 
ruines des Eglifes anciennes, entr'autres de la Saincîe 
Trinité, oùles femmes vont en grande deuotion, & 
y font vne manière de proceflîon , la plus âgée marche 
la première , & les autres la fuiuent, puis tournen t trois 
tours autour des ruines, & font vne reuerence aux vc- 
ftiges,& s'agenouillent, & recommencent cette céré- 
monie plufieurs fois, ie les ayobferuées dans cette de- 
notion trois & quatre heures.Le peuple deVvachefort 
eft venu pour la plus part de France, lors que Guillau- 
me le Conquereur que lesAnglois appellent Vvillian 
The Conquereur fils naturel d'vn Duc de Norman- 
die conquift l'Angleterre , s'en fit Roy ,& y porta les 
Loix de fon païs. 



De la Religion , viures , manière de bajltr, armes , meubles x 
& autres coujlumes des Irlandois. 



L 



Chapitre XXXV. 

'Irlande ou Hybernie a de tout temps efté appel- 
J lée l'I fie desSain&s, à caufe du nombre des grands 



45* Les Voyages 'çf Qbfcruatkris 

tommes qui y font nays, les naturels font connus des 
Angloisfous le nom d'i riche, des François fous celuy 
d'Hibernois que Ton tire du Latin , ou d'frois que Ton 
tire de i'Anglois,ou d 'Irlandois que Ton tire du nom 
de Tifle, parce que Land fignifie terre , ils fe nomment 
AyrenaKC, ce qu'il faut apprendre par la pratique, 
parce qu'ils n'efcriucntpoint leur langue, & n'appren- 
nent le Latin que fur le pied de 1* A ngloisji ay veu quel- 
ques Religieux qui Tefcnuoient auec le caractère A n- 
glois, mais vn autre que celuy qui rauoite(critte,ne la 

merueil- pouuoitlire. Saincl Patrice fut l'Apoftre de cette ifle, 
lequelà ce que difent les naturels benift cette terre, & 
donna fa malédiction à toutes les chofes veneneufes , & 
perfonne ne peut nier que la terre & le bois d'Irlande 
eftanr tranfportezne fouffrentny ferpens,ny vers,ny 
aragnées , ny rats , ce que l'on voit à l'Oueft d'Angle* 
terre &d'EfcoiTe, où tous les curieux en ont leurs cof- 
fres , & les planchers de leurs mailons , & en toute l'Ir- 
lande il ne fetrouue pas vnferpentny vn crapaur. 

ïoliteffe. Les Irlandois des villes maritimes du Sud, & de l'Efl: 
(uiucnt les couftumes An^loifes, ceux du Nordeft 
celles des Efcoflbis,& les autres ne lontpas trop polis, 

Jleligion. ôdontappellez Saunages parles Anglois. Lescolonies 
Angloiles eftoient Protcftantes Anglicanes , & les Ef- 
coflbifes Caluiniftes : mais aujourd'huy elles font tou- 
tes Puritaines; Les Irlandois naturels font très-bons 
Catholiques, mais peu connoiflans leur Religion, ceux 
des I /les Hébrides, & du Nord ne connoiffent que re- 
fus, & S- Colombe, mais leur foy eft grande en TE- 
ghfc Romaine. Deuant la reuolution d'Angleterre , 

7 ~" lors 



Du Sieur de la Boullaye-le-Gou&. 4/7 
lors quvn Gentil-homme Irlandois mouroit fa Majc-, 
fté Brittannique eftoit Tutrice de laperfonne & des 
biens des enfans du defuncT: , lefquels l'on faifoit d'or- 
dinaire inftruire dans la Religion proteftante Angli- 1 
cane, le Lord d'Infequin aefté efleué de cette façon ^ 
auquel les Irlandois ont donné le nom de fléau & de 
pefte de fa patrie. 

Les Gentils-hommes Irois mangent beaucoup de te * 
viande & de beurc , & peu de pain , ils boiuent du lai&, 
& de la bierre,dans laquelle ils mettent du laurier, & 
mangent du pain boulangé à la façon des Anglois. 
Les panures broyent entre deux pierres de l'orge, & des 
poids, & en font du pain, qu'ils cuifent fur vne petite 
table de fer cfchauffée fur vn tripier, ils y méfient vn 
peud'auoine,& ce pain qu'ils appellent Haraanneft 
en forme de gallettes,ils bornent beaucoup de laid: 
caillé. Leur bierre eft très bonne, & l'eau de vie qu'ils 
appellent Btandouin excellente, le beure, le boeuf, 
& le mouton y font plus excellensqu'cn Angleterre. 

Les villes font baftics à la façon d'Angleterre, mais Baftimens 
les maifons dp la campagne font de cet te forte, t. pieux 
font fichées en terre , & vn bafton en trauers (ouftient 
deux ciayes des deux coftez , couuertes de fueilles & de 
paille: les cabanes font d'aucre façon 3 il y a 4. murs à 
hauteur d'homme ,& de la charpente p.?r deifus la- 
quelle ils couurent de pailles & de fueilles , (ans chemi- 
nées, faifans du feu au millieude la chambre, ce qui 
incommode fort ceux qui nay ment pas la fumée. Les 
Chafteauxou maifons des Nobles ne font autre chofe 
que quatre murailles extrêmement efleuées , couuertes 

Mm m 



j*! Les Vojtgesçg Qbfèruatîons 

de paille.maîsâ vray direce (ont des tours quarrées (ans 
fçncftrcs,ou du moins fi petites que l'on n'y voit pas 
plus clair que dans desprifons. 
fcÇerf>fa. ïls ont peu de meubles , & ornent leurs cham- 
bre5dciong,dontilsfontlcursli£tsenE(té,&depaillc 
en Hyuer, ils mettent vn pied de iong autour de leur 
chambre , & fur leurs feneftres , & plusieurs d'entr'eux 
ornent leurs planchers de rameaux : Ils font fort cu- 
rieux de ioiicr de la harpe , dont ils ioiient prefque tous, 
&ypippentcommc les Angloisfur la viole, les Fran- 
çois fur le iucl:, les Italiens fur la guitarre , les Efpa- 
gnols fur les Caftagnetes , les Efcofl ois fur la corne- 
mufe,lesSuifrWurleh^re, les Allemands fur la trom- 
petteras Hollandois fur le tambour, & les Turqs (ur la 
fiuttcdoulce. 

.Les Trois portent vne fcquine ou dague à la Turque, 
laquelle ils dardent de quinze pas fort adroidement, & 
ont cet aduantage que s'ils font Maiftres du Camp 
après vn combat il ne refte aucun ennemy , & s'ils font 
mis en déroute ils fuyent de telle forte , qu'il cft impof- 
fible de les attraper : i'ay veu vn Irlandois foire (ans pei- 
ne , & à la continue vingt-cinq lieues par iour ; ils ont 
des comemufes au lieu de fiffre , & ont peu de tam- 
bours -, ils (e feruent de canon & de moufquets comme 
nous , ils font meilleurs foldats hors leurs pays que 
dans l'Irlande. 
Beauté. Les roulTeauxfpntreputez les plus beaux en Irlan- 
de, les femmes ont les tétons pendans, & celles qui 
font marquetées détaches à la façon des truittes font 
eftimées les plus belles. 



* *Du Sieur a t • "dlaycAe- Çjouz,. 4J9 

Le négoce d'Irlande i onfiite en Saulmons & harens Negbc^ 

que Ton y trouue en grand nombre,l'on yauo, harens 

pour vn penin d'Angleterre., qui reuient à vn carolus de 

France au temps delà pefche , Ton y porte du vin & du 

{ el de France, & ronyachepteforcefrifesquiy font à 

grand marché. 

Les Irlandois font fortfauorables auxEftrangersj^P^: 

3 lue. 
& coûte peu pour voyager parmy eux : Quand va 

voyageur a l'adrefTe d'entrer aucc afïeurance dans leurs 
maisôs & tirela boiïete de finifine ou tabaK en poudre, 
& leur en offrir, alors ces peuples le reçoiuét aucc admi- 
ration, & luydonnentcequ'ilsontdemeilleurà man- 
gerais ayment les Efpagnols comme leurs frères, les 
François commeleurs amis, les Italiens comme leurs 
alliez , les Allemands comme leurs parens , les Anglois 
& eicoflbis comme leurs ennemis irréconciliables: le 
fus inuefty dans mon voyage de Kilkinik à Cachel par 
20. foldats Irois deftachez 3 ils apprirent que i'eftois 
FranKard,c'eftainfi qu'il nous appellent , ils ne m'at- 
taquèrent point, & me firent offre deferuice, voyans 
que ie n'eftois pas Sazanach ou Anglois, 

Les Irlandois, que les Anglois appellent fauuageS, Habits * 
ont pour coiffure vnpetir bon net bleu qui fe releuc par 
deuant de deux doigts , & par derrière leur cache les 
oreilles & la tefte. Leurpourpoint a vn corps lcng,& 
quatre ba(ques, & leur haut de chaufleed vnpcntalon 
de frife blanche qu'ils appellent troulTes. Leurs fou- 
liers font pointus qu'ils appellent brogues , auec vne 
fimple femelle, ils m'ont fouuent ditvn prouerbe en 
Anglois, Airifche brogues for Englich dogues, des 

Mm m îj 



4<fo 1 es Voyages Çf Ohftruations 

fouliers d'Irlande pour des chiens d'Angleterre, vou- 
lans dire que leurs (ouliers vallenc mieux que les An- 
glois. Pour manteau ils ont cinq ou fîx aulnes de frife , 
qu'ils tournent autour du col , du corps & de la tefte , & 
ne quittent iamais ce manteau pour dormir , pour tra- 
uailler, ny pour manger. Ils n'ont point laplufpart de 
chemifes , & vn peu moins de poux que de cheueux à la 
tefte, qu'ils tuent les vus deuant les autres (ans honte. 
Les 1 rlandois du Nord n'ont pour habit quvn haut de 
chauffe, & vne couuerture fur le dos, (ans bonnet , fou- 
liers , ny chauffes. Les femmes du Nord ont pour verte- 
ment vn tapy en double ceint par le millieu du corps,& 
attaché à leur col.Ceux qui confinét rEfcofle n'ont pas 
plus d'habits. Les filles d'Irlande, mefme celles qui de- 
meurent dans les villes n'ont quvn ruban pour coiffure, 
& fi elles font mariées elles ont vne feruiette fur la tefte 
à la façon de nos Egyptiennes; le corps de leur robes 
ne leur vient que iufques aux teftons , & fi elles veulent 
trauailler, elles ceignent leur cottillon auec leur cla- 
uier, par le bas du ventre ; elles portent vn chapeau , & 
vn manteau extrêmement grand de couleur minime, 
dont le collet a vne groffe fraife de laine, à la façon des 
femmesde baffe Normandie. 



Du Sieur de la c Boullaye4e-Goù&. 4*t 



Embarquement four la Bifcaye^ & le danger couru par la 

rencontre de trois vat/feaux Turqs % 0* vn 

Parlementaire. 

Chap. XXXVI. 

LE dix-feptiefme Iuillct ie fus à la rade de Vva- 
chefortpourm'embarquer fur vnepinace, dont £ in * ceeft 

1» c r i i i • • 'x i , lurlO- 

1 on me rehila Je bord; ie me mis a genoux deuant le cean ce 
Schiperou Patron, pour iobliger^^B^y reccuoir en lc.q ucI f t>« : 
payant, après plufieurs conteibti^s , il me dit fi ic fXt 
rencontre des François ie vous mencray en France, fi Méditer- 
des Bifcains en Efpagne , ie luy refpondis que tout che- """/ft 
minm'eftoit indiffèrent, pourueu que ie pcufTe fortir faire d'au- 
d'Irlande;à la mef me h^renousfifmes voille,&le vent trc % ure - 
s'eftant tourné nous fufmcs obligez de tirer au Mole, & 
mouiller au mefme lieu dont nous eftions partis, d où 
ilmerenuoyaàterre.&mediil qu'il ne vouloir pas rif- 
quer pour lepaffiiged vu particulier la pêne de fes mar- 
di midi (es, que s'il eftoit pris par les François, & que ic 
negardaiTe pas le (ecret^lsdcchreroientfon vaiflcau 
de bonne prife , ayant des marchandées de contre- 
bande; ie le fupphay de ne me pas laifler en cette ifie 
d ou ie n'auois aucun moyen de fortir, parce que les 
naturels auoient tellement peur des Parlementaires» 
qu'ils n'ofoient nauiger,il femonftra inexorable, & 
m'eftonné comme cet Irois efloitfipeu gracieux, veu 
que ceux de (on pais font fi bien-faifans aux Etran- 
gers , il me fafchoit fort de demeurer dans cette ifle , où 

Mm m iij 



4C1 Les Voyages çg Obferuations 

la guerre Ciuille eftoic allumée de tous coftez , & dont 
la fortie me paroiflbit très- difficille, parce qu'à Lim- 
meriK, à Doublin & à Vvaterfort il n'y auoit aucun 
vaiflTcaurLaterredeï Efcofloism'eftoit interdite, par- 
ce qu'il D'y auoit point de feureté ; le mef ne ieur ie me 
fus plaindre au fieurFrançohCharlot mon intimeamy 
habitant d ' Vvachcforr,lequel s'eftonna du procédé du 
Patroft,&me pria de patienter qu'il euft veu le fîeur 
Telin Maiftre des marchandi(es de la pinace, lequel 
luy accorda mon partage, fur ce que Chariot luy dift 
que i'eftois d* Aif^hèn, & d'vn pays qui n'eft point en- 
nemy desEfpagria*s,3c luy donna vn billet qu'il porta à 
la rade,&me fit rembarquer. Le lendemain matin nous 
fifmes voille au Sud, & le quatriefme iour nous arriuaf- 
Soudin- mes àSouling ifleappellée par nous Sourliàgue, eti 5. 
sm vaiffeaux de Salée nous donnèrent la chatte, & nous 
obligèrent de gaigner la terre vers S.Yucs au Sud du 
Cornual,nous y rencontralmesvne frégate du Parle- 
ment de 14. pièces de fonte, laquelle auoit le vent (ur 
nous, & vint à la portée du canon de noftre pinace, lur 
laquelle nous n'eftions quefix hommes; nous euffions 
mieux ay me tomber entre les mains des Turqs, que des 
Parlementaires, parce qu'aux vns nous eftions affeu- 
rez de la vie, & aux autres aflTeurez de périr à caufedu 
carnage que les I rois ont fait en leur païs des colonies 
Angloifes; nous fifmes dans cette occafion ce qu'hu- 
ma * j mainement l'on peut faire , & doublafmcs le Blac 

Blac hed, f r » 

le cap «cd auec aflez de bon-heur , & creulmes eitre iau- 

noir - uez, parce que nous gagnafmes le vent (ur la frégate 

Parlementaire j mais la marée fe trouua contre nous > & 



Du Sieur delà Houllaye-le-Gouzj] \6\ 
fufmcsprefque joints, elle vint à la portée dumouf- 
quet de noftre bord , nous apperceufmes les cou- 
leurs du Roy d'Angleterre, & douttafmes que cette 
frégate fuft Parlementaire , cVpour nous en afleurer 
nous mif mes au vent fur la pouppe le pauillon 
d'Angleterre , le premier coup de canon que l'on 
nous tira le perça par le millieu,nousnous recom- 
mendafmes àDieu,& n'attendions fecours que du» 
Ciel , nous euflîons bien voulu efchoiier , mais la co - 
fie ne le permettoit pas, le vent s'appaifa, en forte 
que nous tirafmesplufieurs fois vne petite pièce de 
fer que nous auions de pouppe, ce qui nousfaifoit 
aduancer auec le peu de vent qu'il filîoit à noftre 
pina(Te,cx: les Parlementaires nous tirans de proiie 
feretardoient ^ ils nous chafferent dix lieues tirans 
inceflTamment , & ne nous laifferent point que fous 
lefortdeFalmoutz,qui leur tira deux volées deçà- Falmout* 
non , où le Lord Iermein , ôc la meilleure partie de la 
Cour d'Angleterre qui attendoit le palTagc pour 
France , auec laSereniflime Reine, vit ce combat 
inégal, dont nous efchapafmes par la prouidence de 
Dieu,àelIeenfoitlagloire, &à moy lefouuenirde 
fes grâces receuës. 

Ar.millesdeFalmoutzilya vne petite ville appel - 
lée Perrine , où ie fus voir mes amis que i'auos pratti P^nine. 

quezenAngleterre,i'yrencontréleCapitameSmitz, c . - 

• -car i c V> • • r Smitz ' fi - 
quiauoit appris ion meiherious le reu Capitaine Gi- gmfkMa- 

ron, lequel m'obligea de paffer en Frace fur fon vait lc ^ ha! ' 

feau, & que i'y ferois traitté auec tout honeur, i'acce- 

ptecét orîre,à caufe de l'amitié qu'il auoitpour moy, 



4*4 Les Voyages çf Obfemations 



Embarquement de U S erenifsime Racine d* Angleterre , pour 
pajfer *n France % &fon arnuee à BreJ} en baffe Breta- 
gne ,auec le combat du Capitaine Smit% contre les i3étif~ 
féaux du, Parlement d l Angleterre. 

Chapitre XXXVIÎ. 

LE 14- Iuilletvn Dimanche matin parurent à la 
veuë de Falmoutz deux remberges, & trois fré- 
gates du Parlement d'Angleterre, pour empefcher 
la Serenillîmc Reine de fortir d' Angleterre, lefquels 
s'efcarterent fur les dix heures peur ne nous pas e£. 
pouuenter : L'on mift en defliberation de faire voil- 
le à Midy, parce que les vaiffeaux du Parlement fe 
perfuaderoient que nous n'oferions partir que la 
nuict. Le vailTeau fur lequel s'embarqua la Reine, 
eftoitHollandoisde 46. pièces de canon , & fit voil- 
le le premier , en fuitte celuy du Capitaine Smitz fur 
lequel i'eftois de 38. pièces de fer, puis 2,. groiîesfre- 
gattes Angloifes , & vne flutte d Hambourg char- 
gée d hommes 3 & d: bagage > à la portée de canon 
de Falmoutz le Hollandois mift lepauillonde Hol- 
lande au grand maft, comme Admirai de la flotte, 
& donna ordre au Capitaine Smitz de rendre coup 
pour coup, fi les Parlementaires nous attaquoient., 
pourfuiuansnoftre route les cinq vailTeaux du Par- 
lement parurent, Tvn defquels mift le cap auvaif- 
feau Hollandois, & eftant efgallement efloigné de 
nous tira deux voilées de canon , 1 vne fur le Hollan- 
dois, 



Du Sieur de la BoulUy e le-GouX. 4 £$ 
dois,& l'autre fur noftrc bord pour faire mettre le voil- 
le bas, leHollandois s enfuie, & la remberge luy tira 
deux ou trois coups de canon, qui n'allèrent pas loin 
de la chambre du Capitaine , d'où la Reine eftoit fortic 
pour aller à fond de calle,lc Hollandois comme plus 
léger à la voille , mais non fi fort pour le combat que la 
remberge, fut bien- toftfauué, ayant à coftcdeioyvn 
petit batteau en forme de falloukque , fur lequel il y 
auoit fix Bas-Bretons auec des rames pour fauuer la 
Reine dans vn calme ou penda nt vn combat incertain; 
nous les perdifmes deveue* en peu de temps, nos deux 
frégates Angloifes , & laflutte d'Hambourg tirèrent 
au Mole, & nous demeurafmes feuls embarafTez entre 
deux remberges,& trois frelates ennemies, nous def- 
fendans à coup de canon fuiuant l'ordre de noftre Ad- 
mirai qui nous auoit laifTé dans le piège ,& la lafcheté 
des Capitaines des frégates qui nous auoientabandon- 
nez, leCapitaine Smitz voyant que la partie n'eftoit 
pas tenable , fit mettre le cap adroittement entre les 
deux remberges , afin de gagner la mer , parce qu'elles 
ne vont pasfivifte que les autres vaifleaux; PAdmiral- 
le feule auec vne frégate nous fuiuit, la vicc*AdrniralIc 
donna la chaiTe à noftre flutte , & vne des fregares s'en 
retourna à Londres, & l'autre à Milfortaux pays dcMilforè 
Galles, porter la nouuelle de la fortiede laReine;la% nific 
nui& fut fort claire, & nous eufmes les deuxvaifleaux^^. 
fi proche du noftre que les canons de la remberge pou- 
uoient offenfer la frégate qui eftoit de l'autre bord, le 
matin le vent fe raftraifchit vn peu, & les paffames 
d'airez loin 5 mais vers le Midy nous fuîmes de rechef 

Nnn 



\(>6 Les Voykges çf Obfemations 
joints: alors le Capitaine Smitz (ans s'eftonner tint ce 
difeours : Efcoutez mes Meftres, i'ay défia vne fois efté 
pris par les Parlementaires, lors que iefis naufrage en 
paflant fur monvaifleaudes tropesde Hollande pour 
le feruicedefa Majefté,ie mouray plutoft mille fois 
due de tomber entre leurs mains, parce que ie leuray 
promis & iuré fur TEuangille de ne porter iamais les ar- 
mes contr'eux, vous deuez tous paroiftre furie tillac, 
afin de les rcpouflcr s'ils nous abordent, ie fuis refolu 
ayant fait toute la refiftâce imaginable de mettre le feu 
à mes poudres , & m'enfeuelir de cette façon ; Au refte 
Meffieurslcs François vouseftes i8.tous braues Caua- 
liers; dans lcfquels ie mets mon cfperance , ne nous 
eftonnons point dans le combat; Vn chacun parut 
auecle moufquet & Tefpéeliors du fourreau, afin de 
faire voir que nous eftions beaucoup de gens j ce ftrara- 
geme fit que la frégate no (a nous aborder, & fe conten- 
ta de nous enuoyer force boullets,& chef nés, afin de 
defmater noftre vaiffeau , nous luy en r'enuoyafmes 
desnoftres,& coupafmes beaucoup de fes cordages, 
à la fin du combat qui dura deux iours, & deux nuiâs, 
nous vifmes la cofte de Bretagne, nos ennemis nous 
lailTercnt , & à la mefme heure noftre grand voillc tom- 
ba rhiffaa, ou la groffe corde eftant couppée d'vne vo- 
lée de canon , s'ils neuflent point tourné la proue , ils 
nous auroient pris , parce que noftre Capitaine n'auoit 
point fait mettre de chaifne pour tenir les antennes, 
foit qu'il n'en euft pas, ou que lardeur du combat luy 
en euft ofté la mémoire , ne nous eftans fouuenus de 
noftre faute, qu'après le péril efchappé. 



Du Sieurrde la Bôullaye-le-Gouz?. acj 
Eftanspres d'arriuer auConquet,nous retournât 
mes en pleine mer , à caufe d Vn brouillard qui s'efleua 
fiir lacofte de Bretagne, qui cft fort dangereufe pour 
pour pluficursroqs qui s'y rencontrent; le lendemain 
nous arriuafmes au Conquet petite ville , où nous prit- Conquçg 
mes vn pillote pour Breft , qui en eft efloigne 17. mil- 
les» ce Pilote nous dit qu'il n'y auoit point eu de la fau- 
te du Capitaine Hollandois de n'auoir pas combatu^ 
parcequelaReyncluyauoitdefïendu,ce qui nefatis- 
fîr point le Capitaine Smits,& le fit entrer en fougue,' 
diûnt,dansce rencontre ce que lapafliunpeut expri- 
mer par des iuftes reflentimens, parce que le Capitai-» 
ne Hollandois luyauoit donné Tordre derendrecoup 
pour coup , & cependant l'auoit abandonne au mi- 
lieu de 5. vaifleaux > eftans à Breft la Sereniflime Rey- 
Ac accommoda, & pacifia leur différend en quelque 
façon , mais le Capitaine Srnitz ne peut iamais oublier 
TofTcnce de l'autre. 

Breft eft le magazin de l'Admirauté de France iour Brcft : 
lonfaitla prouifion de tout cequil faut pom équipa 
per les vaifleaux de 1 Océan ; cette place eft de très- 
grande importance, comme la clef de la balTc Breta- 
gne , la rade eft la plus grande , & la plus belle que i aye 
veuë après celle d Qrmous ; ie vis dans le port ce 
vaifleau fi fameux appelle la Couronne, de plus de Se 
pièces de canon, dont 4es plus gros eftoient de 40. li- 
ures de balles, le corps de ce vaifleau eftoit de 1636. 
tonneaux, fur la poupe.il y a auoit les armes de feu 
Monfieur le Cardinal dû Richelieu , & ces mots eferits, 
Subdidit Ocearwm, il a ferais l'Océan, deuife qui le- 

Nnn ï) 



4*s Les Voyages çf Qhferuations 

roit poffible véritable, fi ce Miniftreeult eu autant de 
fante , que de (agefTe , & euft pu fe dominer comme il 
faifoic aucruy. 



Voyage de Brefl en AmjlerdAm. 
Chapitre XXXVIII. 



Li 



E premier iour d'Aouft ie m'embarque fur le vait 
jfêau Hollandois , lequel auoit pafle la Reyne 
d'Angleterre ,1e j. du mefme mois nous moiiillafmes 
G , . deuantCalais,où l'on mift à terre vne femme qui eftoit 
entrée en habit d'homme dans le vaifleau,il cft à iu- 
ger que cette femme auoit efté trouuée propre pour 
pafler incognito en Angleterre, &cn mander des nouuel- 
Ics en France , parce que Ton ne nous permift en aucu- 
ne façon de defeendre à Calais, de crainte d'efuanter 
la mefehe. 

Le 7. iour nous arriuafmes deuant Graueline , où 
nous trouuafmes l'armée naualle d'Hollande, laquelle 
y eftoit à l'anchre pour leferuicc de la France, nous 
faluafmes l'Admirai, le Vice- Admirai, & leMijor, 
puis en fuitte nous pliafmcs les voitles , &lai(Tafmes al- 
ler les anchres,noftrevaifTcaueftoirvn commandeur, 
&de ceux qui croifent la manche. L'armée Françoife 
eftoit campée proche de Graueline, commandée par 
Monfieur le Duc d'Orléans, lequel en peu de temps 
l'obligea à capituler : Graueline eft vn hexagone irre- 
gulier, la courtine qui regarde le Sufuouft, n eft pas 
tirée en droitte ligne, ce qui rapetilTe le flanc du ba- 



"ôrauelinc 



Dt* Sieur de UHoullayc-le- Gou&. 469 
ftion , qui regarde le Suoueft , où il y a vne cfpece de 
citadelle , deux de fes codez font plus courts de ttois 
verges que les quatres autres cfgaux ent'eux. De Gra- 
uelines nous arriuafmes en vn iour à Vleflîngue que 
nous appelions Fleflinguc ville dans la Zeiland vnie FIcffi : 
aux Eftats d'Hollande. De FleiTeigues i'arriuay à mil-gue. 
lebourg par carofTc en deux heures de temps, le che- 
min eft de deux lieues , cette ville cft la capitale de 
Zeiland, &l'v ne des plus confiderablesdc la Republi- ^ eIa " i 
que d'Hollande } elle badic à la façon des autres villes tctlcdc 
d'Hollande, auec de beaux canaux, n'y ayant entr'eU^ rad- 
ies aucune différence que la grandeur. 

A Midlebourgiemembarqué pour Roterdam 2.0. Mille- 
heures de chemin > des deux codez du canal l'on voit bour £' 
plufieurs Tours des villages autresfois fubmergez , la 
mer ayant empiété fur la terre en cet endroit: Nous 
mouïllafmes à Dortdrek , où nodre barque paya vn Do r<lreK. 
certain tribut, cette ville ed extrêmement grande, 
nousen partifmes &arriuafmes le lendemain matin à 
Roterdam très belle ville, où le fameux Erafme prid Roterda* 
naillmce 3 fes compatriotes luy ont fait dreifer vne 
grande datuë de bronlc fur le principal pont de la 
ville. De Roterdam ie vins par canal àDelphcspuis à 
la Haye Courdu Princed'Orange,& Siège des Edats La Haye, 
didant vne heure &demie de Delphes, & trois de Ro- Delphes. 
terdan : De la Haye ie vins pareillement par canal à 
Leyden fameufe vniuerfité, & de Leyden à Amderdan Leyde. 
8. heures de chemin. Amderdan tirefonnomdeAm- '^ m ^ z 
fterpetitfleuue fur lequelelle ed aflifed'vn codé, par- 
ccqu'elleeft fur vn golphcduCodédel'Eft,par lequel 

Nnn iij 



47° £*s Voyages & Oiferuationi 

les vaiffeaux y arriucnc de la grand* mer. Ceftla câ- ( 
pitale d'Hollande , entre les grandes villes elle eft la 
plus belle que i'aye veuë , comme Paris eft la plus peu* 
pIée,Conftantinople la mieux {cituce,Rome la plus 
libre , Hifpaam la plus faine , Londres la mieur polie, 
Sourat la plusmarchandc, Venife la plus noble , Ham- 
bourg la mieux fortifiéejc Kairela plus chaude, Baby- 
lone la plus ancienne, Dantfiiclaplus bourgeoife,Goa 
la plus belle Enceade,& Arzcrum la plus froide. Les 
maifons Damfterdam fonttoutes efgalles,& dans le 
millieu des rues , il y a des canaux entourez d'arbres, 
oùlcsplusgrandsvaiffeauxarriuentcommodement,Ies 
Marchands y ont de grands Palais , auec de beaux par- 
rosdcmarbre,& de beaux magazins où ils mettent leurs 
marchandifes à mefure qu'ils les tirent des vaiffeaux; 
Les Iuifs dans cette ville n'ont aucune marque pour 
eftrc diftinguezdesChreftiens,& y ont la mefme liberté 
que dans Ligorne > auc c plufieurs Synagogues. 



Commerce 3 Intcrefts & Religion des Eftats d'Hollande. 

"m 
Chap. XXXIX. 

Commer- 1 ["^ Ans les principales Villes d'Hollande il y a des 
E ./ compagnies cftablies pour le négoce des Jndes 
Oaentales &Occidentales,aucc tel ordre qu'vn pauurc 
Hollandois qui n'a qu vn efeu eft receu à le mettre 
dans la côpagnieauiïibienqueceluyquiena 100000. 
Il y a vn gênerai dans les Indes Orientales \ & Vn grand 
Confeil des Indes qui détermine abfolument , dont le 



Dti Sieàr de la BoulUyc4e-Cjoïs&. ^71 
ficge eft à Batauia; Vous fçaucz tous que cette Rqpir: 
plique fe 5orma en tannée jjSi.&fecoiia le ioug d'Ei 1 Intcreft.' 
pagne protégée parla France & l'Angleterre , mais clic 
ne confidere ces deux Royaumes qu'en ce qu'ils font 
pour la feurcté de fa liberté , & n'a autre vifée que de 
maintenir dans l'égalité les forces d'Eipagne & de 
France, & ne redoute rien que d'auoir pour voifînsles 
François. 

De toutes les nations qui font fous le Soleil , il n'y en RdiVioiT 
a aucune qui aye moins de Religion en apparence , que 
îaHollandoife, elle ProfefTe toutesfoisleCaluinifme 
puritanifé, & deuroitauoir plus d'extérieur que toutes 
les autres fc£tes,elle permet toutes Religions excepté la 
Catholique, s'il m'ell permis de dire mon fenrimen t de 
voftre Religion , elle eft la racfmc que celle d'Amfter- 
dam, vous n'auez aucune raifon pour appuyer voftre 
croyance, vous dites quevousne voulezpoint de tra- 
dition^ toutesfois voftre Bible & voftreCathechifme 
ne s'en efl oigne pas, vous niez que le Corps de Chrift 
foit danslafacrée Euchariftie, parce que vous ne pou- 
uez pas entendre ce myftere, faute de (cauoir la nature, 
il n'eft pas queftion de tranfmutation^d'impanation 
ny de figure dans noftre foy, mais de croire que c'eft 
fon corps tout tel qu'il l'a donné à fesApoftres,ille LlICIi 
dit fi clairement que perfonne de bon fens ne peut 
l ouffrir l'explication que vous y donnez , de dire qu'vn 
corps feprenne fpirituellcment, ce iveftpa.s entrer dans 
Je fens de l'Efcriture , I e fus mef me dift à fes Apoftres, ie 
fuismoy-mefmevnefprir, n'a ny chair, nyos,leurcon- Iuc E 
firmant après fa Refurredion , qu'il eftoiitvray corps, 24.. 38."' 



Ï7* LesVoyages fâ Obfemàtions 

plufieurs d'entre vous ne pouuans parer que ce (oit le 
Eph.5.28 vray corps de Chrift, m'ont dit que pour eftrc le corps 
G ncfe * de Chrift 3 ce ne n'eft pas lefus Chrift, non plus que la 
femme n'eft pas le mary qour eftre le corps du mary, 
Marc.i^. m ^ ls f atls m'arrefter à toutes ces altercations ,donnez- 
moyie vous prie la raifon pourquoy vousfaitesbapti* 
fer les enfans, l'Efcriture dit que Ton baptife toutes 
creaturcs,maïs qu'il faut qu'elles croycnt,nous croyons 
qu'il les faut baptifer, parce que l'Eglife infpirée du 
S. Efprir , nous l'ordonne , pourquoy auez vous ofté la 
poligamie, que ne communiez vous après fouper,& 
<jui vous a dit qu'il ne faut point trauailler le premier 
iour de la fepmaine, pourquoy auez vous changé le 
Sabath dans le Dimanche, l'on voit dans la Sain&e 
ifayei. Efcriture que quelque iour il n'y aura plus de Sabath, 
* 4 * mais Ton ne trouue point que celuy des luifs doiue 

eftre changé, Vous auec de plus auerfion aux miracles 
& aux reliques des SaincSs contre ce qui eft eferit as 
quatriefmc liuredesR0yschap.1j.verf. zi. qn'vn Ca- 
daure cftant ietté fur les os d Elilée refTufIita,& parce 
1. Mach. que le Liure des Macabécs approuue les voyages de 
u.46. Ierufalem & la prière pour les morts, vous le tenez 
Apocriphc, ienc pretend pas de vous conuertir,mais 
bien de vousdire la vérité, la foy eft de loiïye, l'efprit 
fouffleoti il veut, la contrainte ne fait pas le Chreftien 
mais la volonté,lezelequei'ayde vous voir dans TE- 
glife m'a fait vous tenir ce difeourseftantaffeuréque 
vous ne diminuerez en rien de F amitié que nous auons 
conjraâéejquoy que nous foyonsdifferends de croyan- 
ce :Laiflbns donc cette matière, &reuenons àlafuittc 
«de mes voyages, Voyait 



Du S leur de la BoMaye-le-Gouz^ 47 j 



r 



"Voyage (£ os4 mfterdam à Copenhague. 
Chapitre XL. 

D'Amfterdamievinsparmerà Enicuifen quator- 
ze lieues de chemin fur vn heu ou petir vaifleau à 
tout vent, le maiftre de la barque eftoit Anabapti- Anaba2 
fte & naturel d'Amfterdam , ces gens ne fe deffen- pufte: 
dent iamais & mettent tout leur négoce enlaproui- 
dence diuine, ne baptifent leurs enfans que lors qu'ils 
fontenaage de rendre raifon de leurfoy. D'Enkuifen 
ie m'embarquay pour Mfle deTechel où l'arriué en vnc , , 
nuiâ , ce lieu eft dépendant des Eftats d'Hollande , les 
grands vailTeaux y attendent le vînt pour faire voile, 
ie m'y embarqué fur vne flûte d' Hambourg pour Co- 
penhaguen , nous arriuaimes au Sond en quatorze 
iours auec affez de peine, parce qu'vnetempeftc nous 
porta fur lacofte deNorducgued'où il fallut reuenir 
au Sud Le Sond, où le Soleil en François eft vn deftroit $ nd ga 
où paffent tous les vaifteaux qui vont dans la mer Bal- gni fic W- 
tique, il y a deux Chafteaux des deux coftezde ce canal 
dont Tvn s'appelle ElTcmbourg, & l'autre Elfeneur>EfTem- 
appartenans au Roy de Dcnnemai k . lefquels obligent £? r ur S : , 

1 rr • /y t * ., b » Elfencur. 

tous les vailleaux qui y patient de payer tribut '> Les 
Hollandoispourle grand négoce qu'ils ont fur la mer 
Baltique, ont fait leurs efforts pour oft et ce tribut auec 
les Suédois, mais iufques icy l'on n'a veu que des mena- 
ces fans effet; Les marchandifes que l'on porte dans la 
mer Baltique font efpiccries,fel, draps, huy lies, & vin > 

O 00 



'474 •£*■* Voyages & Obfèruaîions 

&l'on y charge force bleds âDantzik, du cuyure en 
Suéde, & des cuyrs à Rigue, & la doùanne que l'on 
paye au Sond fait la principalle richeffe du Roy de 
Dennemark» 
<^opcn- Du Sond nous cinglafmcs à Copenhague dans la 
^ a S ue : Zeiland très belle ville, demeure du Roy de Denne- 
marie , & des principaux Barons du Royaume. 

Forces , fyligion, interefts, & gouvernement du Royaume 

de Dcnnemark* 

Chapitre XLI. 

CHriftian IV. viuoit alors extrêmement âgé, il fc 
vantoit d'eftre le plus vieux de tous les Roys de 
fon temps, & d'auoir la Couronne fur latefte depuis 
40. ans, ce Prince efk digne de reuiure dans la mémoire 
des hommes pour fa gcnerofité.les aeftes qu*il en a pro- 
duits dans ces dernières guerres fontfoy démon dire, 
lors que fon Confeil s'oppofa à l'expofition qu'il vou- 
loit faire de fa perfonne pour combatre fur merles Sué- 
dois-, il dift à ton iamaisleuqu'vn Roy deDenncmanc 
foit mort fur la mer ; pendant la bataille vn coup de ca- 
non ayant brifévne planche de fonvaiffeau,il fut at- 
teint dvn efclat qui le renuerfa par terre, fes Gentils- 
hommes le creurent mort, il feleua & diit cela n'eft 
ricn,Chriftian a aflez de fanté pour emporter la vi- 
ctoire fur les Suédois , ie ne vous diray point ce qu'il fit 
pour le feruicede la Reynemere de Suéde, ie portant 
Protecteur de cette miferable Pnnceffe qui luy tou- 



Du Sieur de la Toullaye-le-Gou&l 473 
choit de fang, parce que l'on fçait trop bien cette hi- 
ftoire,& cju elle n'eft point de la fuitte de monVoyage. 

Ce Prince a 14. ou ij.gros vaiffeaux par mer,& peufcforces? 
mettre 12. à 13000. hommes effectifs , fans le fecours 
qu'il pourrit attendre de Nortucgue , du pays de 
Chaune, de Lubek,& d'Hambourg: HprofciTclaRe- Religion* 
iigion Euangelifte, que nousappellons Lutericnnc fe 
ncfouffreque par tolérance les autres Religions ; tes 
Euangeliftes ne font point diuifez par Se&cs , ainfi que 
plufieurs ont eferit, mais conuiennent tous en mefme 
créance, comme en rinpanation de Nollre Seigneur 
Iefus Chriftau Sacrement, dans la Sain&e Trinité, & 
Incarnation, ils ont des Chefs qui prennent la qualité 
de Superintendans, cVdes Euelqueslefquels fc marient 
tous, ils n'honorent point les images > & ce qui a fait 
que l'on les a creu difîerensenSc&e, vient de ce qu'à 
LubeK , Hambourg, & autres lieux ils ont retenu quel- 
ques cérémonies des Romains, au Sacrement, Confet 
fion,Bapte(me,&c. 

Lesintereftsdu RoydeDennemark vont à ce que 
les François ne foient point les Maiftres des pays bas^& 
que l'Empereur foit de telle façon > qu'il ne puifîe l'in- 
commoder , que les Suédois foient en guerres ciuil-2 
les,& n'ayent point l'appuy d'Hollande ,ny de Mof* 
Kouiecontreluy. 

Lesperfonnesde qualité dans ce Royaume ont tout 
pouuoirfurleurs(ujets qui leurfent comme efclaues, 
& tiennent des Eftacs de temps en temps, où le Roy 
n'eft pas autrement absolu à la façon des Roys d'An- 
gleterre dans leur aacienPatlement,cequipeut eau- 

Ooo ij 



47 £ $& Voyages Çf Oh (kt nations 

fer plufieurs maux en vn Eftat, parce que le premier 
broïllon qui le trouue dans ces afîemblées refifte en fa- 
cràlaMajefté du Prince, &cau(e beaucoup de de for- 
dre dans le Royaume, où il n'y doitauoir quvn Mai- 
ftre raifonnablc conferuan t à cous iuftice & iugcmcnr, 
les éuenemens mal-heureux que les hommes en ont 
--eusses deuroient faires fages au defpens d'autruy: 
Les puiffances des Princes , au dire de l'Apoftre , vien- 
^1™J 15 ' nenc de Dieu , & par confequent font images de la 
fienne , comme la puilTance Dmine, qui ell la caufe, ne 
fouffre poinc d'e(galle,rimagc qui en eft comme l'effet 
n'en doit auoir ny en fouffrir, tous les Roys Catholi- 
ques font ab(olus , le Roy de Pologne meime , qui ne 
po^Tede fa Couronne que par le bénéfice & l'efleéfcion 
des Palatins,& autres Seigneurs de fon Royaume,apres 
qu'ils l'ont reconnu il luy cèdent; I'ay obferuéparmy 
les Turqs, Arabes, Iufbegs, Mogols, Indifhnnis,& 
autres Manfulmans le rcfpecl & l'obeïiTanceaueugle 
qu'ils ont pour leur Souuerain;& puis afleurer que les 
Payens que i'ay prattiqué,qui n'ont autreguide que 
la nature , ont pareille eftime pour leurs Princes que 
ceux qui ont outre lanatuie les ioix& la police, tant 
ilcftvray dédire que l'vnueeft le point fixedelapaix, 
&de la tranquihté des peuples. 

LeRoydc Dennema:K, outre le paysDannois,eft 
Maiftrc abfolu deNorduegue, &dupaysdeChaune, 
de l'ifle de Moone , Borhulm , & autres fur la mer Bal- 
tique, de l'ifland, & prerention fur la Groenland : Dans 
les Indes Orientales il a vn petit fort fur leGolphe de 
Bengala vers Madrafpatan. 



Du Sieur de U BoulUye-!e-Çou%. 477 



Voyages de Denncmarken Liuonie >& Pologne. 
C h a p. X L I L 

A Copenhague ie nvembarqué fur vn vaifTeau Suc- Borholm? 
dois pour la Liuonie ; le troifiefme iour nous laif- 
iàfmes au Sud Borholm ifle appartenante au Roy de 
DennemarK-, le 5. nous arriuafmes à lamerd'Eft à 51. 
degrez de latitude, d'où nous cinglafmesauNordeft; 
le 7. nous mouïllafmesdanslamerd'Eftà laveued'vnc 
petite ifle dépendante de la Couronne de Suéde appel- Gotdand. 
lée Gottland, qui fignifie en François terre des Gots , Go " en 
ou terre de Dieu , parce que Land dans la langue vul- fig^ê" 



gaire fignifie terre, mais les François fe feruent ordi- Dieu, que 
naircment des mots effranges en mauuaife part , &en- " is n ~ 
tendent par Land vne mauuaife terre, comme par pil- peilcnt 



1er, qui fignifie prendre en Italien, il entendent ^ aCGa '?°^ e ^ 
ger; par habler qui fignifie parler en Caflillan, plus di* deriuai- 
re qu'il n'y en a , par her qui en Allemand fignifie Sei- *° n A* 
gucjt,vn piuure cancre par dogue, qui en Anglois figmfic 
fignifie vn chien, vn gros matin , par baragouin qui bon. 
fignifie du pain & du vin en Bas- Breton, vn langage 
mal plaiianr & groOier , par Knc t ou LandsKnet qui fi- 
gnifie vn loldat à pied en Hollandois, le dernier de 
tous les hommes par Norman, qui en Flamand fignifie 
Vn homme du Septentrion , ils entendent vn homme 
fin, ru(é, & cauteleux, & plufieurs autres qu'obferuenc 
ceux qui ont l'intelligence des langues eftrangeres. 
Le dixiefme nous leuafmes les anchres, & le dou^ 

Ooo iij i 



BÙgàe. 



47* Les Voyages çf Obferuaûons 

ziefme nous fufmes battus dVnc tempefte fort daru 
gereufe qui dura peu, parce que la mer Balti .jnc 
na point de flux , ny de reflux , & les ondes y rom- 
pent comme dans la Mediterrannée ou Cafpi- 
que i le vent du Sud nous porta fur la code de Lif- 
fhnd , d'où nous mifmes le cap au Sudfudeft pour ar- 
riuer àRigue,dont le féjour me plaifoit tellement 
que l'eus peine à en fortir, à caûfe que l'on y apprend 
des nouuellesde Suéde, de Tartaric, Moficouie, Po- 
logne, & Allemagne, &femble que cette ville foit 
dans le Nord d'Europe, ce que Rome eft au Sud^ 
quf'vien: c ' eft vne Republique & ville Anfetiquc , dont les 
de an & naturels y font Luteriens , panicipans des couftu- 
zéc , cVfl mcs Suedoifes, Moskouires, & Alemandes, Ton y 
h mer, fait grand négoce, mon deflein eftoit de pafler en 
comme Moskouie pour aller en Perfe , mais 1 onne peut for- 
qaciqnes t{1[ deMoskouie fi Ton a eu pcrmifîîon de 1 Empereur 
vnsxmais d'y entrer, ou bien que 1 on y foit AmbaiTideur.' 

anaenne ^ c R*g ue * c v * ns * Kuningfberg , qui en François 
erhimolo- fignific la montagne Royalle , cette ville eft la capi- 
gic vient ta |j c jg j a p ru flc Dncalle , fiege du Marquis de Bran- 

de ans qui . . , i> n* i • 

en vieil denbourg,les Voyageurs! appellet la petite France, 
Alleman à caufe du grand nombre de François qui y font , de 
: domina- & cs diuertiffemens que Ton y a. LaPrufTeeftdiuifée 
tîon,com-en Royalle, Epifcopale , Ducalle >& Neutralle; La 
S toi Royalle eft au Roy de Poilogne.i' Epifcopale à L'E- 
dominan uefque de Prufle,la Ducalle au Marquis de Branden- 
!5 s: . bourg, & la Neutralleeft àla Republique de Dant- 
sbcig. zik , dont les bourgeois du premier ordre préten- 
dent eftre noblesPolonois , & en prennent la quaJi- 



jyù Sieur àeU Boullaye-le-GouX^. 47* 
lité,quoy qu'ils aillenthabillez à l'Allemande. L* 
Prufleeft remarquable pour T Ambre iaune, que la 
mer iette fur fes coftes. 

De Kuningfberg 1e vins à Holland gros bourg HûlIan<î * 
appartenant au Marquis Electeur de Brandenbourg. 
De Holland ie paflay plufieurs autres villages de la 
domination de Pologne y & arriuay à Torn petite 
ville aflife fur laviftule,où la Cour eftoit alors , di- 
ftantede Kuningfberg quelques 60. ou 65 heures de 
chemin : Trouuez bon que ie vous dife quelque cho- 
fc de ce Royaume Electif, qui eft la clet de la Chre- 
ftienté, & le boulcuarddcs ridelles. 



Dti Royaume Eleéltfde Pollogne. 
ChàP. XLIIL 

LA Pollognc auec fes conquêtes & domina- 
nanons ell contenue entre les 57. & y$ degrez Nom ' 
de longitude , & 48. & j6. de latitude vers le pôle de 
Lourte , 1 on tire fon r om de polouki , qui fignifie 
rauit'Ieur & chahVur dans 1 ancienne langue des 
Roux , parce que les pollonois n'eftoient pas fi pol- 
licez qu à prelant,au commanctmenr de leur elta- 
bliflement : d mtres en prennent 1 erhimologie de 
Pôle, qui fignificplan,ou vafteen Efclauon,les An- 
glois iappellent poland , comme qui diroit terre du 
Polc de mefme que nous appelions en France la 
Normandie qui a mefme lignification, les Tu; qs li y 
donne ecluy de Leh Vilaiet ou pays de Leh , parce 



4«o Les Voyages (f Obferuations 

qucLekusacftélc premier Prince de cette nation J 
d'où les Italiens l'appelle rolake, comme qui dircic 

Gouucr- peuple dcLeKus, auquel ont fuccedé 13. Princes ou 

* mcnt * Chefs, & 19. Roys ou teftes Couronnées par lclc- 
dion des Nobles > de l'Eglifc , & des principaux Of- 
ficiers de cet Eftat, lefquels s'aflemblent après la 
mort du Roy, & en nomment vn autre par le méri- 
te quilsy reconnoiflent , & s'ils n'ont point dans 
leur pays d hommes aflez vertueux pour porter le 
faix dvne fi grande charge , ils en cherchent chez les 
Eftrangers,quoy que depuis la fuitte de Henry leur 
15. Roy,ilsayent en quelque façon rclafchéde l'in- 
clination qui leur eitoit naturelle pour les autres 

Titres du nations. Le Prince eftant efleu prend la qualité de 
Roy de Pologne , de Grand Duc de Lithuanic, Ruf- 
fîe noire, PrufTe , Mafouie , Samogitie , Liuonie # 
SmolenfKo & Czcrniechouuic \ celuy d'aprefant 
s'appelle Cafimir , & fe dit véritable héritier des 

Imereft. Suédois , des Gots & des Vendales : Ses interefts 
font de fe bien maintenir auec les Nobles Polonois 
en faifant obferuer les Loix qu'il iare de garder, 
lors qu ils reftabliflfent , & le reconnoiflent pour 
Souuerain;dauoîr intelligence en France pour dé- 
tourner les armées Imperialles fi elles attentoient 
fur fcjn Eftat j de fe maintenir en paix auec le Turq , 
mais le repouffer viucmcnt s'il rompt le premier* 
empefeher les courfes des Tartares , & fur tout 
letenir les Mofcouites dans leurs limites , & à cet 
effet auoir amitié auec les Perfans^lesTurqSj&les 
Suédois. 

Le Roy 



*Du Sieur de la Boullaje4e- Gou&. 48r 

Le Roy,& la plus part des PolonohtfoiuCatholiqucs ReligionJ 
Romai s,il y a beaucoup de Protcftans parmy cette 
nation, meCue des premières familles du Royaume, 
qui prétendent de droicl: la liberté de confcience , il 
y refte peu d'Arriens , il y a vn grand nombre de 
Iufs, qui font employez aux fermes & receptes des 
Nobles, 

La force de cet Eftat eft de 80000, ou 100000. homes Forces; 
da vis vne ne ce (Tué, parce que chaque Palatin & Châte- 
lain oblige (esfajc tsde lefuiure à 'a guerre, fi Ton fai- 
foit le me(me en France nous aurions yn Ci grand nom- 
bre de foldats, qu'à peine pourroit-on fournir à leur 
nourriture; les armes dont ils fe feruent fontzagaies, 
maiTes d armes, arks & flèches , fabres , moufquets, 
piftolets& canons. 

Le pays eft fort bon Je principal négoce confifte Fertilité. 1 
en petit bled froment que l'on en tranfporte en Suéde f 
Norruegue , Efcoiîe , Hollande èV Efpagne , & mefme 
en France lors qu'il y a quelque chère année* 

Les naturels y font fort généreux , fqmptueux Mœurs : 
en habits, libéraux, colériques , honorables, ci- 
uils , lç iuans , bons hommes de cheual , appréhen- 
dez des Ottomans, grands mangeurs & plus grands 
beuueurs,ih aymentcordiallemenrle*. François, &les 
eftimentàcaufedequelquepromptnude dans laquelle 
ils fimpati ent aucc eux , nuis iont ennemis antipati- 
ques des Allemans, comme les Suédois des Danois, 

les Efcoflois des Anglois, les Gallois des Irois,les Fran- 
çois des Efpagnolsjles Portugais des Mores, les Ara- 
bes des Abiffins, les Ottomans des Kefelbaches, les 

P PP 



4S2 Les Voyages çtf Obferuations 

Mogols des Iufbegsjes/ndoudes Parfis, les Chinois 
deslapponoisjes Tarcaresdcs Roux ou Mofkouites 
les Arméniens des Neftoriens,& les Grecs des Italiens. 
Langue. Leur langue diffère peu de laMo(kouite,& Efcla- 
uonc, ce qui a fait eferire à plufieurs que l'Efdauon 
pafle dans tout l'Orient, ce qui eft faux, parce qu'en 
Grèce , Natolie , Perfe, Iufbeg , & grande Tarraric 
l'on parle Turq, aux Indes de deçà le Gange, au Sud 
de la Perfe , & en la Georgiele Perfan a cours ; aux In- 
des au de ià du Gange le Malais, & dans Y Affrique l'A- 
rabe pafle comme le Latin en Europe , il y a peu de Po- 
Viures. lonois quinefçacheleLatin. Leurs viures ne font pas 
H , . autrement exquis jls y méfient beaucoup de iafïran; ils 
portent la telle &la barbe rafe,& l'habit long à la façon 
desTartares&Perfans, fur la telle ils portent vn petit 
bonnet aueedes parements de Marthe zebeline noire, 
qui leur viennent de Moskouie; ils ne changent point 
leur mode, parce quelle eft très commode, cV princi- 
palement pour leur pais où il fait froid,l'habit des fem- 
mes diffère peu de celuy des hommes , mais leur coiffu- 
re eft d' vne autre façon,elles ont vn peu moins de liber- 
té qu'en France, mais les Polonoîs font tresbons maris. 
L'on y voyage auec des chariots, parce qu'aux ho- 
ftellcries de la campagne, l'on ne trouueque les qua- 
tres murailles, & faut porter les choies necefTairc pour 
la vie> & le gifte , ce qui eft plus incommode qu'en 
France , mais aufli l'on y dclpenfe bien moins, & Ion y 
faitplusde chemin pour lodcus, qu'en France pour 
40. c eft là où i'ay appris premièrement àneme point 
defabiller pour dormir ,couftume bien plus laine, & 



Du Sieur de laBoulUye-leÇouzï. 4*i 
plus mafle que la noftrfc, parce que Ton prend moins de 
froid, & l'on fe leue plus facillement,leurs habits eftans 
faits de telle façon, qu'ils n'incommodent pas plusJa 
nui&qucleiour, parce qu'ils ne portent ny collet ,ny 
bufquc ,' & n'appellent point ornement ce qui peut in- 
commoder l'homme ; leurs fouliers font faits comme 
leurs pieds , fleurs coiffures comme leursteftes. 

Les Nobles de ce Royaume font tous efgaiix , & ne 
quitrent le premier rang qu'à ceux qui ont des charges ^oblciTer 
au de (Tus deu2ç P ils ne reconnoiiîent pour Nobles dans 
leurs pays que ceux de leur nation^où les Eftrangers qui 
ont renduTeruice à la Pologne, lefquels ils honorent 
de ce titre; ils vfent d'vn pouuoir fur les Roturiers que 
l'on ne peut croire, fi l'on ne Ta veu, & ne peuucnt eftre 
punis pour auoir tué quelqu'vn de leurs fujets ,,dc ma- 
nière que ce font autant de Roys , & Souuerains, ce qui 
a fait de tout temps appeller la Pologne le Royaume 
des Nobles; ils font fiialoux de cette liberté, que iuf 
quesicyilsfcfont contentez de repouffet lesManfuI- 
mans , fans vouloir entendre à !a deftruclion des Tarta- 
res,ny à la conquefte de Grèce ,. de crainte que leur 
Roy deuenant Empereur deConftantinople ou d'O- 
rient ne fe rende plus abfolu , ce qui maintient les No- 
bles en fi grand nombre en cet Eftat,procedede ce que 
les pauures n'eftiment point à des-honneur de feruir 
domeftiquement les autres Nobles qui font plus riches 
qu'eux ; & les riches ne refufent iamais l'azile dans leur 
maifon aux panures Gentils-hommes auec leviure,& 
le veftir eftans fi peu attachez à leur intereft , lors qu'il 
s'agit daflifter vn des membres de leurs corpsde manie- 

Tpp l i 



4&4 Les Voyagss çtf Ob fer uat ions 

re que les grandes delpenfeslesruincnt fbuuent,&ne 
lauTent à leurs enfaus pour héritage que le droit de fer- 
uiilcsautres Gentils- hommes dont ils ont elle feruis; 
Couftume qui leur efleue l'ame , & i'efprir , & les defta- 
che de Tauarice, vice oppofé à la libéralité de Dieu, 
parce quen'apprehendans poinr la p^uureté, ils ne se- 
ftudienc qu'à fc rendre digne de feruir leur patrie , où 
il ne leur manque pas d'emplois & de charge, lors qu'ils 
ont aflez de mente pour les exercer. Les principaux 
Charges Officiers de cet Eftat, félon leur ordre ,^jjant le Roy, 
pnncipa ^ j^ cmC) les Arc h eue fcju es, les Eaefques, le* Sénateurs, 
les palatins ou Vaiuodes , les Châtelains , le Marefchal 
de Pologne, le Marefchal de Lituanie, le grand Chan- 
celier de Pologne, le grand Chancelier de Lituanie, le 
Vice Chancelier de pologneJeVice-Chancelier deLi- 
tuanie,le grand Trefaurier du Royaume, le grand I rc- 
forier de Lituanie,le Mareichal de la Cour duRoyaumc, 
le Marefchal de la Cour de Lituanie , le grand Genera- 
liffime des armées, le grand Secrétaire du Royaumejes 
Référendaires de Pologne, les Référendaires de Litua- 
nie, le grand Efchanflon du Royaume, le grand e(- 
chanfîon de Lituanie, les grands Threfauriers des deux 
Eftats, l'cfcuyer du Roy de Pologne, le grand Thre- 
faurier de la Cour du Royaume , le grand Threfaurier 
delà Cour de Lituanie, leThreioner dt PruiTejle Pro- 
cureur gênerai J u Fifc ,1e CommifTairede la guerre . le 
Capitaine des fennneiles,& des cardes 4ç 'a frontière 
deTartarie,les Rcceueursdes péages, le^ Maiftresdes 
monnoyes, les directeurs des mines, les Maiftres des 
eaux & forefts, le grand Chambellan du Roy, & au- 
tres moindres Officiers de la maifon du Roy , qui nont 



Du Sieur de la Boullaye* le- Couz7. 4 8 5 
aucun pouuoir que dans fon hoftel , dont la dedu&ion 
vous fcroit ennuyeufe, & à moy pénible. 



Voyage deTorn à Vant^k* auec '* Religion des' Arrien s] 
Chapitre XLIV. 

DE Torn ie monté la viftulc fur vn batteau Dant2 ; Ki 
chargé de bled , pour DantziK: , où i'arriuay 
ca cinq ou fîx iours 3 DantziK eft le Grenier de Polo- 
gne où les Hollandois & Suédois vont charger leurs 
vaiffeaux, cette ville eft anfeatique& République, fa 
forterefîe ou quarré fortifié la rend (eureducoftéde 
la mer, mais ducoftéde la terre ily a vne montagne à 
VOueftqui la commande, les faux-bourgs appartien- 
nent à l'Eue! que de Pruiîe qui en eft Souuerain , lequel 
donne liberté aux Luteriens d'y habiter, comme la Re- 
publique qui profeflTe la Religion Euangelifte, permet 
aux Catholiques de demeurer dans la Ville. Il y a trois 
ordres de bourgeois , ceux du premier ordre vont à la 
place du négoce l'cfpée au codé , & fe prétendent No- 
bles Polonois, parce que leur corps a vne voix à l'é- 
lection du Roy de Pologne : Les femmes y (ont belles, 
mais tellement glorieulk qu'à peine leur peut-on ren- 
dre les foubmiflions qu'elle* demandent des hommes. 
Dans cette Ville il y a de toutes fortes de Relgions, 
beaucoup de luifs comme par toute la Pologne, des 
Anabaptiftes , des Caluiniftes & quelques A rriens, en- 
tr'autres vne Damoifelle Françoife denation , laquelle 
a efte auttefois à la feue Reync Merede Louys XLII. 

Ppp iij 



4$£ Les Voyages ç$ Obfemàtions 

que ie croy eftre encore viuante , cette (câc maintient 
Gc cfe *l uc n °ft re Seigneur Iefus Chnft n'eft point Dieu, & 
49. io. ne s'eft iamais dit tel, que c'eft vn prophète ou le Mcffie 

Deucer prom i s pa r les Sain&es Efa hures, que c'eft la fageiTe 
18.15. 18. v r i, , o 

Coloir. diurne, laquelle a elie la première créée, iuiuant le tel- 

xi 5- moignage de l'Eclefiafte, qu'après fa Refurre&ionil 
J4 P . 0C ' 5 ' dift à les Difciples } ic vais à mon père & à voftre pere, 
Eclef.i.i, à mon Dieu & à voftre Dieu; qu'a l'arbre de la Croix, il 
4 ' dift Eli , Eli , Lafamabadhni , mon Dieu , mon Dieu, 

lean Eua- pourquoy m'as tu delaiiTé, qu'en plufieurs palîagcs de 
geMe 10. lȣf cn care Y \ cft e ( cr i t qu'il croifToit en fagefie & en gra- 
Mart. 17.ee deuant Dieu & les hommes; que les Iuifsluy vou- 
*$' lant faire mal il leur dift pourquoy me voulez-vous 

LUC. 2.<2, - f • \ ' I _* ' 

tuer, moy qui luis homme qui vous annonce la vente 
que i'ay apprife de Dieu, que luy mefme a dit mon 
Pere eft plus grand que moy \ que l'on n'entend pas le 
Eu. ican paiTage où il dit,nul ne fçait ces chofes queleFilsde 
$• 40- l'Homme qui eft au Ciel , parce qu'il parloit dans lob- 
iecT: de Dieu , où tout eft Dieu en Dieu mefme , & lors 
qu'on leur obie&e que S. Paul dit que toute plenitu- 
D de de diuinité habite enluy corporellement, & qu'en 

iliST l'Apocalipfc il eft digne d'eftre fait Dieu fur toutes 
chofes, ils refpondét que ce terme Dieu ne s'en tend pas 
Ieam 4 . Jd^ftj-einfiny, qui eftant vne vnité parfaite ne peut 
fouffrir de pluralité , vne indépendance abtoluë n'a 
lean 3.13. p j nt d' a !ieté en foy comme nous difons, parce que le 
Colof.i.p Pere ne peut exifter Pere fans le Fils, ny le Fils fans le 
pere^mais que paul dit qu'il y a plufieurs dieux à la terre 
^ P i'j. 4 ' U " & au ciel , & que dans i'Apocalipfe ce paiTage, il eft di- 
gne de prendre la diuinité, fait pour eux, parce qu'il 



DuSieurdelaBoulUycle-GouZ* 4*7 r . , 
n auoit pas la diuinite auparauant : & que Moyle en- s . 5. 
tend par ce mot Dicujes puifîances du monde,comme Excd - 22, 
lors qu'il dit,tu ne maudiras point les Dieux eftrangers, 
iet'ay eftably le Dieu de Pharaon ,& que les fcmm&sGenef. 
dans le vieilTeftamentappelloient leurs maris IcurSei* £ 55 * 1 ' 
gneur, qui eftoit le mefme que leur Dieu , ainfi que ce iean 20. 
que dift S. Thomas à T Aparition de Iefus-Chrift , n eft l * 
point vne preuue conuaincante pour leur perfuadcr LucEuan 
qu'il foit Dieu; que nul ne fçaitfî la Vierge n'a point eu 2 , 7 . 
d'autres enfans que Iefus, parce qu'il eft efcrit dans 1 E- 



f\ Mathieu 



uangilcquelofephnecognutpointfa femme iufqu'à L *j 
ce qu'elle eutt enfanté fon enfant premier nay, nient la 
fainde & indiuiduë Trinité, donnant plusauraifon- 
nemcnt humain qu'à la foy. Saincl: Paul dit fouuent Colof.2.8 
de fe donner de garde des fophifmes ou fallaces des 
Philofophes, lors qu'on leur dit que l'eftre éternelle- 
ment bon & infiny fe cognoift, &s > aime,&quepar 
cette connoiflance qu'il a de foy-mefme, le père en- 
gendre le fils, & par cet amour vnion de ces deux fup- 
pofts en naift vn troifiefme qne Ton appelle l'Elprit 
Saincl:, &ques J ilnefeconnoifToit &ne saimoit,il (e- 
roit dans l'ignorance & dans la haine de foy. mefme, 
ils refpondentquenuleftrenefe produift foy mefme, 
& que l'entendement eltant vn auec fon infinité, & fa 
bonté\il s'enfuiuroit qu'il (e rendront bon par fa bonté, 
& grand par (on imanfué , ce qui feroit abfurde par 
l'axiome (ufdit, lequel eft vray dans l'eftre phifique ou 
créé; mais non dans Iefurnaturel& inceré qui n'a au- 
cun principe que foy mefme, & connoift tout en 



488 Les Voyages çf Obferuations 

foy melmeàcaufe de (on indépendance. Si Ion leur 
réplique que la plus haure fin pour laquelle Dieuayt 
fait le monde eft pour l'eflcuer autant quvn eftre creé 
peutfoufïur, qui n'eftanr point capable de l'infinité à 
caufede fa quantité, ny dcl Erernitéàcaufede (on co- 
mencement , oeut feulement eltre vny à Ton Créateur, 
que cette vnion ne fepouuoit faire parfaitement que 
dans l'homme, lequel eftvn abrégé des autres créatu- 
res , que D ieu connoiflant ce bien pouuoir eftre faicl:, 
&ne iefiifant pas, feroit allé contre (es pnncipcsjils 
re pondent qu'entre Tinfiny &lcruiy, il n'y a aucune 
proportion, & que Dieu eft incapable d'aucune muta- 
tion , & ne peut eftre plus en Iefus, qu'en touslcs au- 
tres hommes à lefgard de (on infinité, & que de leur 
aduancerquela féconde perfbnne s'eft incarnée, c'elt 
ioiur dans les termes, parce que l'Aportrefiindt lean 
difant, trois font au Ciel, le Père ,le Verbe & l'Efprit 
Saindt, qui tous trois font va» il n'a pas voulu entendre 
qu'ils (oient trois diftincts en per(onncsquinefa(ïent 
qu'vneeflence, parce que dans l'Euangite il n'eft point 
parlé de fuppoft ny des perfonnes diuines, & ces trois 
iont trois (ynonimes dont l'on fe fert pour appeller 
DieuJ'appellanttantoft Pere,tantoft Verbe, tantoft 
Efprir, & (\ Ton leur auance que fain6t Athanafe a die 
qu'autre efloitlaperfonnedu Père, autre celle du Fils, 
ils refpondent effrontément que c'eft vn particulier 
qui s'eft flatté dans la compolition de fon Symbole, 
quepoureuxilsn'ontpointd'autresarticlesdeleurFoy 
que le Credo in Deum , compote par les douze Apo- 
ities ou tiré de l'Euangile. L'on croit que cette 

feue 



Du Sieur de U Houllaye-le-GBUZ*. 4*9 
fe&e a donne commancement au Mahometifme, 
parce qu'au rem ps de Mahomet &deHali vne partie 
delaChreftienté l'auoir embrafïéc, l'on dit mefme 
que Sergius nourry & cflcué dans l'Arianifme fut 
l'vn des Authcurs de l'Alkoran , & qu'ayant fait relier 
dcuxLiuresde mefme façon il efcriuit dans l*vn l'Al- 
koran, & alla dans vne cifter ne (eiche y où il le porta, & 
Mahomet eftant d'intelligence auec luy, pnft l'autre 
qui n'eftoit point eferit , fortit à la campagne pro- 
che de la cifterne, & ayant fait fa prière en prefenec de 
fes Difciples , leur fit voir fon Liure blanc , lequel 
Dieu luy auoit promis ce iour là, de remplir de la loy & 
de fes Commandemens,puisle laifla aller dans la cifter* 
ne attaché à vne petite corde,lequclSergiusdeftacha & 
luy enuoya celuy qui eftoit eferit qu'il fit voir à fes 
Peuples, & craignant que fa fourbe ne fuft découuerte 
leurdift ce lieu cft Saind, que chacun iette vne piere 
dans la facrée cifterne , il commença , & les autres en 
fuitte,& enterrèrent le pauure Sergius tout en vie d mais 
à cette Fable il n'y a aucune apparence de vérité, parce 
que l'on pourroit demander comment l'on Tauroic 
Jçeu , Mahomet ne fc {croit pas déclaré foy-met 
me, & ie voy que dans (on Alicoran, il dit qu'il y a efté 
enuoyé à plufieurs pièces denhaut, &la plufpartdes 
Sages Manfulmans croyent qu'il n'a efté compofé que -, , 
long tempsapreslamortdeleurProphete. l'AlKoran 

Pendant mon fejour de DantziK , Monfîeur de 
Bregi Flechelle AmbafTadeur de France y arriua, en- 
uoyé à la Cour de Pologne pour confoler le Roy 
Vladiflaus 1 V. de la mort de la Reyne fon efpouie 

Qqq 



4$o les Voyages f$ Obferuations 

fceur de l'Empereur Ferdinand III. &: Fille de Fcrdi- 
nant II. de laquelle il eft refté vn Fils, il s'aquittafi 
bien de (on miniftere, qu'ayant gagné les cœurs des 
Nobles polonoisparvnc complaifance & adreflequi 
luy eft naturelle, il leur imprima vne telle eftime pour 
noftrc nation que bien-toft après (aMaiefté Polonoife 
defira la PrincelTe Marie de Gonzague, Duchefîe de 
Neuers Fille de feu Monfieur le Duc de Mantouë, 
pour partager auec elle fa Couronne; mariage qui s'eft 
accomply auec toute la fatisfaâion & aduantage 
des deux nations. 

Lesprincipaux Bourgeois de laRepubliquedeDant- 
zik vindrent haranguer Monfieur de Bregi & luy of- 
frirent la veuë des raretez de leur Ville, ie l'accompa- 
gné àl'Arcenal, lequel eft fi bien muny d'armes & de 
poudre, que tous les habitansy rrouueroicnc de quoy 
s'équipper de tout point, les moufquets,e(pées,ban- 
dolieres , canons , meiches , felles de cheual , cottes 
d'armes , & cuyraces y font arangées par ordre dans des 
galeries, au bout defquellcs il y a deux ftatuës de bois en 
forme de foldats en fentinelle qui ont mouuement 
par des reflbrts^ont l'vne tient vn moufqueten ioug, 
comme monfieur de Bregi vit cette pofture , il dit , ie 
lirois bien fi elle aliou tirer, & en mefme temps ladite 
figure tira vn coup de moufquet : Les iours fuiuans 
nous fufmes à la Comédie , & autres diuertiflemens de 
Dantzik. 



Du Sieur de la BoulUye-le- Çoul^. 4n 



Voyage de Danfçik. à Paris. 
Chapitre XLV. 

DE DantziK ic m'embarque pour Lubek, latcm- 
pefte furuint, &conteftafmes 3. iours contre le 
venc y le quatriefme nous vmfmes mouiller proche 
l'ifle de Rugcn fameufe pourauoireftéle lieu de lapre- Rugem 
miere descente des Suédois, lors qucMonfieur le Car- 
dinal de Richelieu les oppofa aux forces de l'Aigle qui 
fe promettoit de rauir dans fes ferres le Royaume des 
Rois Sacrez, à la (ollicitation,& parleconfeil duPe* 
re Ioleph Capucin, lequel auoit deffein de rendre le 
Roy Louys XIII. le plus puiflant Monarque du mon- 
de , pour en fuitte deftruire le Turq , & auoit à cet effee 
procuré plufieurs expediens par le moyen de fes mif- 
fions, mais fauf la reuerencede ce bon Religieux, le 
Roy n'eftoit que trop fort fans toutes ces précautions, 
pour attaquer & furmon ter les Turqs. 

De Rugen ievins à Stetin,& Iailîé mon vahTeau; 
cette ville eft la capitale de Pomeranie conquife fur 
l'Empereur par les Suédois , elle eft aflife fur vne riuie- 
re que les naturels appellent Oder. De Stetin ic pris Stetin ? 
mon chemin pour RoftoK capitale de Meidebourg, R ft 0JC i 
$1. heures de chemin, ville fort bien fortifiée., il y avn 
canal qui refpond à la mer t fur lequel ie defeendis, 
& nvallay embarquer fur vn petit vaifTeau deLubeK, 
nousfifmes rencontre de l*armée Danoife compoiée 
de dix vaiffeaux , laquelle nous tira le canon, nous baif- 



492- Les Voyages çg Ohferuations 

fafmcslevoi!le,& fufmes contrains de la fuiurcmal-' 
gré nous deux iours confecutifs j noftre vaiffeau fut vi- 
fité par Tordre de l'Admirai , il ne f e trouua parmy nous 
aucun Suédois; l'on nouslaiiTa aller, &pour chaque 
ScKiper coup de canon, il fallut que noftre Sckiper payait vn 
Capitai- ducat ou hongre d'or: Nous reprîfmcs noftre route, 
vaiffeau. & le lendemain nous fufmes de rechef joints par vne 
petite barque Danoife armée &equippée en guerre, 
l'on nous tira vn coup de moufquct pour nous obliger 
à mettre bas le voile , nous remonftrafmes à noftre Ca- 
pitaine qu'il Ta falloit coulera fond dvn coup de ca- 
ft non (ans nous laiffer affronter de cette façon, ce qu'il 
Capital- ne voulut faire, nous difant que (a Religion ne luy 
ne eftoie permettoit pas de fe deffendre , & que pour toutes les 
ptifte?" chofes du monde il ne voudreit tuer vn hom me , que 
Dieu luy ayant donné le peu de bien qu'il auoit , eftoie 
capable de le luy conferuer > & fournit lavifite fur fon 
bord , & paya le coup de moufquet auflî cher que ce- 
Trcmun- luy de canon \ nous arriuafmes en fuitte à Tremundc 
fe petit bourg où il y a phanal & garde LubeKoifc; de 

Trcmunde nous vinfmes en deux heures à Lubek 
parcarolTe,les vaifTcaux y montent par mer ic'eft vne 
ville anfeatique Republique fort affeclionnée aux 
Couronnes d'Efpagnc & de DennemarK, la ville eft 
bien fortifiée , les habitans (ont Euangeliftes , & fe di- 
fenteftrefous la protection du S. Empire. De LubeK 
ie vins à Hambourg en carofTe en vn iour &dcmy, 
auec beaucoup de danger pour les Snapanes ou pay- 
fans reuoltcz : fur le chemin nous pafTames par vn pe- 
Tretau. tic fort appelle Trctau commandé par les Suédois , qui 



uvre. 



DttSieur de là Boullayt4è-Gou&. 495 
l*ont fortifié & conquis. Hambourg eft pareillement 
Republique , & ville anfearique , policée par des 
Bourgmeftres , le peuple y affe&ionnc fort noftre na- 
tion , fes fortifications paflent toutes celles des grandes 
villes que i'ay veuc , ce qui l'incommode eft le voifina- 
ge d:s terres deDennemarK,qui n'en font qu'à &00. 
pas , fa riuiere eft l'Elue fur laquelle ie m embarqué 
pour Gluxftad petite ville diftante 7. milles d'Allcma- Gluxfta(J ': 
gne d'Hambourg j elle appartient au Roy de Denne- 
mark, lequel y prend tribut des vaifleaux qui vont à 
Hambourg, il y a beaucoup de Iuifs, &c quelques Ana- 
baptiftes: le m'y embarquay pou r le Havre de Grace,où H 
farriuay en huicl: iours,il y a vnc belle Citadelle, i'y 
trouuéparhazart lefieur delà BrofleGentil homme 
Poitteuin,rvn de mes meilleurs amis, lequel y eftoit 
venu de l'ordre de Madame la Ducheiïe d'Eguillon, 
pour y faire fubfiftcr quelques Pères de la Million, 
auec le Mercier, & le Coutelier de Paris, afin de con- 
uaincre les Caluiniftes du Havre, ledit ficur de la Brof- 
fe me dit qu'ayant appris que i'eftois prifonnier des cor- 
faires de Barbarie ,iî auoit obtenu de Madame laDu- 
chefTe d'Eguillon, de prendre dans les gallcres de Frâce 
quelque Turq de condition pour l'efchagcr auec moy, 
donne le remerciay ,&quoy que iepeuÎTe faire, il me 
vint accompagner iufques àRouan,d'où ie vins àParis. 
Voila Meilleurs ce que vous defiriez de moy, cV fi 
MonfieurHoudan ne m'eneuftrarfraikhy la mémoi- 
re, la fatisfa&ion que i'ay eu dans mon dernier voya- 
ge menauoiteftacé le fouuenir: Nous nous feparaf. 
mes après pluficurs ciuilitez, & remercimens de parc 

Q^qiij 



'4*4 Les Voyages çfObferuationi 

& d'autre, & le lendemain iefortis de Genève pour 

rcuoir mon pays natal. 



Voyage de Genève en Aniou^ 0* mon retour à Paris, 
Chap. XLVI. 

DE Genève i'arriuay en 2. iours à Lyon, à cofté du- 
chemin fur la main gauche l'on voie le Rhofne 
qui prend fa fourccaulacLcman,fe perdre entre des 
roqs,en (orte que l'on peut partir par deflfus, il entre en 
vn goulet ou troo,& va affez loin defïous terre^ceft va 
image de ce trou de la mer Caf pique dont nous auons 
parlé: De Lyon ie pris le chemin de Rouannes parTar- 
Tarrare. rarCj0u j e m'embarque furlariuiercdcLoitcpourSau- 
nes. mur,& y arriuay en 8.iours,ie pris des chenaux de loiia • 
Neuers. g e , & partis aflez tartdeSaumur pour la maifonde ma 

Orléans. D * . nia C 1 • •■ ï » «. 

Tours* mère , qui en elt diltante lix lieues , ie n y trouue qu vn 
Saumur. valet de chabre qui m'en refufa l'entrée,ie décliné mon 
nom, à la fin il m'ouurit > & n'ayant point trouué celle 
queiy cherchoispour luy rendre mes deuoirs,iem'en 
allay à la mailon que feu mon père m'auoit laiflee , i'ap- 
prisen chemin faifant qucl'vn de mes beaux frères s*en 
eftoit emparé , & en auoit chafle ma mère, fouftenant 
que i'eftois mort il y auoit quatre ans, ie venois en per- 
sonne rendre tefmoignage du contraire ; ie luy en- 
uoyé dire par vn Gentil-homme qu'il fortift de ma 
maifon,queieny entrerois point quepoury eftrc le 
Maiftre , que s'il ne le faifoit ie luy ferois bonne guerre. 
Le lendemain Monficur le Duc de Rohan Gouuer- 



Du Sieur de la *Boùllaye-le-Gou&. 49 S 
neur de la Prouincc fie fon entrée dans la ville de 
Bauge , fuiuant fon ordre ie le fus faluèr > & par fon 
commandement mon beaufrere vuida ma maifon; 
il fit fon polTible pour nous réconcilier de nos'diffc- 
rents, & en fit luge Monfieur le Marié Confeiller au 
Prefidial d' A ngers /lequel m'ayant fait iuftice entière, 
mon beau- frère manqua de parollc , & ne voulut rien 
terminer que par la Iuftice par laquelle i'ay cfté 
maintenu dans la fqccefhon & droiâ: d'ainefle , tou- 
chant les biens de feu mon père : En mefme temps ie 
m'en vins à Paris,où mes parties aduerfes aiioient in- 
terjette appel de la Sentence du luge des lieux. Ma- 
dame de Lanfak Gouuernante du Rôy me procura 
la connoiflance de Monfieur le Comte deNogent 
Bautru \ il trouua à propos que ie faluafTe leurs Maje- 
ftez,&que ielesinformaiTe des forces effaçons de 
fairesdespaysoù i'auois efté^il en parla au Roy, fa 
Majeftédefïra me voir dans l'habit & équipage Per- 
fan,fe donna la peine de lire quelques mémoires de 
mes voyages, & me commanda d'en faire part au * 
publiq. 

Fin de la troifiefme & dernière Partie. 




45>6 

NOMS ET G^VtAL I T E Z 
des ternis çg Connoijfances que t^iutheur 
s'eft acquis dans /es Voyages. 

EN ITALIE, 

Apponi Cardinal & Prince de la Sâin&e 
Ë Eglife Romaine, premier Prcflre; grand 
BiblioteKairedu Varican,& Protecteur 
de la nation Maronite , Florentin. 

François Barberin Cardinal , Prince , & Vice-Chan- 
celier de la Sain&e Eglife R omaine , Sous Doyen 
du Sacré Collège y & Archipreftre de Saind Pier- 
re , Florentin. 
Vrfin Cardinal de la Sain&e Eglife Romaine , &c 

Prince Romain. 
D'Efte Cardinal de la Sain&e Eglife Romaine, Prin- 
ce de Modcne , & Protecteur de France, Modenois. 
Torrcgiani Archeuefquc de Rauenne , Neveu de 
lEminentiflime Capponi» Florentin. 

SuarcsEuefque du grand Kaire, Portugais. 

Henry d Eftampe Bailly de Valancê , & de l'Or- 
dre Saind Jean de Jerufalem , Concilier du 
RoyenfcsConfeils, AmbafTadeur pourfaMaje- 
fté tres-Chreftienne vers fa Sainteté à Rome, 
Abbé des Abbayes de S. Pierre de Bourgueil en 
Anjou, & de Champagne au Maine. 

Monfignor 



Que t Auth. seftacq *is dans fes Voyages". 497 
Monfignor Federico Capponi Prélat, Florentin. 
Marquis Capponi Intendant Je fon A. S. de Tofca- 

ne , frère de feu Monfignor Federico Capponi, 

Florentin. 
Ferrante Capponi Noble Florentin , habitué à 

Rome. 
Guerrier , Refidant de France à Rome, & Confeiller 

de faMaiefté rres-Chreilienne dans fes Confeils 

d'Eftat & Priué , Manceau y 

De la Roche Pofé Abbé François , neveu de feu 

Monfîeur l'Euefque de Poi&iers Gentil-homme 

Poitteuin 
G.d'ElbeneNoble Religieux de Tordre de S.Iean 

de lerufalem , Pari/îen. 

La Talonniere Noble Religieux de T ordre de S. Ican 

de lerufalem, & Lieutenant gênerai des troupes 

Vénitiennes dans la Bofnanie. 
René de Moroy Secrétaire de l'Ambaffade deRo? 

me , Parifien : & frère de Monfîeur de Moroy In- 
tendant des Finances. 
Antaldi Prélat Italien, Chanoine de S. Ieande La- 

tran. 
Loyak Prélat François, Gafcon. 

Bretonuilliers Confeiller au Parlement de Pans, 

Parifien. 
Membrolles Confeiller au Parlement de Rouen, 

Pari/'ien. 
Giloc Confeiller au Parlement de Rouen , Parifien. 
H. de G »mar Lieutenant gênerai des chafTes de (a 

Maiefté tres-Chreftienne, parifien. 

Rrr 



49 * Noms çcf quaHfezj Aes Amis Qf Connoiffl 

Lufarchc Maiftrc de Chambre des AmbalTadeurs 
Gentil homme , autres fois Seigneur de Lufar- 
chc proche de Paris. pdafien. 

P. Georges Capucin Prédicateur ordinaire de Mon- 
fîeurle Prince de Condc , Panfien. 

P. Guerin Religieux de S. Geneuicfvc , Procureur 
gênerai de Ion Ordre , tdngeutn. 

P. Michel Carme des Billcttes, Breton. 

P. Foucault Religieux Minime, Tourangeau. 

F Haac Religieux Minime, Tounnnau. 

CaftracancOucditordcMonfieur le Cardinal Cap- 
poni , de la maicht Jt^4ncone. 

De Perrigni Gentil-homme, 

potel Gentil homme , 

Gobelin du Kenoy Gentil homme, 

Nogen de la Mothe Gcntil-hommc , 

De KabarGentil homme, 

De Lauoyc Gentil homme, 

D'Orfini Gcnti'-homme, 

piq Secrétaire de 1 A mbafladc de Rome, 

Pamont Gentil homme, 

De Fontaine Gentil- h^mme, 

Du Mefnil Gentil-homme, 

Fortel Gentil homme, 

BoréCauilier, 

De laLancCaualier, 

Baroo Gentil-homme, 

Courtois Senechal de Duretail, 

Hcrbin Abbé François, 

Herbin Caualier François , 



Panfien. 

Panfien. 

Panfien. 

Panfien. 

Panfien» 

jfngeuin. 

Tartfien. 

Tarifien. 

Panjîen. 

"Normand. 

Panfien. 

Panften. 

Panfien. 

Panfien. 

jin^eutn. 

A«$euin. 

Panfien. 

panfien. 



Que t \Auth. stftdCéjàh dans J es Voyants". 499 

Du Grauier Secrétaire de Monfieur de Valancay 

A mbaffadeur à * orne , Tourangeau. 

Zenobio intendant de M onfîeur le Cardinal Cap- 

poni, Florentin. 

Dom pafquin Intendant de Monfignor Federico 

Ca p p o n i , Florentin. 

Mario Maiordome de Monfignor Federico Cap- 

poni. 
Raymont Lcfcot^fils du ficur Lefcot Efcheuin,p4rc^ 
Pclopé Banquier, pari/ien. 

Mignard peintre fameux , Amgnonois. 

Du Frenav Peintre fçauant, partfien. 

Soudreuilie Caualier François natif d'Eftampcs. 
Le Baillou Caualier, partfien. 

J>atc Caualier , panftenl 

Cafauh Caualier , Lyonnois. 

Sudreau Caualier , Lyonnois.. 

De KabafTol Caualier prou cnçal de la ville d ? Aix. 
DipiMaroniteduMont-Liban, 

Sn Grèce. 

Delà Haye Ventelay Ambaffadcur à la Porte, parif. 
De la Haye Ventelay Iefuitte , parif. 

Delà Haye Ventelay Gencil-homme, fils de Mon- 

fieur T Ambafladeur , partfien. 

De la Haye Cheualicr dcM althe efclaue dans les gai- 

leres du grand Turq, pat[tcn. 

L'Empereur Secrétaire de l'Ambaffade de France à 

Conftantinople, />H>- 

Rrr ij ; 



500 Nomf çf qualité z>âes *Amis tf Connoiff. 
La porte Médecin François , %*4ngeuini 

François Oaignan Marchand > Maïfillois. 

Baihram Bée Capitaine de gallcres, provençal. 

Baron '• fpahi , Xamtongeois. 

Martin Marchand , Cioutadin. 

CupertHorlogeur du grand Turq, Blèfiftl 

Meaux Secrétaire de Monfieur rAmbaffadeur, 

tJWarfiilois. 
Quatricux Miflionnaire lefuitte, François] 

Bellef ont maiftre en fait d armes , pwfien. 

Guées Marchand, François. 

Giacomo Interprète de France, arménien. 

Fufibé Interprète de France , Conftantinopoîitain. 
De la Borde Interprète de France > prouençal. 

Trouillart Marchand , prouençal. 

En Perfe. 

Hali fils de Mehemmet,KafideTauns, deGhilan. 
DeïoreftHuiflierdelaReync de France, d'Amçnm. 
Pcrc Vincent Capucin , jingeuin- 

pereAmbroife Capucin, de Loches. 

Padre Paolo Piroma^i Dominicain, Neapoltatn. 
Engrand Horlogeur du Schah , Normand. 

Louys Fadeur Anglois, de Londres. 

Eeft Fadeur Anglois, de Londres. 

Saind Iean Gentil-homme , Normand. 

Haflan fils de Haiy Sultan du Congue , de Korafan. 



Que ÏÀuthJefl acquis dans p s Voyages, yoï 

Sur l'empire de Schah Geaann , ou grand Mogol. 

Sangla Marchand Bagnian , Gu^erate] 

Macdou Médecin Bramcn, Gu^erate. 

Ganes Aftrologue Bramen , Gu^erate. 

Lacman Marchand Bagnian , de Bengala. 

F. Breton Prcfidrnt ou Chef des Anglois,de Londres. 
Maire fécond Chef des Anglois , de Londres. 

Père Zenon Capucin Millionnaire, de Bauge en Aniou. 
P. BesMiniftre Anglois. 
Mir MouflahGouucrncur deSouraiOmara,foyr/^ 

che. 
Mouflah Marchand Indiftanni , iïxsigra, 

Daoud Cotoual de Sourat , Kefelbaçke. 

Mahmct Marchand de Thebet , de Thebet. 

Lcfcot Orfèvre , d'Orléans. 

Du Boules Horlogeur, de Genève. 

L'Eftoille Icieune Orfèvre & Horlogeur, defaincl 

Jean £ Angeli. 
IonkGcntil hommeHollandois, detlarlm'. 

Adler ^acteur, de Londres. 

May Médecin Anglois. 
Anthom Êlclaue fugitif des Manfulmans , delà Ciou- 

tad. 
D Acofta Gentil homme Meftiffo , de Daman. 

Blacman fameux: Capitaine de mer, Anglois. 

Millet grand Capitaine de mer , 

Rrr iij 



$oi Noms tf qualité^ des Amis çf Connoiffi 

Sur les Terres cl jidelSchah, ou 7(oy de Bijapourl 

Oxcnden Capitaine de Moka pour lés Anglois," 

Ançlois. 
Macdou Interprète du Gouucrncur de Icttapour, 

de hijapour. 
BcfTc Capitaine de vaifleau ., dehondresi 

Dans les Indes de "Portugal. 

Dom Philippe Mafcaregnas Vice-Roy des Tndes 
Orientales, de Lisbme. 

Dom Lconel de LimaCapitainc de Damaon, Ca- 
JliJfodeGoa 

Dombras Gentilhomme Portugais , de Lisbone. 

Fra Franccfco dos Martires Archeuefcjue de Goa, 
de Lisbone. 

Le Patriarche d'Ethiopie Icfuitte, Portugais.. 

Zn Arabie. 

Brahim Marchand , de Babylonel 

Daoud Pèlerin de la Mckque , de Bengata.. 

Allaucrdi Pèlerin de la Meke, deVengtla. 

padrcGiacomoCaune DcfcaucUfc la marche d'Ancon* 

En Kaldie. 
JHfaffan SaicttDeruiche^ duThebfc 



Que l'Auth. seft acquis dansfes Voyages. 505 
Pcrc Grabricl Capucin, de [binon. 

Muftapha Bâcha ifpahi, Cuilitn. 



En Konrdjtan. 

Bartholomeo Religieux Soccolantc, 

Mouilahlahobitc, 



de Nimue. 



En Karamaniel 



Hali Bâcha Tanniflaire, 
Alla Verdi Arménien, 



S n Géorgie. 



de Qonftantïnofle. 
{Vfulçha. 



Hali Bâcha Marchand , Je Samarcand. 

Kogia Pietros Marchand , de Vfulfa. 

Kogia Karabctc Marchand, de Vfulfa. 

HaliDetu chc Religieux Manfulman, dc\usbeg. 
Mehmct Dcruiche Religieux Manmlman > de Cam- 
lealu. 



Dans la Palejiinc. 

Père Brice Capucin , Breton. 

Ha ! y Rcis Capitaine de vaifleau , de Tripoly. 

Patriarche desM.onites, du Mont liban. 

Padic Celeltino Religieux Carme Defchaud, Fla- 
mand. 



jo 4 Noms & qualité!^ des Amis tf Conwijf. 



En Syrie. 

Bonin Conful de France , 

Contour Gentil-homme & Marchand, 

La Garde Marchand, 

Creufet Marchand, 

Cornier Marchand, 

Mafet Marchand, 

Mark Marchand, 

Ro Te Marchand, 

Fabre Marchand* 

En Natolie. 

P. Martin de Tiers Capucin , 
Bouleau Mathématicien , 
Dagnian Marchand, 
Les deux du Puy Confuls de France , 
P. d'Anjou Icfuitte, 

En Afsyrie eJr Arménie. 

SoukiasMogdaffi Narchand Arménien 
Migrediche Marchand Arménien , 
Minas Marchand Arménien, 
Aazare Marchand Arménien, 
Ibrahim Kan Gouuerneur d'Eriuan , 
Mofla Bâcha lanniffaire de la porte, 
Ibrahim Chelubi Marchand Iuif , 



ProuençaL 
ptouençal. 
preuençal. 

prou. 

prou. 

prou. 

prou. 

prou. 
Lyonnois. 



François. 
François. 
làarfUois. 
François. 
François. 



i deVfulfal 

deFJulfa. 

de Vfulfa. 

Jcrfulfa. 

fils de Géorgie* 

jilbanois. 

d'Amapa. 

Daoud 



Que ï Auih . seji acquis da nsfes Voyages. 505 

P. Alexandre de Rhodes Procureur de la prouinec 
dcCantanlefuitte, csJuignonois* 

DaouftSophi, cf Eriuan. 

Ha (Tan Sophi, d' Eriuan. 

Hali Ben Mehemmed marchand Manlulman , du 
kpra/Jan. 

Paolos marchand, Çeorgien. 

Pietros marchand, * Géorgien. 

En Egyfte. 

D'Antoine Conful de France, Marfïllois. 

P. rheodoriK de S. Iofeph Religieux Carme Mi- 
tige des Billerres, Breton. 

Le Bcr 7 XT . ^ r 1 o r>u ^■ f deSuMy. 
t rr %? vice Conful & Chancelier .4 .. r ,./ 
Locullol i L Marjuïois. 

Laurent Maure Capitaine de VaifTeau , Cioutadin. 
P. Eleafar Capucin , Tourangeau. 

Rabi Salé Interprète de France îuif , du kaire. 

Mordakais Interprète de France Iuif, du kaire. 

Brcmont Gentil homme autrefois Conful d'Egy- 
pte, de laCioutad. 
B remont Capitaine de vaifTcau, delà Cioutad* 
Vignol Marchand, Prouençal. 
S. Germain Marchand, prou. 
Gasket Marchand, prou. 
Touloudet Marchand.» prou. 
Mcrcurin Marchand , prou. 
Mcftre Hendri Lieutenant de VaifTcau, jingiois. 
Mettre lohn Efcriuainde vailTeau , Anglois. 
Aaron Ben Leui Rabi ou Doudeur Iuif, d'Alger. 
logeret fécond Chanchwlier d Egypte, prouençaL 

^ A. JL 



5o £ Noms & qualité^ des A 'mis tf Connoiff, 
Bairam Rcis Capitaine de mer, Marfilloisl 

Mouftapha Ekim Médecin, CajiiUan. 

Martin Marchand, provençal. 

Sn Sauoye y & Picdmont. 

Madame Chriftine de France, Dame Royale, Diu 
cheffe de Sauoye, & fille de Henry IV. Roy de 
France, & de Nauarre. 

Dom Emmanuel de Sauoye, Prince de Picdmont, 
& Duc de Sauoye, 

Comte Philippe premier Miniftre dEftat de fon Al- 

tefte Royalle de >auoyc. PiedmontoiK 

Comte Tane Miniitre d'Eftat de fon Altcfîc Royalle 
de Sauoye , fiedmontois. 

OttauioBourgarello, Comte de Bcaufoit, General 
de bataille , & Maior de la ville de Turin pour fon 
Altcffe Royalle de Sauoye , Piedmontêts : decedé 
depuis mon retour à Paris , aux charges duquel a 
fuccedé Claudio Rafpa Piedmontois , iflu des an- 
ciens Barons de Baynak au pays & Duché de Bre- 
tagne. 

Madamoifellc de Pianczza , fille d'honneur de Ma- 
dame Royalle, piedmontoife. 

Madamoifelle Befla , fille d'honneur de Madame 

Royalle, piedmontoife. 

D'Ahgrc MaiftrcdeKan, fils dcMonfieur d'Aligrc 

Directeur des Finances , ptrifeen. 



Que t Auth. s eft acquis dans fes Voyages" soj 
En Angleterre. 

Charles Smart premier du nom , furnommé le 
grand , Roy d'Angleterre. 

Madame Marie Henriette de France Reine d'Angle- 
terre , fille de Henry I V. Roy de France & de Na- 
uarre. 

Icrmein Lord , ^inglois] 

Kfaf Cornette des gendarmes de la Reyne d'An- 
gleterre , Angïois. 

Rofelierc Officier de cauallcrie dans le Régiment de 
la Scr. Reine d' A nglet. Gentil- hommet ,4 ngemn. 

De Tille Knaigt, ou Cheualicr d'Angleterre y fari[tcn. 

Fleuri Gentil homme, Tourangeau. 

Houdan Cauaher , pétrifier. . 

Drek Capitaine de mer , Irlandois. 

Smitz Capitaine de mer , Jnglois. 

Ribot Gentil- homme, Manccau. 

Beaucler Efcuyer du Roy d'Angleterre Gentil- 
homme François, 

Fontenet Efcuyer du Roy d'Angleterre Gentil-J 
homme François, 

La SabloniereGeruil-homme, Jngtuin. 

Richart le îeunc Maiftre de la mufique de la S. Reine 
d'Angleterre, part/îen. 

Meftreflc Françoife Damoifelle Angloife, de l'Ox- 
fort- Sckeire. 

William Capitaine de mer, JeBrîIioL 

Le Comte CauaUer, Français* 

Sff ij 



joS Noms & quditeZjâes sArnh ç$ Connoilf. 
S.GermemCaualier, François] 

Le Duc Gentilhomme, Normand. 

S. Pol Caualicr, Normand. 

Chefncau Gentil homme, Manceau. 

Kermadck Gentil- homme, Bas-limon. 

En Irlande. 

Bcaulieu Gentil-homme François , ifïii des anciens 

Roys d'Irlande. 
iKerinLord Irlandois dcscnuironsdcKilkinik* 
P. de Ryan Religieux Dominicain , Irlandois. 

T. Neuel Marchand, deKorl^. 

Galoe Marchand, JloboL 

La Porte Marchand , Je Caen. 

Antonio Capitaine de mer, fajldlan. 

BeaurcgardCaualier , Normand. 

Tclin Marchand, deVvachefort, 

Chariot Marchand, de Fnjacbefort. 

Madamoifcllc Hélène fille d'vn Capitaine de mer, 

Dunauerctuoife. 

Eft i/o lia ft de. 

Balaguier Gcntil-hommc, Langucdochien. 

I. l'Ange Caualier, defacroy. 

En Dennemarks 
Salmouts Caualier , Efco[fois] 



Que ï Àuth. se fi acquis dtnsfes Voyages. s°f 
Salomon de la Houuc P cintre , Parifien. 

6n Liuonie y & Pologne. 

De Bregi Ambaffadcur de pranec, parifien. 

Curi Secrétaire de l'Euefcjuc de Pruffc Gentil- hom- 
me , JCaintongeois. 
Kaïé Gentil-homme François. 
Le Roy Marchand, de Rouen. 
Kanafil Marchand , de Rouen. 

En Alewagne. 

DcBcaufortlngcnieurduRoyChriftian I V. Fran- 
çois. 
Du Hamel Marchand , Normand. 

Darbamont Marchand, Lorrain. 

Les voyages font Us hommes , & les 
hommes les amis. 



Cours & valeur des*JMonnoyes des bay^ où 
ï Autheur a voyagé. 

Sur les terres du Pape^çp du Grand Vue de Tofcane. 



P 



Iftollcs, 30. Iules. 

Hongres & fultanins, 17. iules. 

S ff iij 



5io Cours & vsleur des Monnayes 

Rcalcs d'Efpagne , 8. iules /. grafles. 

Tefton de Boulogne, 1.IUICS4. graffes. 

Iules, *. grattes. 

Tefton d'Italie, ,. iules. 

Grâce, h Quatrins. 

A Rome l'on ne parle poinr de graffe, te pour vu 
iule^ t en a dix baiokes. 

En Turquie. 

Sequin Vénitien , i^o- afpres. 

Sequin de Turquie fcherif , 1 60. afpres. 

Sequin commun de Turquie, /5 afpres. 

Hongres, îjo.cfpies. 

Realcs d'Empire, 81. afpres. 

Rcales d'Efpagne , 8c . r fpres. 

Richcdallc d'Hollande, 70. afpres. 

Pièces de 2.7. fols de France, 35- afpres. 

Quart d'efeus de France , *3 • afpres. 
Alprc , ou acchia , 4- mangr , ou mangourcs. 

Sur F Empire du Scbab,ou Roy de Perfe. 

Hongre , 6 - abbafïis , r. fchai. 

Sequin Vénitien , *• abbafïis , z. fchai. 

Sequin de Turquie, *. abbaffis, 1. fchai. 

Reale d' Efpagne , ^ abbaffis , 1 fchai. 

Reale d'Empire, 3 abbaffis, 1. fchai. 

Pièces de 17. fols de France ] 1. abbaffif., 1. fchai. 

Abbaffi, ^fcha : . 



Des pays oh VÀutheur a 'voyagé. )ïi 
Schai, z.bifti. 

Bifti, i.caflcbegui. 

Sur les terres du grand vfiogol. 

Sc.quin de Vcnifc , 4- roupies , 6 peflasr 

Hongre ou fcquin de Turquie , 4. roupies. 

Rcales dEfpagne, 2.. roupies > 6. p C (Tas. 

Richcdalles d'Empire, x. roupies, 10. pcfTas. 

Roupie, 4;.pc(Tasi 

Mamodi, to.peffas. 

Pièces de 17. fols de France , 4°- peffas. 

Abaffi de Perfe , » 7- P cflas - 

PciTa , 50. amandes ameres. 



Monnoyes courantes a Goa. 



ScquindcVenifc, 

Scquin de Turquie, 

Hongre, 

Real. d'Efpagnc, 

Abbaflis de Perfe, 

Pardaux, 

Schcrephi, 

Roupies du Mogol 

Tangue , 



14. tangues. 

24. tangues. 

14. tangues. 

ii. tangues. 

3. tangues. 

5. tangues. 

6. tangues. 
6. tangues. 

Ci 

io. boufferouque. 



Sur le Royaume SAdel Schah^ou Roy de Eijapour. 
Scquiû de Vcnife , 8. larins &demy. 



5i 2, Cours des mon* de s p4js oùYAut. a voyage. 

Hongre , S. larins & demy* 

Scquin de Turquie , $. larins & demy 

Roupies du Mogol, i. larins» 

Abbaffis de Pcrfe , 1. larin. 

Pardaux, «..larins. 

Realc d'Efpagne, *. larins &dcmy. 

Larin, î-o.pefTas. 



A Bajfc 



ara, 



Les Sequins, Reaies d'Efpagne,& Abbaffis y ont la 
mcfmc cours qu'en Pcrfe. 



En Angleterre, & Irlande. 



Iacobus, 

Charles, 

Crounes, 

Chclin, 

Six peins, 

A gratc, 

Pcnin, 



21. enclins. 
20. enclins. 

j.chelins. 

ji.pcnins. 

£.pcnins. 

4. penins, 

4.fardins, 



En Hollande y Dennemark > pays de Qbaunt 3 Pologne , 
Liuonie , & Memagnt. 

Les Hongres & ducats > les realcs d'Empire, les pie- 
ces de Pologne > Marks,& Stcuurcsont grand cours» 



Explication 



J*3 



Sxptication de plu/te urs mots , dont t intelligence efi 
nece [faire au Le Sieur. 

A 

AAzare eft vn nom Arménien, qui fignifie La- 
zare. 

Abba eft vn nom Arabe, qui fignifie vnmantcau; 
mais dans la langue Hébraïque il fignifie père. 

Abbaseftvn nom propre d homme enperfan. 

Abbafli eft vne monoye de Perfe ainfi appellée, à 
caufe du Roy Abbas , de la valeur d'vn tefton de 
France. 

Àbdalla eft vn nom Arabe qui fignifie Seruiteur de 
Dieu. 

A char eft vn nom îndiftanni,ou Indien, qui figni- 
fie des mangues, ou autres frui£h confis aueede 
la moutarde, del'ail, du fel& du vinaigre ài'ln- 
dienne. 

Ailel Schah eft vnnomîndiftanni, qui fignifie vé- 
ritable Roy, &eft laqualité duRoy deBijapour, 
quenousconnoiffbnsfousceluy d'AdelKan, qui 
fignifie Gouuerneur véritable; mais nos Géogra- 
phes modernes l'appellent Lhidelkan par corru- 
ption de langage. 

Aga eft vn mot Turq , qui fignifie Maiftre , ou 
Commandant, & fe prend ordinairement pour 
les ch.iftrez ou eunuques desSerraux,oupour les 
Crufs des troupes. 

Agi eft vn terme Turq, qui fignifie vn homme qui 

Ttt 



a fait le vovage de la MeKque , cV ceux qui fe font 
fandtifiez par ce voyage prennent ce nom, corn- 
me Agi Mehehmet , &c. 
Agredagh eft vn nom Turq compofé de Agre pc- 
fant , & Dagh montagne , & (e prend ordinaire- 
ment pour le mont Gordia?us,ou A rarat, où l'Ar- 
che de Noé s'arrefta. 
Aiguade eft lorfque les vaifîeaux fe rafraichiiTent 

d'eau douce fur quelque code. 
Àlladineft vn mot Turq compofé de Alla, qui li- 
gnifie Dieu, & Din qui veut dire foy , comme qui 
diroit foy de Dieu , & eft vn nom propre d hom- 
me, comme Alladinpadfchahje Roy Alladin. 
A la as eft vn mot Indien, qui fîgnifie des toiles de 

cotton & de foye , mefléede plufieurs couleurs. 
Aidées vient du mot Portugais Aldeas,qui fîgnifie 
maifons de la campagne où demeurent les No- 
bles, & leurs fujets. 
Allauerdi eft vn mot compofé en Turq de Alla 
Dtcu ..& Verdi donné comme Allaueidi Padif- 
fchah , le Roy Dieu donné 
Almad é eft vn petit batteau àllndienne fort long 
deio rames de chaque* ofté,& de rrois pieds de 
large , lequel ne prend que 6. doigt d'eau. 
Ananas eft vn excellent frui£t des Indes. 
Aquapendente eft vn mot Italien, qui lignifie eau 
pench nte ou tombante, &efl le nom dvne ville 
de la domination du Pa^e. 
Araq eft de l'eau de vie en Arménien & en Indien, 
que les Turqs appellent Raquis. 



Archipclagueeft vn motcompofe d'Archi Prince, 
&Pelagosmùreft,&fe prend pour la merj£géc, 
laquelle a au midy la Candie, à Peft l'A «ie mineu- 
re , à l'oueft la Grèce, & au Nord le canal de Con- 
ftantinople. 

Afpre eft vne monoye Turque d'argent , de la va- 
leur d'vn carolus. 

Atmeydanelt vnmot Turqcompofé de at chcual, 
& meydan marché , & fe prend pour 1 hypodro- 
me des villes de Turquie, & de Perfe. 

AkgiaKala eft vn motcompofédeakblanc,&Kala 
Chafteau , c eft vn Chafteau de la frontière de 
Perfe entre EriuancVArzerum. 

B 

Bâfras eft vn nom Indien , qui fîgnifie des toilles 
fort ferrées de cotton , lesquelles la plufpart vien- 
nent de Barocheville du Royaume deGuzerat, 
appartenant au grand Mogol. 

Bagdat eft vn nom Arabe , qui fîgnifie Babylone. 

Bandar eft vn mot Perfan , qui fîgnifie vn port. 

Bandar-abbafli eft vn mot Perfan ôc Turq,qui fîgni- 
fie le port d' Abbas , & fe prend pour le Goume-J 
ron,qui eft vne ville baftie de la Jeftru&ion d Or- 
mous fur le golphe de Perfe 5 dont SchaliAbbasa 
efté le fondateur. 

Bce eft vn Capitaine de gallere en Turq. 

Eeg fîgnifie Seigneur en Turq , comme Ibrahim 
beg, le Seigneur Abraham, dont le Sieur de la 
Boullaye,s eft nommé dans ft s voyages. 

Beglerbeg cil vn mot Turq fignifiant le Seigneur 

Ttt ij 



5i<S 

des Seigneurs ,& fe prend pourvn Vice-Roy, ou 

vn Pacha fort puiflant., dont le Gouuérnement 
eft de grande edendue ^ comme Méfier pachafli le 
Gouuerneur d'Egypte, BagdatPachaffi,lcGou- 
uerneur deBabylone. 
BeglcVbeglik eftvnnomderiué deBeblerbcg,& fi- 
gnifie Seigneurie des Seigneurs , ou Vicc- 
royauté. 
Betlé eft vne herbe dont la fucillc eft beaucoup cfti- 
mée des Indou, ils la mangent auccvncfpece de 
chaux efteinte,& d'AreK^qui eftefpece de noix 
de galle j cette compofition eft fortftomachale., 
&leur rougift les lèvres , qui eft vne grande beau- 
té parmy ces peuples. 
Bift eft vn mot Arabe , qui lignifie vn manteau. 
Bijapourfe prend pour le Royaume d'AdelSchah, 

dont l^pnncipale ville s'appelle Bijapour. 
Blac-hedeftvnnom Anglois fignifiant tefte noire, 

c'eft vn promontoire de Cornual. 

Bolleponge eft vn mot Anglois , qui iign ; fie vne 

boifïon dont les Anglois vfent aux Indes faite de 

fucre , fuc de limon , eau de vie, fleur de mufeade, 

& bifeuit rofty. 

Bonfc eft vn terme Chinois , dont on appelle les Pre- 

ftres ouSacrifîcareurs des Pagodes. 

Bomo eft vn pays d'Affrique contigu à la Libie, 

dont les naturels font Mahometans, & ont des 

nez de chien ou camards hors 1 ordinaire^ en 

quoy parmy eux confifte la beauté. 

Bofan eft vn breuuagede millet bouilly dans l'eau 



517 

dont lcsTurqsboiucnt beaucoup, & c'cftccqui 
les rend fi robuftes,& fi forts. 

Bofphoreeft vn mot Grec , qui fignific le paffage 
des bœufs, & fc prend pour vn deftroit de mer 
proche de Conftantinoplc. 

Boftangieft vn motTurq, qui fignifieiardinier, le- 
quel vient de boftan iardin , comme EkmcKgi 
qui fignifie boulanger, vient d'ekmek pain. 

Bouflolle cftvn inftrument qui diuife l'horifon en 
32. parties , dont les 4. principales feruent à pren- 
dre le plan d'vne place, à nauiger, ou à connoi- 
ftre fur terre le chemin que Ion doit tenir. 

Bramen eft vn terme Indou dont Ton appelle lesSa- 
crificateurs des Ramiftes ou Indou. 

Bré Bré eft àdirc olaolaenTurq, &eft lefignedela 
colère, comme bré bré dinfis , ola ola infidellc. 

Brigantin cftvn petit vaifTcau de la mer Méditerra- 
née, qui va à la rame, & à la voile. 

C 

Cambrcfine font toilles de cotton des Indes , fi def- 
liées & fines que Ton voit la peau àtrauers. 

Caffrcs font les Mores de Mombas , MofembiK & 
de toute la Caffrerie 5 ce mot eft portugais, & la 
plufparc de ces Carfres ne font ny Mahometans, 
ny Chrefticns. 

Caloicr eft vn mot Grec, qui fignifie vn Moine de 
l'ordre de faincV Bafillc. 

Capuches font Capucins Portugais fans barbes. 

CheKou Schek eft vn mot Arabe, qui fignifie véné- 
rable^ fe prend pour le plus apparend d'vn villa- 

Ttt iij 



518 

gc, ou d'vn horde, ou amas de tente. 

Cherefieftvncmonoyed orauec des lettres Arabes 
du Sulcan,ou du Schenf de la Mecque de la va- 
leur de deux etcus, les Italiens les appellent fulca- 
nini 3 & nous fequins de Turquie. 

Chenf eft vn mot Arabe, qui fignifie vn defeendant 
de Mahomet , & fe prend proprement pour le 
Pontiphe dcsManfulmansquirefideàla Mecque. 

Chelib' ou Chlubi fi unifie ieune homme, & eft vne 
parole de mignardife en Turq, comme bel zitello 
en Italien. 

CherK eft vn mot A nglois , qui fignifie le gros chien 
de mer qui mange les hommes. 

Chiaoux en Turq eft vn Sergent du Diuan,& dans la 
campagne la garde d vne Karauane , qui fait le 
guet fe nomme aufli Chiaoux , & cet employ n'eft 
pas autrement honefte. 

Chore eft vn terme Anglois qui fignifie terre, ou la 
riue , lors qu'on eft en mer , & ils crient chore 
chore , comme nous terre terre 

Chites en Indou fignifie des toilles imprimées. 

Çiclades eft vn mot deriué du Grec qui fignifie rond 
ou cercle , & fe prend pour certaines ifles de la 
mer ^Egée de la domination du Turq. 

Conful eft vn terme François qui fe prend pour vn 
Chef de nation dans les lieux où le négoce eft 
cftably. 

Conftantinople eft vn mot compofe de Conftantin 
& de polys ville en Grec , les Turqs l'appellent 
Stambol ou Ifdanbol c" n ftantanie. 



94 

D 

Daoud fignifie Dauid en Turq. 

Deruiche cft vn mot Turq , qui fignifie vn Reli- 
gieux. 

Diuan en Turq fignifie Tribunal, & en Indien le 
lieu du repos , que les Turqs appellent fofta, le- 
quel n'eft autre chofe que des tapis & des car- 
reaux. 

DoiïanniK eft vn terme Arabe , qui fignifie vne 
barque. 

E 

Eft eft vn terme François que les Italiens appellent 
Lcuante , les Hollandois oft , les Turqs ghiun 
dognuioufi , & les Arabes fcherch. 

Emir ou Mir fignifie Prince 3 ou plutoft defeendant . 

de Mahomet en Turq & Arabe. 

Echel'e eft vn lieu où le négoce cft libre par mer , & 
eft vn mot François, les italiens l'appelle \n feala. 

Elchi eft vn mot Turq , qui fignifie A mbaiTadeur. 

Eizerum eft vn mot "1 urq qui fignifie vne ville que 
les anciens appelloienc Afliria 

Etmaldolueteit en Perfan le nom du premier Mini- 
ftred' I ftat que 1 s Turqs appellent vifir afim , & 
les Italiens v ardinal Nepoce, & les Hollandois 
GeneialdesEftats. 

Euangeliltesou Se&ateursde l'Fuangilleeft lenom 
dont s'appellent les Lutenens. 

F 

Falmouts en Ang^ois fignifie bouche tombante Se 
eft le nom d'vne ville de Cornouailic , dont le ha- 



$10 

vre cft Tvn des beaux du monde. 
Fallouque eft vnc efpecc de petit bateau, dont Poft 

fe fert beaucoup fur la mer Méditerranée. 
Fakir fignifie pauure en Turq & Perfan , mais en In- 
dien fignifie vnc efpecc de Religieux Indou ,qui 
foulient le monde aux pieds , & ne s'habillent que 
de haillons qu'ils ramafîerit dans les rues. 

Feitor cft vn terme Portugais fignifiantvnConful 
aux Indes. 

Fikredin eft vn nom compofé de fiKr qui fignifie 
gloire, & din foy,c'eftoit le nomd'vn pacha de 
Paleftine , comme qui diroit gloire de la foy . 

Frenk fignifie enTur vn Européen, ou plutoft vn 
Chreftien ayant des cheueux & vn chapeau com- 
me les François , Anglois, Efpagnols, Italiens, 
Allemans , Danois , Suédois & Irlaniois, dont les 
Turqs ne font aucune différence pour la Kclu 
gion, quoy qu'ils leur donne des noms de nation, 
comme Franccés , Iugres , Spagnol , Talian> 
Nemfc,Dan:es,Suedecs, &c. comme aux Grecs 
ecluy d' Vrom >aux Polonois celuy de Leh, & aux 
Hongrois celuy de Margiar , &c. 

G 

Galipoli en Grec ville des Gaulois , c'eft vne ville de 
Grèce fur la merde S. George ,& canal de Con- 
ftantinople. 

Gangeard eft en Turq Perfan ôdndiftanni vn poi- 
gnard courbé. 

Galuete eft vn mot dom Ion appelle les batteaux 
long des Malauars fameux corfairesdes Indes O- 
rientales. Gafcllc 



ni 

Gafclle eft vn mot Italien dont l'on appelle vn animal 
d'Egypte , d'Arabie & des Indes, que lcsTurqs ap- 
pellent Giairan. 

Genève eft vn mot compofé de Gex > & neve , comme 
qui diroit Gcx la neuuc,c'cft vne ville au pays de 
Gex,oùlesfucceiTeursdeCaluin tiennent leur fie- 
ge , affile à l'oueft du lac Léman où Ponpcfche de 
bonnes truittes. 

Giaours eft vn mot Turq qui fîgnifie vn eftrc qui 
ignore la diuinicé,tcrme dont ils appellent les Chre- 
ftiens,lesPerfans les appellent Kiaffer, qui fignifie 
homme qui connoift Dieu comme les belles. 

Giouma eft le iourduvendredyenTurq ,confacrc au 
feruice Diuin comme le Dimanche parmy les Chrc- 
ftiens, & le famedy parmy les Iuifs. 

Ghillan eft vne ville danslaProuinccdeKorafan, ou 
pays des Parthesaffife proche la mer de Ghillan, ou 
merCafpique,quc nos Géographes appellent mer 
fermée. 

Gohconda cft vn Royaume & vne ville des Indes O- 
rientaIes,où eft la mine des diamans,dont le Roy 
eft tributaire du grand Mogol. 

Goudrin eft vn terme Indou & Portugais , qui fignifie 
descouuerturespicquéesdecotton. 

Grenadins font les Mihomctans d'Efpagnc, dont 
beaucoup ont paiïé en Turquie & Barbarie, où ils 
arment en cours contre les Chrefticns, & font de 
langue Efpagnolle,il y en a encore beaucoup en 
Eipagne > Icfquels l'on ne connoift point , parce 
qu'ils contrefont les Chrefticns. 

Vuu 



¥«* 



H 

Haii cft vn Scrrail ou enclos que les Arabes appellent 
fondoux oh fe retirent lesCarauanes,ou les Mar- 
chands Eftrangers, & à Saidc, Halep, Alexandrie 
les François en ont de particulières de l'ordre du 
grandTurq, ce motde Han eft Turq, &eft le mef- 
mequeKiaruanfarai ouKarbaiara,dont parle Be. 
Ion au i. Hure chap./p. 

HatTan cft vn nom propre des Manfulmans, à caufe 
de HafTan le Prophète fils de Haly & de Kadigea 
fille de Mahomet. 

Hégire, ou tranfmiration de Mahomet eft vn terme 
Arabe dont les Manfulmans fc feruent pour mar- 
quer leurs années : La première année a commanec 
le 16. luillet 61 1. fuiuant le Kalcndrier Iulien , & 
chaque année de l'hcgire contient 354. iours , & 
pour réduire le temps de Thegirc auKalendrier Iu- 
lien , il faut faire vnc (omme des iours de toutes les 
années de l'hcgire, & y adioufter 561. iours, puis 
conuertirlefdits iours enannéesluliennes,&y ad- 
ioufter 610. années, & pour réduire les années Iu- 
lienncsàcelle de l'hegire,il faut opérer au rebours, 
cette connoilîance eft fort necelTairc pour l'Hiftoi- 
re des temps & Aftrologie. Excmple,lefieurde la 
Boullaye le- Gouz arriuant aux IndesOrientalcs de- 
meura malade 3. iours d'vn grand mal de tefte cau- 
fépar la chaleur du climat & poiltion de (phere, 
différente de celle de (on pays : Les Médecins O- 
ricntaax luy demandèrent le temps de fa naiflanec 
fuiuant les hegires des Manfulmans , afin de voir 



quel mauuais afpecl: auoit detracquc fon tempe» 
ramment,& le guarirpar remèdes fimpathiques s 
Ei conftitution. Voicy comme il agit : Sa naiffanec 
arriua en Anjou proche la ville de Bauge le ti. Iuil- 
lec i6t). à i. heures après midy, fuiuant le Kalcn- 
drier Grégorien , lequel réduit au Iulien rcuient au 
12. luillet de la melme année, & fuiuant le temps 
Aftronomik donne \6u. ans pafîez,6. mois n. iours 
&i. heures de plus, depuis^l'incarnation de Icfus- 
Chrift, dont il oftaézo.&rcftaiooi. 6. mois n. z. 
heures, qui font 3 66172.. iours dont il oftaj^i.iour, 
& refta 365611. qui donnent /o$i-ans 8. mois i3.iours 
2.minutes, fuiuant le temps Aftronomik des Leuan- 
tins,qui réduit au temps vfueleft le 14. iour du rama- 
fan à 2. heures après midy Tan iOji.de Thegire ou 
tranf migration de Mahomet, iour dclanaiflancc 
du fîeur de la Boullayc. 

Hermand eft vn finge que les I ndou tiennent pour 
Sainéh 

Honkiar fignifie en Turq Empereur,ce terme vient de 
Konkiar en Perfan, qui fignifie fanguinairc, par- 
ce que les Rois deuant la iufticc à leurs peuples, ils 
ne deuoient efpargner perfonne en iugement. 

Hordes eft vn mot Tartare , qui fignifie multitude , ce 
font ordinairement plufîeurs tentes de Tartares. 

I 

Iackes font certains frui&s des Indes Orientales de la 
figure d'vn heriffon. 

Iaia eft vn terme dont feferuent lesSabis pour appel- 
1er S. lean Baptifte. 

Vuu i) 



Ibrahim eft vn nom propre enTurq que les Arabes 

nomment Brahim,& les Hébreux Abraham. 
Ibrahimbeg eft vn nom Turq compofé d'Ibrahim 
Abraham, & beg Seigneur, comme qui diroit le 
Seigneur Abraham : Le fieur de la Boullaye prift ce 
nomparmy lcsLeuantms,à l'exemple d'Abraham 
le Patriarche, auquel Dieu l'impofa eftanthors la 
patrie de fes parens,&non hors de la fienne, parce 
qu'à l'homme fage, & qui connoift Dieu , foy- 
mefme& la nature, toute la terre, toutes nations, 
& toutes couftumes lont efgallcs , ne s attachant 
qua Teftre indépendant, auquel il doit eftre vni 
en tout lieu , & en tout temps. 
Ichoglaneftvn mot Turq ,quifignifievn page, & eft 
compofé de Ichari dedans , cV de oglan enfant, 
comme quidiroit enfant du dedans, parce que ces 
. pages ne lortent point des Serraux. 
Iemen eft l'Arabie heureuie , & ce mot eft Turq , Ara- 
be , Perfan & Indiftanni , c'eftoit autresfois la de- 
meure de la Reine de Saba,qui vint trouuer Salo- 
mon pour efeouter fa (ageiTe. 
ïlla formofa eft vn ifle proche de la Chine, que Ie< Ca- 
ftillans nomment Illa Hermola, en François la bel- 
le ifle , ce nom eft portugais , & cettsifte a elle con- 
quife fur eux par les Hollandois. 
îndico eft vn mot Portugais , dont l'on appelle vne 
teinture bleue' qui vient des Indes Orientales, qui 
eft de contrebande en France , les Turqs & les 
Arabes la nomment Nil,&decctte teinture auec 
du fiel de boeuf les Arabes fc marquent le cor^s, & 



5*i 

quelques Pclcrins de Icrufalcm s'en font peindre 
aux bras les armes de Godefroy de JBuillon par dc- 
uotion. 

Indiftanni cft vn Mahomctan noir des Indcs,ce nom 
cft compofé de Indou Indien , & ftan habitation. 

Indouftan habitation des Indou, ou Inde. 

Indou 1 ndien ou Payen de la Loy de Ram Schita,&c. 

Inghiffari cft vn foldat à pied, Turq. 

Ingil cft à dire en Turq & Arabe l'Euangile de 
Chrift. 

Iman eft vn Sainfl: ou Patriarche en Turq, comme 
HalTan Imam , Houflain Imam. 

Iocourteft vn mot Turq qui fîgnifiedu laicl: caillé 
vn peu aigre, dont Ion n'a pasofté toute la cre£- 
me. 

Irl and cft vn mot A nglois compo fé d'Irifc qui ligni- 
fie Irlandois.,& land terre ,commc qui diroit la 
terre dcsIrois,en François l'Irlande. 

Ifpahi eft vn mot Turq qui fignific vn fondât à chc- 
ual,& non pas vncaualierou homme de cheual, 
lequel ils appellent Atlu. 

IfTaou Aifla cttvn mot Arabe & Turq, Perfan, In- 
dien , laue & Malais , qui fignifie Icfui-fils de Ma- 
rie , ce mot eft deriué de Meflîah ou Meflic. 

Iufbeg eft vn nom compofé de lus qui fignifie cent, 
Ôc Beg Seigneur , comme qui diroit cent Sei- 
gneurs, ce mot eft Turq,& fe prend pour le Turq- 1 
ftan ou vieille Turquie , dont lesnaturels s'appel- 
lent !ulbcglulcr,& ont vn Koy qui demeure àSa- 
rnarkan.au midy de la grandcTartarie vers la mer 

Vuu iij 



$i6 

Cafpique , ce Prince auec tous fes vaffaux eft Son- 
ni de Religion , &: ne differre en rien de la créance 
des Ottomans. 

K 

Kaiqeftvn mot Turq qui fignifie vn petit batteau. 

Kala eft vn mot Turq qui fignifie vn Chafteau. 

Kalis eft vn mot Egyptien qui fignifie vne efpecc de 
leuée qui retient Teau du Nil , laquelle l'on coupe 
lors que ce fleuue eft dans fa confiftance. 

Kambalu fignifie ville du Seigneur, c'eft la demeu- 
re du grand Kan ou Roy duKathai. 

Kan eft vn mot Perfan qui fignic vn Pacha en Turq, 
ou vn Gouucrneur de Prouince. 

Kandahar eft vne ville fur les limites de Perfe , & des 
terres du grand Mogol vers le Multan , elle eft au- 
jourd huy pofledécpar le Schan. 

Karapatan eft vn mot Indou compofé de Kara qui 
fignifie en Turq noir, & patanpays en Indien, 
c'eft vne petite place qui appartient à Adel Schah 
entre Chaoul 6c Goa , & eft port de mer. 

Karmouffali eftvn terme Egyptien, qui fignifie vn 
grand nauire mal join£t& fort mal propre pour 
refifter aux tempeftes, dont ceux deDamiette fe 
feruent pour amener du bois de Ty r, & des frui&s 
de Saideque l'on y apporte de Damas pour 1E- 
gypte. 

Kafi ou Kadi eft à dire vn ïuge ou Magiftrat en 
Turq & en Perfan. 

Kafta eft vn arbre facré des Indou appelle Lui en 
Perfan. 



Katri cft vn nom Indou qui fignifie vne tribu de 
Marchands Indou ou Ramifies. 

refelbachcs cft vn mot compofé de Kefel, qui figni- 
iîc rcruge , & bachi tefte, comme qui diroit telle 
rouge , & par ce terme s'entendent les gens de 
guerre de Perfc,àcaufe du bonnet de Sophiqui 
cft rouge. 

Kiaftcr cft vn mot Arabe Indiflanni & perfan , qui 
fignifie vn eftrequi n'a pas plus de connoidance 
de Dieu quvn animal à quatre pieds , terme dont 
ils appellent ordinairement les Chrcftiens. 

xiaruan cftvn nomTurqque lcsPcrfans appellent 
Kafil 5 &les François conuoy ou Carauane, c'eft 
vneaflembléc de gens qui marchent par terre ou 
par mer, de crainte des Voleurs. 

kiaruanbachi eft vn motTurq qui fignifie le Chef 
d'vnc Carauane ou d'vn conuoy compofé de 
Kiaruan , & de bachi qui fignifie tefte. 

kicheri cft vnc forte de légume dont les Indou fc 
nourriffent ordinairement. 

kioKck cftvn terme Turq qui refpond à celuy de bel 
vederc en Italien ,& fignifie en François vn petit 
cabinet d'où l'on defcouurean loing,baftitfeul 
aTefcart, lequel l'on ferme aucc des toilles ; le 
Roy des Ottomans en a vn beau à la pointe du 
Scrrail. 

Kodum Schah cft vn nom Perfan compofé de ko- 
dum, qui reuient à MoubareK en Turq, qui fi- 
gnifie bon oudroitturier 3 & Schah Sire, comme 
qui diroit le bon Roy , par ce terme l'on entend 



le Roy d'Edrabat , lequel cft Seigneur des mines 
dediamands^uel'on appelle aufli Roy de Gol- 
conda,il eft tributaire du grand Mogol. 

Kogia cft vn nom Turq, que Ton donne aux hono- 
rables Marchands , comme Koggia pietros , ou 
Kogia pierre, cft le nom du gros Arménien que 
l'on a veu miferable à Paris à la pourfuitted vn 
procez pour ceux de fa nation , lequel rft fi confî- 
derable parmy les Arméniens ,Turqs , Pcrfans Se 
Indiens, que ic Tay toufiours vcuKiaruanBachi 
lors que îcftois au Leuanc. 

Koran en Turq fignifie leLiure à Loy des Manful- 
mansjcs Arabes l'appellent Alitoran en y ad- 
iouftant l'article al ou le en François, comme à 
kimia ils adiouftent AlKimia, &c 

korban eft vn mot du Leuant , qui fignifie vne gran- 
de rejouyiTance par la mort de quelque animal 
que F on fait cuire tout entier , puis l'on le defpar- 
tift aux affiftans, c cft vne efpece de Communion, 
c eft ce que fit le pere de l'enfant prodigue ayant 
retrouuéfon fils qu'il auoit perdu; c'eftoit ce que 
fit lefus-Chrift,lors qu'il mangea l'Agneau paf- 
chal auec fes Difciples. 

Kourdftan cft vn mot Turq compofe de kourd , qui 
font certains peuples Manfulmans vers le Nord 
de la riuiere du Tygrc , & de ftan habitation, 
comme qui diroit le pays des kourdes ou kal- 
daiKes, ils font partie obeïflansau Sultan, par- 
tie au Schah. 

koumPoulati eft vn mot compofe deKoum qui fi- 
gnifie 



S 1 * 

gnific du fable cnTurq , mais vnc ville en Per- 

fan , Se pou'ate acier , comme qui diroit de l'acier 
de Koum, dont font fai ttes les efpée de Perfes que 
nous appelions damafquinées. 

L 

Lord eft vn terme Anglois qui fignifie Seigneur, & 
Mylord Monfeigneur, terme dont l'on qualifie 
les grands Seigneurs d Efco (Te, Irlande, Galles, 
Cornual & Anglererre. 

Longui cft vn morceau de linge dont I'onfc fertau 
bain en Turquie. 

Langouti eftvne petite pièce de linge dont lesln- 
dou fe feruent à cacher les parties naturelles. 

M 

Maranes fignifie les Iuifs cachez qui font parmy les 
Chreftiens, & qui contrefont les Chreftiens > il 
yer t beaucoup en Portugal^ telles gens fe dé- 
clarent ouuertement lors qu'ils ont la liberté de 
leur Religion, comme en Hollande & en Tur- 
quie. 

Magribleu eft vn terme Turqderiuê de Magrib, qui 
fignifie en Arabe le Ponent , comme qui diroic 
Ponentois, &fe prend pour les peuples de Barba-; 
rie que Ton appelle aufli lezair. 

Mahomet fignifie en Arabe Magnifique, & eft vn 
nom propre d'homme chez les îvtanfulmans , à 
caufe de leur Prophète qui portoit ce nom. 

Malauars font voleurs de mer qui hibitent les Mal- 
diues , d'origine Arabes, & de Religion Manful- 
manc. 

Xxx 



Mangues eft vn fruicl: des Tndes dont Ton fait de 
très bon achar, ou falade confite; & parmy les 
Bramens il y a vn prouerbe qui dit , la mangue ne 
fait iamais mal, manges en tant que vous vou- 
drez, ce fruift eft verdaftre au commancement > 
puis deuientiaune,& tire fur la figure d'vnœuf. 

Manfouleftvn motTurq pour dire pnué de Char- 
ge. 

Mer blanche eft la mer Méditerranée , qui cft en deçà 
du canal de Conftantinople. 

Mer noire eft la mer M editcrranéc,qui eft au delà du 
canal de Conftantinople, à laquelle Ton a don- 
né ce nom , plutoft pour les tempeftes , que pour 
aucune couleur de l'eau ou du fable , & en T urq 
qui dit kara,ou noir ,dit quelque chofe de finiftre, 
mefme les Turqs ne s habillent iamais de noir. 

McsKÎcteftvnmotquifignifieches les Manfulmans 
le lieu où le peuple s'aflemble pour les Oraifons 
publiques , que nous appelions Eglife chez les 
Catholiques, Temples chez les Hérétiques, Pago- 
des chez les Indou, & Mofquécs par corruption 
chez les Manfulmans. 

Meftiflo eft vn mot Portugais, comme qui diroit 
meftis ou engendré de père & de mère de diffe? 
rente figure, comme d vn père blanc , & d vne me- 
re noire , ou d vne mere blanche , & d vn perc 
noir. 

MeiTulman eft vn mot Arabe qui fignific vray 
croyant en Dieu, iemefuistoufiours leruyde ce 
mot , parce que les Se&ateurs de l'Alicoran fc 



r r 5ft 

nomment tels, & ne le difent point Mahometans, 
comme les Caluiniftes fc difent Reformez , les 
Luthériens Euangeliftes , les Iuifs enfans d'A- 
braham & non MofaVques, & nous autres nous 
nous profeflbns Catholiques & non Papiftes. 

Mile en Italien lignifie la troificfme partie dvnc 
grande lieue de France, &cn Alcman fignifie la 
quinziefme partie d vn degré de latitude ou de 
Iongitude,fous le quateur qui reuient à deux peti- 
tes lieues de France. 

Milfort cft vn mot Anglois compofé de mil mou- 
lin, & fort fortcrefTe, comme qui diroitfortdu 
moulin , c'eft vn tres-bon port de mer au pays de 
Galles. 

M ilo eft vnc ifle de la mer JEgcc appellée Melada par 
les anciens Grecs, elle eft de la domination Otto- 
mane. 

Migrcdiche fignifie en Arménien Iean Baptiftc, & 
cft vn nom propre d'ho mme. 

Minas eft vn nom propre d homme en Arménien.' 

Mirou Emir fignifie Prince, qualité que s'attribuent 
les defeendans de Mahomet. 

Miroglèe eft vn terme Turq qui fignifie fils du prin- 
ce, & eft le nom d'vn Ottoman de Smirnc,auquel 
la nation Prouançalle a beaucoup d'obligation. 

Xlogol eft vn terme des Indes qui fignifie blanc , ôc 
quand nous difons le grand Mogol 9 que les In-j 
diens appellent Schah Geaann Roy du monde, 
c'eft qu'il eft cffe&iuement blanc, & pour le di- 
stinguer d' Adel Schah , kodum Schah , nous l'ap- 

Xxx ij 



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ENSURE CORRECT 

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J3* 

Roy des Indes Orientales grand MOgol,le Cx 
far, ou l'Empereur de Molco,Duc de Moicouic, 
l'Empereur de Cambalu > grand Kan,& le Roy de 
Bij apour,Hidel kan , quoy qu'aucun de ces Princes 
ne fe qualifie de ces noms, comme nous auons dé- 
claré enpluficurs palîages de nos obieruations, ce 
qui i croit inutile de repeter icy y Sc me donneroic 
plus de peine à efcrire y que n'en peut auotr le Le- 
cteur à les chercher aux Chapitres où cette matière 
a cfté traittéc. 

R 

Raffafi fignifie Hérétique en Turq , ou vn perfan. 1 

Ram en lndou fignifie Dieu. 

Ramafan en Turq fignifie la 9. lune > pendant laquelle 
lesTurqs ne boiucnt > & ne mangent point de tout 
le iour, mais la nuiét ils fe rejouyiîent; c'eft en ce 
mois là qu'ils tiennent que l'Alicoran eft deicendu 
du Ciel. 

Ramgi en lndou fignifie feruiteur de Dieu , terme 
dont l'appellent les lndou , de la mefme façon que 
nous nous appelions Chreftiens, & les Sedatcurs 
de Mahomet Manfulmans. 

ReiscnTurq fignifie vn Capitaine ou patron d'vn na- 
uirc, commeHaliReis,Mahmct Reis. 

Remberges (ont les gros vaiflèaux d'Angleterre, que 
les Anglois appellent de King fchip les vaiflèaux 
Royaux. 

Rodofto tft vne ville de Grèce entre Galipoli, &Con- 
ftantinople. 

Roupie eft vnc monoye dç^des ^ e ' a valeur dejo Sohl 

Rouftaa 



H? 
Rouftan eft vn nom propre d'homme en Turq, & a 

cfté celuy d'vn Pacha fauteur des tyrannies de Ro-j 
xclane Sultane Reine , lequel eftrangla Moufta- 
pha Pacha fils de Soliman I ï. Gouuerneur d'A ma- 
fia l'efppir des Ottomans , & le plus accompJy Prin- 
ce qui ait iamais forty du Serrait. 

S 
Sarai eft vn mot Turq qui fignifie enclos, ou Palais 
quenous appelions Serrail par corruption, qui re- 
uient au mot d'Boftcl en François ,& Palazo en 
Italien, &c. 
Sabisfont lesDîfciplesdelean Baptifte,quc nous ap- 
pelions Chreftiens de S. Ican Baptiftc. 
Sayetteeftvn mot Arabe pour fignifiervndcs defeen^ 

densde Mahomet. 
SamarKan eft la ville capitale du Royaume d'IufbcgJ 
Schah eft vn mot qui fignifie Sire, & (e prend pour le 

Roy de Pcrfe. 
Schah Geaann , ou le Roy du monde , eft le grand 

Mogol. 
Schai font ceux qui font de la Se&e de Hali que les Ot^ 

tomans appellent Raffafi , ou Hérétiques. 

Schek fignifie en Arabe vénérable ,& fe prend pour 

le premier d'vnc tente, ou d'vn village , & chez les 

Oi tomans pourvn vieil Moufti. 

Scherif eft vn mot Arabe ou Turq , qui fignifie noblc^ 

& fe prendordinaircment pour perfonnes de la loy. 

Sieipcr en Anglois & Flamand fignifie vn patron de 

vaifTcau de Marchand. 
Seferricft vn mot Turq qui fignifie guerrier, & fe 

tn 



i*8 

prend ordinairement pour vn foldatdclanouucllc 

milice. 

Serdar eft vn Capitaine , ou Chef Turq. 

Snapane eft vn terme Alemand dont Ton appelle les 
païlans retirez dans les bois, à caufe des guerres , qui 
volent & tuent les paflans. 

Soffaeft le lieu dureposcnTurq,oupluftoft vn petit 
théâtre efleuc, fin lequel il y a des tapis & cotflins 
ofi les Turqs mangent , ioiient , boiucnt & dor- 
ment, ce heu eft appelle Diuan aux Indes. 

S offa eft vn cuir rond, dans lequel les Turqs mettent 
leur manger. 

Sonni eft vn mot de Loy , dont s'appellent tous les 
Manfulmans qui ne (ont pas de la f c<5tc des Pcrfans. 

Souliman eft à dire en Turq Salomon. 

Souruagi eft à dire en Turq vn Capitaine. 

LiurcStcrlin eft vn terme Anglois qui fignifie vn la- 
cobusdcnoftre monoye. 

Su eft la partie Mendion de du ^ondc,que lesTurqs 
appellent Lodos , les Arab es Kablay , & les Italiens 
Mezogiorno. 

Sudcit eft la partie de l'honfonqui eft encre le Midy, 
& l'Orient. 

Sultan eft à dire en Turq Sire ou Sicur,& Sulranum 
Monfieur, ou fitur mien; Sultan fans a ; ijon£tion 
fc prend aufTi pour le Roy , ou la Sultane Rcyne des 
Turqs. 

Sund c ft vn paiîage entre le pays de Chaune.,& le Dan- 
nemarK, où le Roy de Danncmark tire tribut des 
vaifleaux , ce mot fignifie Soleil en Anglois , en bai 



5$t> 
Allemand Y on le prononce Zund par vn Z. 

T 

Tarn eft à dire Thomas en Anglois. 

Tari eft vn mot Iniou qui fignifie du vin de pal- 
mier que les Portugais appellent foure. 

Taurat eft le Liurc (aindt de Moyfe , ce terme cft 
Arabe. 

Temirlang eft vn motTurqcompofé deTcmir,& 
langboiteux, comme qui diroit Ternir boiteux, 
&c cft ce que nous appelions Tamburlang autres 
fois le fleau de Dieu , &la terreur des Roys d'Afie. 

Thibet ouThebeteft vn Royaume de Manfulmans 
au couchant de la Chine , & au Midy de la grande 
Tartane. 

Toman eft vn mot Perfan qui fignifie ij.rcallcs d'Et 
pagne, ou ro. abbafïis de Perfe. 

Topgi Bachi cft vn nom Turq qui fignifie grand 
Maiftre de l'Artillerie > ce terme eft compofé de 
Topgicanonicr,& Bachi Chef, comme qui di- 
roit Chef des Canoniers, comme Boftangi Bachi, 
Chef des Iardiniers. 

TopKaneeft vn mot Turq compofé de top canon, 
ôc Kane maifon, c cft à dire 1 Arfcnal. 

TurqouTurcomam fignifie vnPafteur oupayfant 
de la campagne. 

Turqflan ou Turcomaniftan cft à dire la demeure des 
paifans^Sc fe prend pour le Royaume dlufbcg, 
dont la plufpart des Turcomansfont venus. 

V 

yefte eft vn terme Italien ou François , dont les 

Yyyij 



FraftKs appellent les prefans que l'on fait au 
grand Turq, ou aux V ifirs pour auoir audiancc 3 ce 
font des pièces de drap pour faire des habits. 
Vertabcce fignifieen Arménien Docteur,&fe prend 

pour les Euefques. 
Vice-Conful eft vn terme François qui lignifie le 
Lieutenant du Confuldans les Echelles qui relc- 
ued'vnConfulacxommcleConfulduKaircavn 
Vice-Conful en Alexandrie § & vn autre à Roffet, 
le Vice-Conful de Tripoly de Suric releue du 
Conful d'Alep. 
Vifir afim eftvn motTurq compofé de Vifir Prefi- 
dent ou Lieurenant du Prince , & afim grand, 
c'eft le premier Miniftre qui a le mefme pouuoir 
qu'auroit en France le Conneftable, &le Chan- 
celier vnis cnfemble 
Vfulfa eft vne petite ville proche Ifpahan peuplée 

d'Arméniens. 
Vvaterfort lignifie l? fort des eaux en Anglois, c'eft 

vne ville de 1 tft d ] - rlande. 
Vvachefort fignifie le fort laué en Anglois , c'eft 

vne ville d'Irlande du codé de l'cft. 
Vvcmouts eftvn mot Anglois compofé d'vvctblâc, 
& moûts bouche , comme qui diroit bouche 
blanche ,c eft vn havre à l'eft d'Angleterre. 

Z 
Zce^nd eft vn nom Flamand compofé deZee mer, 1 
& land terre , comme qui diroit terre de mer, 
c'eft vne iflc au (ud de Holande,dontMildebpurg 
eft la Capitale, & eft vne des Prouinccs vnies. 



TABLE DES CHAPITRES DV J 

prcfent ceuure. 

LIVRE PREMIER. 

CHAPITRES. i PAGES, 

I . "V T Oyage de Pétris a Lyon par Dijon. I 

II. ^ Z/oyage de Lyon àçjiïarfeille. 9 

III. Voyage de Marfeille à Ltgorne. 5 

I V. Voyage de Ligorne a Florence. 7 
V» Intereji çr politique du grand Duc. IX 
V I. Voyage de Florence a Rome. 12. 

VU. Voyage de Rome à Lotette. 15 

VIII* Voyage de Lorette à Venife. Vf 

I X. Voyage de Venise à Smirne. 19 

X. Voyage de Smirne à Metelm. il 

X I , Voyage de Metelin aux Dardanelles & fyn» 

fiantinople. 24 

XII. Rareté^ de Confiantinople. zy 
XUI. Religion & créance des Ottomans* 30 
XIV. aJMariage des Manfulmans. 33 

XV. Dv laCirconcifîondesManfulmans. 36 

XVI. Prières jeuf nés &fepulturcs dcsOttomtns. 38 
X V M. Fefles , Mofquées , bains , £7* lauemens des 
Ottomans. 41 

XVIII. De Mahometyde ï Alnoran & de f es Interprè- 
tes. 44 
XIX. Sftats çjr titres du Sultan. 4 6 
X X. Tribut que le Sultan exige des Chrejliens. 48 

XXI. Dp la Milice Ottomane. jo 

XXII. Des Ambajfadeurs de U Porte. 5 1 

Yyy iij 



Table des Chapitres. 

X X M J. Cêuuernement des Ottomans. J4 

XXIV. Emplois &âigmte% Ottomanes. jj 

XXV. Karauanes qui vont dans ï Afie & lAffri- 

que. S9 

XXVI. Voyage de Confîantinople à Tofsia. 63 

X X V I T. Voyage de Tofsia à A mafia. C$ 

XXVIII. Voyage à 3 J mafia à Er^erum. 68 

X X l X . Voyage dt Er^erum à Hajfan Kala. 7 1 

XXX. Des Géorgiens. jz 

XXXI. Voyage dt Hajfan Kala à VchcKilifa. jC 

X X X 1 1. Ketigiondes Arméniens. 78 

X X X 1 1 i. Voyage d'Vcbe kjhfit à ëriuan. Sz 

X X X l V. Voyage dtSnuan à Tamis. %6 

XXXV. Que/iion que l* on donne aux criminels de Per> 

fe. 89 

XXXVI. Prefent de la ville de Tauris a fon Çouuer- 

neur. 90 

X X X VI I. Keception du kancfEriitanprifonniereTêjlat. 

Pi 

XXXVIII. Defcriftion de la merCafpiquc. 94. 

XXXIX. Voyage de Tauris a Ca chan. ?; 
X L. Voyag de Cacban en Ifpahaan. «,7 
X L I. Koy de Perfe 3 &• eflendu'è de fon Koyaume. 

X L 1 1. Gouvernement de Perfe. 10 1 

X L 1 1 1 . Religion des Perfans. 1 o 4 

X L I V. i nterefl du Roy de Perfe. io<f 

X L V. Habit des Terfans. 10 7 

X L V I. Jusl/f cation du kan dt Eriuun. îoy 

X L V IL fktport du Turq a l'Efpagnol , du Pjrfan an 



Table des Chapitres.' 
François 9 & de (jirabe k l'Italien, iio 
X L V II I. Voyage d'Hifpabaam au Bandar abajsi. 115 
XL\X. Hifioire çr Jefcrtption JQrmous. x \^ 

L. Ordre desuiniftres &* Officiers Jeferfe. \\f 

L F. VoyagedePerfe aux Indes Orientales. n o 
LU. Royaume de G tirera t. 12» 

L 1 1 1 . Trafiq des Indes Orientale' . uç 

L 1 V. T)u grand Mogol y & deïeflenduë Je fis ter- 
res. , 21 É 

LV. Politique &gouuememcnt du grand Mogol. 

12.9 

L V I . Religion des vajfkux du grand M ogol. ui, 

LVII. Ihtcrefl du grand uogoL i*« 

LVIil. Habit desMogols. ^. 

: L l X. • Dign:tcXdt l* four -du grand Mogol. I 136 



L1V\E SECOND. 

■ \ 1 • r t • 

>\ .1 3 

■ E T"\ r ' s i*t**i t^-k leur façon cC habits. 

II. Lriance ey-foy des Indotê. jj^ 
1 1 1. DesUramtns , Bagnians & autres tribus no- 
bles. , 4/ 

I V. Rafepoùt & [onuoyeurs de Karauanes. 150 

V. De s Katrts & D al fis. '& 

VI. Tribus Jes arts pénibles des \ndou. jljl 

VII. Sacrificateurs & Religieux Payens. 1J3 

VIII. Lauemens&Prures deslndou. je • 

IX. Offrandes CT Sacrifices dcslndou. \j/ 



Table des Chapitres^ 

X. Aminé & Vnion entre les 1 ndou \ mec U 

puiffance maritale & paternelle. ijr$ 

XL Images ryftatucs des Indou, de Ram, de Scb'u 

ta, de Locman, d'ticrman> de Canes & de 

Maeàou. 16} 

•XII. Des images <£* fiatues d!Iffouarcbe ou t$iac- 

don , ^Parouti, Bagoti & Çliacmi. lyl 

X 1 1 1 . Des images de §cruan & Kan. 1 74 

XIV. Des diuerfes fiatues de Kan ry* Gopagna. 177 

X V. Des miracles à reliques des Sainûs des Jn- 

dou. 178 

XVI. Lauoirs #r Eghfes des Indou. j8o 

XVII. De l'arbre à Pagode eflimé facre des Indou. 

183 

XVIII. Amours de Lele y & de Megilon. l8y 

XIX. Keligion des Parfis. 187 

X X. Cérémonies & Sacremens des Parfis. i8p 

XXL Voyage de Sourat à Chaottl. I? O 

XXII. Voyage de Qbaoul a Goa. 19$ 

X X 1 1 L M ilice & ordre des colonies Portugal fe s. 19 8 

XXIV. Vtce-Koy de Goa, Noble ffe & inquifition. 

101 

XXV. Moyens dont fe feruent les Portugais four 
efiablir leur Religion. 2.04 

XXVI. Diuerfité des Vafiaux de U Couronne de Por- 
tugal, lop 
X X V I L CmUte7i& vifites des Portugais aux Indes 
Orientales^ *• U 
X X V ï 1 1. Voyage de Goa à K*)apour. *I4 
XXIX. Pri fonde l'Autheur àKaiapour. U* 

r ~-~ J -* xxx. 



Table des Chapitres. 

XXX. Sortie de Rajapour , £r embarquement pour 

Souali y auec la détention du P. Ephraim 
de Neuers Capucin. in 

XXXI. Saijons des Indes Orientales, xzC 
X X X i I. ^Animaux des Indes, baufs , tygres , gabelle s > 

leoparts &fangliers des Indes. Zip 

XX X I H* Elepbans , finge s , [chênaies , chameaux, rats\ 

cheuauxO* chiens des Indes. %$} 

XXXIV. Oy féaux des Indes. a 41 

XXXV. Crains jfruicls & arbres des Indes. 14$ 

XXXVI. Des trots fortes de palmier. 14^ 

X X XVI I. Jacques y mdomers , figuiers d'Adam, Are\^ 

&poiurier. 2jo 

XXXVIII. Arbres àfleurs &Veneneux des Indes. 255 

XXXIX. Négoce & forces des isfnglois, Hollando'iSj 

& Danois auxfnàes Orientales. z$j 

X L. Voyage des Indes Orientales au Congue. 264 

X L I. Voyage du Congue à Baffara. a 6 8 

X L 1 1. Hait Pacha Prince de Baffara. 273 

XL III. Religion des Sabis , & du Lime d'Adam. 

X L I V. Du Liure des Sabis appelle Diuan. zjj 

X L V. De la croyance des Sabis touchant lefus 0* 

Jean Baptife. %? 9 

X L V I . Kitue l des Sabis. 2$$ 

X L V 1 1. 'Baptefmc & Sacrifices des Sabis. 184 

X L V 1 1 1 . Mariage des Sabis. 187 

X L I X. Embarquement de Baffara pour Babylonei 

L. Entretien de l'Autkcur auec in Religieux 

Zzz 



Table des Chapitres. 
t&fanfulman natif du Royaume de Thebet. 

2,90 

L I. Des couflumes & faons de faire des arabes 

du defert. ipS 

LU. Rencontre cfyn Pèlerin de la Mekguefur le 

bord duTygre. 301 

LUI. Rugijfement effroyable dm lyon. 303 

L l V. BabyUne 'ville Capitale de K aidée. f o 7 

LV. Tour de *Babylonc. 3I1 

LVI. Religion des Nefloriens. 3 if 

L V I I. Voyage de Babylone à T^iniue* *> 317 

Jt VI II. Religion des Jahoubites. 319 

L l X. ZSoyage de Niniue à Merdine en compagnie de 

i l . cens lannijj aires 3 & leur reuolte. 31/ 

LX. Voyage de Merdine à Diarbeker. 315 



LIFTEE TROIS IESME. 

J # "V T Oyage de Diatb.ker au B'ire , auec la 

Y deft rptiou des coujlumts ^y Religion des 

Turcomans . 319 

1 1. Voyage au 'Biri en flaUp. 33 4 

III. Voyage d' Haiep à Tripoli de Syrie. % }j6 

1 V. Voyage de Tripoli au mont Liban. 3 *8 

V. Voyage d( Tnpoly a D amie te. 342, 

VI. Voyage de Uanuete au grand K aire \ 546 

VII. Grandkaire. 349 

VIII. Puydelofeph. 350 

IX. tMempbis & Mumies èîgypte. 3/4 



Table des Chapitres^ 
X. Piramides d'Egypte. }j* 

XI Rarete^d* Egypte. i*f 

X I F. Voyage du Kaire en Alexandrie. . %t+ 

XIII. Rareté^ d' Alexandrie. }J* 

XIV. Religion des \uifs. 37T 
X V. Voyage d' Alexandrie à Rhoâes. 382, 

XVI. Religion & nation Grecque. 3*6 

XVII. Voyage de Rhodes i Ligeurne. 354 

X V 1 1 1. V°y a g e de Ligourne à Rome par mer. 401 

XIX. Dignité^ &• Offices de la Cour Romaine. 

405 

XX. Voyage de Rome à Lucques. 411 

XXI. Voyage de Lucques aTurin > Qour de leurs Al- 

tères Koyalles de Sauoye. 414 

XXII. Voyage de Turin à Geneue. 417 

XXIII. Rencontre d'vn amy à Çeneue , que t Autheur 

nauoit point *veu depuis 7. ans. 41I 

XXIV. Voyage de Paris a Oxfort en ^Angleterre. 

411 

XXV. Çouuernement des Anglois. 41/ 

XXVI. Religion des Anglais. ^7 

XXVII. Jnterefts d! Angleterre. 4a g 
XXVIII. Voyage d'Oxfort a Mignard. 419 

XXIX. Voyage de Mignard à Dublin , #• te que c*ejt 

que les ifles flotantes. 432. 

XXX. Voyage de Dublin à Kilkjnik.. 4 5 7 

XXXI. Voyage de Kilkinik a Cachet. 440 

XXXII. Conférence de F Autheur auec deux D odeurs 

touchant U Philofophie ey la Théologie 

Zzz ijj 



Table des Chapitres. 
X X X 1 1 LVoyage de Cachet à Korqpar Limmcrik.449 
XXXIV. Voyage de Korq à V vache fort. 4/5 

XXX V • Religion jouflume s & moeurs deslrlandois. 4 tf 
.ATX XVI. Embarquement d'Irlande pour la Bifcaye , &• 
combat du vaiffeau Irlandois auec une fré- 
gate Parlementaire , & deux vaijjeaux 
Turq\ 4.61 

XXXV l LSortie de la Reine d* Angleterre % & le combat 
du vaiffeau du Capitaine Smits auec les 
Parlementaires. 464 

XXXVUh Voyage deVreft à Amflerdam. 4 68 

X XXIX. Commerce , interefl & Religion des HolUn* 
dois. 470 

X L. Voyage d i Amflerdim À Copenehague. 473 
XL I. Forces , Religion y interefl grgouuernemcnt du 
Royaume de DannemarK. 474 

XL II. Voyage de DannemarK en Liuonie Q* Polo* 
gne. 411 

XL III. P ologne Royaume elcclif. 479 

XL 1 V. Voyage de Torn a DantpK , auec la Religion 
des Arriens. 48/ 

X L V. Voyage de DantfiYL à Paris. 49 I 

XL VI. Voyage de Çeneue en isin\ou , & retour 
deît^AutheuraTaris. 494 

■ XL VIL Noms & qualite^des amis quel 'Autheursefl 
acquis dans fes voyages. +9 6 

X L V i 1 l.Valeur des monoyes dans les diuerfes parties du 
monde ou £ Autheur a voyage. 5 09 

xLIx. Explication de plufieurs mots dont l'intelli- 
gence ett necejjaire au JLeÛcur. s l S 



F tûtes à impression furuenuës par îabfence de ï Autheur > gr 

remarquées far luy-mefmc a fon retour à Paris , 

lefquiiles le Lecleur doit corriger. 



Erreurs du Liure premier. 
ï<*£'Lig. Erreurs. Liftz.. 



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Erreurs. 



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d'antiquité 

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voyoir 

Montcfiafone 

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Londres 

Italie 

demandé 

Forxia 

Carpons 

d'Enconc 
* Efîbrler 

voyons 

formé 

Carpigi 

tournettes 
Agamoglanler 

patique 

bon 

Dieu 

enuoya 

baius 

pierreufe 

Bfder 

prières 

Prince laifla 

Mebifonde 

Danges 

Ragafois 

Europicns 

des 

] nghifTani 

fix efeus 



Falloimc 

pied 

autrefois 

le Iupiter 

de l'antiquité 

Or bit cl 

voit 

Montcfiafçonc 

aiguacic 

l'ordre 

Natolie 

demandé du vin 

Fokia 

Carpous 

d'F.uxope 

EfTarler 

voyions 

fermé 

Capigi 

tourrettes 

Azamoglanler 

portique 

ou 

Dieu : après quoy 

cnuoira 

bains 

Iieureufc 

Bcder 

pièces 

V rince ne laiifa 

Trebifonde 

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Ichogdan 
60 12 Mogal 
62 17 Mogel 
[ 61 25 Beugala 
6$ 15 trop 
6$ 15 chaine 
6$ 22 furoc 

63 zj fudaft 

64 9 Ducabefor 
64. 13 Europicns 
6*4 21 Britinie 

toffia 
nous 

craignons 
Kifes 
po(î e 
iuipec"Hon 
Francefio 
Francefîo 
Hati 

Cufpiquc 
Mingrelio 
r-mpîiflcauon 
manf©us 
17 Difil 
>7 Thibct 
S 9 14 Kali 
97 11 Euatompolis 
97 13 Ierderont 
99 7 Gaeores 
'°3 11 & fermez 
10 j y cambots 
105.8 qu'autres 
ioj p Abubefler 



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Européens 

Bitinie 

toflïa 

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craignions 
Krfes 
porte 
fufpicion 
Francefco 
Francefco 
Hali 

Cafpique 
Mingrelie 
explicatioa. 
manfoul 
Dinfis 
Thebet 
Kafi 

Eccatompolis 
Zenderouc 
Gueurc 
enfermez 
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AbubeKer 
Zzz iij 



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118 ij 



Erreurs. 



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Vu Liure Second, 

Erreurs. Lifez,. 



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les croyans 

Tributs 

cy-dcfTus 

riuages 

quatorze 

quatorze 

poure 
ces 

enterré 
c'eftoi 
forte qui eft 

Vu liure Troifiefac. 
Errtwt, Liftil 

Mitabolans Mirabolans 



les en croyans 

Tribus 

cy -après 

Images 

zc degrez^o.min. 

î^.degrez^. min 

16 

poiurc. 
les 

entouré 
c eftoit 
lotte eft 



P*£.Zg. 

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271 50 
33* *3 
54° '9 
349 17 

378 2 7 

383 S 

^85 2a 
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403 21 
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43.9 H 

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455 ! 9 
468 21 

465,7 
470 ij 
51J 10 

523 1* i 
528 II 



Erreurs. 



Lifta, 



iVts 


fots 


Saltirion 


Satirion 


Boulfolie 


boiuTole 


Franfaoukalaci 


Franfaouiicalaifi 


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ce qui 


riies 


villes 


empefeher 


empefche 


nous 


vous 


Iean 


Pi iippe 


Iean 


Philippe 


nation les > 


nation & les 


boiii lir 


boullie 


tribe 


Tibre 


teueuoir 


receuoir 


elle 


il 


nef 


nerf 


befon 


beioin 


tout le corps 


tout corps 


Vvillian 


"William 


eftoit vn 


eftoit d'vn 


Miliebourg 


Mildebourg 


pairons 


perrons 


610. 


620. ans 


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liure à loy 


Hure de la loy 



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